CHAPITRE XXV
L*itincraire de Bordeaux ii Jénisolem. — Efforts de saint Grégoire de Njfsse pour arrêter les pèlerinages. — buiut Jcrùme en Judée. Saint Augustio.
A mesure que le christianisme s'claiL cUendu dans monde, Jérusalem availjjris possession des iiilelligences; les adorateurs de Jésus cruciGé, s'infunuaienl , avec uue ardeur pieuse, des lieux où s'étaient écoulés ses jours mortels, où s'élail accomplie sa mission divine. Il n'y avait pas pour eux uncconlrée plus saiule,pîus vénérable que la Judée; les chrcUcns des pays lointains Irouvaient mille fois heureux ceux que leur destinée avait fait naitre autour du Calvaire et du saint tombeau , auprès du mont des Olives , à Bethléem , aux rives du Jourdain et dit Uc de Galilée , et rêvaient un pèlerinage en Paleslioe comme on réve les félicités du ciel.
En 333, un chrétien des rives de laDordogne, composa vn itinéraire dê Burdeauœ d JirmtUm; cet itinéraire dont les mesures sont ai exactes » et qui est un monument si précieux pour la géographie ancienne, était Ikit pour les fidèles de Bordeaux, mais II pouvait aussi diriger les pas des pUerins ém Gaules et de la Germanie. L'auteur con-
duil le pclei ia à travers tous les chemins par où i! a passé lui-même ; il franchit tour à leur , au sortir des Gaules, Suse, Turin, Pavie, Milan , Bergame,Bresce, Vérone, Vicence, Aquileia , qu*Allila renversa plus lard et qui nes*est plus relevée ; les montagnes qui séparent le Frioul de la Carniolc disparaissent derrière lui , il dépasse les limites de l'empire d'Occident, pénètre dans l'iUyrie, la Syrie moderne , les deux Pannonies; il arrive à Sirmnwi , une des principales villes de l'empire d'Orient, à Singidunum , remplacé a njourtVhuî par liel^'rade ; le pèlerin , continuant sa route qui , maintenant encore, mèueà (A)nslanLinople, traverse la &lœsic supérieure, aujourd'hui la Servie, Nissa, Sardica, Philippopolis ou Félibé, Héraclia (Ërecli), el parvient à la capitale de l'empire. Âpres avoir passé le Bosphore, il voit Chalcédoine, Libyssa, Nicomédie, Nicéc, Âucyre, Tyane , Tarse, Alexandria (Alexandre! te), Ântioche, les villes de la côte de Phénicic, ensuite Plolémaïs, Césarée; il visite les points de la Galilée qui rappellent des souvenirs à sa piété» el arrive enfin à Jérusalem. Nous avons indiqué la longae roule tracée par Ttetniraire d'Aquitaine» pour faire comprendre les difficultés infinies, k» IsUgnes et ks périls que bravait le pUerin d'Occident.
A la date de 579 ou de 980 , un évéqoede Ilyase , saint Gré^re opposait son autorité et son éloqnenœ à Ten^ tralnemeat des fidèles vers la ludée. 11 iiat donc qu'il y 'ail eu bien des pèlerinages qui n'aient laissé aucune trace dans tes vieilles annales » car à celte dat^ rhisloire n^avalt encore enregistré que les pèlerinages de saint Aleaiandre» devenu évéque de Jérusalem, de sainte Hélène , de saint Porphyre» de saint Jéréme et de son anCii, Eusèbede Crémone» La morale avait déjà souflért de ees voysges aux aaints lieux » qui bouleversaient les bablludes de la vie H livraient les âmes i tous les basards des aventures. Saint Grégoifo de Nysse , étant allé du concile d*AnUocb6 fc léruMlMi pour réformer et pacifier les É||ll8es en proie nu iMNMirs irvéligieuses des ariens, apprit et vit des
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CHAl^lTllfci XXV. il0
teandales qa*il ii*oublia point au retour dans son pays.
Dans une lettre adressée à un prêtre de Gappadoce (i)t r^Tèque de Nysse dit que nulle part les livres sacrés ne mettent au nombre des bonnes œuvres le pèlerinage k Jérusalem « et que ces sortes de voyages ne conduisent ni à la vertu ni aux choses du ciel. On exige des hommes comme des femmes des mœurs graves et saintes; or, ce qui inspire et entretient la pureté des mœurs , c^est Tétude de la sagesse ; la chasteté se garde'mieux dans l'isolement et la solitude; le mélange des hommes et des femmes favorise peu cette vertu. En voyage, et quand on s*avancc pêle-mêle, que de devoirs sont négligés! Une femme ne peut pas entreprendre un long voyage sans qu'un homme raccompagne; elle en a besoin pour mouler à cheval et pour en dcsceiiJre dans les passa|?es cHlRciles , et si elle n'a ni frère ni mari , elle dcvi u Jonc se confier à un pèlerin ! On rencontre en Orient des hôtelleries et des cités où la licence des mœurs est extrême; comment une femme préservera t-elle ses yeux de ce dangereux spectacle? Quand l'ouïe est souillée, Tccil l'est aussi , et Tesprit se souille par les yenx et les oreilles. Grégoire de Nysse fait obervcr à son ami que si la présence du Christ se révèle par des monuments religieux, le Sauveur réside plus par* Uculièrement en Cappadoce qu*au pays de Jérusalem , car en aucun lieu de Tunivers on ne trouve autant de sanctuaires chrétiens qu en Cappadoce.
L*évêque ajoute que si le pays de Jérusalem était comblé de plus de grâces , les hommes de cette contrée devraient pécher beaucoup moins. Et cependant, d*après ce que Grégoire a vu , cette région est le séjour des fourberies» des adultères, des vols, des idolâtries, des empoisonnements , des jalousies et des meurtres ; on y verse le sang humain pour le moindre intérêt. Pourquoi, dira-t-on au pontife de Nysse , étes-vous donc allé vous-même à ' lérasal«nt Grégoire répond qu*il y estallé pour la réforme
(t) Œuvres de saim Grégoire de Nysse, ia-fol., loiue U.
m HiSTOIRB DE JÉRUSALEM.
des Églises d'Arabie, cl qu'il a ru hcsoiii de s'cnteudrc avec les chefs des saintes Églises de Jérusalem, i Mais, f pendant la roule, poursuit l'cvéque , nous jeûnions et « nous cliaii lions les louanges du Seigneur... Avant de c visiter les saints lieux , nous confessions le Christ, et « notre pèleritiagc n'a ni augmenté ni diminué notre foi. « Avant d'avoir vu Belhléem , nous savions que le Fils de c Dieu s'était fait homme dans le sein d'une Vierge; nous t croyiansà sa résurreelioD avant d'avoir iru son tombeau» c et nous avions confessé son ascension glorieusyB avant € d'avoir salué le mont des Olives. Nous avons appris une
< seule chose dans ce voyage , c'est que nos lieux sont
< beaucoup plus saints que les lieux étrangers. Ce n*e$t
< point en changeant de pays qu*on arrive à Dieu , mais f le Seigneur viendra vers vous partout où vous vous . c trouverez , s*il juge que votre tmc soit une demeure t digne de le recevoir, liais si votre intérieur est rempli c d'iniquités et de mauvaises pensées , fussiez-vous sur le c Golgollui , sur la montagne des Oliviers ou sur le saint c tombeau , vous seriez encore aussi loin du Christ que t les hommes qui n*ont jamais connu les principes de € la fol.
c Mon ami » dit saint Grégoire en finissant, engagez
< donc vos frères, non pas^à sortir de Gappadoce pour c aller en Palestine, mais à sortir de leurs corps pour
< aller au Seigneur. Si quelqu'un oppose à nos paroles • la voix de Jésus-Christ invitant ses disciples à ne pas c quitter Jérusalem,qu*il interprète ai nsi cette voix divine : c Tant que les apôtres n*eurent point reçu le Saintc Esprit , il leur fut enjoint de rester à Jérusalem pour « attendre que te Seigneur vint les revêtir de la vertu
< d*en haut. .Certes , s*il fallait pratiquer de la sorte jusc qu*à notre temps ce qui a été prescrit aux premiers I jours de FÉglise , nous devrions donc nous rendre tous I au lien où les dons du ciel descendirent sous la forme c do feu ; mais puisque le divin Esprit souille partout oh c il lui plaît; ceux qui croient fennciueut participeront