‹ Histoire de JérusalemChapitre 101 sur 149 · CHAPITRE XXV. ISl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV. ISl

c aux dons de la grâce selon leur degré de foi , et nou

< point parce qu'ils seront allés à Jérusalem. »

Saiut Grégoire de Nysse oe vil dans les pèlerinages à la ville sainte que des occasions de désordres, des périls pour les mœurs qu'il impoi lait de signaltr ; il ne comprit pas, il ne pouvait pas comprendre ce qu'il y avait de profond, do durable dans celle pensut qui commenr ait à saisir les peuples pour les lancer vers Jérusalem ; il ne s'aperçut point que désormais la pente du momie était prise de ce côté, et que les nations devaient y descendre en longues caravanes par un invincible instinct d'où sortiraient dû grandes choses.

Le nom de saint Jérôme appai tient à Thistoire de Jérusalem. Les souvenirs de Bethléem sont inséparables de ceux do la ville sainte, et le grand homme dont la vie s'écoula pendant si longtemps auprès de la crèche du Fils de Marie est une des gloires (^ui reviennent à notre sujet.

Nous n'avons point à parler ici de l'enfance de Jérôme passée dans un pays barbare qui fut sa patrie, de sa jeunesse orageuse, partagée, à Rome, entre l'étude des lettres et la poursuite ardente des plaisirs; de sa conversion au christianisme , de ses divers voyages dans les Gaules et en Orient. On a tour à tour désigne sous les noms de désertde Syrie ou de la Chalcide le lieu où Jérôme, effrayé des jugements de Dieu, était venu ensevelir ses jours, et nul n'a marqué ce lieu avec précision. 11 y a eu dansTantiquité plusieurs villes appelées Ghalcis. Une cité de ce nom avoisinait la solitude oit la pénitence conduisit beaucoup d'anachorètes dans leiv* siècle; elle était située à quatre ou cinq heures au nord<est de Berroé, aujourd'hui Âlep. Cette ancienne Ghalcis fut remplacée au moyen âge par Artésia , dont les débris sont dispersés au pied méridional du Djt^USman* Nous avons, à ce sujet, eiprimé, dans la Corrupondanice d^Ormt (i), un avis contraire à

(1) Lettre CLXXIL

Itt mSTOmS M JÉRUSALEM.

celui de M. Rousseau qui, sur carie du pachalikd'Alop, place Clialcis an lien occupé inaintciiant par le bourg de 8ouba, h ?5cpl lieures à l'ouest d'Âlep. Aux environs d'Arlésia (rancienne (>lialcis), le voyageur retrouve le désert comme au temps de Jérôme et de saint Simcon Slylile* Le Chalus {Nahr-Quomik) qui, au nord el au sud d'AIep, abreuve aujourd'hui les troupeaux el les cavales des Turcomaos, abreuvait alors les hdles austères de oçtte contrée.

C'est là que Jérôme vécut durant onze ans, sur les froutlères barbares de la Syrie, comme il le dit lui-même, après avoir reçu à Rome la robe du Christ (i) ; il domptait les passions de son âme par une étude opiniâtre de Thé- breu et des saintes Ëcritures, par des veilles pénibles dlaus la prière et la contemplation des vérités chrétiennes, par de rudes travaux sous le soleil brûlant. Ses exemplaires de la Bible et les livres qu*il faisait copier à ses disciples étaient les seuls ornements de sa cellule. G*est de là qu'il écrivit «n grand nombre de lettres où respirent une humilité profonde, une sensibilité vive, un ardent amour de la solitude , un zèle toujours vigilant pour les Intérêts de fai foi. Tantôt, abîmé dans sa misère, il se compare à de la poussière, à une vile portion de boue, à un reste de cendre (i) ; il est la brebis malade éloignée du troupeau; à moins que le bon pasteur ne le reporte jusqu'à la bergerie , ses pas chancelleront, il tombera (s). Tantôt il eialte les félicités du désert, toujours émaillé des fleurs du Christ, où naisseiit les pierres précieuses avec lesquelles est construite , dans YApoealypie , la cité du Orand Roi, ce désert où Thomme est admis à l'intime familiarité de Dieu. « Que faites-vous dans le siècle» t frère? dîMl au moine Héliodore (i), vous qui êtes plus « grand que le monde? Jusqucs à quand voulez-vous do-

(1) Lettre XVI.

(2) LeUre II.

(3) ï.eUre III.

(4) Leilre V.

Digitizeo lj oOOgle

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tonque IMm eonseÔle des secriâoes , il les coin* prend; U n*a point un eœur de fer, nous dit-il» ni des eotraillas insensitiles ; il n*a pas été formé dans le sein des rochers ni allaité par les tigresses d*flyreanie ; le soli» taire a passé par les épreuves dent il demande qu'on triomphe. Du fond de sa retraite, Jéréme snivait les mouvements du monde chrélien ; il voyait se lever dans TOc* cidenl le soleil de justice, et dans TOrient le démon de rhérésie, Lucifer, établir son Irône au-dessus des asU es ; il saluait « en Occident, la lumière du monde et le sel de la terre (a), les va^es d'or et d'argent; en Orient, il n tilait cnTÎrouné que de vases d'argile ou de hois, qui alleudaieut la verge de fer el les feux éternels (5).

Celle aride portion de la haute Syrie, dédaignée du voyageur, bien inconnue de rhabilanld'Alep, malgré lioii voisiuage, a vu les plus terribles combats (iifnij homme ait jamais livrés contre lui-même. L'apparition de Rome avec toutes ses joies venait Irouljlcr Jérôme ; cet anachorète, revêtu du cilice, amaigri par les veilles, noirci par les feux du jour, traitant son corps comme une boiio . immonde, n'ayant autour de lui que de rudes et sombres images , cnleudanl pour tout bruit les cris des oiseaux de proie et les hurlements des chacals, eut à résister à tousles charmants fantômes des bords du Tibre ; ses souvenirs et son imagination qui n'était point vaincue l'emportaient

(i) Nous nous servons do l'excellerue uadiiciiou des Lellrea mut Jérôme, par MM. Gré^re çt Collofubet, (jui nous dispense traduire nous-même.

(3) Saint Matthieu.

(3) Lettre XIV ae pape Damate.

iU HlSTÛia£ D£ JÉRUSALEM.

ta iiiili«a des femines rpmiioes patéw de la plus idéale séduction.

. c Ohl dii-il à Eastochiom (i), combien de fois moi^ même, retenu dans le désert , et dans cette Vaste solitude qui, dévoréades feux du soleil, n'olGre aux moines qu'uné demeure affreuse, je croyais assister aux délices de Rome f

je m*asseyais seul, parce que mon âme était pleine d*aroertumc. Mes membres étaient couverts d'un sac hideux et mes traits brûlés avaient la teinte noire d'un Ëthioj^icu. Je pleurais, je gérnissaijî chaque jour, et si le sommeil m*accablait malgré ma résistance, mon corps décharné heurtait contre une terre nue. Je ne dis rieu de ma nourriture ni de ma boisson, car, au désert , les malades "cuxm^mes boivent de Teau froide, eL regardent comme une sensualité de prendre quelque eliose de cuit. Eh bien! moi qui, par terreur de l'enfer, m'étais condamné à cette prison habitée par les scorpions et les bêtes farouches, je me voyais en imagination transporté parmi les danses des Tiergcs romaines. Mon visage était pâle de jeûne, et mon corps brûlait de désirs; dans ce corps glacé, dans cette chair morle d'avance, Tincendie seul des passions se rallumait encore. Alors, privé de tout secours, je me jetais aux pieds de Jésus-Christ, je les arrosais de larmes, je les essuyais de mes cheveux et je domptais ma chair indocile par des jeunes de plusieurs semaines. Je ne rougis pas de mon malheur; au contraire, je regrette de n*étre plus ce quej*ai été. le me souviens que, plus d'une fois, je passai le jour et la nuit entière à pousser des cris et à fra[)per ma poitrine jusqu'au moment oîi Dieu renvoyait la paix dans mon âme. le redoutais l'asile même de ma céUole ; il me semblait complice de mes pensées. Si je découvrais quelque vallée plus profonde, quelque cime plus escarpée, j'en faisais unjieu de prière et une sorte de prison pour ma chdiv misérable. Souvent, le Seigneur m'en est témoin, après des larmes abondantes, après des regards

(I) Lettre XVUl.

(JUPIIRBXXY. 135

longleiiipfl élancés veirs lo ciel , je me voyais transporté parmi les ekoBors des aiiges, et» transporté d'allégresse» je chantais : ZVmi eowrom aprét vim, aUiré» pur todewr de

Les iniéréls de la religion firent sortir Jérôme de son désert de Syrie. Ordonné prêtre presque malgré loi par Panlin, évéque d*Antioclie^ U visita Jérusalem « Bethléem > kss divers points de la Judée, et conçut dès lors sans doute le projet (i*achever sa vie au lieu où riIomme-Dieu avait commencé la sicunc. Il se rendit dans celle ville de Rome , dont l'image avait tant de fois banni le repos de sa cellule. Lorsqu'il lui dit adieu pour retourner en Palesline, 'son cœur saignait des blessures que la calomnie lui avait faites.* Insensé! s*écria-t-il en partant (i), je vonlnis chanter le cantique du Seigneur sur une terre étrangère, et, abandonnant le moulSinaï, je mendiais le secours de FEgyple. Je ne me rappelais pas rKvangihs qui nous apprend qu'au sortir de Jérusalem, on tombe aussitôt dans les mains des voleurs , on est dépouillé , blessé tué. »

Ce fut vers les dernières années du iv^ siècle qu*il s*établit à Belhicem; il y éleva un monastère qui ne larda pas à se peupler de cénobites « et , tout près du monastère, une hôtellerie, afin que si Joseph et Marie venaient encore à Bethléem , disait-il, ils y trouvassent un asile (i). U arrivait à Bethléem des moines détentes les parties du monde» et Jérôme et ses compagnons en étalent accablés* Les ressources manquant pour la construction dn couvent et de rhdtellerle, Jérôme avait été forcé d*envoyer dans sa patrie son frère Pauliulen ; il Tavait chargé de vendre les petits domaines à moitié détruits, échappés aux mains des barbares, et les biens devenus rh^itage des cénobites qui vivaient avec lui. Quand Paula , dont nous parlerons plus tard, eut fondé son monastère à Bethléem , Jérôme en prit lu diiecLioii ; à l'exemple du

(!) Letlro XXIII à Asella.

{^) Lettre LIY ù Pammacitius.

imioim m jlkusalem.

diTÎD Mailro, il voalail qu^oo laissât venir à lai ks peliti enfaQls, et lui-même ouvrit une école pour enseigm itts jeunes iutelligenMi Im ékéntstt àm la mmboo hm^ maine et religieuse.

Celle haute vigilance qu'il avait comilieii^ à excreer dans son désert de Syrie , sur les doctrines piéekéaa , an nom de la foi chrétienne , à travers les diverses contrées de FuDivers» lërôme la continua dans sa soUtndada ludée ; sa parole revétna alors do plas de force et d'aolorilé» relenlissail comiiie un oracle oalholiqoe. AotiviCé pnlosanlel merveilleuse éne^e! Le mAme homme condoisalt les eommunantés monastiques de Bethléem « tradaîsaii sur l*hâ)rett ou commentaU les divines ferllores, faisait passer dans la langue latine les productions du génie greo cbrdllen» dictait de nombreosesletties destii^B toor I toor à démolir les origénisles et les ariens» à résoudre dés difflcoltés proposées, à donner des oonseils teligieus* à fiirlifier les fiiibles , k rélever les âmes tombées , à iélieitflr les vaiUants disciples de la orolz sur leurs triomphes et lânrs conronnes. Ses lettres allaient de TOrient à t*Ooci* dent comme les messagirss de son génie ; Il ny avait pas de plus précleeoi trésor qne ces épttres dictées souvent à la Ititeà des secrétaires dont il manquait parfois ûiote d'argent; lues et relues, passant de main en main, elles portaient au loin la consolation et la lumière. L'hnmUe cité de Bethléem , transformée en grande école de reli*> gion à la voix de Jérôme , resplendissait de plus d*éolat que le Portique, le cap Sunium , Âloiandrie, et la vérité sorlait de nouveau de la terre (i) d'Èphrata. A peine lais» sait-on à Jérôme le lemps d'achever ses traités, ses divers écrils de controverse ; on les lui enlevait aussitôt ; il se plaignait de ne pouvoir les corriger (s) , et d'être en proie à Familié impatiente et aussi à i envie qui brûlait de chercher des fautes. La chaleur de ses défenses de la i^oi lui

(1) Psaume LXXXV.

(2) LetueXXXl.

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