CHAPITRE XXXlil
s*e8l faii* non pas an profit da peuple, mais au profit d*uu
seul homme.
On n'y trouvait point les trésors de la civilisation répandus à travers les peuples, mais un grand appareil de défense emprunté au génie de notracivilisation. Le mérite supérieur de Méhémet-Ali, c*est d*aToir compris le magnifique et puissant avantage des moyens européens. Nous le ' répétons, le peuple n*a été compté pour rien dans ce tra* vail de renouvellement; il a été considéré tout simplement comme une matière dont on pouvait se servir pour fortifier une résistance et installer une domination. Mous avons donc admiré Iféhémet-Âli pour avoir, de sa forte main, . pétri l'Égypte li sa guise, établi l'unité du pouvoir sur les ruines de divers partis et créé rapidement tout ce qui a coutume desoutenirun empire; nous avons admiré Taigle qui, sait se bâtir un nid bien haut, Afin de le dérober aux attaques de la plaine, mais nous avons reconnu avec effroi les ossements des colombes et des passereaux, le reste des victimes avec lesquelles le tyran des airs construisait sa demeure au-dessus des monts.
La politique contemporaine a commis de bien graves fautes dans cette question d^Orient, dont on a tant parlé et que si peu de gens ont comprise! Trop souvent, pour le malheur des peuples, la diplomatie a consommé ses œuvres sans prendre d aulre règle que ses entraînements ou ses propres opiii ions , liulérél des nations roccupe peu, et lorsqu'un protocole est rédigé, tant pis pour Thumanité si ses droits soni mis hors de cause ; mais la vérité se joue de Tœuvre des diplomates; elle démolit tôt ou tardée qui a été élevé sans elle et conlre elle. Tout le syslèmc de notre gouvernement en Orient a longtemps rouie sur la conservation d'un vieillard! C'est ainsi que son œil plongeait dans l'horizon des temps futurs. La poliilijue française voulait donner à Méhémet-Ali et à sa race rh(Tr(lil<' de TÉgypte et de la Syrie. Elle ignorait que le vice-roi emporterait son oeuvre dans le linceul de son sépulcre, parce qu'il ne laisserait pas de peuple après lui. Ha passé
m HISTOIRE DE JERUSALEM.
sa vie à leinlrc des ressorts qui se briseront le jour oh sa main se retirera. Ibraliini-Pacha est dans l'impuissance de marcher dans les voies palernelles; il a de Thabileté comme un glaive et du génie comme un boulet. Le projet d'accorder à Mchcmet-Âli et à sa race la possession perpétuelle de rÉgypte et de la Syrie était d'ailleurs bien loin de renfermer rintelligence de Tavenir. La fondation d'un empire musulman n*eâl point dans les possibilités sociales des temps nouveaux où nous sommes entrés; on ne saurait plus rien élever avec Tislamisme. Ce sont des Étals chrétiens qui , à une époque plus ou moins procbainc« doivent jeter leurs racines sur les débris de ranlique Orient et de TOrient musulman.
Lorsque tout ce qui se passe sera devenu de Thistoirc elque chaque chose sera plus largement comprise qtt*elt« ne Test aujourd'hui, on 8*élonnera que la France, vieille protectrice du christianisme en Orient, ait menacé de mettre le feu aux quatre coins de TEurope et se soit vue à la veille d*une guerre désastreuse, parce que les cabinets s'étaient réunis pour enlever la Syrie et la Palestine à la tyrannie de Méhémet-Âli. On s*étonnera que la France ait été amenée à faire cause commune avec Toppressettr des maronites, ces Français d*oulre-mer, avec Toppresseur des populations chrétiennes de la Palestine , qui , pendant des siècles, ont redemandé la France comme le bon génie de leur liberté. Nos neveux s'attristeront en lisant dans nos annales qu'il fui une éiHjijiic où la nation Je (^hailemagne, de saint Louis et de Louis XIV soutenait la tyrannie musnlniane , armée contre les chrétiens du Liban. Ils ne s'expliqueront pas que nous ayons tourné le dos à la Syrie qui nous appelait , nous tendait les bras , nous offrait • son ciel , ses montagnes , ses vallons, ses richesses, et que nous nous soyons mis de ( ùitj pour donner à TAugleterre la facilité d'asseoir sa domination dans le vieux royaume de Godefroid el de B.ujdouin , dans celte contrée où le sang français coula tant de fois , el dont la poussière s'esl mêlée à la sainte poussilTC de nos aïeux !
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GHAPmUB mUL 300
Le monde a toujours été plein de conlradiclions ; mais la question J'Orient aur;i lait éclater les contradictions les plus énormes. II y avait en Egypte un impitoyable génie qui se nommait Méhémet Aîi , et la presse française, vouée aux doctrines de liberté et de progrès, entonnait des dithyrambes en faveur de celui qui broyait les peuples! Une mesure quelque peu illégale en France provoquerait leur indignation, exciterait leur verve généreuse, et là-bas dans la vallée du Nil , dans les niuntagnes du Liban el les plaines de la Palestine, le despotisme, ailublé de je ne sais quel manteau de civilisation, écrasait les peuples tout à son iise! La nation maronite, attachée à notre patrie depuis six cents ans, coupable de haine contre son tyran, devenait la proie de la vengeance égyptienne, et la plupart de nos journaux annonçaient avec satisfaction que la révolte du î iban était réprimée ! On n'a pas eu la vérité d'au delà les mers , el notre influence a été tristement compromise. Qu'on pardonne à l'historiea de Jérusalem la vivacité de ses regrets !
Nous dédaignerons de parler d'un étrange projet dont les journaux ont retenti l'an dernier, celui (Tune prinrîpauté juive en Pnlestinc ; il y avait dans ce projet une profonde ignorance des sentiments et des peuples syriens, chrétiens et musulmans: pour qu'une principauté Israélite pijt s'établir en Judée, il faudrait que ce pays commençât par devenir un complet désert. La race déicide est tombée en Orient dans le dernier degré de l'abaissement et du mépris.
Ce n*est ni aux juifs ni aux musulmans qu'est réservé le pays de Palestine, berceau et tombeau de celui qui a des autels partout où il y a des hommes; la Syrie appartient au christianisme ; les intérêts de la politique européenne et de la civilisation orientale nous commandent d'y établir un royaume chrétien. Par la seule force des idées vraies, par la seule puissance de la logique el de la raison éternelle, Jérusalem et la Palestine sortiront de leurs ténèbres el de leur servitude; les lieux qui parlent si vivement an
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SIO HISTOIRE DE J1&IUISÀ1.K1I.
rœui' (le loulos les luiiions de 1 Europe ieronl remis eu honneur; un large io)er de civilisation se rallumera sur cette terre d'oii la croix a projeté ses rayons lumineux vers tous les points de l'univers ; un royaume en Palestine, placé sous la garde de toutes les puissances deTOccident, destiné à resler neutre dans les questions politiques qui peuvent agiter le monde , mais destiné à porter toujours bien haut la croix, drapeau de gloire, de lumière et de liberlé , serait un facile et nierveillcux moyen de civilisa* lion au milieu de cet Orient dont la face doit se renouveler. Il faudrait, pour l'accomplissement de ce vœu , moins d'riloi Is et de sacrifices qu'il n'en a fallu pour la fondalion du nouveau royaume de la Grèce, et la génération qui aurait eu 1 iionneur de participer à cet œuvre serait réputée grande parmi les générations des âges modernes.
11 ue faut pas que la France , le vieux pays des croisades, qui , pendant six siècles a exercé en Orient la plus haute iûtlueuce européenne, se laisse ravir la gloire de Tiniliative pour une telle entreprise; celte gloire devient pour elle un droit cl un devoir. La France, par le seul souvenir des rois qu'elle donna jadis à Jérusalem, tiendrait le premier rang dans Jérusalem chrétienne , mais chaque nation d'Europe y aurait son représentant. Les cent cinquante mille maroailes du Liban seraient une magnifique res* source pour ce nouveau royaume franc, et depuis Gaza jusqu'à Anliocbe, depuis les rives de la Méditerranée jusqu'an Jourdain , la terre , habitée par des populations accourues de notre Europe trop pleine d*hommes , rerien* drait à la prospérité des anciens jours. Nous n*entrerons point ici dans les détails des moyens d'établissement d'un royaume chrétien en Palestine ; mais si les cabinets inclinaient vers cette idée, nous en ferions le sujet d*un mémoire particulier.
Tout ce que nous avons vu dans les diverses contrées d'OrienI nous a révélé la déroute de Tislamisme; les réformes tentées par les sultans ne font que précipiter la dissolution de leur empire. L*hettre des funérailles du vieux
GOAmRK XXXIfl. *SM
colosse n'est pas éloignée; les ujusulmaus la pi tbseiiteut , leurs IradilioDs l'ont prophétisée. ÎNous croyons que la haine fanaliqiie des disciples du Coran livrera cnoore quelques combals: nous croyons que rÉ|^yp(c, abandonnée de la France, rnaUrailée de rKurope, pourrait bien se réunir à la Porte pour essayer un dernier et commun effort contre les invasions chrétiennes, mais quand les musulmans verront s avancer le destin contre eux , ils plieront leurs tentes et s'enfairont bien loin , laissant la place au génie de la victoire qui est pour eux la manifes* lation de la volonté de Dieu.
L*Anglelerre , ce terrible Tautour du monde politique, s*cst abattue sur le Liban, aux bords du Mil* de la mer Rouge et de Tocéan Indien ; la civilisation pour elle c'est rexploitation de Tnnivers à son profit. Le bonheur du genre humain veut que de vigoureux obstacles soient opposés au développement monstrueux de la puissance britannique. Pour que la chute de l'empire ottoman tourne à Tavantage de la civilisation de l'Asie , il faut qu'on arrête TÂnglelerre. Un seul moyen se présente, c'est l'alliance de la France avec la Russie; cele alliance qui réglerait les destinées du monde, pourra seule sauver Tavenir. La Russie, dont Tapparition sur la scène politique date du traité deCarlowicz qui constata l'affaiblissement des Turcs, s'est, placée à la fois en gardienne et en maîtresse auprès du colosse penché vers le tombeau , nïkis son habile et persévérant génie a besoin du génie de la France pour remplir lont son destin ; la France , de son célé, a b^in de ce grand appui pour triompher d*une ennemie dont la gloire est nécessairement l'abaissement delà sienne. L'empire d'Autriche porta des coups aux ottomans , el, depuis ce temps , a défendu plus d'une fois les intérêts des chrétiens d'Asie ; il doit concourir à l'œuvre de civilisation évangéliquequi suivra le renversement du croisant. Dans les événements de 1840 en Orient , ses marins et ses soldats semblaient se ressouvenir que le chef de la flotté qui écrasa , sur la mer de Lépante, les ottomans combattant
m HISTOIRE DE JÉRUSALEM.
pour Tempire da monde, se nommait don Juan d*ÀQlric1le« Il n'est pas d'nnité politique applicable aux diverses sociétés de notre globe, et à laquelle Vempire de Tunivers soit dévolu; mais il est une loi plus belle, plus haute, plus irrésistible, la loi cbrélieune , qui doit conquérir le monde. Le progrès social, c'est la marche perpétuelle vers l'unité ; ruuilé morale étant seule possible, c'est elle qui sera le dernier mol du genre humain. La civilisation évangélirjue, depuis dix-huit siècles, a poursuivi son chemin à Iravers les révolutions et la chute des Élals; elle a marché tantôt avec le bâton de Tapôtre, et tantôt avec Tépée du guerrier. Dieu se sert parfois des passions des hommes et | des malheurs des peuples pour l'établissement de la vérité. Le travail du nioude sur lui-même, est un travail de destruction , et souvent la Providence permet que les ruines soient fécondes. Oui, l'uni té morale est le destin suprême de l'univers. La France, qui fit les guerres de la croix, ce mouvement magnifique vers l'unité chrtHicn ne, la France, qui se montra toujours à la lèlc des sociétés européennes, a sa place marquée dans ce benn renouvellement de l'humanité. Son génie est un l^lhïc conquérant ; donnez-lui une idée ou un glaive; il fautqu't Uo aille en avant, qu'elle | s'élance au loin par ses armées, par ses écrivains ou par ses missionnaires. Le partage de l'Orient ne se fera pas sans nous; il serait aussi difficile d'étouffer le génie d'une grande nation que d'arrêter un soleil dans sa course. Notre France, quoi qu'on fasse, saura bien garder cette tri ni té des grands peuples : la religion, l'honneur, le patriotisme. Déjà nous sommes campés en Afrique, et les portes de l'Asie qui jadis s'ouvrirent devant nos pères, ne resteront pas fermées pour nous.
Une belle part est réservée au sacerdoce français dans ce mouvement de rénovation qui doit planter la croix sur ^ toutes les capitales de TAsie, comme nous plantions, il y a trente ans, notre drapeau sur toutes les capitales de l'Europe. L'Orient quittera le pâle linceul de Terreur pour revêtir la radieuse robe de la vérilé ; il échappera à la nuit
CHAPITUK XXXUl.
de Tislamisme connue le Ressuscilé de Bélhanie avait échappé à la nuit du cercueil, el c*est surtout le sacerdoce français qui, debout en face du cercueil moral de TAsie, appellera le divin Mailre à la délivrance de cet autre
Lazare.
Les diverses nations se réuniront donc un jour sous une même loi morale, el ce n*est pas en vain que la puissance de la vapeur, ce prodigieux moyen de rapprocher les distances, a élé donnée à notre âge. On ne verra plus qu'un seul troupeau el un seul pasteur. Quand s*accompliront ces temps, Jérusalem sera pour FAsie une seconde Rome catholique. C*esl alors que le genre humain , parvenu à Tunité chrétienne, sa lin dernière, sera trouvé assez heau pour être appelé dans les royaumes de la gloire incréée; c'est alors que Dien enlèvera de la terre la grande famille, comme on cueille un fruit mûr.
En terminant cette œuvre d'histoire, de morale et de religion au milieu des divisions qui sont devenues notre vie politique, nous portons un regard jaloux vers cette lointaine perspective d*une belle unité chrétienne. Nous sommes dans une époijue d'épreuve, de trouble et de peine, où les loyales inlelligoncos doivcnl se rapprocher et se fortifier les unes par les autres. Au jourd'hui , plus que jamais, il faui que les espiils el les courages se dévouent énergiquement à leur pays. 11 est temps que le moi fasse place à la patrie. A notre avis, le bien ne peut plus s'accomplir en France que par la couimunaulé des ii^j^lions droites el des eii'urls généreux.
vin DU DEUXIÈME Eï DEUMIEE VOLUME.
TABLE
CflAP. XVIll. Dcslincc de rinleHigonce. — Ce qui se pnssc n Jérusalem après la morl de Jésus-Christ. — Saint Pierre, saint Jacques, saint Élietme, Simon le magicien, la famille d'Uérode , 1
C8A?. XIX. Le roi Agrippa et les gonmoeart romaine. — Mspernon des apfttree* — Les grands hommes da premier fige chrétien 19
Cbap. XX. Siège et ruine de Jérusalem. (An de J.-C. 70.). . . 47
Cbap. XXI. Fin tragique des défenseurs de Massada. — Les hérésies des premiers temps. — Les évêques de Jérusalem,
— Bnine totale des Juifs sous Adrlim et rétablissement de
la ville sainte. (71-136 de l.-G.) 69 ^
Gb&f. XXII. Narcisse de Jérusalem. — Le concile de Césarée.
— Alexandre de Jérusalem. — Origène. — tfort d'Alexan* drc. — Persécution. (An 137-253.) 93
Chap. XXIll. Hymcnée de Jérusalem, — Martyrs de la Pales- • line. ^ Ce qui se passe après l'édit deCooslaotln. -» Fondation de l'église dn Saint-Sépnlere. — Concile de Jérusalem qui reçoit Arius. (ÎSSÎ-^ISfi,) 95
Cbap. XXIV. Saint Hihrion. — Commencement de la vie solitaire r>n Palestine. Saint Cyrille de Jérusalem. — L'empereur Julien. (,557-565.) 103