CHAPITRE XYII
Les différentes sectes Israélites : Les Pharisiens , les Saducéens , les Esséniens, les Galiléens, les Hérodiens, les Thérapeutes, les Kabalistes. — Considérations diverses sur l'enseignement chrétien.
Il nous faut poursuivre notre appréciation de la doctrine du divin fils de Marie, et nous devons parler d'abord des sectes ou écoles Israélites qui se disputaient l'empire religieux et philosophique à l'époque où Jésus-Christ commença sa prédication.
Durant les siècles écoulés avant la captivité de Babylone, quand retentissait la voix des prophètes avec la suprême puissance de l'inspiration divine, il n'y avait point de sectes Israélites. On se bornait à lire la loi, on ne l'interprétait point; les docteurs ne s'établissaient point les juges particuliers du sens de l'Ecris ture; la moindre dissidence religieuse eût été anéantie par l'imposante autorité des prophètes ^ Ceux qu'im-
* Guiuns, R^ubUqw du J7e6fetMB> chap xvu.
portunait le joug de la loi ne cherchaient point à raccommoder à leur guise, mais la repoussaient entièrement; voilà pourquoi il y eut, à ces diverses époques, on frénétique amour de Tiddlâtrie et pas une seule tentation de réforme religieuse. Dans les temps qui ont suivi le retour de h nation captive, la prophétie est muette, on n'entend plus ces grandes voix qui parlaient au nom du Seigneur. Les Sages dlsraêl ne sont plus là pour exercer leur incontestable suprématie spirituelle. En Vabsence de ce grand pouvoir régulateur, la libre interprétation des Écritures donna naissance à des opinions, à des associations diverses; il y eut alors une sorte de protestantisme hébraïque; comme on s'était jeté auparavant dans le culte des idoles par opposition directe contre Fimmuable caractère de la loi, on n'eut plus besoin* de se précipiter vers cette eitrémité opposée, et Tessor indépendant des esprits produisit des sectes à la place de ridolàtrie.
Dans le chapitre précédent, il a été plus d'une fois question des pharisiens, dont le nom veut dire séparation, distinetiotl; c'est la secte dont il est particulièrement parlé dans TÉvaûgile, et c'est celle qui se montra le plus constamment et le plus violemment hostile au Sauteur. Voyons donc ce qu'elle était, et, pour cela, interrogeons le peu de documents historiques qui peuvent tioUs donnef quelques lumières.
Josèphe* nous apprend que les pharisiens menaient une vie simple, qu'ils étalent opiniâtres dans leurs
* Antiquités judaïques, liv. XVIII, chap. ii.
doctrines, que leur respect pour les vieillards les portait à ne jamais les contredire. Tout en soumettant les choses humaines à la volonté de Dieu, ils comprenaient que l'homme était suffisamment libre d'aller à la vertu ou au vice, et le rendaient responsable de ses propres œuvres; ils croyaient à l'immortalité de l'âme, à des récompenses et à des châtiments futurs. Selon leur opinion, mêlée aux traditions pythagoriciennes, c'est en d'autres corps, plus subtils et plus glorieux sans doute, que devaient passer les âmes des justes. Leur manière d'honorer et de prier Dieu plaisait fort à la multitude. a Des villes entières, ajoute Josèphe, rendent témoi« gnage de leur vertu, de leurs mœurs et de leurs discours. » Les pharisiens avaient des statuts ou tradi* tiens qu'ils disaient tenir de leurs aïeux, et qu'ils observaient rigoureusement. La portion pauvre de la nation juive s'était ralliée à leurs enseignements; l'ascendant qu'ils avaient pris sur elle leur donnait une grande consistance politique; ils comptaient beaucoup de prêtres dans leur$ rangs, et le peuple les suivait, même en opposition avec les rois et les grands sacrificateurs de Jérusalem. 11 était utile, pour le gouver* nement de la Judée, d'avoir les pharisiens pour amis, très-dangereux de les avoir pour ennemis. Jean Hir* can, en se séparant d'eux, s'était trouvé sans force; ce fut surtout l'intervention des pharisiens qui fit passer aux mains d'Hérode la royauté des derniers descen* dants des Machabées.
La morale et la religion des pharisiens n'avaient point leur sanctuaire dans la conscience intime de
l'homme; elles n'étaient que des apparences; tout se bornait à des actes extérieurs. Les pharisiens croyaient avoir atteint la perfection suprême en s attachant strictement à la lettre de la loi. Le peuple, qui, d'ordinaire, ne s'arrête qu'à l'écorce de la vie/s'occupait peu de pénétrer dans l'âme de ces austères hypocrites. L'historien juif lui-même parle de leur vertu avec une complète bonne foi : remarquons d'ailleurs que l'éducation générale des Israélites ne leur permettait guère d'interroger en religion les replis du cœur. Les pharisiens avaient une existence de quatre siècles quand Jésus vint arracher le masque à leur figure et les frapper dans leur orgueil. L'Évangile nous offre la peinture la plus vraie de leurs mœurs et de leur caractère. Jean-Baptiste, préchant et baptisant au désert du Jourdain, les avait déjà traités durement : quelques-uns d'entre eux lui demandaient le baptême. c( Race de vipères, leur disait le précurseur, qui vous a appris à fuir les châtiments de l'avenir? » Le fils de Marie, faisant allusion à leur ardeur de prosélytisme, leur disait qu'ils couraient la terre et la mer pour gagner à eux ne fût-ce qu'un seul homme. Les pharisiens se scandalisaient de voir Jésus assis dans les festins avec des publicains et les gens de mauvaise renommée. « Ce sont les malades qui ont besoin de médecin, leur répondait le Christ, et non pas ceux qui se portent bien ; je ne suis pas venu pour appeler les justes à la pénitence, mais les pécheurs, d
Les pharisiens se gardaient de manquer à aucun de leurs devoirs dans le temple, et se mettaient peu en
peine des sentimentâ intérieurs. « Si tous vous soutenez à Tautel que votre frère a quelque chose contre vous, leur disait le Sauveur, laissez là votre offrande et courez vous réconcilier aveciui. » Moïse avait demandé œil pour œil, dent pour dent, et le fils de Marie recommandait de no pas se défendre, et de tendre Fautre joue après avoir reçu un soulllet. On trouve bien çà et là dans les anciennes Écritures quelques vestiges d'une tendance au pardon; le Seigneur avait ordonné dans Zacharie de ne pas se ressouvenir de la méchanceté de son prochain^ et avait annoncé ailleurs que cest à lui qu'appartient la vengeance. Toutefois c'étaient là des intentions écrites sans prescription formelle; nulle peine n'était prononcée contre celui qui gardait une rancune ou vengeait un affront, et les pharisiens étaient loin de chercher à réaliser les intentions de la loi. Le Christ les étonnait et les confondait en leur commandant d'aimer leurs ennemis, de bénir ceux qui les maudissaient, de faire du bien à leurs persécuteurs.
Les pharisiens donnaient TaumAne à son de trompe, se montraient publiquement avec un visage pflle pour attester leur jeûne» et le Sauveur voulait que la main gauche ne sût pas ce que faisait la main droite; il réprouvait les abstinences pratiquées par ostentation. Si la toute-puissante charité du Christ éclatait par queli|ue niracle le jour du sabbat, les pharisiens en témoignaient leur mécontentement. Ce qui les frappait, ce
* MàHiiam frooimi 9ui mutq^Êi9qu§ m r9CQgitH.
n'était poiat U bi^f«it diVi ixm Miibre,, qws ^ qa'iU ayyelaie&i la tialation dH jour sanctifié. Ji?siis lew dî^ii qu'au }Our du aabbat iU débvïeraieot \vm bi:^bî^ tombée dam «n foeisé^ ^ ^'m h/aauoe yaUit, bien «M brdli^îii; il le^r apjpdreitôit qm le as^bb^ eslk foU pom Vlmain^ at imm9^ paa rhommie pour le taiM^ Toi^ em g^4 de fai«9a^ vertu, le> fil» de Mark^ le& çw^iiara^ à doa aé|puler«8t blam^si» beaux çn dehors^ et a'eoler^ wmt que de ta po^fFituce. U lew i^^ocbait d'obbigeyi; les awtfee a dee^ de:Y(H?s> qu'iJa m $OQ(^ai^ poûit ^ remptir ^iiix->iii$«ies, et de i^efosev da teucheff di«i b<Ma4 du deigt l.ea fardet^Hoc dont ^ cheiirg^i^t \^^. épaujl^ de leurs M«e9. Ikh reebfQjpehaj^i p^aut tes ^ait^^ tMps, lea mMquea de tmfmt, ks pi^cwèrea plaçea» fj( ¥aul^nt êtye appelée lad^^Âtres,^ pèree» et decte«^rs, lémsk leur fépétait qi^'il M\é% m iâr e p^ît f(m «ot?e« dam bii«ya]^»e de8.eieiMik> et aefaûreili s^yijbeur de b^^ pàur deieiur grand pairmî lee* booimeftn Q» ae ra^j^l)» kl paraMe. te pbariekft et, da pubikaîa» tow le^ dou^ montés au temple pour y adresser leur prière à Itolk h'^^séffmami du: VU», de JM^ buBOAliaît œHte sf^ete sii^rbe et la rédufêaik peepét^Ueiftevt m ^ik^^'n mm naumssait-eltiB «mtire \m ime sege^ s^d^njb^;: ^ pharfeie«9, qui« pai^foi^,, avaient été as9^ ^ta^p^^ dicter la b>i «aïs ic^ia, (Mi^ mm^ pei^ lea précipitée di^i trtoe,. eo«ti{ibu!teeQt h vl»^ h \» ^^^mm^m^ ^ I h mort du, Qieu méA.
L'ée^l^ de» sadu^éen^, fondée pai: S^do^, anw m^ cienne que celle des pharisiens, unie à elle contre Jésus, ne partageait paale^ m,^ei^ doctriçe^; leui; partirait
v^ùim nombreux et se rencontrait surtout dans les classer riçhea. Ils plaisaient particulièrement aux rois et obtenaient les emplqis §t les honneurs; niais les pba* risiens, qui disposaient du peuple, avaient bien plus de pouvoir qu'eux. Les saducéens croyaient que Vân^e périssait ^lyec ie corps, appliquant la doctrine de Vimmortalité ou de la résurrection, non pas aux âmes, mais aux races; ih niaient la puissance du destin jot toute espèce d'inspiration surhumaine, soutenaient que le bien on le mal dépendent seulanient de nou§m,êmes S et que Dieu ne pirend pas garde à nos açr tiens; que la seule obligation était d'observer la loi sans reconnaître plus de sagesse à ceux qui l'enseignent*. liflL dureté et l'humeur farouche caractérisaient leurs rapports entre eux, bien difféi'ents des pharisiens^ qui se traitaient tous en amis et en frèreu, et ne s'écartaient jamais des formes douces et affectueuses. Lç sadwéens figurent sauvent dans TÉvangiie à \^ suite des pharisiens, et le Christ les envelappe dans la ^ême rèprobatiQn> Un jour, ^s partisans de cette secte, qui niait la résurrection, dans V^spoir d'en^ bôrrasser le Ss^uveuir, lui proposèrent. U question avivante ;
a Maître, lui dirent-ils,, Ifteïse a. ècfit v Si le frère marié meurt sans enfant, SP^^ frère esi obligée d'épouser la veuve pour donner une pqstérité ^ik inort., Or il, y avait sept frères dont le premier était mort sans en-
* JoBèpho, Histoire des Juifs, liv. 1^1)1^ ^ha{^ i;v
* Hutoire des Juifs. \\y. XVIII, «baj^ |^«
fant; le second épousa la veuve et mourut sans avoir un fils ; ainsi firent le troisième et les autres, et tous les sept quittèrent ce monde sans postérité. Enfin, après eux tous, la femme mourut aussi. Lors donc que la résurrection arrivera, duquel des sept frères serat-elle l'épouse après Tavoir été de tous successivement? — Les enfants de ce siècle se marient, leur répondit Jésus; mais ceux qui seront jugés dignes du siècle à venir et de la résurrection glorieuse ne se marieront plus, n'épouseront plus de femmes, car alors ils ne pourront plus mourir ; ils deviendront les égaux des anges, et, comme ils seront des enfants de la résurrection, ils seront enfants de Dieu. Quant à la résurrection des morts. Moïse Ta annoncée lui-même lorsque, étant près du buisson, il a appelé le Seigneur Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac. Dieu de Jacob. Or Dieu n'est point le Dieu des morts, mais des vivants, car tous sont vivants devant lui. » Alors des scribes dirent à Jésus : « Maître, vous avez bien répondu*. »
Il est une secte, la troisième des principales écoles de Judée, qui n'a laissé aucune trace dans les quatre évangélistes, mais qui est curieuse à étudier, parce qu'elle se rapproche du caractère et du spiritualisme chrétien, c*est la secte des esséniens ou esséens , dont le nom exprime leurs efforts pour la perfection ou la sainteté. Philon le Juif* et Josèphe' en ont parlé avec détails;
* Saint Luc, chap. zx.
* Quod liber tit quisquit virt. 9tu,
* Gv9rr$ det Juifi, liv. H, chap. xn.
nous puiserons à ces deux sources pour notre appréciation rapide.
Les esséniens différaient d'abord du pharisaïsme et du saducéisme par l'absence de toute prétention politique; ce qui les préoccupait, c'était un progrès moral, et non point l'envie de se mêler au gouvernement de la nation. Ils avaient trouvé ou adopté le principe de la communauté , vivaient en frères , et parmi eux il n'y avait ni riches ni pauvres; une égalité parfaite était leur première loi. Leur vie était un combat contre les voluptés et les passions; ils avaient rejeté le mariage, parce que la femme leur paraissait d'une trop mobile nature, et les soins de la famille trop embarrassants; mais ils se dévouaient aux enfants qu'on leur confiait, et se chargeaient dé leur éducation et de leur vie avec une affection paternelle. Toutefois parmi eux se trouvait une classe qui adoptait le mariage, condamnant un sentiment qui, s'il était embrassé partout le monde, aboutirait, disaient-ils, à l'extinction de la race humaine sur la terre. Les esséniens portaient des vêtements blancs comme les adeptes dePythagore; en voyage, ils logeaient chez un de leurs frères, car les hommes de cette secte étaient répandus sur divers points, principalement dans les villages; le bruit des cités ne plaisait point à ces amis du recueillement.
Les esséniens regardaient le destin comme un pouvoir qui plane sur le monde, et mène tout à sa guise. Avec une telle idée de la condition des hommes ici-bas^ on s* étonne de leur croyance aux dogmes de l'enfer et du paradis : la priyation du libre arbitre doit au moins
exclure toute peiae dans la vie à venir. Les esséniei|s s'interdisaient tout discours et toute occupation profo* nés sivaut le lever du soleil; leurs entretiens ne roulaient
Sue sur des sujets religieux. Un peu avant l'apparition e Tastre du jour, ils priaient Dieu de rendre au monde 9on flambeau. Après avoir passé la matinée dans le travail , ils se purifiaient dans de Teau froide , et puis mangeaient tous ensemble et en silence : un prêtre bénissait la frugale nourriture qu'on allait prendre» et remerciait Dieu de ses dons; il prononçait aussi une prière après le repas. Les esséniens retournaient à leur ouvragef juscju'au repas du soir. Leur» travaux n'avaient rien de commun avec les spéculations et les ambitions humaines; ils se bornaient h la cuUure des champs. Us étudiaient les livres qui traitent de Tame et ceux qui traitent du corps; ils s'occupaient de ce qui peut perfectionner le moral de Vbomme, et s'occupaient aussi des plantes, des métaux dont les propriétés servent $t la guérison des maladies. Le calme régnait dans leur demeure; chacun y avait sa cellule, et chacun sa ser. vait soi-même. Des homipes qui ne s'étaient jamais vug se mettaient tout à coup à vivre d'une même vie , à s'aimer, à s'entr'aider, Rien ne se faisait sans l'avis des supérieurs, si ce n'est l'aumône aux pauvres, et, lorsque les esséniens soulageaient les malheureux, la compas* sion était leur seul mobile, La douceur, l'wour de la paix, la fidélité aux promesses, formaient le caractère général des essémens ; ils avaient peu de confiance dans les hommes qui, pour être crus, ont besoin de prendre Dieu h témoin ; Us s'abstenaient de jurements. I^ur
extrême sobriété prolongeait leurs jGun i beaucoup d'entre eux vivaient jusqu'à cent ânâ.
Un noviciat de troii^ cins précédait Faduaission dans leur communauté : c'était un temps d'épreuve imposé aus postulants. Le jour de son entrée danft la salle des repas ou le réfectoire , avant de prendre place parmi ses frères, l'essénien nouvellement admis promettait, une dernière fois et solennellement , d'bonorer et de servir Dieu de tout son cœur, d'observer la justice envers les hommes, de ne faire volontairement aucun mal à autrui, de détester les méchants, d'assister les gens de bien, de garder la foi à tous, et particulfèrement aux rois , qui tiennent leur puissance de Dieu. Il promettait, en cas d'élévation à une charge publique, de ne pas maltraiter ses inférieurs, de garder les mêmes vête* ments que ses autres frères, de continuer à rester sim* plement leur égal; il promettait encore d'aimer la vé* rite, de ne point souiller ses mains par des larcins, de ne rien cacher à ses frères en matière de religion, et de ne rien révéler aux étrangers, même en face de la mort; de n'enseigner que la doctrine qui lui avait été enseignée^ et d'en conserver précieusement les livres^ ainsi que les noms de ceux de qui il les avait reçus.
La société se partageait en quatre classes : les plus jeunes entouraient les anciens d'un respect religieux. Quelques esséniens, les plus vertueux et les plus versés dans la connaissance des saintes Écritures, se vantaient d'y découvrir les choses de l'avenir. H arrive rarement, ajoute naïvement Josèphe, qu'ils se trompent dans leurs prédictions. Il n'étëit pas permis à un essénien de man-
ger avec un étranger : lorsque, pour une faute grave, on le chassait de la communauté, il se trouvait réduit à vivre de Therbe des solitudes. Afin de donner plus d'autorité à leurs arrêts, les esséniens s'assemblaient toujours au nombre de cent pour juger. Après Dieu, c'est leur législateur qu'ils révéraient le plus; celui qui en parlait avec mépris encourait la peine de mort . Nul n' observait aussi rigoureusement le sabbat que les esséniens. Ce jour-là, ils se réunissaient dans leurs synanogues, écoutant la lecture et l'explication de la loi. Au rapport de Pline, on ne rencontrait des esséniens qu'en Palestine, et leur nombre ne s'élevait pas au delà de quatre mille.
Josèphe raconte que, durant la guerre des Juifs contre les Romains, les esséniens persécutes préférèrent mourir plutôt que de dire du mal de leur législateur et de toucher aux viandes , dont l'usage leur était défendu par leur religion. Les tourments ne leur arrachaient ni plaintes ni larmes; ils souriaient en face des bourreaux; et, pour prix d'une fidélité courageuse, se promettaient d'immortelles félicités.
Telle était cette secte, la plus avancée des sectes israé-* lites, et dont la morale avait pour mobile et pour principe, comme l'observe Philon, l'amour de Dieu, l'amour de la vertu et l'amour des hommes. Sa gloire est d'avoir, par son esprit et ses tendances, pressenti l'Evangile et les associations monastiques. Ni les livres renfermant les doctrines des esséniens, ni le nom de leur législateur, objet d'une vénération si profonde, ne sont parvenus à la postérité; cela s'explique quand on songe qu'un mys*
ière envelappait leur association, et qu'une de leurs obligations les plus sévères était de ne pas révéler leurs enseignements aux étrangers; on peut en conclure aussi qu'aucune intelligence vraiment supérieure ne s'était rencontrée dans la communauté des esséniens. Le secret imposé aux disciples qui composaient Finstitut dePythagore n'a pas empêché les Vers DoréSy ce monument des traditions et des doctrines du grand homme de Samos. Et, puisque nous venons de prononcer ici le nom de cet illustre penseur de l'antiquité lointaine, observons que renseignement des esséniens offirait un mélange de préceptes judaïques et de théories morales empruntées aux pythagoriciens; la philosophie grecque avait passé en Judée et frappé quelques esprits contemplatifs. En reproduisant les principaux traits qui peignent un essénien, nous nous rappelions la vie du pythagoricien, devenue le synonyme d'une vie exemplaire, selon les expressions de Platon ^ L'association fondée par le vaste génie du philosophe samien eut à lutter, comme la communauté essénienne, contre d'horribles persécutions, et, à la fin, se trouva misérablement dispersée dans le monde.
Hérode protégeait les esséniens, et l'explication qu'en donne l'historien Josèphe est curieuse. Un essénien , nommé Manahem, avait vu Hérode étudier à l'école avec des enfants de son âge, et lui prédit qu'il régnerait un jour sur les Juifs. Le jeune écolier hésitait à croire à un tel avenir; Manahem, lui donnant un petit
i Répubîique.
50ttp sur répauje, lui rappela sa parole prophétique, lui traça les devoirs d'un bon roi, el en même temps lui annonça que son impiété ^vers Dieu et son injustice envers les hommes souilleraient la prospérité et la grandeur de son empire. Lorsque Hérode fut roi, il se ressouvint de la prédiction de Tessénien et le fit venir pour lui demander s41 aurait au moins dix années de rogne : « Vous eh aurez vingt, trente, » répondit Hanahem; le nouveau souverain des Juifs renvoya son prophète avec de grands honneurs, et depuis lors se montra toujours favorable à la communauté essé* menne.
Nous nous sommes arrêté longpement aux esséniens, parce qu'on a prétendu que Jésus-Christ était worti de leur école; nous avons fait ressortir ce qu'il y '^.vait d'excellent dans leurs doctrines et leurs mœurs pour nous donner ensuite toute la liberté de signaler l'in^mense intervalle qui les sépare de l'enseignement du Fils de Dieu.
En rejetant le mariage, les esséniens brisaient la pierre angulaire du monde social, supprimaient Télé^ ment constitutif de la grande famille ; Jésus apportant à la société son organisation providentielle, ennobht et consacre le mariage, affermit les lois du foyer, introduit Tordre et la sécurité dans le sanctuaire domestique; il déclare que l'époux et l'épouse seront deux dans une seule chair, et répète qu'ils ne seront plus deux, mais qu'ils formeront une seule chair*; Moïse avait permis
' Saint MarC; cbap. i, ven. 8.
-^ 565 qu'on répudiât sa femme en liïi délivrant un acte de répudiation * ; le Sauveur défend à Thomme de séparer ce que Dieu à uni. La facilité du divorce amenait d'effroyables désordres dans les anciens âges. En le pro- Si^rivant, le Christ verse dans la société une puissante via qu'elle n'avait jamais connue.
Les initiés esspniens promettaient de haïr les méchants, et Jésus conversait affectueusement avec les pécheurs et s'en allait disant que c'était pour eux qu'il était venu. Et qui donc, avant lui, avait ordonné a l'homme d'aimer ses ennemis et de prier pour eux? L'essénien ne devait pas manger avec un étrangerr ne devait rien révéler de sa doctrine. Cette communauté, où se pratiquaient de hautes vertus, où se répandaient de belles lumières morales, était impénétrable et murée; les esséniens gardaient pour eux tout ce qu'ils savaient) ils cachaient en quelque sorte sous les plis de leur tunique le flanU)eau qui les éclairait; ces avares du monde moral faisaient perpétuellement sentinelle auprès de leur trésor pendant qu'on mourait de faim autour d'eu:$.
Que fait Jésus-Christ? Il n'y a pas d'étranger pour lui ; il appelle tout le monde au banquet de la vérité; non-seniement il enseigne dans le temple, mais encore dans les maisons et sur les places publiques, aux bords des chemins, des fontaines, des jDIeuves et des mers; il recherche* il instruit toute créature faite à l'image de son Père; il n'enferme pas les salutah'es clartés sous
1 Deutironome.
le boisseau; il n'emprisonne pas la lumière dans je ne sais <{uelle mystérieuse retraite; mais il inonde l'univers des splendeurs du vrai, du juste, du beau. Dans l'association essénienne, comme dans les associations philosophiques et religieuses de l'Egypte, de l'Inde et de la Grèce, il y avait quelque chose d'étroit, de personnel, qui était infiniment loin de ce caractère civilisateur de la doctrine du Christ ouvrant ses deux bras au genre humain. On ne rencontre plus ici les lenteurs de l'initiation; il n'est plus besoin de passer des années sur le seuil de la demeure où réside un peu de vérité, et Jésus ne trace pas des limites au delà desquelles l'erreur gardera son empire; après qu'il a luimême rempli sa mission sans repos : « Allez, dit-il à ses disciples, allez, enseignez toutes les nations. i> II portait dans le creux de sa main un océan de vérité et voulut le faire déborder sur le monde.
Les esséniens avaient placé au-dessus de nos têtes un inflexible destin ; au lieu du sort planant sur les hommes, Jésus nous montre notre père qui est aux ciEux. Les esséniens, comme tous les Hébreux, se regardaient comme des frères; mais c'était là une fraternité israélite, le fils de Marie prêche une fraternité universelle. Devant cet enseignement, qui ne pouvait sortir que du cœur d'un Dieu, les préjugés de nations et de races doivent tomber, les lois de la guerre doivent s'adoucir, les haines de peuple à peuple doivent s'effa . cer^ la civilisation doit finir par couler à grands flots sur toute la terre. Jésus-Christ ne pouvait donc pas plus sortir de l'école des esséniens qu'il ne l'aurait pu
des écoles de Pythagore et de Platon; il y a entre eux et lui une incommensurable distance; le Fils de Dieu laisse derrière lui le législateur inconnu qui avait établi la secte essénienne, comme Toiseau du soleil, s'élançant vers la radieuse voûte, laisse le passereau voltiger humblement autour des buissons du chemin. Du reste, il est permis d'affirmer histonquement que Jésus ne fit point partie de celte secte; les contemporains n'auraient pas pu Tignorer, et les gens de Nazareth, qui ne l'avaient jamais perdu de vue, n'auraient pas été aussi étonnés de la mission que ce charpentier de leur cité s'était tout à coup donnée.
Comme Jésus était de Galilée, ses ennemis le soupçonnèrent d'appartenir à une association galiléenne qui venait de se montrer. Un homme de ce pays, appelé Judas, et un pharisien nommé Sadoc, avaient soulevé le peuple contre un recensement opéré par Cyrénius, gouverneur de la Syrie; ils disaient que le gouverneur romain se préparait à réduire la Judée en servitude et qu'une rébellion énergique de la part des Juifs obtiendrait les secours de Dieu. Les mécontents, les méchants, tous ceux qui aimaient la nouveauté, se rallièrent au parti de Judas; le sang coula et des crimes se commirent au nom de la liberté publique ; la guerre aux riches devint le mot d'ordre des séditieux. A la suite de longs brigandages, le parti de Judas s'était changé en une quatrième secte qui avait adopté les doctrines morales et religieuses des pharisiens. Mais un trait particulier distinguait Tassociation galiléenne, c'était un ardent amour pour la liberté et une haine profonde
contre le pouvoir ) les Galiléens reconnaissaient Dieu seul pour roi ; ils étaient prêts à subir d'horribles tourments plutôt que de donner à un homme ^ quel quUl fût, les noms de Seigneur et Maître; ils trouTaient impie de payer le tribut aux Romains. « C'étaient, disaient-ilSf égaler les hommes à Dieu, d
Ponce Pilate avait fait massacrer plusieurs de ces amis passionnés de la liberté politique pendant qu'ils offraient des sacrifices. On raconta cet égorgement au Sauveur, qui se contenta de répondre : «l Pensea-Yous que ces malheureux fussent les plus grands pécheurs de toute la Galilée?... Il en est d'eux comme de ces dixhuit hommes sur qui tomba la tour de Siloé et qui périrent ; croyez-vous qu'il n'y avait pas de plus 6oupables qu'eux à Jérusalem^? » Les pharisiens et les hérôdiens auraient bien voulu quelque prétexte pour jeter sur Jésus tout l'odieux qu'inspirait la secte galiléenne, et perdre ainsi le fils de Marie dans l'esprit du gouverneur romain; c'est alors qu'ils imaginèrent d'envoyer demander au Sauveur s'il fallait payer le tribut à Gésar. On sait la réponse qui fut faite; cette réponse fermait la bouche à ces ennemis d'un jour que le Rédempteur rencontrait sur ses pas, et posait, pour servir de règle à travers les temps, les devoirs des peuples vis-à-vis des rois.
Nous avons écrit tout à l'heure le nom des hérôdiens. C'était une association ainsi appelée d'Hérode le Grand, dont elle aurait voulu faire le Messie. Les victoires
* Saint Luc, chap. xiii.
Gt les richesses de ce prince ataient para comme des signes certains qui l'établissaient le libérateur long^ temps promis ; les hérodiens ne se formaient du Messie qu'une idée grossière; or la magnificence de Tlduméen répondait bien autrement à leurs terrestres espérances que la divine pauvreté de l'artisan de Nazareth. Ils suivaient en matière religieuse les mêmes voies que les saducéens. L'histoire a peu parlé de cette cinquième secte israélite, et tout ce que nous savons de particulier y c'est que l'anniversaire de la naissance d'Hérode était pour elle un jour de fête solennelle.
Pour nous faire une plus complète idée de Tétat des opinions religieuses à l'époque du Messie, notis sortirons de la Judée; nous irons visiter autour d'Alexandrie et du côté du lac Mœris les Thérapeutes, dont le nom grec nous indique leurs mystiques études dans le but de guérir les maladies de Tâme. Nous ne reproduirons point ici tous les détails que nous a transmis Philon^ sur leurs pratiques et leurs habitudes, et qui annoncent chez les Thérapeutes une évidente parenté reli* gieuse avec les esséniens. Les Juifs emmenés ou retirés en Egypte à la suite des diverses calamités tombées sur Jérusalem avaient pu mêler les sonvetiirs de la loi des aïeux aux doctrines de l'institut pythagoricien, dispersé alors aux bords du Nil comme en d'autres contrées de l'Orient. Munis de ce pieux mélange^ les plus fervents adorateurs de Jéhovah^ donnant leurs biens, fuyant les cités, cherchaient dads les profondes retraites l'oubli
' iHlaVie eontempUUw€.
des malheurs de la patrie hébraïque et un aliment à leur besoin de repos contemplatif. Ils montraient ainsi les premiers exemples d'associations monastiques dans ces contrées où Paul devait ouvrir la voie d'une perfection ascétique bien autrement divine. Les rigueurs de la vie de ces moines Israélites les ont fait prendre pour des chrétiens; mais il est certain que» longtemps avant Jésus-Christ, les Thérapeutes méditaient et priaient dans leurs cellules ou semnies, qu'ils chantaient de. graves cantiques d'adoration dans leurs assemblées, et mangeaient, une seule fois par jour, après le coucher du soleil, du pain et des racines assaisonnées d'un peu de sel. Philon nous apprend que les Thérapeutes recevaient parmi eux des femmes au décUn de l'âge et vouées au célibat; ils avaient, après chaque période de sept semaines, une fête qui se terminait par des chœurs de danses sacrées; ces danses, dit Philon, offraient une image des chœurs et des harmonies célestes. Les Thérapeutes étaient fort avancés dans le spiritualisme et la mortification de la chair. Lorsque saint Marc fonda une église à Alexandrie, il trouva dans l'association des Thérapeutes une préparation heureuse à recevoir l'enseignement chrétien.
Au milieu des écoles ou des partis hébraïques que nous venons d'apprécier, il existait une sorte d'association philosophique et religieuse qui possédait un système particulier pour l'explication de Dieu et du monde, et qu'on regardait comme dépositaire du sens caché des Écritures : c'étaient les cabalistes. Il ne nous appartient pas de nous en occuper longuement, car nous ne pour-
rions trouver dans leurs doctrines le moindre rapport BTec la mission religieuse du fils de Marie; mais il importe de les mentionner. Les cabalistes, comme leur nom^ l'indique, recevaient par initiation des enseignements qui restaient secrets. En partant de l'idée que chaque passage des livres saints renferme un sens visible et un sens caché, ils se lançaient dans l'immensité des spéculations incertaines. Un recueil* imprimé dans la dernière moitié du dix-septième siècle nous a transmis ce qui a été écrit sur la cabale rabbinique : ce sont d'épaisses ténèbres amassées par les caprices de l'imagination d'Orient. Une comparaison tirée d'un ancien fragment cabalistique nous fait comprendre comment les hommes de cette école expliquaient Dieu et l'univers. La matière n'est pour eux qu'une certaine forme accommodée à notre organisation; ils supposent une substance étemelle qu'ils appellent la lumière de Vinfini; elle circule dans l'univers par des canaux qui s'arrosent et s'illuminent mutuellement jusqu'à la splendeur et à la bénédiction de tout le monde, semblable au sang coulant de l'une à l'autre veine et entretenant ainsi la vie dans le corps de l'homme Ce système d'un tout étemel, soutenu, animé, vivifié par une sève immense, c'est le panthéisme tel que l'enseignaient Xénophane de Colophon, Démocrite, Êpicure, Straton, tel que Spinosa l'a renouvelé il y a deux siècles et qu'on le reproduit encore de nos jours'. Les cabalistes avaient imaginé
* Kabla veut dire, en hébreu, réception.
* Knorrius de Rosenroth : Kabaîa denudata,
' Dans un écrit de M. de Lamennais, intitulé De la BtUgionj nous
des sériée ou des ehainés par lesquelles on pouyaii remonter des choses ioférieures aui choses supérieures^ de la terre au ciel. Nous ne dirons rien de la cabale magique ou pratique, qui naquit de la cabale spéculatiye et qui s'est perpétuée sous des noms divers en Orient et en Occident.
Telles étaient ces écoles ou assodations hébraïques, qui, de loin, Se perdent si obiscurément autour de la rayonnante imagé du Sauveur du monde. Il nous fallait constater Tétat des esprits et des doctrines en Judée et en Orient alors que ce jour de vérité se levait si beau/
Ceux qui croient attaquer la divinité du christianisme eh y découvrant des rapports avec les philoso* phies anciennes et les enseignements précédents ne Font jamais compris. Jeaii-Bapliste n'a pas été le seul préCuràeiir du Christ. Durant lés quatre mille ans antérieurs, chaque vérité qui est entrée dans Tesprit de Fhomme a été cotnme un bienfait du ciel pour remettre le monde en des routes meilleures. Depuis Moïse, à qui DieU avait parlé comme un ami parle à son ami) jusqu'à Plat(>n, qui, dans un prophétique
trouvons iltie d^firïitiod dô là créakioti toàt à fait Gonfbrme à la pensée et h l'imagé de Tancienne école 6abalisti<{ae : « .,* La force, la forme dans ses innombrables variétés, la vie, qui en est le lien, ^ circulent (dans la création)^ en quelque mâMèi'e. cdmitie la ééve dans la plante, comme le sang dans les animatii, d'un itioiivemeiit qui ne 8*arrête jamais ; et de ce mouvement étemel, universel, résulte, par l'union des êtres entre eux et avec leur auteur, que perpétuellement il opère l'unilé de la création, qui se résout dans Dieu même. » Ceci est donc une nouveauté philosophique qui date de vingt-cinq siècles !
rayon de génie, vit le Juste rais en croix, jusqu'à Phi- Ion, rillustre juif d'Alexandrie, dont les traités renferment une si haute morale, tout homme mis en possession de quelques clartés, de quelques notions utiles au genre humain, a été comme providentiellement chargé de préparer la Voie du Seigneur : Jésus se montre à nous comme la représentation magnifique de la vérité universelle oubliée, perdue ou dispersée, comme Fadorable complément de tout ce que le monde a jamais pressenti de grand et de vrai.
Cette doctrine n'est pas nouvelle : cent cinquante ans après la mort de Jésus-Christ, saint Justin, le philosophe de Sichem, dans sa première apologie adressée à Tempereur Antonin le Pieux, disait que, même avant la naissance du Sauveur, il y avait eu des chrétiens, parce que, ajoutait-il, Jésus-Christ est le Verbe de Dieu et la raison dont tout le genre humain participe : ceux qui ont vécu suivant la raison sont chrétiens.
Les lumières qui se sont montrées en Palestine à rapproche du Verbe incarné ont précédé sa gloire, mais ne Tout point diminuée. Chaque matin, Tunivers nous oiîre une image de ce qui s'accomplit alors, et c'est là une loi de l'harmonie éternelle. On ne passe pas tout à coup de la nuit au soleil ; des clartés courant dans l'espace vous avertissent que la venue du grand astre est prochaine; Thorizon blanchit et s'illumine. Ainsi des rayons précurseurs annonçaient Jésus-Christ, ce soleil de la création morale.
SUITE DU CHAPITRE PRÉCÉDENT
Que de choses nous aimerions à redire pour saluer cet Évangile qui se dresse sur l'univers comme un drapeau de lumière, de consolation et de liberté!
Ce fut une étonnante parole que celle qui fut entendue un jour sur la colline des Béatitudes, à peu de distance du lac de Génésareth : c( Heureux ceux qui pleurent I » disait la divine voix. Jusque-là on avait dit : « Heureux les riches I heureux les puissants ! heureux ceux qui, par Topulence ou par la force, font de leur vie un enchaînement de désirs remplis, d'ambitions rassasiées I )» Mais qui eût songé à proclamer le bonheur dans les larmes, dans les afflictions? L'antiquité païenne était sans entrailles ; elle interdisait la pitié comme une lâcheté; les vaincus, les pauvres, les infirmesy tous les hommes déshérités des biens de la vie, étaient réprouvés; la faiblesse et la souffrance n'avaient
guère le droit de s'adresser aux dieux : les maîtres de rOlympe ne regardaient avec complaisance que les dominateurs et les forts. On peut dire qu'ils aimaient surtout ceux qui n'avaient pas besoin d'eux; ils souriaient aux grandeurs et aux joies de la terre, jamais aux visages abattus, aux pâles fronts sillonnés par les durs travaux. Puis, voilà qu'on enseigne que la douleur est un bieji, qu'elle est sainte et féconde, qu'elle ennoblit l'homme et le prépare aux plus hautes destinées ; qu'elle n'est point un signe de honte et de délaissement, mais un sceau d'élection et de gloire, une mystérieuse loi qui ferme l'abîme et ouvre les cieux. Oui, vraitaent, c'était là une bonne nouvelle aimoncée à l'univers. Les dieux anciens avaient rejeté de leur face les trois quarts et plus du genre humain. Le Dieu nouveau appelait à lui, avec des accents de miséricorde et d'amour, l'humanité tout entière. Le paganisme et le christianisme se trouvent appréciés par ce seul fait; l'invention humaifie et la révélation divine sautent aux yeux.
Une remarque à faire, c'est que, pendant quatre mille ans, h genre humain fut sans consolateurs. Alors, comme aujourd'hui , on voyait tomber dans les bras de la mort ses amis, sa famille, et nul n'avait le secret d'adoucir les blessures du cœur. On se séparait des compagnons et des soutiens de ses jours ; ce qu'on avait chéri disparaissait dans le silence d'une impénétrable nuit, dans la morne profondeur d'un tombeau ; les vers^ hideux convives du sépulcre, dévoraient les objets d'une vive affection ; on restait seul^ on ne re«
trouvait plus autour de soi ces regards, ce sourire, où se peignait une âme bienveillante ou tendre ; on n*entendait plus ces voix qui tour à tour apportaient les conseils de Texpérience, les douces assurances de l'amitié : la mort laissait dans une effroyable solitude celui qu'elle n'avait pas voulu frapper ; auprès de lui venait bourdonner la parole humaine, impuissante et glacée; elle le plaçait dans lalternative du désespoir ou de l'oubli, qui est une seconde mort! Oh! comme la sensibiUté souffrait dans l'ancien monde! comme les cœurs aimants devaient se briser ! Rien alors de plus épouvantable que le cercueil; une ténébreuse confusion enveloppait les doctrines de la vie à venir, et le trépas était une séparation toute pleine d'inexprimables angoisses. Durant quarante siècles, les hommes ont versé sur les tombeaux des larmes sans espérance.
Si les consolateurs manquaient au genre humain autour des cercueils, ils lui manquaient aussi dans les pénibles luttes contre la faim,- contre les souiïrances, contre Tiniquité. Pas un coin de terre, pas un coin du ciel d'où pût venir une douce parole aux misérables mortels condamnés aux tortures d'ici*bas. L'aveugle loi du destin, sous laquelle ils se croyaient placés, était un tyran qui mettait sa joie dans les gémissements, les ruines, les funérailles : c'était le génie du mal se faisant le pasteur des hommes; c'était quelque chose de pareil à ce monstre dont nous parle le poëtc, qiii dévorait dans son antre des créatures humaines. Les enfants de la terre s'en allaient comme des bétes de somme sous le bâton d'un farouche gardien, ou vi-
vaienf comme des esclaves travaillant dans le domaine de celui qui les a achetés. Les clartés du génie* sortirent de temps en temps du fond de cette masse humaine, comme pour rappeler aux oppresseurs que les multitudes, parquées ainsi qu'un vil bétail, étaient des hommes, et que si la royauté de la force grondait sur leur tête avec la terreur de la foudre, il y avait une autre royauté, celle de Tintelligence, qui aimait à resplendir dans les rangs des opprimés.
Béni soit le christianisme, qui descendit comme un consolateur universel, qui changea chaque plainte en espérance, et fit des souffrances comme un cortège de jeunes immortelles chargées d*accompagner Thomme dans son pèlerinage vers Dieu! Béni soit cet enseignement sublime par lequel les morts ne sont plus que des absents ayant pris les devants dans Féternité; enseignement divin qui nous montre dans le tombeau un grand révélateur, dans le trépas une transformation radieuse, qui, au lieu de briser les liens du cœur, l'intimité des intelligences, les resserre, les rend plus forts et plus purs, en les affranchissant du poids corporel; enfin, qui établit entre le monde visible et le monde invisible une communauté de sentiments et de pensées dont le charme est de l'extase!
La langue qui se parle au milieu des bruyantes agitations de la terre ne pourra jamais redire les entretiens sacrés avec un père ou un ami chrétien parti pour les demeures éternelles : on l'associe à ses joies et à ses peines, on l'interroge et on Técoute; la mort lui a donné un caractère auguste, qui lui assigne un rang
parmi les esprits des cieux; nous lui demanaons avec plus de confiance qu'autrefois des conseils et son aide. Nous repassons en sa compagnie les jours et les événements évanouis, nous les apprécions mieux, nous les jugeons comme des hauteurs célestes. Si nous l'interrogeons sur les choses présentes, il nous semble lui entendre révéler d'importants secrets ; sa voix tant aimée nous arrive du séjour delà paix et delà lumière, et quelque chose des régions qu'il habite passe en nous : c'est un rayon qui traverse nos ténèbres. sainte harmonie entre nous et l'ami qui n'est plus!
Le penseur qui aura le plus creusé le sol moral, qui aura le plus profondément réfléchi sur les misères de ce monde, comprendra le mieux l'excellence de la doctrine chrétienne et la magnificence des trésors que l'Évangile nous a révélés. Pour avoir la mesure de l'immense bienfait de l'enseignement chrétien, il faudrait qu'il fût possible de voir défiler devant soi toute la multitude des afQictions humaines. Mais est-il donné à l'œil de quelqu'un d'entre nous de compter toutes les douleurs d'ici-bas? Dieu seul, lui qui voit ce qui est caché dans les entrailles du globe et dans les mers profondes, connaît tous les maux, tous les supplices, toutes les agonies des cœurs mortels. Et, si on pouvait, par un effort du génie, se représenter un moment l'universalité des afflictions humaines dans leur réalité, on s'enfuirait épouvanté, cherchant un refuge contre ce spectacle inénarrable. Ce n'est pas uniquement des séparations du trépas que naissent les déchirements intérieurs : la mort frappe des coups dont notre nature
est ébranlée; maïs parfois le malheureux invoque la mortl La Vie a, autant que le Trépas, des dards qu'elle enfonce dans l'âme; seulement le sang de ces blessures-là coule en silen6e ! chaque homme, quel qu'il soit« emporte ayec lui sa secrète peine; il la pro^mëne à travers les fêtes de la terre, et l'invisible flèche suspendue à ses flancs ne le quitte janiais. Voyez, il y a de Tombre sur tous les fronts; elle est plus ou moins noire, selon qu'il règne dans la conscience plus ou moins de sérétiité : la sauffrance a son ombre comme la montagne a la sienne. Si donc toutes ces douleurs réunies se montraient à découvert, si la vallée de larmes, se dépouillant dé ses voiles menteurs, de ses fleurs sans parfum et sans racines, nous apparaissait dans son entière vérité, hous nous trouve^ rions face à face avec un abime où gronde une éternelle tempête^ et tous les bruits que nous entendrions aux quatre coins de la vaste demeure éclairée par le Soleil seraient des notes plaintives, des gértiissemeiits. La peinture de cet immense gouffre vivant dépasserait toute puissance d'artiste ou de poète : le pinceau, la plume ou la lyre tomberait des maitisl
Instinct étrange! Thomme, qu'Un souffle peut abat^ tre, comme pour se venger de la fragilité de ses jours,* n'aspire qu'à détruire! la foi religieuse, qui apporte un remède à ces maux infinis^ doit soutenir d'in-^ cessantes guerres! Geii'estplus la haine qui l'attaque^ c'est une sorte d'inquiétude philosophique, lasse d'admirer et d'aimer ce qui a été, et demandant à la science ou à la contemplation quelque chose de nou-
veau t G*est la rébellion de l'esprit contre le joug des autorités anciennes. 11 y a encombrement de théories nouvelles et de systèmes rénovateurs ; on nous répète que le catholicisme, cette vaste et tnagnifique expression de notre passé religieux^ ne suffit plus au besoin des générations nouvelles, et qu'après avoir salué de loin. tous ces souvenirs delà piété naïve de nos pères^ il faut s'aventurer Vers d'autres rivages^ vers d'autres deux ; semblable à saint Christophe, qui avait porté soii Dieu, sur ses épaules, de l'autre côté de la rivière, le novateur religieux Veut se charger de la pensée du Christ pour la porter de l'autre côté des temps I
Plusieurs se trompent sur le caractère et la nature de la religion catholique, la religion des aïeux; ils n'y voient qu'une forme nécessairement destinée à recevoir des modifications diverses selon les vicissitudes des siècles. Le catholicisme n'est pas comme un vêtement du Christ qui petit changer ainsi que toutes les images du monde extérieur, c'est la doctrine chrétienne elle-même enseignée aux hommes par une autorité constituée au nom du Dieu rédempteur. Cette doctrine, étant la vérité, doit rester éternellement la même, parce que la vérité demeure une et immuable au-dessus dé la vie et du temps, au-dessus des tourbillons de poussière que fait l'erreur, au-dessus des bouleversements perpétuels qui s'accomplissent dans le monde. Il n'est donc pas philosophique^ pas logique^ pas admissible, de dire qu'il puisse y avoir une nouvelle vérité religieuse appropriée à chaque grande époque de l'histoire de l'humanité. L'Evangile, tel qu'il a
été prêché depuis dix-huit siècles, suffira pour éclairer la grande caravane humaine jusqu'à ce que, sortant des déserts de la vie, elle parvienne à Fétemelle et radieuse montagne où Dieu réside, il n'y a ni décou* verte, ni révolution, ni crise morale, qui puisse prendre au dépourvu ce guide immortel qu'on nomme l'Évangile.
« Nous voulons le Christ, nous direz-YOus, nous ne voulons pas marcher sans le Christ; mais notre Jésus se transforme selon les temps, et reprend perpétuellement son œuvre dans l'intérêt du monde qu'il veut sauver. » Qu'est-ce qu'un Dieu que vous condamnez à travailler sans cesse, à souffrir sans cesse, à recommencer sans cesse sa tâche de rédempteur, tant qu'il y aura des hommes s'agitant sur la terre ! Qu'est-ce qu'un Sauveur divin que vous condamnez à passer et à repasser toujours par la voie douloureuse; et qu'estce donc que l'homme pour qu'il lui faille un Dieu éternellement en croix sur le Calvaire ! I C'est peu pour vous que le pasteur célesle ait péniblement porté la brebis sur l'épaule durant sa vie mortelle; il faut qu'il redescende des cieux pour se charger du genre humain, brebis vagabonde, et la porter à travers les âpres solitudes et les durs sommets jusqu'à la fin des temps ! Ce n'est pas ainsi qu'un Dieu peut agir, et nous serions impies en le liant, comme un esclave, au mouvement des humains. Efforçons-nous de mieux comprendre Dieu, et nous n'aurons plus le malheur de le réduire à d'aussi misérables proportions. La lumière chrétienne, depuis qu'elle est descendue sur les infir-
mités de Fintelligence humaine, resplendit dans Timmensité du monde moral. Dieu a fait son œuvre d'amour, et maintenant il appartient à l'homme de ne pas rendre inutile le sang versé sur le Golgotha. D'après votre avis, le Père d'en haut devrait nous sauver malgré nous; que deviendrait alors la liberté humaine?
Le Christ des catholiques n'est pas un Dieu relégué au fond des vieux siècles comme une idole au fond d'un vieux temple oublié. Il n'est point resté en route et ne s'est pas effacé comme un souvenir de légende; il est encore le Dieu dont la doctrine plane sur le monde et le console; à ses pieds les nations passent et se renouvellent, et la victoire du Sauveur dure toujours. Votre progrès ne veut pas de notre Dieu, tel qu'il est adoré aujourd'hui encore par tant de millions d'hommes, dans les basiliques, dans les chapelles, sous la hutte du sauvage, aux dernières Umites de l'univers connu. Dites-nous en quoi le Dieu des catholiques pourrait gêner votre progrès, et comment il coupe les ailes des nouveaux enfants de la terre; dites-nous quelle est l'amélioration véritable que le catholicisme ne puisse pas favoriser; apprenez-nous s'il est une re^ligion qui, plus que la nôtre, contribue à la grandeur morale de l'homme et à son développement intellect tuel; s'il est une religion qui puisse conduire l'humanité à de plus magnifiques destins, même ici-bas! Faites-vous rapide et puissant pour mesurer les hautes cimes à la manière de l'aigle, allez avant dans les secrets de la vie et de la mort, creusez, approfondissez, méditez à votre aise ; toutes les fois que vous arriverez
à ce qui est vrai, à ce qui est beau, à ce qui est grand, vous serez soutenu, excité par la pensée catholique.
Dans un inexprimable et bien pitoyable orgueil, nos contemporains se sont jugés trop forts pour suivre la religion des ancêtres. Emportés sur les ailes de la science comme Élie sur son char de feu, ils ont vu les plus lointains horizons, et riqnmense étendue n'a plus eu de mystères pour eux. Montrez-nous donc vos œuvres, ô grands esprits I Les plus beaux génies qui aient paru depuis rétablissement du christianisme ont soutenu cette doctrine; vous êtes sans doute plus érudits, plus clairvoyants, plus profonds qu'Origène, saint Jean Chrysostorae, saint Jérôme, saint Augustin, saint Thomas d'Aquin, Bacon, Descartes, Pascal, Bossuet, Leibnitz; vous avez découvert des trésors de lumière que ces génies ne soupçonnaient pas. Étalez donc sous nos yeux vos meilleurs travaux en histoire, en philosophie, en morale. Vous êtes des enfants malades, qui vous tourmentez au milieu des ruines que vous avez faites; vous êtes toujours sur le point de partir pour les grandes découvertes dans le monde moral^ et yous êtes toujours là; vous vous donnes à chaque heure pour les élus de la création appelés à Tempire universel, et tout vous échappe, et tout meurt dans vos mains! La postérité s'étonnera du vaste bruit qu'a fait notre âge pour arriver à si peu. Nos contemporains n'ont pas même le mérite d'être les inventeurs de leurs propres erreurs; ils les ont ramassées dans les sépulcres des anciens âges. Sans parler du panthéisme, qui est une des plus antiques monstruosités philosophiques, nous
dirons que toutes les aberrations religieuses actuelles et toutes les objections de nos contemporains contre la foi opt été, il y a bien longtemps, présentées avec le plus formidable appareil de la science, et qu'elles ont été anéanties par le^ Pères de TËglise, ces vivants océans d'érudition, d'ébquence et de génie.
A|algré le souffle religieux qui semble animer la génération nouvelle, malgré un sérieux commencement de retour vers la foi chrétienne parmi nous, l'erreur garde encore un grand empire; plus d'un jeune homme, ^u 4ébut de sa carrière, l'esprit faussé par des systèmes anticatholiques, se croit obligé d'abandonner r|]glise pour ne pas ^voir l'air de se placer en dehors de son siècle. Le jeune homme, à son entrée dans la société, ayant sa tdche k commencer et une route à choisir, ^e laisse persuader que le monde religieux est à refaire; qu'il faut tourner son âme ailleurs que du çpté de la chapelle des aïeux; qu'il faut quitter ce qui avait d'abord paru doux, bon, charmant et saint. Douloureuses perplexités d'un noble cœuri II se sent entraîné vers les croyances qui ont enchanté son enfance, vers la naïve et divine poésie de Nazareth et de Bethléem» vers tout ce monde de foi d'où sont sorties les plus grandes et les plus complètes choses, et voilà que la Scieqce est arrivée au-devant de lui^ en disant : « Jeune homme, dépouille-toi de cette blanche tunique qui rappelle une religion évanouie sans rctotir, prends la robe virile, la robe de l'indépendance, et viens avec moi, car j'ai un monde nouveau à t'offrirl »
Ainsi parle la fausse science > perfide siràne qui mène
à la mort. Le jeune homme cache sa tête et pleure; il demande un jour de délai pour dire adieu à ce qu'il abandonne, pour sourire encore à des illusions qu'on lui arrache et donner un dernier regret aux célestes demeures d'où on Texile. Poète, il chante le suprême cantique autour de la religion des ancêtres dont on annonce les funérailles; il la couvre de fleurs, l'environne de parfums, et puis l'enseveUt comme on ensevelit une mère. Ce devoir une fois rempli, le malheureux orphelin, le proscrit du ciel catholique, s'en va péniblement à la conquête des promesses que la science lui a faites. Promesses vaines! Le christianisme philosophique découvert par la science ne lui présentera que d'arides solitudes; comme Agar, il se verra près de mourir de soif au désert, et, si un ange ne vient point lui montrer la source d'eau vive, la source de la foi, le jeune hqmme tombera d'épuisement et de douleur, et les animaux de la solitude se disputeront ses restes... La manie des réformes religieuses et sociales a saisi un grand nombre d'intelligences ; nous ne pouvons voir sans un amer regret que tant de talent et d'énergie soit dépensé au service de projets et de rêveries inutiles, au service du néant. Certes, nous ne sommes pas de ceux qui voudraient frapper d'immobilité le travail intellectuel de l'homme ; nous ne sommes pas de ceux| qui conseilleraient de rester nonchalamment assis aa rivage, pendant que sur le fleuve des jours les générations marchent, poussées par le souffle de Dieu; nous aimons de tout notre cœur les progrès qui sont sur le chemin du bon sens et de la vérité. Mais pourquoi
encouragerions-nous ces hommes à convictions ardentes, mais à convictions folles, qui ont résolu de tout détruire, et qui, rêvant le pouvoir de Dieu lui-même, nous promettent de nous créer un autre monde en six jours? Hommes de rénovation, suspendez votre œuvre; laissez faire au temps, qui est le grand rénovateur et le seul sage rénovateur; s'il existe dans la société, dans les rapports des hommes entre eux, des choses imparfaites ou peu équitables, le temps y pourvoira; ce grand balayeur de royaumes- et d'empires, cet invisible et inexorable maître, par qui tout tombe et tout se renouvelle, ne laissera point aux abus le privilège de réternité.
Parfois il nous est arrivé de ne pas oser lever les yeux sur nos futures destinées, car la page de l'avenir du monde nous paraissait écrite en formidables caractères. Mais nous avons entendu une puissante voix intérieure qui nous a dit : Homme de peu de foi, pourquoi craignez- vous? En effet, pourquoi craindre? Derrière ceux qui font l'office de la tempête il y a des hommes qui préparent le sol, répandent les semences fécondes et implorent la rosée. On tomberait dans une blâmable faiblesse si on se laissait décourager par les courtes et apparentes victoires de l'erreur sur la vérité ; l'erreur, quoi qu'elle fasse, reste toujours erreur, et la vérité, à quelque épreuve qu'elle soit soumise, reste toujours vérité. Nous nous souvenons de ce que nous disait un cheik sous la tente arabe, dans cet Orient où la poésie prête son langage à la raison : a Le plus grossier caillou peut briser un vase T.i, 24
d'or, mais le caillou n'en reste pas moins grossier M Tor moins précieux. La poussière, ajoutait le cheik^ a beau s'éleTcr vers le cnel, elle n'en est pas moins Tile. »
Oui, la religion du Christ, partie de Jérusalem, est trop profondément grayée dans le cœur de rhbmme pour qu'il soit possible de Fen arracher; elle doime aux sociétés trop de force et de gloire, elle exprimé trop complètement les besoins du genre humain pour qu'on puisse la tirer «du milieu des nations : désormais, pour supprimer le christianisinè, il filudrait supprimer rhumanité.
Dans le volume suivant, en continuant de retracer les destinées de Jérusalem, nous assisterons au spectacle de l'Évarigile établissant rapidfemëtlt sa domination à travers les ruines de l'ancien monde, triomphant de toute chose avec séâ martyrs et ses grands hommes, montrant à la terre dés tërtus et des grandeuirs nouvelles, puis armant l'Europe pour défendre son berceau, et s'éloignaht fi la fiii de cette Jérùsalëim, qui resté seule àtec le toidbeâu d*tin Dieu, èii fâbe de la barbarie musulmane campée sur ses montagnes.
riN lit) t>REHlËR VoLDlilE.
TABLE DES MÀTlÈilES