PROPRIÉTÉ DES ÉDITEURS
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Il n'y a pas au monde de livre plus authentique que celui qui renferme la vie et les enseignements de Jésus-Christ. La Providence a voulu, pour la consolation des chrétiens, que les Évangiles apparussent aux yeux de l'univers, à la fois comme l'ouvrage le plus vénérable sous le rapport religieux, et le plus inattaquable sous le rapport de la certitude historique. Ici la critique la plus exigeante ti'a rien à reprendre. Tous les trésors de l'érudition ont été épuisés dans les questions sans
nombre relatives à ces textes importants. Chaque phrase, chaque mot, pour ainsi dire, ont été l'objet d'une étude approfondie.
Rien ne manque à la conviction du savant, ni à la sécurité des âmes simples. La vigilance de l'Église à garder ce dépôt précieux, le respect constant de la société chrétienne, la jalousie même des hérétiques et la haine de nos ennemis en ont assuré la parfaite intégrité. « Que d'obstacles se seraient opposés au dessein de corrompre ou d'altérer l'histoire de l'Évangile! Les copies en étaient répandues dans toute la terre; une multitude de nations diverees la respectaient comme un monument divin ; elle était entre les mains de tous les fidèles ; chacun y trouvait le titre fondamental de sa grandeur et de ses espérances : on la lisait sans cesse dans les familles, dans les maisons particulières, et dans les assemblées publiques de religion. Et ne résulte-t-il pas manifestement de la réunion de toutes ces circonstances, que les écritures du Nouveau Testament n'ont eu rien à redou-
ter ; ni de la révolution des siècles, ni des entreprises de la nouveauté *. »
En lisant l'Évangile ^ nous sommes donc assurés de connaître les principaux traits de la vie de Jésus -Christ. Tous les faits sont rapportés par des témoins oculaires, dont la sincérité est à l'abri de tout soupçon. « Je crois volontiers, dit Pascal, des témoins qui se laissent égorger. » La narration évangélique présente un caractère de vérité qui frappe tout esprit juste et entraîne les plus rebelles. Écoutons ce qu'en dit un des coryphées de la philosophie moderne.
ce Je vous avoue que la majesté des Écritures m'étonne : la sainteté de l'Évangile parle à mon cœur. Voyez les livres des philosophes avec toute leur pompe : qu'ils sont petits près de celui-là! Se peut-il qu'un livre à la fois si sublime et si simple soit l'ouvrage des
I M^ l'Archevêque de Lyon, Insiruct.pastor., p. 96, éd. in -4».
hommes? Se peut -il que celui dont il fait l'histoire ne soit qu'un homme lui-même? Est-ce là le ton d'un enthousiaste ou d'un ambitieux sectaire? Quelle douceur, quelle pureté dans ses mœurs ! quelle élévation dans ses maximes! quelle profonde sagesse dans ses discours! quelle présence d'esprit! quelle finesse et quelle justesse dans ses réponses! quel empire sur ses paissions! Où est l'homme, où est le sage qui sait agir, souffrir et mourir sans faiblesse et sans affectation? Mais où Jésus avait-il pris chez les siens cette morale élevée et pure dont hii seul a donné les leçons et l'exemple ^ ? »
La rehgion n'a peis d'ennemi plus redoutable que l'ignorance. En tout temps, les hommes les plus éclairés ont été les plus reUgieux.
i J.-J. Rousseau, Emile, liv. IV.
Panni ceux, trop nombreux aujourd'hui, qui aflTecteiit Findifféreuce en matière de religion , combien y en a-t-il qui aient, je ne dirai pas étudié, mais lu attentivement TÈvangile?
Faut-il l'avouer? combien peu de chrétiens ont habituellement ce livre sacré entre les mains! Autrefois on commençait l'éducation des enfants en leur mettant sous les veux le livre des Évangiles. Parvenus à l'Éidolescence , ils en nourrissaient leur esprit et enrichissaient leur mémoire des pages les plus intéressantes. Arrivés à l'âge mùr, ils ne cessaient pas de reUre et de méditer les sublimes leçons qu'il contient. Tous, dans les différentes positions de la vie où les plaçait la divine providence, trouvaient l'occasion d'y cueillir, suivant un mot heureux de saint Jérôme, des fleurs célestes de vérité qui récréent et charment l'esprit.
Pourquoi cette excellente tradition seraitelle interrompue?
C'est pour aider à mieux comprendre l'Évan-
gile que nous avons composé cette Histoire de Jésm-Christ. Nous avons suivi fidèlement et pas à pas le récit des évemgélistes, en nous aidant des meilleurs travaux publiés sous le titre de Concordance ou à! Harmonie évangéligne. En racontant les faits historiques, nous avons donné une courte description des lieux où ils se sont passés. Le lecteur, ainsi, pourra aisément se transporter en imagination sur le théâtre de ces grands événements. Peut-être, grâce à ce moyen, retiendra-t-il plus facilement le souvenir des actions du Sauveur et des enseignements qui s'y rapportent. Si Ton attache communément tant d'importance à connaître les plaines où se livrèrent les luttes sanglantes qui plus d'une fois changèrent l'état des empires, à plus forte raison devons-nous désirer d'avoir sous les yeux ce tableau des villes, des bourgades, des montagnes, des vallées, des déserts, des rivages du Jourdain ou de la mer de Galilée si souvent visités par Notre- Seigneur.
En agissant ainsi, notre intention a été de placer à côté du texte sacré une espèce de commentaire 9 le plus simple et souvent le plus «lair de tous. Nous avons plus d'une fois mis à profit les travaux des savants et pieux commentateurs qui ont éclairci quelques passages obscurs. Leurs recherches ont jeté beaucoup de lumière sur l'ordre chronolo^que des faits. A l'exemple de plusieurs de nos devanciers, nous leur avons fait de fréquents empnmts, sans citer les sources; comme eux, nous pensons que ces notions précieuses constituent un bien de famille, dont le premier fonds, venant des Pères, a été augmenté successivement par les écrivains ecclésiastiques de tous les âges.
Il est de notre devoir de déclarer ici que notre livre ne contient pas uniquement le texte des Évangiles. La rédaction de X Histoire de JésuS'Christ y quand elle s'écarte de ces pages inspirées, ne mérite pas une confiance plus grande que d'autres ouvrages sérieux et dignes
de foi. L'œuvre divine ne doit jamais être confondue avec Tœuvre humaine. Nous avons eu soin de distinguer les expressions de Técrivain sacré, en les plaçant entre guillemets. Pour le reste, nous nous sommes appliqué constamment à marcher sur les traces des docteurs catholiques, et nous soumettons humblement ces pages au jugement de l'Église.
Nous n'avons pas cru pouvoir faire entrer dans le corps de cette histoire, par respect pour la narration empruntée aux saints Évangiles, plusieurs questions curieuses relatives à la personne de Jésus -Christ, quoique en elles-mêmes fort intéressantes. Ces questions trouveront ici une place convenable. Nous tracerons d'abord le portrait de Notre -Seigneur, d'après les historiens et les monumeuts archéologiques les plus anciens. Viendront
ensuite des indications sur les parents de THomme-Dieu, et enfin une note sur sa double généalogie , donnée y Tune par saint Matthieu , et l'autre par saint Luc.
Reproduisons y au début, le tableau dû à Tabbé Fleury. c< Sous un extérieur simple, dit-il, et qui n'avait rien de singulier, Jésus- Christ conservait une merveilleuse dignité. Ses manières étaient aisées, naturelles et vives, son geste animé et expressif; sa présence imprimait le respect et commandait l'attention; son discours était simple, clair, sans autre ornement que des figures vives et naturelles qui ne manquent jamais à celui qui est bien persuadé, et qui sont les plus efficaces pour persuader les autres. Sa vie était dure et laborieuse, mais sans austérité particuUère. Il mangeait conune les autres, buvait du vin.
et ne faisait point difficulté de se trouver à de grands repas, comme aux noces de Cana, au festin de saint Matthieu. Il était très-sérieux. On le voit pleurer en deux occasions : Tune , à la mort de Lazare, son ami; l'autre, en déplorant le sort qui attendait Jérusalem; mais il n'est pas dit qu'il ait ri , ni même souri. Il n'était point étranger aux sentiments naturels. Il était attaché, mais sans faiblesse, à ses parents et à ses amis ; compatissant aux misères humaines et aux besoins de ses semblables. Il montrait de la tendresse aux petits enfants, les faisait approcher de lui, leur imposait les medns et les embrassait, pour recommander l'innocence, la simplicité et l'humilité. Il était de facile accès aux malades, indulgent pour les pécheurs disposés à se convertir. Il montrait pour ceux-ci de la condescendance jusqu'à se prêter à manger avec eux, jusqu'à souffrir qu'une femme lui parfumât les pieds, ce qui semblait une délicatesse fort opposée à sa vie pauvre et mortifiée. Sa modestie était ex-
INTRODUCTION. il
trême, comme on le voit par rétonnement que témoignèrent ses disciples de le trouver conversant avec la Samaritaine. Mais ses ennemis n'ont jamais osé inventer aucune calomnie qui attaquât sa pureté. Il regardait les gens en face, comme on le voit par ce jeune homme qu'il prit en affection pour la bonne volonté qu'il témoignait. Souvent il étendait la main en signe d'autorité, et faisait quelque autre geste marqué. Quelquefois, par ses regards et par ses paroles, il faisait paraître de Tétonnement, de l'indignation, de la peine à soufirir l'incrédulité des hommes; mais son caractère dominant était la douceur et l'indulgence. On en voit un exemple admirable dans l'histoire de la femme adultère. Il a éprouvé comme nous toutes les incommodités de la vie , la faim, la soif, la lassitude, la douleur; mais on ne voit pas qu'il ait été malade. Au jardin des OUves, il est sensible connue les autres hommes à la tristesse. Dans sa passion, il soufifre avec une constance invincible, sans se défendre, sans
résister, sans rien refuser à eeiix qui le tourmentent. Il demeure eonmie un rocher inébranlable, ex|Kisé aux coups et aux outrages. Son silence surtout est admirable. Enfin, sur la croix et dans les horreurs du supplice, il consente la liberté d'esprit tout entière, et même la tranquillité. Il prie pour ses bourreaux; il récompense la foi du bon larron; il pourvoit à la consolation de sa mère ; il achève d^accomplir les proj)héties ; il recommande sou esprit à Dieu, et il expire. Tel fut Jésus-Christ comme homme *. »
Le portrait qui précède est plutôt moral que physique. Nous le compléterons par les lignes suivantes empruntées à l'un des traités pieux de saint Laurent Justinien , premier patriarche
^ Fleury, Mœurs des chrétietis, — Recherches hist, sur la personne de J.-C.,^, 30.
de Venise. « Qui jamais a été plus beau que Jésus- Christ? Qui a été plus modeste ou plus sage? Il était admirable dans ses mœurs, grave dans sa démarche, éloquent dans ses discours, circonspect dans ses paroles, sévère dans ses corrections, persuasif dans ses exhortations, agréable dans sa conversation , vénérable dans toute sa conduite. Son regard était plein de bonté et de modestie; Thumilité, la douceur le rendaient aimable à tout le monde. Ses lèvres étaient comme des lis d'où coulaient le lait et le miel, et qui répandaient les paroles de la vie éternelle. Sa bouche proférait ce qui était caché au fond de son cœur. Il consolait les afiQigés, il embrasait les tièdes, il ressuscitait les morts, il instruisait les infidèles, il gagnait les cœurs de tous ceux qui l'approchaient. Qui ne serait pénétré d'amour s'il avait le bonheur de voir mai'cher le Verbe fait chair, la Sagesse incamée, le Fils unique du Père, conversant avec les pécheurs ^ ! »
* De Casto connubio.
Nicéphore Callixte donne une description détaillée de la personne de Jésus-Christ, au XL* chapitre du I" livre de son Histoire ecclésiastique. « Voici, dit-il, le portrait de Notre- Seigneur Jésus -Christ, d'après ce que nous en ont appris les anciens , et tel à peu près qu'on peut le rendre dans une description par écrit et toujours imparfaite. Son visage était remarquable par sa beauté et par son expression. Sa taille était de sept palmes au moins ( 1 mètre 75 centimètres environ ). Ses cheveux tiraient sur le blond; ils n'étaient pas fort épais, mais un peu crépus à l'extrémité. Ses sourcils étaient noirs, mais pas exactement arqués. Ses yeux, tirant sur le brun et pleins de vivacité, avaient un charme inexprimable. Il avait le nez long. Sa barbe était blonde et assez courte; mais il portait de longs cheveux. Jamais le ciseau n'a passé sur sa tête; nulle main d'homme ne l'a
touché, si ce n'est celle de sa mère, lorsqu'il était encore enfant. Il penchait un peu la tête, et cela lui faisait perdre quelque chose de sa taille. Son teint était à peu près de la couleur du froment. Son visage n'était ni rond, ni allongé; il tenait beaucoup de celui de sa mère, surtout pour la partie inférieure. Il était vermeil. La gravité, la prudence, la douceur et une clémence inaltérable se peignaient sur sa figure. Enfin, il ressemblait en tout à sa divine et chaste mère. »
U est aisé de comprendre que , dès les premiers temps du christianisme, le pinceau ait cherché à fixer par la pemture des traits que la tradition, récente encore, n'avait pas oubhés. On ne saurait douter que des images de ce genre aient circulé entre les mains des fidèles, puisque nous voyons, au commence-
i8 INTRODUCTION.
On voit, d'après ce qui précède, que nous pouvons admettre, avec une probabilité voisine de la certitude, la ressemblance, quant aux traits principaux, du portrait de Notre- Seigneur. La piété, et non une simple curiosité, trouve dans ce fait une légitime satisfaction.
Nous sommes mieux renseignés encore sur les parents du Sauveur, quoique plus d'une difficulté n'ait pas été entièrement résolue en ce qui concerne le degré de parenté de quelques-uns de ces saints personnages. Les évangélistes, en eifet, sont extrêmement concis dans leur récit. Ils ne prennent pas la peine de préciser des faits connus de tous en leur temps; leur langage, faute d'interprètes contemporains, laissera toujours ime obscurité impossible à dissiper entièrement aujourd'hui.
Jésus , étant né de la Vierge Marie , a pour parents, dans son humanité, ceux de sa sainte
INTRODUCTION. i9
mère, sans parler de ceux de saint Joseph, son père adoptif , que la loi reconnaissait également comme ses proches.
Consultons les Ëvan^es. Sans mentionner les aieux de Marie , fille de David, comme Joseph, sans nommer saint Joachim, père de Marie , et sainte Anne , sa mère , nous trouvons , avec la qualité de parents à différents degrés, les personnages suivants :
Sainte Elisabeth, épouse de Zacharie, était nièce de sainte Anne, mère de la Vierge, et par conséquent cousine germaine de Marie. Saint Jean -Baptiste, son fils, était cousin issu de germain du Sauveiu».
Zébédée, père de saint Jacques le Majeur et de saint Jean l'Évangéliste, épousa Marie Salomé, nièce de sainte Anne, ou de saint Joseph, suivant quelques auteurs. Il était donc conmie le prêtre Zacharie, par sa femme, cousin germain de la sainte Vierge, et ses enfants étaient parents de Jésus au même degré que Jean -Baptiste. On sait que Jésus avait une
affection particulière pour Jean l'évangéliste, que les historiens sacrés appellent le disciple bien-aimé.
Saint Matthieu et saint Marc désignent comme frères de Jésus -Christ : Jacques le Mineur, Joseph ou José, Simon et Jude. Mais comme ces mêmes évangéUstes nomment plusieurs fois la mère de ces quatre personnages ' , il ne saurait être douteux pour personne qu'ils n'étaient pas les frères proprement dits du Sauveur. Suivant une manière de parler usitée chez les Juifs, et même chez la plupart des peuples de l'antiquité, on traitait de frères les cousins germains. Ils étaient fils d'Alphée ou Cléophas et de Marie, sœur ou belle-sœur de saint Joseph, que l'Écriture désigne sous le nom de Marie Cléophé, c'est-à-dire Marie femme de Cléophas. Cette sainte femme est appelée sœur de la sainte Vierge par l'évan-
1 Inter quas erat Maria Magdalene, Maria Jacohi et Joseph mater ^ et mater filiorum Zebedœi. (Matth., xxvir , 56.)
gélîste '. (Juand les Juifs douueut le uom de frères à des cousins germains, faut-il s'étonner qu'ils appellent sœur une belle-sœur? Dans le même endroit de l'Évangile où il est question des frères de Jésus , on parle aussi de ses sœurs; mais elles ne sont pas nommées. L'opinion la plus probable est cju'elles étaient au nombre de deux , filles de Cléophas et de Marie Cléopbé. L'une serait devenue la femme de Zébédée, sous le nom de Salomé, et l'autre serait désignée vaguement dans l'Évangile sous le nom boitera Maria , l'autre Marie.
Tous ces saints personnages étaient pauvres et gagnaient leur vie par le travail des mains. La science, pas plus que la ricbesse, ne leur donnait aucune considération parmi leurs com-
^ Stahant autem juxta crucem Jesu, Mater ejus, et soror Matris ejus. — Plusieurs écrivains ecclésiastiques d'une haute antiquité indiquent Cléophas comme frère de saint Joseph. < Erat autem Clopas frater Josephi. » (Egesippus, Comment, lib. V.) — <i Hic Joseph frater fuit Clopae. » (S. Epiph., Haeres., 78.)
patriotes. Aussi les hahitants de Nazareth, connaissant la famille de Jésus, dont tous les membres vivaient au milieu d'eux, étaient-ils étonnés, scandalisés même, suivant l'expression de rÉcriture, en écoutant les discours sublimes du Sauveur au sein de la synagogue. N'est-ce pas là, disaient-ils, le fils du charpentier, charpentier lui-même? Jésus leur répondit : Un prophète n'est sans honneur que dans son pays, dans sa maison et parmi ses parents.
Nous devons ajouter, avant de finir, que tous les auteurs ne sont pas pleinement d'accord dans l'explication des faits que nous venons d'exposer. Sans entrer dans de longs détails au sujet des dissertations écrites sur cette matière, nous avons présenté l'opinion la plus vraisemblable , que nous adoptons à la suite des plus savants écrivains ecclésiastiques.
Les évangélistes saiiit Matthieu et saint Luc rapportent deux généalogies différentes du Sauveur. Remarquons d'abord que les deux séries ont un point de départ commun à David, roi de Juda. Depuis ce prince jusqu'à la naissance de Jésus, elles se réunissent deux fois. Deux fois, par conséquent, elles montrent des ancêtres communs dans Tune et l'autre branche. La première série descend de David par Salomon; la seconde, du même David par Nathan, son fils amé.
Comment concilier ces deux généalogies?
Y a-t-il contradiction dans le récit des écrivains sacrés? La question est facile à résoudre , si l'on accepte l'opinion généralement reçue que la généalogie selon saint Matthieu regarde les ancêtres de saint Joseph; et celle selon saint Luc, les ancêtres de la sainte Vierge. Il est im-
possible de iie pas admettre cette opinion, si l'on fait attention aux expressions employées par les deux historiens. Les évangélistes sont parfaitement d'accord sur la naissance miraculeuse de Jésus. Us professent l'un et l'autre la maternité virginale de Marie. Lorsque saint Luc reproduit la généalogie de Jésus , il nous prévient que le Sauveur passait pour fils de Joseph, Il ne va donc pas donner la liste des aieux de celui qu'il avoue n'être pas le père : il fera connaître les ancêtres de Marie, mère de Jésus. Remarquez^ en eifet, de quelle manière il parle : « Et ipse Jésus..., ut putabatur, filins Joseph, qui fuit Heli, qui fuit Mathat, qui fuit Levi, etc. » En séparant chaque memljre de phrase, comme elle l'a fait, la Vulgate détermine le sens du texte, en sorte qu'il faut traduire : Jésus , fils de Joseph ( comme ou le croyait), et qui le fut d'HéU, de Mathat, etc. Ce (jui confirme cette manière d'entendre le passage de saint Luc, c'est que le père de Marie se nomme Héliachim, par abréviation Héli,
autremeiit loachim , Joachim , noms synonymes et différant seulement dans l'orthographe.
Ainsi nous savons que Jésus , pai* Marie, est de la race de David, selon la chair. Il descend directement de ce prince, selon la promesse de Dieu. En prenant naissance dans le chaste sein de la Vierge, THomme-Dieu a dans ses veines le sang de David; il est F héritier du trône de David, son père ; il régnera sur la maison de Jacob dans [éternité. Ce sont les paroles de Fange annonçant à Marie rincamation du Verbe.
Puisque la généalogie de Jésus, du côté maternel, le seul qui nous importe, est établie par un des évangélistes, à quoi bon un autre évangéliste donne -t- il la généalogie de saint Joseph?
Il est aisé de répondre à cette question. C'est que, chez les Hébreux, on n'avait pas coutume d'écrire la généalogie des femmes. Comme chef de la famille , Joseph en possède les pré rogatives. En sa qualité de père nourricier du
Sauveur, il lui transmet ses privilèges. Chez les Juifs, comme chez la plupart des peuples, le fils adoptif jouit des mêmes droits que le fik selon la nature. Ainsi, aux yeux des Juifs, Jésus est bien fils de David. Il est descendant de David selon le titre légal, qu'il tient de Joseph ; il Test réellement par sa mère, laquelle appartient à la race royale. Joseph et Marie sont de la tribu de Juda ; ils sont également de la famille du roi-prophète. L'évangéliste le déclare ouvertement quand il dit, à l'occasion du recensement général de l'empire romain, que les deux époux allèrent ensemble à Bethléhem de Juda pour faire leur déclaration, attendu , ajoute-t-il, qu'ils étaient tous deux de la maison et de la famille de David.
Ainsi les prophéties trouvent manifestement en Jésus-Christ leur dernier accompUssement. La généalogie légale comme la généalogie naturelle démontrent qu'il est le descendant d'Abraham et de David. Cette constatation était importante; aussi ne laisse -t- elle rien à
désirer. Nul doute ne subsistait dans la pensée des Juifs contemporains du Sauveur. Souvent nous entendons retentir ces paroles : Jésus , fils de David, ayez pitié de nous!
Admirons les desseins du Saint-Esprit, lorsqu'il inspirait à saint Matthieu la pensée d'écrire la généalogie de saint Joseph, et à saint Luc celle d'établir la généalogie de Marie ! L'état du Sauveur ne peut être sujet à la moindre incertitude. En sa personne finissent les deux branches dont David est la tige. Jésus est par excellence le fils de David.
DE