‹ Histoire de Jésus-Christ d'après les Evangiles et la tradition, expliquée à l'aide des monuments, de la description des lieux et de commentaires des écrivains ecclésiastiquesChapitre 3 sur 22 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

L'avènement d'Hérode au trône de Judée, grâce à la protection des Romains, annonçait le prochain accomplissement de la célèbre prophétie de Jacob. Le sceptre était sorti des mains de Juda pour passer entre celles d'un étranger : l'attente des nations allait enfin être réalisée. Jaloux d'un pouvoir qu'il devait à la faveur, le tyran inaugura son règne par la cruauté. Il résolut d'anéantir tous les descen-

dcmts des Machabées , qui avaient gouverné les Juifs durant plus d'un siècle et demi. Justement alarmés y les derniers rejetons de la famille de David , fixés à Bethléhem depuis le retour de la captivité, se réfugièrent en Galilée, sur les confins de la Syrie. Ils choisirent la contrée la plus paisible de cette fertile province , sur les pentes adoucies des montagnes du Liban et du Carmel, au pied du Thabor. Joachim et Anne résidaient à Nazareth ou à Séphoris, autrefois capitale de la basse Galilée; mais ils possédaient à titre de patrimoine une petite maison à Jérusalem, près de la piscine Probatique. Là, selon le témoignage de saint Jean Damascène et l'opinion la plus commune, naquit Marie, le 8 septembre. Tan 738 de la fondation de Rome, quatorze ans avant l'ère vulgaire. La pauvre maison témoin de cette nativité glorieuse fut transformée plus tard en une église dédiée à sainte Anne. Ce sanctuaire vénérable appartient aujourd'hui à la France '. Des auteurs, cependant, ont indiqué Séphoris ou

^ Le !«»■ novembre 1856, le consul de France à Jérusalem en a pris possession au nom de l'empereur Napoléon III.

DE JÉSUS-CHRIST. 3i

Nazareth et même Bethléhem comme le lieu de la naissance de la sainte Vierge. Cet événement, prélude de tant de grâces pour le monde y arriva, d'après le calcul de quelques astronomes, le même jour que Noé, 2334 ans auparavant, quitta Tarche et posa le pied sur la terre purifiée par les eaux du déluge. Issue de parents inconnus dans le monde, quoique d'une illustre noblesse et du sang des rois, préservée de la tache originelle par un privilège insigne, Marie apparut comme \ aurore qui précède le soleil de justice. Elle descendait de David par Héli , HéUachim ou Joachim , son père; elle appartenait à la race d'Aaron par Anne, sa mère.

Dès l'âge le plus tendre , Marie fut présentée au temple, où elle fut élevée, sous les yeux de Zacharie, parmi les vierges et les veuves consacrées au service du lieu saint. Ces pieuses femmes étaient en grand nombre , au rapport de l'historien Josèphe, et l'Écriture nous apprend que plusieurs se consacraient à Dieu par la pratique de la chasteté. Elles veillaient devant la porte du tabernacle , et mêlaient leurs prières à celles des prêtres et des lévites qui

venaient chaque semaine, suivant leur tour, à Jérusalem remplir les fonctions sacerdotales et les autres obligations imposées à la tribu de Lévi.

Lorsque Mai'ie eut atteint l'âge de douze ans, époque de la majorité des femmes chez les Juifs, elle fut remise à son parent le prêtre Zacharie. La jeune Vierge resta peu de temps sous ce toit protecteur. Étant fille de David, elle devait, suivant la loi, devenir l'épouse de Joseph, son plus proche parent, fils de Jacob et frère de Cléophas. Joseph, comme Marie, était de la famille royale de David, avec cette différence que Marie était issue de l'ancienne ligne de Bethléhem par Nathan, et que Joseph descendait de la même ligne par Salomou. Elle fut donc fiancée ou mariée à Joseph, le 23 janvier, dans la ville de Jérusalem, et elle ne tarda guère à se rendre à Nazareth, .où elle établit sa demeure.

Cette alliance réunit pour la dernière fois les deux lignes principales de la race de David.

L'héritier des promesses allait bientôt descendre sur la terre. Le nom de Nazareth en hébreu signifie fleurie ou la ville des fleurs. C'est dans ce jardin béni du Ciel que devait s'épanouir la fleur de la tige de Jessé.

Marie vivait modestement dans l'humble maison de Nazareth ^ se livrant chaque jour au travail et à la prière , attendant en silence qu'il plût au Seigneur de relever la royale famille de David depuis longtemps tombée dans la pauvreté. Joseph exerçait le métier de charpentier, et exécutait toute espèce d'ouvrages en bois. Son atelier était situé à quelque distance du logis commun. Comme beaucoup d'habitations de Nazareth, celle de la sainte famille était composée de deux chambres : l'une extérieure, qu'une pieuse tradition tient avoir été transportée à Lorette, en Italie; l'autre creusée dans le roc et assez spacieuse. C'est dans cette partie la plus retirée de sa maison que Marie aimait, loin du bruit et des conversations de la rue , à se Uvrer aux exercices de la prière et de la méditation.

Quoique engagés dans les liens du mariage, Joseph et Marie vivaient ensemble dans une

continence parfaite. Au moment où la Vierge était unie à Dieu^ dans l'extase de l'oraison, elle vit apparaître l'ange Gabriel, le même qui avait annoncé au prophète Daniel que l'œuvre de la rédemption des hommes s'accomplirait après soixante -dix semaines d'années, et qui, six mois auparavant, était descendu au miUeu du temple de Jérusalem pour annoncer à Zacharie la naissance de Jean, précurseur du Messie. Se tenant à une distance respectueuse de Marie, l'ange lui dit : « Je vous salue , pleine de grâce; le Seigneur est avec vous; vous êtes bénie entre toutes les femmes. » A ces paroles , Marie se troubla. Elle se demandait à elle-même quel était le sens de cette salutation extraordinaire. Alors l'Ange la rassura : « Ne craignez pas, dit-il, car vous avez trouvé grâce devant Dieu. Vous deviendrez la mère d'un fils que vous nommerez Jésus ; il sera grand et s'appellera le fils du Très- Haut. Le Seigneur Keu lui donnera le trône de David, son père; il régnera éternellement sur la maison de Jacob, et son empire n'aura pas de fin. »

Marie répondit : « Comment ce que vous annoncez pourra-t-il arriver? J'ai résolu de

rester vierge. — L'Esprit-Saint, reprit l'ange, viendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre; c'est pourquoi votre fils s'appellera Fils de Dieu. Et pour vous montrer que rien n^est impossible au Seigneur, sachez que votre cousine Elisabeth, quoique avancée en âge , est enceinte depuis six mois. — Voici la servante du Seigneur, répondit la Vierge; qu'il me soit fait selon votre parole. » Aussitôt l'ange s'éloigna.

Et elle conçut du Saint-Esprit , ajoute l'Évangile. Le mystère de la Rédemption ne devait pas commencer avant que Marie eût donné son libre assentiment au message céleste. Alors s'accomplit le mystère de l'Incarnation. Le Verbe étemel se revêtit de la forme humaine dans le sein de la plus pure des vierges. Ainsi se réalisa l'antique promesse faite à nos pères, que la femme écraserait la tête du serpent. Ce grand fait eut lieu, le 25 mars, selon la chronologie de l'Église romaine; c'était au commencement du printemps, symbole d'une nouvelle vie, un mer^ credi, le jour anniversaire de la sortie d'Egypte et de la délivrance du peuple de Dieu.

Impatiente de féliciter sa cousine, et de reconnaître, d'après l'indication de l'ange, dans la bénédiction accordée à Elisabeth , le signe et la confirmation de l'ineffable mystère qui s'était opéré en elle, Marie s'en alla en toute hâte, à travers les montagnes de la Judée, vers la maison de Zacharie. Elle se hâta, dit l'Évangile; car il était défendu aux vierges et aux jeunes femmes, chez les Juifs, d'aller lentement ou de s'arrêter sur les places publiques.

La tradition rapporte que Zacharie demeurait dans un village , à deux lieues environ de Jérusalem, où il possédait deux maisons : la première au miheu des autres habitations; la seconde en un endroit plus solitaire. Ce village s'appelle aujourd'hui Saint-Jean m montana. C'était une des résidences sacerdotales concédées aux vingt -quatre ordres de prêtres chargés du service religieux dans le temple de Jérusalem. Chaque ordre devait exercer, pen-

dant une semaine, les fonctions du sacerdoce; il se subdivisait en sept compagnies, dont chacune avait un jour de service. Le sort désignait le prêtre qui devait pénétrer dans le sanctuaire et faire brûler l'encens sur l'autel des parfums.

Zacharie, de Tordre d'Abia, étant à Jérusalem suivant le tour de sa famille , fut indiqué par le sort pour ofi&îr l'encens. C'était un homme juste, menant une vie exemplaire avec sa femme ËUsabeth, de la race d'Âaron. Ils étaient tous les deux avancés en âge, et ils n'avaient pas d'enfants.

Tandis que le peuple priait au dehors, Zacharie entra dans le temple et aperçut avec frayeur un ange debout à côté de l'autel d'or, sur lequel le prêtre offiralt l'encens. L'esprit bienheureux le rassura et lui dit que ses vœux avaient été exaucés, et que sa femme donnerait le jour à un fils, dont la naissance serait pour beaucoup la cause d'une grande joie. Il ajouta qu'il aurait à l'appeler Jean; ce nom, dans la langue hébraïque, signifie donné de Dieu et plein de grâces. « Cet enfant, continua-t-il, sera grand devant Dieu. Il ne boira ni vhi, ni Uqueur enivrante. Dès le sein de sa mère, il

sera rempli du Saint-Esprit, et il convertira au Seigneur beaucoup des fils dlsraêl. Il précédera le Seigneur dans l'esprit et la vertu d'Èlie, afin de préparer à Dieu un peuple parfait. » Il était impossible de désigner plus clairement la venue du précurseur du Messie. Zacharie allait devenir le père du prophète qui devait crier : « Préparez la voie du Seigneur. » Jean sera le premier des évangélistes et le dernier des prophètes ^

L'heureux vieillard n'osait croire à tant de merveilles. «Comment, dit-il, serai-je assuré de la vérité de ce que vous m'annoncez : ma femme et moi, nous sommes avancés en âge.

— Parce que tu as douté, répliqua l'envoyé céleste, tu resteras muet jusqu'au jour où mes promesses seront accomplies. Je suis Gabriel , un des anges qui se tiennent constamment eu présence de Dieu; j'ai reçu mission de venir t'aimoncer cette bonne nouvelle. »

Le peuple attendait Zacharie sur le parvis du temple, et il s'étonnait d'un si long retard. Mais quand on aperçut le prêtre qui ne pou-

1 Expression empruntée de l'antique liturgie gallicane.

vait se faire entendre autrement qu'à l'aide de signes, tous comprirent qu'il avait eu une

vision dans le temple.

Lorsque le temps de son ministère fut expiré, Zacharie retourna dans sa maison , où la promesse du Seigneur reçut son accomplissement. Elisabeth était au comble de la joie, car la stérilité était une espèce de déshonneur chez les Juifs; néanmoins, éprouvant quelque confusion d'être mère dans sa vieillesse, elle se cacha durant cmq mois, se contentant de rendre grâces à Dieu dans le secret de son âme. Quoique hée de parenté avec ÉUsabeth , la Vierge ne connut la grâce accordée à sa cousine que par une révélation céleste.

Marie vint donc vers Elisabeth, qui, comme uiic autre Sara, avait obtenu la fécondité dans sa vieillesse.

A peine la voix de Marie a- 1- elle retenti doucement à l'oreille de l'épouse fortunée de Zacharie, qu'ËUsabeth sentit son enfant très-

saillir dans son sein. Elle fat remplie du Saint- Esprit, et dans un ravissement prophétique elle s'écria : « Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni! D'où me vient ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne à moi? A peine ai -je entendu votre salutation, que l'enfant que je porte a tressailli de joie. Vous êtes bienheureuse d'avoir cru, car les choses que Dieu vous a manifestées seront accompUes. »

Qui peut exprimer les saints transports de ces deux femmes, objet des faveurs les plus insignes ? Quelles magnifiques paroles sortent de leur cœur, au milieu de leurs pieux embrassements! Spectacle digne de fixer les regards du ciel et de la terre. A ce moment, Marie exhale les sentiments de sa reconnaissance dans ce sublime cantique, où elle loue Dieu du prodige de miséricorde qu'il a daigné opérer en elle, malgré la bassesse de sa servante. Transportée d'un enthousiasme prophétique, elle sait que toutes les générations la proclameront bienheureuse. « Mon âme, dit -elle, glorifie le Seigneur, et mon âme a tressailli d'allégresse en Dieu, mon Sau-

veur, parce qu'il a abaissé son regard sur son humble servante ; et voilà que désormais toutes les générations m'appelleront bienheureuse. Car celui qui est puissant a fait en moi de grandes choses : son nom est saint ^ et sa miséricorde s'étend d'âge en âge sur ceux qui le craignent. Il a signalé la force de son bras; il a confondu les orgueilleux dans les pensées de leur cœur. Il a renversé les puissants de leurs trônes, et il a élevé les humbles. Il a comblé de biens ceux qui étaient affamés, et il a renvoyé les mains vides ceux qui étaient dans l'abondance. Il a relevé Israël, son serviteur, se souvenant de sa miséricorde et de la parole donnée à nos pères ; à Abraham et à 5a postérité, à jamais. »

Marie resta trois mois environ dans la maison d'Elisabeth, probablement jusqu'à la naissance de saint Jean.

On montre encore dans le village où demeurait Zacharie, au milieu d'un charmant bouqaet de térébinthes, de platanes et d'oliviei's, les ruines d'une petite église, ouvrage des chrétiens, élevée sur l'emplacement de la maison des champs où vécut Marie en compagnie

d'Élisabetb. Les croisés avaient établi au même endroit un monastère de pieuses filles, afin que , de ce lieu sanctifié , la prière s'élevât sans cesse vers le Ciel. La source abondante qui donne à cette vallée un peu de fraîcheur et de fertilité s'api^elle toujours laFotitame de Marie.

Le 24 juin, Tan 752 de la fondation de Rome, Elisabeth donna naissance à un fils. Aussitôt ses parents, ses amis et ses voisins, suivant la coutume, accoururent la féliciter. Tous complimentèrent l'heureuse mère, et louaient Dieu du bienfait qu'il venait de lui accorder. Le huitième jour, ils se réunirent de nouveau pour assister à la cérémonie de la circoncision. Us s'accordaient à donner à l'enfant le nom de Zacharie, qui était celui de son père. ÉUsabeth s'y opposa, et l'appela Jean. Personne dans votre famille , disait-on , ne s'appelle ainsi. Alors on demanda au père de manifester sa volonté. Zacharie demanda des tablettes, et écrivit : Jean est son nom.

Tous étaieut dans rétonnement; mais en ce moment la Icmgue du vieillard se délia, et il publiait les merveilles de Dieu à haute voix. Prenant entre ses bras le fils de la grâce, et levant les yeux au ciel, il s'écria : « Béni soit le Seigneur, Dieu d'Israël, de ce qu'il a visité et racheté son peuple. » Puis, contemplant son fils, il continua : « Et toi, enfant, tu seras appelé le prophète du Très-Haut; car tu marcheras devant la face du Seigneur, pour lui préparer ses voies. »

Les témoins de cette scène touchante éprouvaient les plus vifs sentiments d'admiration. Ils se demandaient les uns aux autres ce qu'ils pensaient de cet enfant : la main de Dieu était visible. Le bruit de ces merveilles se répandit dans les montagnes de la Judée ; et tous ceux qui en entendirent parler les gravèrent dans leur mémoire.

Chacun alors était dans l'attente. On savait que les temps prédits par les prophètes étaient venus, et que la Judée allcdt devenir le théâtre des plus grands événements. Tous les cœurs s'ouvraient à l'espérance ; sur toutes les lèvres on entendait répéter les promesses adressées

à Abraham et aux patriarches. L'heure était solennelle. Dieu élevait le signe du salut dans la maison de David son serviteur, avait dit Zacharie; et Tépoux d'Elisabeth n'ignorait sans doute aucun des détails de la Visitation de Marie, aucune des merveilles qui bientôt allaient étonner et sauver le monde.

Jean grandit en âge et en sainteté , et jusqu'au moment où il devait commencer ses prédications il vécut dans le désert.

Les pèlerins ne manquent pas d'aller visiter la grotte sauvage, à quatre kilomètres environ du village dont nous avons parlé, où saint Jean se prépara, dems la solitude et les austérités, à prêcher la pénitence et l'approche du royaume de Dieu. C'est une caverne creusée par la nature, près d'une petite source qui suinte à travers les pierres, à l'ombre d'un caroubier. La tradition n'a jamais varié touchant cette grotte, comme l'attestent des monuments de la plus haute antiquité chrétienne.

DE JÉSUS-GHRIST. 45

Après trois mois d'absence y les signes de la maternité de Marie étaient apparents. Joseph , le gardien de la virginité de sa jeune fiancée , en fut vivement attristé. Sa conscience lui faisait un devoir de la quitter; mais, comme il était juste, il résolut de lui donner une lettre de séparation , en présence de deux témoins , conformément aux coutumes des Juifs, et de la congédier sans bruit. C'était un acte d'indulgence, dans lequel le motif de la séparation n'était pas toujours exprimé. La conduite de Joseph est l'interprétation naturelle du passage de l'Évangile, attestant le genre de vie parfait que les deux époux pratiquaient dans l'état du mariage. La Providence dissipa promptement ces nuages. Un ange fit conncdtre à Joseph le mystère opéré dans la personne de sa chaste épouse , en accompUssement de la prophétie d'Isaie : « Voici qu'une vierge concevra et enfantera un fils à qui l'on donnera le nom d*Emmanuel, c'est-à-dire, Dieu avec nous.

L'envoyé céleste lui ordonna en même temps (l'appeler le fils de Marie Jésus ou Sauveur y car il doit sauver son peuple et le racheter de ses péchés. « Ne craignez pas, dit -il, de recevoir Marie en votre demeure : ce qui est en elle est l'œuvre du Saint-Esprit. »

Consolé par cette vision et cet avertissement d'en haut, Joseph accueillit avec honneur la fille de David, la mère de Jésus, en qui toutes les promesses faites aux patriarches trouvaient un terme d'une manière si admirable.

Six mois après le retour de la Vierge, le roi Hérode publia en Judée, au nom de l'empereur Auguste, un édit qui ordonnait à tous les Juifs de se faire inscrire dans les registi'es publics , chacun dans sa tribu ou dans la ville de ses pères, afin de savoir le nombre des habitants du royaume. Ce recensement était . une mesure générale dont l'application embrassait toutes les provinces du vaste empire de Rome.

Chacun sait que chez les Juifs la classification du peuple par tribus et familles formait la base de la constitution publique. On ne doit donc pas s'étonner de cet ordre qui d'abord

semble rigoureux. Si l'on consulte uniquement les coutumes judaïques, les prescriptions relatives au dénombrement de la population ne devaient pas atteindre les fenmies; mais chez les Romains, au témoignage de Denys d'Halicamasse *, le recensement comprenait aussi les femmes ; Lactemce nous apprend que dans les provinces on exigea la présence des femmes, et même des filles et des enfants *.

Joseph et Marie \dnrent à Bethléhem, ville de David, surnommée Ephrata, à cause de sa position dans une contrée des plus fertiles de la Judée. La ville était alors florissante et peuplée. En ce moment elle regorgait d'étrangers que la loi du recensement y avait rassemblés , de sorte que Joseph et Marie ne purent trouver où s'y loger. Le Diversorium ou Caravansérai , espèce d'hôtellerie publique, commune en Orient, mais qui ne ressemble en rien à nos hôtelleries d'Europe , était encombré de voyageurs et de bêtes de somme. La colline sur laquelle s'étagent les maisons de Bethléhem ,

t Antiq. rom,^ IV, xv.

2 De morte persecutorum , cap. xxiii.

est percée, hors des remparts, de cavernes plus ou moins profondes où les bergers avsûent coutume de mettre leurs troupeaux à l'abri, durant Thiver et la saison des pluies. Déjà, de son temps, David y pouvait conduire ses troupeaux ; et en plus d'une occasion les hommes eux-mêmes y trouvaient un asile. C'est dans une de ces étables que les deux époux furent obligés de chercher un refuge. A minuit, le 25 décembre, l'an 752 de la fondation de Rome , l'an 4004 depuis la création du monde, 1921 ans depuis la vocation d'Abraham ,1491 ans après la sortie d'Egypte, Marie, âgée de quatorze ans, au fond d'une grotte obscure, donna naissance au Fils de Dieu, l'enveloppa de langes et le coucha dans une crèche. Ainsi naquit le descendant des rois, l'héritier de David, le Fils unique de Dieu, le Messie! Quelle grandeur et quels abaissements !

L'amour et la reconnaissance guidèrent les premiers fidèles vers cette grotte témoin de tant de merveilles. L'empereur Adrien la fit profaner et ordonna de planter alentour un bois consacré aux cérémonies impures d'Adonis, fils de Vénus. Cette profanation dura

cent quatre-vingts ans, jusqu'au règne de Constantin. A cette époque, la pieuse mère du premier empereur chrétien , sainte Hélène, fit purifier ce lieu vénérable, brisa Tidole , arracha le bois consacré à des fêtes païennes, et jeta les fondements d'une superbe basiUque qui subsiste encore, après avoir traversé quinze siècles. Aujourd'hui comme au temps de saint Justin, d'Origène, de saint Épiphane, de saint Jérôme, de la pieuse Paule et de la vierge Eustochie, derniers rejetons des Gracques et des Scipions, les pèlerins descendent dans la grotte souterraine de Bethléhem et s'y agenouillent dévotement. Des lampes y entretiennent sans cesse une douce lumière, et à l'endroit même où Marie, mère de la divine grâce y occupée des premiers soins de la maternité , prodiguait à Jésus ses caresses et ses adorations, la piété respectueuse des chrétiens a placé un pavé de marbre incrusté de jaspe et de porphyre, où se lit l'inscription suivante :

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