LIVRE XV
Dès que le sabbat fiit passé, Marie -Madeleine, Marie, mère de Jacques, et Salomé, achetèrent des parfums et des aromates pour achever F embaumement du corps du Sauveur, commencé à la hâte dans la soirée du vendredi. Le premier jour de la semaine, le dimanche, selon le langage des chrétiens, qui commençait au lever dès étoiles *, les saintes femmes se disposèrent à aller au sépulcre. Elles partirent pendant que les ténèbres cou-
1 A vespera usque ad vesperam celebrabitis sabbata veslra. Levit., xxiti, 3î2.
vraient encore la terre , et arrivèrent après le lever du soleil. Chemin faisant elles se disaient : « Qui pourra ôter la pierre qui ferme l'entrée du tombeau? » Elles ignoraient la présence des gardes, et les précautions prises par les Juifs on scellant la pierre.
Dès Taurore, Jésus sortit vivant du tombeau, ressuscitant par sa propre puissance. La terre trembla, et un ange, descendu du ciel, roula la pierre, et s'assit dessus. Son visage resplendissait comme l'éclair, et ses vêtements étaient blancs comme la neige. A sa vue, les gardes furent saisis de frayeur; telle , fut leur épouvante, qu'ils étaient renversés à terre comme morts.
A ce même moment, les tombeaux s'ouvrirent; les corps de plusieurs saints personnages , plongés dans le sommeil de la mort , se levèrent, sortirent du sépulcre, et allèrent dans la cité sainte, où ils apparurent à plusieurs.
Alors survinrent les saintes femmes, précédées de Marie -Madeleine. A leur grande surprise, elles virent que la pierre, dont le poids était énorme, avait été enlevée. Entrées dans
le jardin y elles découvrirent à droite un jeime homme vêtu d'une robe blanche. « Ne soyez pas effrayées, leur dit l'ange; vous n'avez aucun sujet de crainte. Je sais que vous cherchez Jésus de Nazareth, qui a été crucifié; il n'est pas ici; il est ressuscité, comme il l'avait prédit : voici le lieu où son corps fiit déposé. Allez promptement annoncer à ses disciples et à Pierre qu'il est ressuscité. D vous précède en Galilée , où vous le verrez. »
Ces pieuses femmes pénétrèrent dans la grotte sépulcrale, où, en effet, elles ne trouvèrent point le corps de Jésus. Tandis que leur esprit était vivement frappé de tout ce qui se passait, elles aperçurent soudain auprès d'elles deux jeunes gens vêtus d'habits éclatants. Dans leur effroi, elles n'osaient lever les yeux, et baissaient la tête. « Pourquoi , leur dirent les anges, cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant? Il n'est pas ici; il est ressuscité. Rappelez-vous ce qu'il vous disait quand vous étiez encore en Galilée : Il faut que le Fils de l'honune soit livré entre les mains des pécheurs, qu'il soit crucifié, et qu'il ressuscite le troisième jour. »
Elles se souvinrent de ces paroles. Aussitôt elles sortirent du sépulcre , frappées de la plus vive impression, et se mirent à courir, sans proférer une parole, pour porter cette nouvelle aux apôtres.
Dès qu'elles furent parties, les gardes rentrèrent à Jérusalem, et racontèrent aux princes des prêtres ce qui venait d'arriver. Ceux-ci rassemblèrent les anciens du peuple, et, après s'être concertés ensemble, ils donnèrent une somme d'argent considérable aux soldats, avec cette reconunandation : « Dites que pendant votre sommeil les disciples sont venus et ont dérobé le corps. »
Les soldats savaient bien que c'était une mauvaise excuse, et qu'en faisant un tel aveu ils seraient condamnés et punis : car des soldats qui montent la garde ne doivent pas s'endormir, ni laisser ravir un dépôt qui leur est confié.
« Si cela vient aux oreilles du gouverneur, ajoutèrent les princes des prêtres, nous nous chargeons de lui parler, et vous resterez en sûreté. » Là-dessus les soldats prirent l'argent, et agbent suivant les instructions qu'ils venaient de recevoir.
Marie-Madeleine, Jeanue, Marie^ mère de Jacques, et les autres femmes témoins de cet événement, annoncèrent aux apôtres ce qui venait d'arriver. Ceux-ci n'ajoutèrent pas foi à leur parole; ils regardaient leur récit comme une fable.
Cependant Marie - Madeleine , dans son trouble, courut à Pierre et au disciple bienaimé de Jésus, disant : « On a enlevé le Seigneur du tombeau , et je ne sais où on l'a mis. »
Pierre alors se leva, ainsi que le disciple bien-aimé, et ils allèrent en hâte vers le sépulcre; mais Jean, qui était jeune, courut plus vite, et arriva le premier. Il se pencha, et vit dans la grotte les linges posés à terre, sans vouloir entrer. Aussitôt que Pierre fiit venu, il entra seul dans le sépulcre, et il vit, en s'inclinant, les linges posés à terre ; le suaire qui avait enveloppé la tète était plié et placé à part. Jean entra aussi; il vit, et crut. Les apôtres, toutefois, ignoraient encore le sens
des Écritures, lorsqu'elles disent : « Qu'il devait ressusciter d'entre les morts. »
Marie-Madeleine avait suivi les apôtres. Dès que ceux-ci sont partis, elle s'assied près de la porte du sépulcre, triste, et fondant en larmes. Tout en pleurant, elle regarde dans la grotte, où elle aperçoit deux anges vêtus de blanc, assis, l'un à la tète, Vautre aux pieds, suivant la position du corps mis au tombeau. « Femme, pourquoi pleurez-vous? » lui disent les anges. «Je pleure, répond -elle, parce qu'on a enlevé le corps de mon Seigneur, et j'ignore où on l'a mis. » A peine a-t-elle prononcé ces paroles, que, se détournant, elle voit Jésus debout ; mais elle ne le reconnaît pas. « Femme, pourquoi pleurez-vous? lui dit Jésus. Qui cherchez -vous? » Croyant qu'elle s'adresse au jardinier, Marie-Madeleine, toute absorbée dans sa pensée , lui dit : « Si c'est vous qui l'avez enlevé, dites -moi où vous l'avez placé, afin que j'aille le chercher. »
Jésus, d'un ton de voix qui le fit reconnaître sur-le-champ, dit : « Marie! » Celle-ci se retourna vivement, en s'écriant : « Mon Maître ! » Et en même temps elle s'élança pour lui embrasser les pieds. Jésus ajouta : « Ne me touchez pas ; je ne suis point encore monté vers mon Père (c'est-à-dire : Je reste encore quelque temps avec vous, et vous pourrez me revoir). Allez vers mes frères, et annoncez* leur que bientôt je retourne vers mon Père et votre Père, mon Dieu et votre Dieu. »
Marie - Madeleine accourut toute joyeuse vers les apôtres, en disant : « J'ai vu le Seigneur. » Les apôtres se lamentaient et pleuraient; ils n'ajoutèrent pas foi aux paroles de cette femme.
Comme Marie-Madeleine , les autres saintes femmes étaient retournées au sépulcre. Jésus se présenta devemt elles, en disant : « Je vous salue. » Aussitôt elles se prosternèrent à ses pieds, et l'adorèrent. Comme elles étaient troublées de cette apparition : « Ne craignez point, leur dit Jésus; allez dire à mes frères qu'ils se rendent en Galilée ; là ils me verront. »
Une traditiou respectable rapporte que le Christ ressuscité apparut d'abord à Marie, sa mère. Saint Ambroise s'est rendu l'interprète de la croyance d'un grand nombre de Pères et d'écrivains ecclésiastiques, en disant que Marie fut le premier témoin de la résurrection de son divin fils \ Dans l'église actuelle du Saint -Sépulcre, à. Jérusalem, existe une chapelle à l'endroit où l'on présume que se trouvait la sainte Vierge. Non loin de là s'élevait une maison appartenant à Joseph d'Arimathie. La sainte Vierge y avait cherché un refuge, attendant avec confiance l'accomplissement des prophéties. En ce même lieu, pendant tout le moyen âge, le patriarche de Jérusalem avait coutume de se rendre le jour de Pâques, dès le point du jour, pour chanter, avec l'Église, ces paroles d'une prière litur-
1 Vidit Maria resurrectionem Domini; prima vidit, et credidit. De Virg., lib. III.
gique : Remrrexit sicut dixtt, alléluia. Il est ressuscité, comme il fa dit.
La résurrection de Jésus-Christ est le fondement de la religion chrétienne ; aussi la Providence a-t-elle voulu qu'aucun fait historique ne fût entouré de preuves plus nombreuses et plus convaincantes. « 11 est donc vrai, dit Bourdaloue, que la résurrection de cet Homme- Dieu était la preuve la plus authentique qu'il pouvait donner de sa divinité ; et c'est pourquoi toute la Synagogue, conjurée contre lui, fit de puissants efforts pour empêcher que la créance de cette résurrection ne fût reçue dans le monde. Qu'est-il arrivé? Par une conduite toute merveilleuse de la Providence, de tous les articles de notre religion, ou plutôt de tous les miracles sur quoi est fondée notre religion, il n'y en a aucun dont le fait ait été si avéré, ni dont l'évidence soit si incontestable : eu sorte, dit saint Augustin, qu'un païen même et un infidèle, examinant sans préoccupation
toutes les circonstances de ce miracle , est forcé d'en reconnaître la vérité. Et, ce qui est encore plus étonnant, continue ce saint docteur, c'est que les deux choses qui naturellement auraient dû être des obstacles à la foi de cette résurrection, savoir, la haine des pharisiens et Tincrédulité des apôtres, sont justement les deux moyens que Dieu a employés pour l'appuyer et la fortifier. Oui, les ennemis de Jésus-Christ les plus passionnés ont, malgré eux, contribué par leur haine même à vérifier le miracle de la résurrection de son corps, et par conséquent à établir notre foi. Car prenez garde : à peine Jésus-Christ a-t-il expiré , qu'ils s'adressent à Pilate ; et que lui représentent-ils? Nous nous souvenons que ce séducteur a dit, lorsqu'il était encore vivant : Je ressusciterai trois jours après ma mort; il s'y est publiquement engagé, et il a voulu qu'on éprouvât par là s'il était fidèle et véritable dans ses paroles. Tout le peuple est dems l'attente du succès de cette prédiction; et, si son corps venait maintenant à disparaître, il n'en faudrait pas davantage pour confirmer une erreur aussi pernicieuse que celle-là. Il est donc important d'y pour-
voir, et nous venons à vous pour le faire avec plus d'autorité. Allez, leur répond Pilate, vous avez des gardes, usez-en comme il vous semblera bon; je vous donne tout pouvoir. Et aussitôt le sépulcre est investi de soldats; la pierre qui en ferme l'ouverture est scellée; on n'omet rien poiu' une entière sûreté. Quel effet de cette prévoyance ? Point d'autre que d'écarter jusqu'aux moindres doutes et jusqu'aux plus légers soupçons sur la résurrection de Jésus- Christ. Car, malgré toutes leurs précautions et tous leurs soins , le corps du Sauveur, après trois jours de sépulture , ne s' étant pas trouvé dans le tombeau, que pouvaient dire les pharisiens? Que ses disciples l'avaient enlevé à la faveur de la nuit, et tandis que la garde était endormie? Mais, reprend saint Augustin, comment a-t-on pu approcher du sépulcre, lever la pierre, emporter le corps, sans éveiller aucun des soldats? D'ailleurs, si la garde était endormie, d'où a-t-elle su qu'on l'avait enlevé, et qui l'avait enlevé? et, si elle n'était pas endormie, comment a-t-elle souffert qu'on l'enlevât? Quelle apparence que les disciples, qui étaient la faiblesse et la timidité même, soient
devenus tout à coup si hardis, et qu'au travers des gardes, avec un danger visible de leurs personnes, ils aient osé ravir un corps mis en dépôt sous le sceau public? De plus, quand ils l'auraient osé, à quel dessein voudraient -ils faire croire aux autres une chose dont la fausseté leur aurait été clairement connue? Que pouvaient-ils espérer de là? Car, s'ils avaient enlevé le corps, il leur était évident que Jésus- Christ n'était pas ressuscité, et qu'il les avait trompés; et, comme ils s'étaient exposés pour lui à la haine de toute leur nation , il était naturel que, se voyant ainsi abusés, bien loin de soutenir encore ses intérêts, ils le renonçassent, déclarant aux magistrats que c'était un imposteur : témoignage que toute la Synagogue eût reçu avec un applaudissement général, et qui leur eût gagné l'affection de tout le peuple ; au lieu que, publiant sa résurrection, ils ne devaient attendre que les traitements les plus rigoureux, les persécutions, les prisons, les fouets, la mort même ^ »
1 Sermon pour le jour de Pâques, sur la Résurrection de Jésus -Christ.
Le jour même delà résurrection, le Sauveur apparut à Pierre et à deux autres disciples. Ceux-ci se rendaient à Emmaûs, bourgade éloignée de Jérusalem de soixante stades, environ douze kilomètres. Chemin faisant, ils s'entretenaient de ce qui s*était passé les jours précédents. Tandis qu'ils conversaient ensemble, s'interrogeant mutuellement, Jésus s'approcha, et se mit à cheminer avec eux, sans qu'ils le reconnussent. Il leur dit : « De quoi vous entretenez -vous en marchant? et pourquoi êtes- vous tristes? » L'un des voyageurs, nommé Cléophas, lui répondit : « Êtesvous le seul étranger à Jérusalem, ignorant ce qui est arrivé ces jours derniers? — Qu'y a-t-il donc? » demanda-t-il. « Ce qui vient de se passer, reprirent-ils, à l'égard de Jésus de Nazareth, qui était un prophète puissant en paroles et en actions devant Dieu et devant tout le peuple. Vous ne savez donc pas fcomment les princes de? prêtres et les chefs de
notre nation Tont livré pour le faire condamner à mort, et comment ils l'ont crucifié? Pour nous, nous espérions qu'il rachèterait Israël; et voilà maintenant le troisième jour que ces faits ont çu lieu. Quelques femmes, toutefois, qui sont des nôtres, nous ont effrayés. Elles sont allées au sépulcre avant l'aube du jour. N'ayant plus trouvé le corps au tombeau, elles nous ont annoncé en outre que des anges leur ont apparu, leur affirmant que Jésus est vivant. Plusieurs des nôtres, à cette nouvelle, ont couru vers la grotte sépulcrale; ils ont reconnu, suivant le rapport de ces femmes, que le sépulcre était vide, et ils n'ont pas retrouvé le corps de Jésus.
— Hommes de peu d'intelligence et de peu de foi! dit Jésus; comment votre cœur est-il si lent à croire ce qu'ont prédit les prophètes? Ne fallait-il pas que le Christ souffrît, et qu'il entrât ainsi dans sa gloire? »
Alors Jésus se mit à leur interpréter les Écritures, commençant par Moïse, sans omettre aucun des prophètes, et leur expliqua tous les passages relatifs au Messie.
Cependant ils étaient arrivés au village vei's
lequel ils se dirigeaient. Jésus feignit de vouloir aller plus loin* Les disciples lui firent instance. « 11 est tard, disaient-ils, la soirée approche, le jour baisse; restez avec nous. » Jésus donc entra avec eux. Or, tandis qu'ils étaient à table ensemble, Jésus prit du pain, le bénit, le rompit, et le leur présenta. A ce moment , leurs yeux , fermés jusqu'alors , s'ouvrirent, et ils le reconnurent. Mais Jésus disparut aussitôt.
Alors les deux disciples se dirent l'un à l'autre : « Notre cœur n'était-il pas enflammé, le long du chemin, pendant qu'il nous parlait et nous découvrait le sens des Écritures? »
Leur repas achevé, ils reprirent sur-lechamp le chemin de Jérusalem. Ils tenaient à porter sans retard cette bonne nouvelle aux autres disciples. Ils trouvèrent les onze apôtres assemblés, en compagnie de plusieurs personnes amies, s' entretenant de l'apparition de Jésus à Simon-Pierre. Tous disaient de concert : « Il est vraiment ressuscité. » Les deux disciples alors racontèrent ce qui venait de leur arriver en chemin, et comment ils l'avaient reconnu à la fraction du pain.
Malgré tant et de si frappants témoignages, les autres ne voulaient pas croire.
Pendant qu'ils étaient ainsi réunis, le soir du même jour, c'est-à-dire le premier jour de la semaine et celui même de la résurrection, les portes fermées par crainte des Juifs, tout a coup Jésus se trouva au milieu d'eux , en disant : « La paix soit avec vous : c'est moi ; ne craignez pas. »
A cette vue , les apôtres furent saisis d'une vive frayeur. Ils tremblaient, s'imaginant être en présence d'un esprit. Jésus les rassura, ce Pourquoi, dit-il, vous troublez-vous? Pourquoi ces pensées montent-elles dans vos cœurs? Voyez mes mains et mes pieds; reconnaissezmoi. Touchez et voyez. Un esprit n'a ni chair ni os, comme vous voyez que j'en ai. » Et, tout en parlant, il leur montrait ses mains, ses pieds et son côté.
Dans l'excès de l'étonnement et de la joie ,
DE JÉSUS-CHRTST. 563
les apôtres ne croyaient point encore. Jésus leur demanda s'ils avaient quelque chose à manger. Ils lui offrirent un morceau de poisson grillé et un rayon de miel. Après en avoir mangé devant eux, il leur donna le reste. Puis il ajouta : « Rappelez-vous ce que je vous ai dit pendant que j'étais encore avec vous : Il est nécessaire que tout ce qui est écrit dans la loi de Moïse et dans les Prophètes s'accomplisse en moi. »
Alors il leur ouvrit l'intelligence, pour qu'ils comprissent le sens des Écritures. « Voilà ce qui a été écrit, leur dit -il; il fallait donc que le Christ souffrit, et qu'il ressuscitât d'entre les morts le troisième jour. Vous êtes témoins de toutes ces choses. Vous devez prêcher en mon nom et la pénitence et la rémission des péchés, en débutant par Jérusalem. »
Les disciples furent comblés de joie par cette visite du Seigneur.
Jésus leiu' dit encore : « La paix soit avec vous; de même que mon Père m'a envoyé, ainsi je vous envoie. « En finissant ces mots , il souffla sur eux, disant : « Recevez le Saint- Esprit; les [>échés seront remis à ceux à qui
VOUS les remettrez; et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez. »
Thomas, surnommé Didyme, ne se trouvait pas avec les autres apôtres au moment de cette apparition de Jésus. « Nous avons vu le Seigneur, » lui dirent les disciples ; mais Thomas répondit : « Si je ne vois p€is dems ses mains l'empreinte des clous ; si je ne mets pas mon doigt dans la plaie des clous, et ma main dans la blessure du côté, je ne croirai point. »
Huit jours après, les disciples étaient de nouveau assemblés au même endroit, et Thomas, cette fois, n'était pas absent. Les portes étaient fermées, et Jésus parut au milieu d'eux, en disant : « La paix soit avec vous. » Puis , s'adressant à Thomas, il lui dit : « Mets là ton doigt , et regarde mes mains ; mets ta main dans mon côté, et ne sois plus incrédule, mais fidèle.
— Vous êtes mon Seigneur et mon Dieu ! » s'écria Thomas.
« Tu as cru, Thomas, reprit Jésus, parce que tu as vu. Heureux ceux qui croiront sans avoir vu ! »
Les onze apôtres s'en allèrent en Galilée , suivant l'ordre que Jésus leui' en avait donné, et se fixèrent sur la montagne qu'il leur avait désignée.
Le Seigneur leur apparut de nouveau près de la mer de Tibériade , de la manière suivante. Simon -Pierre se trouvait en compagnie de Thomas -Didyme, de Nathanaël, qui était de Cana en Galilée ; des deux fils de Zébédée , et de deux autres disciples. Pierre dit à ses compagnons : « Je vais pêcher. » Ceux-ci le suivirent, et montèrent dans la même barque. Mais ils travaillèrent en vain toute la nuit; ils ne prirent aucun poisson.
Le matin, Jésus vint sur le rivage de la mer; mais les apôtres ne le reconnurent pas. « Mes amis, cria Jésus, avez-vous quelque chose à manger? — Non, » répondirent-ils. « Jetez
le filet à droite de la barque, ajouta Jésus, et vous ferez bonne pêche. »
Us suivirent son avis; et ils ne pouvaient tirer le filet, tant il était plein de poissons.
Là-dessus, le disciple bien-aimé de Jésns dit à Pierre : « C'est le Seigneur. » Aussitôt Simon-Pierre prit sa tunique, car il n'était pas vêtu, et se jeta à la mer, tandis que les autres conduisaient la barque au rivage, éloigné d'environ deux cents coudées , tirant après eux le filet rempli de poissons. Descendus à terre, ils virent des charbons allumés, un poisson dessus, et du pain auprès. « Apportez des poissons que vous venez de prendre, » dit Jésus. Simon-Pierre retourna à la barque , et tira le filet à terre. Il s'y trouva cent cinquante -trois gros poissons, et, malgré le poids et la quantité de ces poissons, le filet ne fut pas rompu.
Jésus leur dit : « Venez manger. » Personne de ceux qui s'assirent pour prelidrc leur repas ne lui adressa aucune question. Us savaient bien tous que c'était le Seigneur. Jésus s'approcha, leur donna du pain, ainsi que du poisson. Quand ils eurent fini de manger, Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jonas,
in aimez-vous plus que ceux-ci? — Oui, Seigneur, répondit-il; vous savez que je vous aime. — Paissez mes agneaux, » dit Jésus. Jésus reprit : « Simon, fils de Jonas, m'aimezvous? — Oui, Seigneur, répondit celui-ci; vous savez que je vous aime. — Paissez mes agneaux, » dit Jésus. Une troisième fois, Jésus lui demanda : « Simon, fils de Joneis, m'aimezvous? » Pierre fut attristé de ce que Jésus lui avait posé par trois fois la même question. Il répondit : « Seigneur, vous connaissez toutes choses; vous savez que je vous aime. — Paissez mes brebis, dit Jésus. En vérité, en vérité je vous le dis, ajouta Jésus, s' adressant toujours à Pierre, lorsque vous étiez jeune, vous mettiez vous-même votre ceinture, et vous alliez où vous vouliez; mais, lorsque vous serez vieux, vous tendrez les mains, et un autre vous ceindra, et vous mènera où vous ne voudriez pas aller. »
Jésus parla de la sorte pour indiquer à l'avance par quel genre de mort Pierre devait un jour glorifier Dieu. Cela dit, il ajouta : <c Suive5&-moi. » Pierre, en se tournant, aperçut le disciple que Jésus aimait, et qui, à la cène,
ayant la tête près de la poitrine du Sauveur, lui avait adressé cette question : « Seigneur, quel est celui qui vous trahira? » En le montrant, Pierre dit à Jésus : « Seigneur, que serat-il de celui-ci? — Si je veux qu'il reste ainsi jusqu'à ce que je vienne, répliqua Jésus, que vous importe? Pour vous, suivez-moi. »
Dès lors le bruit se répandit parmi les disciples que celui-ci ne mourrait pas. Le Seigneur, cependant, n'avait pas dit : « Il ne mourra pas: » mais il avait dit seulement : « Si je veux qu'il reste ainsi jusqu'à ce que je vienne, que vous importe? »
Après cela, Jésus apparut encore aux onze apôtres sur la montagne où il les avait appelés. « Il se montra ainsi, dit saint Paul, à plus de cinq cents frères £issemblés, dont plusieurs sont encore vivants ^ » En le voyant , ils se prosternèrent pour l'adorer : quelques-uns
* I Cor., XV, 6.
pourtant doutaient encore. Jésus leur reprocha leur incrédulité et la dureté de leur cœur, parce qu'ils n'avaient pas ajouté foi au témoignage de ceux qui l'avaient vu après sa résurrection.
Alors Jésus s'approcha des apôtres, et leur dit : « Toute puissance m'a été donnée au ciel et sur la terre. Allez donc, enseignez toutes les nations; baptisez-les au nom du Père, du Fils , et du Saint-Esprit. Apprenez-leur à garder tout ce que je vous ai commandé; et voilà que je suis avec vous jusqu'à la consommation du siècle.
« Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé ; celui qui ne croira pas, sera condamné. Voici les miracles que feront ceux qui croiront : ils chasseront les démons en mon nom; ils p6uv leront des langues nouvelles; ils toucheront impunément les serpents; s'ils boivent quelque poison mortel, il ne leur fera point de mal; ils imposeront les mains sur les malades, et les malades seront guéris. »
Nous savons encore, d'après saint Paul, que le Sauveur se montra à Jacques * . L'apôtre des
« I Corintbi', XV, 7.
gentils ne s'exprime pas plus clairement, sans doute parce que, de son temps, le fait était suffisamment coimu. Est-ce Jacques, fils de Zébédée, témoin de la transfiguration et de l'agonie de Jésus, qui, le premier, scella de son sang la foi de son Maitre? Est-ce Jacques, fik d'Alphée, que les Juifs et les chrétiens surnommèrent le Juste? Saint Jean Chrysostome, Eusèbe, et plusieurs écrivains ecclésiastiques, croyaient que cette faveur fut accordée à Jacques le Juste.
Durfimt les quarante jours que Jésus passa sur la terre depuis sa résurrection jusqu'à son ascension glorieuse, il opéra beaucoup d'autres prodiges. Il conversait avec ses apôtres, leur parlant du royaume de Dieu. L'Écriture se tait sur ces communications divines : la tradition seule nous les a fait connaître , en nous montrant les apôtres à l'œuvre dans la fondation des diverses chrétientés, et constituant l'Église dans la forme qu'elle a présentée au monde dès le premier âge.
Jésus avait donné ordre à ses disciples de s'assembler à Jérusalem. La grande fête de la Pentecôte, d'ailleurs, les y appelait tout naturellement. « C'est là, leur dit- il, que je vous enverrai le don de mon Père que je vous ai promis; car Jean a baptisé dans l'eau, et vous, vous serez baptisés bientôt dans le Saint-Esprit. Restez dans cette ville jusqu'à ce que vous soyez revêtus de la vertu d'en haut. »
En ce moment solennel, ils lui adressèrent cette question : « Seigneur, est-ce en ce temps que vous rétablirez le royaume d'Israël? — Ce n'est pas à vous, répondit Jésus, de connaître le temps et l'heure que le Père a marqués dans sa sagesse et sa puissance. Vous recevrez la vertu du Saint-Esprit, qui sm'viendra en vous, et vous me rendrez témoignage dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre. »
Jésus sortit alors de Jérusalem, et conduisit ses disciples sur la montagne des Oliviers, du
côté de Béthanie. Dans leur marche , ils avaient passé près de Gethsémani. Dès qu'il eut fini de leur adresser ses dernières paroles, il étendit les mains pour les bénir, et, pendant qu'il répandait sur eux ses bénédictions, il s'éleva dans les airs par sa propre puissance , montant au ciel, où il est assis à la droite de Dieu.
Comme ils le regardaient monter au ciel, au moment où un nuage éclatant le déroba à leurs regards, deux hommes vêtus de blanc leur apparurent, et leur dirent : « Hommes dç Galilée, pourquoi continuez -vous de regarder ainsi en haut? Jésus, en vous quittant, vient de retourner au ciel; il reviendra un jour de la même manière que vous l'avez vu monter aux cieux. »
Ils se prosternèrent tous, et adorèrent Dieu. Puis ils revinrent à Jérusalem , inondés de joie , louant hautement le Seigneur.