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Histoire de Joachim Murat

L'Église formait, sous Tancilen régime , une sorte de noblesse secondaire , accessible à tout le monde , dans laquelle les familles roturières qiii avaient de l'ambition plaçaient leurs enfans avec orgueil. La mitre s'offrait de loin au plus pauvre étudiant d'un séminaire , commÀ plus tard , les épaulettes de général se montraient à l'imagination de tous nos jeunes soldats. Les parens de Murât paraissaient être aussi jaloux d'avoir un prêtre dans leur famille, que Joachim l'était peu de porter le manteau court.

Il avait vingt ans lorsqu*il prit le petit collet. Admis dans plusieurs maisons de Toulouse , il s'y faisait distinguer par une figure agréable et des manières aiséCwS : il avait même pris un ton protecteur, quelquefois arrogant. Comme tout devait être bizarre et romanesque dans sa vie , Yàbhé Mural devint amoureux d'une jeune et jolie personne de Toulouse: il se battit pour elle, l'enleva, et alla se cacher avec l'objet de sa passion^

Ce premier écart de sa jeunesse changea la destinée de l'abbé Murât; il quitta le petit collet et adopta un genre de vie opposé à celui (jue ses parens lui avaient prescrit : il courut après les plaisirs , et lorsqu'il eut dissipé ou

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Roe des Grandi-Angnitina . a° so.

de fils de citoyens actifs. Joàchim Murât se mît sur les rangs ; mais il fut si mal noté au conseil de son département, qu'on le raya de la liste des candidats,comme un jeune homme de mœurs déréglées et d'un caractère peu propre à se plier à la subordination militaire. Toutefois Murât avait su captiver la bienveillance de ce mêm^ J. B. Cavaignac , qui exerçait alors les fonction^ .municipales à Gordon , que Ton vit plus tard député à la convention nationale, aux armées, et au conseil des cinq cents , et qui , après avoir rempli les fonctions de commissaire général jextraordinaire à Pondichéry , revint en Europe pour y être témoin de l'élévation au trône de Naplés de son protégé , dont il fut un des conseillers d'état. Cavaignac, instruit et tolérant, sut faii^ excuser les torts de la jeunesse de Murat , et obtint son admission dans la garde constitutionnelle.

Ravi dé pouvoir prendre l'essor^ Murât quitta enfin le toit paternel , et se rendit à Paris avec le jeune Bessières, qui depuis fut maréchal de l'empire et duc d'Istrie. Murât entrait alors dans sa vingt-troisième année; mais il n'était encore^u'un jeune étourdi, dans la télé duquel" germaient des idées de liberté et d'égalité plus absolues que celles professées , à la même époque , par lies députés à l'assemblée constituante :

CRAPltftE II. 9

et comme il avait trop de franchise pour dissimuler sa pensée , il dut à ses opinions républicaines de mettre souvent Tépée à la main contre ceux de ses camarades qui ne pensaient pas comme lui. Peu de jours se passaient sans que Murât eût à soutenir quelque querelle sérieuse, qui se terminait ordinairement par un duel : en moins d'un mois il dut se battre six fois.

Mais si sa bravoure le faisait considérer d'à-

vance comme un excellent soldat sur le champ de bataille, elle ne pouvait que lui nuire dans un corp^ soumis à une discipline sé\ère et destiné à parader autour du palais du roi. Aussi Murât fit-il des démarches pour en sortir le plus tôt possible; et lorsque, quelque temps avant le licenciement de cette même garde constitutionnelle , il obtint la faveur de passer $ous- Ijputen^nt dans le i3® régiment de chasseurs à cheval, ceux de ses camarades qui ne professaient pas des opinions constitutionnelles, le virent partir avec plaisir, parce qu'ils le redoutaient.

A peine fut-il décoré de la modeste épaulette de sous -lieutenant, qu'il se montra révolutionnaire exalté : il fréquentait assidûment les clubs ^ y faisait parfois des motions pleines de fanfaronnades , et devint membre d'un de ces émûtes épuraiQires chargés d'examiner la con-

lO PREMIERE PARTIE. *"

(IiiîLc tic tous ceux qui occupaient les emplois publics; enfin , Murât poussa l'exaltation républicaine jusqu'au point de se faire l'apôtre de Marat : et tel fut alors son aveuglement , qu'à la mort de ce féroce tribun il écrivit d'AbbevilIc, où lise trouvait en garnison , àla société des jacobins, pour lui faire connaître l'intention où il était de changer son nom en celui du monstre dont un parti venait de faire l'apothéose.

Si l'historien de Murât ne peut garder le silence sur les erreurs de sa jeunesse, il doit dire aussi que , malgré sa facilité à se laisser euti-aîner dans des systèmes et des théories condamnables, le fougueux Murât fut loin d'être un homme sanguinaire : son caractère était doux, franc , généreux ; hors du champ de bataille , oîi son courage impétueux le portait au milieu du danger, il lui eût été impossible de répandre une goutte de sang, Tels étaient alors tant d'autres répubhcains si terribles à la tribune lorsqu'une soupçonneuse inquiétude troublait leur tête , si humains , si doux, si philanthropes dès qu'ils ne craignaient plus pour la patrie.

Durant le règne de la terreur, Murât obtint succes^vement les grades de lieutenant et de capitaine; mais aussitôt après le g. thermidor an 2, il fut dénoncé comme terroriste , et ne dut qu'à la protection de J. Vt. Cavalgnac, alors de-

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