‹ Histoire de Joachim MuratChapitre 21 sur 113 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Murât gouverneur de Paris ( i8o3 et i8a4 )•

Il y avait déjà plas d^un an que la paix da continent condamnait Mucat au repos , lorsque le premier consul , voulant donner quelque distraction à Tambition de ses lieutenans , le nomma président du collège électoral du département du Lot. Ses compatriotes accueillirent Murât en hommes qui briguaient sa protection, et le nommèrent député au corps législatif; fonctions très-honorables, mais qui ne convenaient gt|èfe à un guerrier dans la force de Tâge, plus projpife à conduire une charge de cavalerie qu'à discuter les articles du Gode civil.

Le commencement de l'année i8o4 fut marque par la fameuse conspiration de Pichegru et de Georges Cadoudal : Bonaparte se trouvait entouré d'assassins soudoyés par l'Angleterre; il crut devoir placer près de lui les hommes dont il était le plus sûr : le commandeiMot des

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troupes de la i'^ division , ainsi que celui de la garnison , et de la garde nationale de Paris, fut confié au général Murât, avec le titre de gouverneur de Paris , et un traitement de soixante mille 4bncs par an. Il publia aussitôt un ordre du jour par lequel il annonçait aux troupes le débarquement de cinquante brigands, « reste im- « pur , disait-il , de la guerre civile que le gou- <c vernement anglais tenait en réserve pendant « la paix, et dont l'arrivée en France avait été « provoquée par un homme qui comptait en- <c core dans les rangs français , par Moreau. » Murât terminait en prenant l'engagement de faire un boucliei^ de son corps et de celui des troupes sous S(^ ordres au premier consul, et de vaincre autour de lui les ennemis de la France et les^siens.

Mais pendant qu'il irritait Findignatidn des troupes contre ceux qui avaient vt>ulu assassiiier le premier consul , Murât,- qui M^it vivement combien il était sage de signiuer Taurore (iu- règne impérial par des actes de clémence , sollicita et fit solliciter par sa femme la gràçe d'Armand de Polignac et du marquis dé Rivière : ces deux conspirateurs furent arrachés au supplice qui les attendait , et durent la vie aux démarches combinées de Joséphine de Beauharnais, de madame Mural^et de son mari.

yS PREMIÈRE PARTIE.

Encouragé par ce premier succès, Murât, qui avait de la grandeur d'ame et qtti était susceptible des plus nobles inspirations, osa demander aussi la grâce de Georges Gadoudal.- « Georges (c est coupable 9 .dit alors Murât à Bonaparte; << mais dans les guerres civiles, il n^ a* pas de ce crimes , judiciairement parlanf ': les circons- « tances seules déterminent, en dernier résultat, « quels sont les coupaUes. Les crimes qui se « commettent dans ces temps de crise sont du « ressort de la politique et non de celui des lois. « Vou&'êtes vous-même une preuve dé ce que « j'avance—.Greorges est sans doute Irès-coupa- « ble , mais il défendait une cause qu'il croyait « juste , et il est bien plus estimable sous ce rap- « port que MM. de PoHgnac et de- Rivière, et « que les émigrés leurs complices, qui ont tran- (ç quillement vécu dans Taisance à Londres; qui « ne^sesonf pas exposés comme lui aux coups de <c fusils. Si vous faites* grâce à MM. de Police goac éide Rivière^ pourquoi ne paà la faiVe à <c Georges ? Georges est un homme d'honneur « et d'un très-grand caractère : si vous voulez tf lui faire grâce , je le. prends pour mon aide- « de-camp , et je réponds de lui sur ma tête. » — « Non, non, jamais, lui répondit Bonaparte, <c jamais. je ne consentirai à la grâce de Georges; « il a. commis des assassinats sans nombu^, il en

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« commettrait de nouveaux : ne m'importunez « pas davantage. » Ni Murât, ni sa fcnr^me ne purent sa^Ter iit vie 4> Georges , qui fut exécute comiQç l'aurait été ce même marquiâ de Rivière, que H^us , Terrons plus tard mettre la tête de Mciratà prixe .

GjB.fut dâuos cette même année i8o4 qu^eut lieu la déplorable catastrophe du duc d'&nghien, à l^iquelle Murât fut accusé d'avoir pris la part ^ la plus active. Je crois nécessaire de devoir rér tstblir ici les faits, afin de ne pas perpétuer les erreurs que l'on trouve dans la plupart des écrite qui ont été publiés sur la mort de ce prince infortuné. .

Il.esjk avéré aujourd'hui que Murât n'eut aucune p9jrt-à l'arrestation du duc d'Ënghien \ et qu'il ne l'apprit que lorsque ce prince était déjà ^i^UïS. le château de Yincenncs. Le gouverneur de P^ris était alors malade ^ etce fut dans son lift même que le général Savary lui rem&^ le soir, ytn les six heures^ une lettre du pretnier consul qui lui prescrivait de donner immédiatement des ordres pour envoyer une brigade d'infanteterie à Vincennes , et pour désigner en même temps les membres de la commission militaire spéciale qui devait s'assembler dans le château de Vincennes. Cette commission devait juger sans di|emparer Louis-Antoine-Henri de Bour-

So " PREMIÈRE %AMTIE.

bon , duc d'Enghien , accusé d'avoir porté les armes eorître la république française; tfavoir offert ses services au gouvernement anglais, ennemi du peuple français; d'avoir conspiré contre la sûreté intérieure et extérieure de la 'Fnmcc ; de s'être mis à la tête d'un rassiemblement .d'émigrés français soldés par l'Angleterre , formé sur les frontières de la France ; d'avoir pratiqué des intelligences dans la place de Strasbourg , tendantes à soulever les départemens environnans ; d'être un des fauteurs et complices de la conspiration tramée par les Anglais contre la personne du premier consul , etc. , etc.

Le gouverneur de Paris, et de*la première division militaire, ne pouvait se dispenser de nommer la commission. Peut-être même ignorait-il que ce tribunal devait mettre une funeste précipitation à con^damner et faire exécuter le jeune prince de la maison de Bourbon. Ce qui est bien pp^itif , c'est que Murât n'assista point à cette tragédie , et qu'au moment d'être fusillé lui-même , il a protesté devant Dieu qu'elle lai était étrangère.

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