‹ Histoire de Joachim MuratChapitre 68 sur 113 · CHAPITRE XI. a · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. a

nous pas derrière nous Borowsk et Véréia qui nous conduisent sans danger à Mojaisk ? » L'avis de Murât prévalut , et les deux armées se tournèrent le dos en se trompant mutuellement par leurs arrière-gardes. L'armée russe était en pleine retraite sur Kalouga , tandis que l'armée française prenait la route du nord. Ce n'était point les Russes que Napoléon cherchait à éviter , mais bien l'hiver au milieu de la Russie : il fallait donc se hâter d'arriver dans la Lithuar^ nie.

Jusqu'au 6 novembre le temps fut assez beau ; mais le froid commença le 7. De ce moment les chevaux périrent par centaines. Arrivés à Smo-^ lensk , les pertes faites par la cavalerie et l'artillerie étaient déjà immenses. Après Smolensk, le froid s'accrut encore ; les chemins furent couverts de verglas , les chevaux de cavalerie , d'artillerie, du train, périssaient toutes les nuits, non plus par centaines , mais par milliers. Plus de trente mille chevaux moururent en peu de jours : la cavalerie française se trouva toute à pied: il fallut abandonner ou détruire une bonne partie des pièces de canon , et des munitions de guerre et de bouche. Cettearmée, encore si belle le 6 novembre , était , huit jours après , presque sans cavalerie , sans artillerie , sans trans^ ports ! ! ! !

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Ce tut alors qu'on rassembb tous les oHicierft qui avaient pu conserver leurs chevaux , potir^ en former quatre compagnies de cent cinquante' hommes chacune , destinées à servir d'escorte 4 Napoléon. IjCS gcnôraux Defr^ncc , Saint-Gcps main, Scbastiani , en furent nommés capitaines ^ les colonels étaient sotis-olilciers. Cet cscadrooi^ qu'on appela sacré , était commandé par le géi néral Grouchy , sous les ordres du roi de Naples. Les services de l'escadron sacré ne répondirent pas au zèle de ceux qui le composaient Isolés, les chevaux avaient bien pu résister jusque-là ; mais réunis et privés des mcmcs soins, ils succombèrent en peu de temps. Au bout <^ quelques jours cette troupe d'élile était déj^ réduite de moitié : elle ne tarda pas à se fondre presque entièrement.

Toutefois , Murât ne cesse d'être à côté de son beau- frère, et de lui donner toutes les preuves de dévouement que les circonstances comportent. On a assuré qu'en sortant de Borisow, Murât pensa qu'il était temps de ne plui songer qu'à sauver Napoléon. L'empereur a^ tendait alors le jour dans une des maisons qui bordent la Bérézina , et ce jour semblait devoir éclairer un choc désespéré : Murât, qui vient de s'entretenir avec des Polonais, accourt vers son ' beau-frère, et lui déclare qu'il regarde le pafr*

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s^i^ QQffuoe impraticable; il le presse de sauver sa personne pendant qu'il én.esrt encore tempis. Il lui âo^oe Vaasurance qu'il peut sans danger tr^tirr^eir là ^étciÔBa à qœlqKies lieues au-des« suiS d^ Studzianka ; que daii^ cinq jours >1 sera à yVibk^i ftîi y)&jX suivre des Polonais, braves éi déyoïié», qui s'-ofïlreDt pour le conduire , et qui irépoibâeat desousalut. Mais Napoléon repoussa cette- {)ropositiovk comme une voiç honteuse, s'indîgiàant,' qu'on eût ose croire qu^LquHti^ raifc édn aqrmiSe tant qu'elle ^rait en péril. Mu^rat se tut,* et sortit pour aller observer les Iiusae& <

^ Cependant le danger îmininent où se trou^ vait l'armée £irànçaise ranima le génie militaire' de Napoléon^ Quoique investi de tous côtés, il ne perd pas la, tête ; il trompé par des^ démonsiratîctns haÛles les généraux qui lui sont opposé^, et gliasairt, pour ainsi dire, entre les a¥^ j^atées qui s'apprêtent à fondre sur lui , il exécute son pastôgp sur un point bien choisi , où tout Vavantage do terrain se trouve de son côté. Le soauvqis état des ponts , dont il ne dépendait pasrde lui d'atn«Korer la construction , fut l'ueique eause qui , en ralentissant l^opération , la rendit si piérilleuse. Ainsi les gramles pertes que les Français éprouvèrent ne saleraient être at-^ tiibuéesf qu^aux circonstances malheureuses .où

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se trouvait l'armée , et qu'il n'était pas au pou- \oîr de son chef de maîtriser.

Murât passa la Bérézina à côté de Napoléon j il ne prit aucune part aux combats qui eurent lieu sur les deux rives, parce qu'il n'avait plus que l'escadron sacre sous ses ordres , et cette troupe d'élite, quelque réduite qu'elle fût, faisait encore un service fort actif autour de Napoléon : elle en vint plusieurs fois aux mains avec les cosaques , et n'eut pas beaucoup de peine à les repousser toutes les fois qu'ils s'approchèrent trop de l'élat-major général.

Napoléon et Murât arrivèrent le 3 décembre à Malodetchno , où l'empereur dicta son deij nier bulletin ; il va dévoiler à l'Europe le mal que le froid a fait à l'armée française : et comme si le désastre n'eût pas été assez grand , le froid redouble en ce moment. Il est impossible de pensera suivre désormais aucune opération militaire ; tout ce qu'on peut faire , c'est de gagner Wilna et de chercher à s'y maintenir. Il n'y a plus de remède que dans l'arrivée d'une nouvelle armée ; mais cette armée , qui peut la créer en trois mois , si ce n'est l'empereur ? Napoléon s'est décidé, et, vers le milieu du jour, il annonce à Duroc sa résolution de partir sur-le-champ pour Paris. Il n'hésita que soi" le choiîpdu chef qu'il laisserait à l'armée : c'é-

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