‹ Histoire de Joachim MuratChapitre 70 sur 113 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Passage de l'armée à Wilna. — Retraite de Muraf depuis celte TÎHe jusqu'à Posen. — Son départ pour Naples.

Lorsque Napoléon remit le commandement des débris de Tarmce au roi de Naples , la route de Wilna était ouverte , et la frontière rus^ | *peu éloignée. On allait recevoir un renfort & dix-huit mille hommes de troupes fraîches, et Ton touchait à une grande ville, à des magasins immenses. Murât et Berthier crurent pouvoir régler la marche des masses qui se précipitaient vers Wilna; mais dans la nuit qui suivit le départ de l'empereur , le froid , ce puissant auxiliaire des Russes, se fit sentir avec une violence incoi^nue jus{{u'alors : dans les journées des 5,6, 7 et 8 décembre , le thermomètre descendit jusqu'à 27 et 28 degrés au-dessous de la glace : il devint impossible de résiler à un pareil fléau ; chaque bivouac abandonné ressemblait a un ctfump de .bataille. La division Loison ,

forte dç dix mille hommes à sa sortie de Wiina, fut en moins de 48 heures réduite à trois mille perclus qui laissiaient échapper leurs armes. I^ plus grande partie des chevaux de rartillearie ayant péri , gelés debout sous leurs harnais , il fallut abandonner plusieurs pièces de canon. Les sept à huit cents Napolitains de la garde royale qu'en avait fait sortir de Wilna pour aller au secours de Tarmée , périrent presque tous dans une içeule nuit , sans avoir eu d'autres ennemis à combattre que Tbiver. La plupart des colonels de Tarmée ^ qu'on avait admirés jusque-là marchant encore , avec quelques officiers ou soldats autour de leur aigle , ne prirent plus d'ordiie que d'eux-mêmes; chacun se crut chargé de sont . propre salut.

Au milieu de ce désordre extrême , il fallait Mn colosse pour point de ralliement , >et ce colosse venait de disparaître. Dans le grand videqu'il laîsda , Murât fut à peine aperçu ^ et on lui obéit mal. Il n'est , au reste , malbeiireusemei^t que trop prouvé que le roi de Nâples n'a pas été à la hauteur «des circonstances , dans la mission dont il fut chargé lors du départ de Napx>léon^: il est donné à peu d'hommes d'être également grands dans la prospérité et dans le maiheur ; Murât avait été sans rcpocbes depuis le commencement de sa carriècc.militaire«, mais il

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n'était pas un de ces hommes rares qui grandissent dans l'adversilé : les circonstances surnatU' rellea qui l'entouraient le moiîtrèrent sous ua autre jour.

Les instructions de Napole'on à son lieut&-nant-général, datées de Bienilza le 5 décembra, étalent ainsi conçues; « Rallier l'armée à Wiln», tenir cette ville et prendre ses quartiers d'hiver, les Autrichiens sur le Niémen , couvrant Brezc> Grodno et Vai-sovie ; l'armée sur \Yilna et Kowno. En casque l'armée ennemie marche, et qu'on ne croie pas tenir en deçà du Niémen la droite couvrant Varsovie , et s'il se peut Grodno; le reste de l'armée , eu ligne derrière, »le Niémen, gardant comme tête le pont oe Kowno. Faire faire de grands approvisionne-^ mens de farine à Kœnigsberg, Dantzig, Varsovie , Thorn ; faire évacuer de Wilna et de Kowno , afin d'être libre de ses mouvemens les évacuations auront lieu sur Dantzig pour ce qui est le plus précieux. » Napoléon laissait au roi de Napies le soin d'apporter à ce plan les modifications que les circonstances pourraient exiger. Mais lorsque l'empereur traçait ces ïns^ tructions, il ne prévoyait probablement pas qu^e le froid redoublerait ses ravages ; que la division Loison , le corps du maréchal Saint-Cyr , aiosi que les autres troupes sorties de Wilna, se foD-

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draient en quarante-huit heures , et que les débris de Tannée échappés au froid et à la faim, seraient encore harcelés à leur arrivée à Wilna par plusieurs corps russes qui avaient cherché à devancer les Français sur ce point. Toutes ces malheureuses circonstances, que Napoléon ne prévit pas , et qu'il n'était point au pouvoir de Murât de' msutriser , rendirent nulles les instructions de l'empereur.

L'armée française entra à Wilna dans une horrible confusion ; et par une conséquence inattendue , quoique dérivant de la marche des événemens , le passage dans cette ville fut l'é* : poque la plus désastreuse de la retraite , sans eh excepter même la catastrophe de là Bérézina.# Tïapoléon seul aurait pu , par sa présence , re* médier aux malheurs qui fondirent sur l'armée lorsqu'elle touchait au port du salut , et faire de Wilna un refuge protecteur pour ces masses que la faim et le froid avaient entièrement désorganisées ; mais ni Murât , ni Berthier ne surent niaîtriser le désordre affreux qui régnait partout, et l'on vit, pendant plusieurs heures, quarante à cinquante mille malheureux errer dans les rues sans trouver ni pain , ni asile , au milieu d'une grande ville où se trouvaient réunis des approvisionnemens immenses. Le lendemain matin des milliers de cadavres encoïn--

S4a DEUltlÈME PARTIE.

braient toutes les rues , et attestaient Timprevoyance de Tadministration et la cruauté des juifs de Wilna.

11 y avait à peiVie douze heures que rarraëe française était réunie dans AVilna , lorsque le canon des Russes se 'fit entendre. C'étaient des corps de partisans formant Tavant- garde de Kutusow, qui, après s'être réunis, attaquaient le général Loison , chargé de couvrir à la fois la ville et la marche d'une colonne de cavaliers démontés et d'hommes isolés , dirigés par Ncwtroky sur Olita. Le général Loison soutint le combat. Au même moment le général de AVrède . et ses Bavarois venaient de joindre les Français: ^ •ils étaient suivis par les troupes russes de. Wittgenstein : quoiqu'il ne restât à de Wrède que deux mille hommes , il défendit Wilna du côté de Kukoni , et ne se replia qu'après d'honorables efforts.

Cependant Murât , qui se voyait attaqué par les deux routes de l'est et du sud , parvint â faire prendre les armes à une division napolitaine qui était restée à Wilna ; il la fit même sortir de la ville ; mais les fusils s'échappèrent des mains de ces hommes transplantés d'un sol brftlant dans un climat de glace : en moins d'une heure , tous rentrèrent sans armes et la plupart estropiés.

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