‹ Histoire de Joachim MuratChapitre 83 sur 113 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Déroute de Macerata.'—Retraite de Murât, — Passage du Trooto. — Arrivée du ge'ne'ral Belliard. — Combats de Mignano et de San- Gemiano. — Retour de Murât k Naples. ( i8i5. ]

M ALORS le désastre de Tolentino, tout n'était pas encore désespéré, car les Autrichiens avaient perou beaucoup de monde , et Murât pouvait remplacer ses pertes en réunissant autour de lui la division Carascosa^qui était à Ancône, et celle du générai Lecchi qui était restée sur la Potenza. Des ordres dans ce sens furent donnés par le roi de Naples pendant la nuit du 3 au 4 niai. Il espérait pouvoir réunir toutes ses forces à Porto-di-Civita-Nnova , et déjà le parc d'artillerie et les équipages avaient filé sur ce point par la route gauche de Macerata , tandis que les Autrichiens prenaient position à rembranchement de celle de droite.

La division Lecchi , ayant joint le roi de Naples, fut aussitôt chargée de faire l'arrière-garde.

3o2 DEUXIÈME PARTIE. ^gU

Cosaro, où les Autrichiens n'avaient ^r les suivre. Murât ne s'arrêta que peu d*instans à Civita-Nuova; il alla établir son quartier-général à Porto-di-Fermo ;. là , les restes des divisions désorganisées s'arrêtèrent de lassitude.

Nul doute que si , après la bataille de Tolentiao , le général autrichien Bianchi n^eût pas tâtonné et qu'il eût poussé ses colonnes sur la route de Macéra ta à Porto-di-Civita-Na.ova, l'armée napolitaine, démoralisée comme elle l'était, serait toute tombée au pouvoir des Autrichiens, ainsi que son matériel; mais l'irrésolution de ce général permit à des soldats effrayés, qui ne demandaient qu'à déposer les armes, de gagner les bords de l'Adriatique. On fut bic||||>lus étonne encore le lendemain, lorsqu'on sut qu'au lieu de poursuivre l'armée napolitaine, les Autrichiens étaient retournés surs leurs pas et avaient pris la route de Foligno.

Le roi de Naples put donc continuer sou mouvement de retraite par la route de Pescara sans être inquiété; mais la pluie tombait depuis deux jours , et la marche était à chaque instant arrêtée par des torrens inabordables. Le Pedaso, le Vibrato, le Saniello et le Volmano, qui, dans les temps ordinaires sont presque à sec, étaient débordés et menaçaient de tout entraîner à la mer dans leurs eaux bourbeuses. Ce j^e fut qu'a-

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dat^rourent pêle-mêle : personne ne commande plus et personne n'obcit. En un instant la ville de Macerata est encombrée de fuyards et ne doit don salut qu'à la terreur des Napolitains, qui, croyant toujours avoir les Autrichiens sur les talons, ne se donnèrent pas le temps de la pîUer complètement. Les Autrichiens profitèrent enfin de ce désordre et occupèrent la ville. Dès lors Murât fut séparé de la masse de son armée; il ne lui resta plus que son escorte, quelques officiers d'état -major et trois cents hommes d'infanterie. La position du roi était critique : il pouvait être enveloppé et pris aisément ; mais son courage ne l'abandonne pas : il forme sa pAite colonne en carré sur la gauche de la grande rpule de Civita-Nuova, et sous les yeux des Autrichiens qui n'osent l'attaquer, il commence sa retraite avec autant de calme que s'il s'agissait d'une promenade militaire. Après avoir marché constamment à travers champs, il arrive , à cinq heures du soir , à Porto-di-Civita- Nuova, ayant à ses côtés les seuls généraux Livron et Rossetti. La division Carascosa, venant d'Ancône , arrivait en même temps et intacte à Civita-Nuova : quelques instans après commencèrent à y arriver, mais dans le plus grand désordre, les fuyards de Macerata. Ils s'étaient sauvés par les hauteurs de Morro-di-Valle et de Monte-

]aien t forcer Iç passage. 1,^6 général P]gpateU£dont la division était (jiis^oute et dispe^fée , ^trrWa au mçonent où,le.cpxpp3L9ndant 4p pique,^ employait la for^e pour obéir à S4 cpn$igqe ;ile$: fuyards s'adressèrept ay^ôt^ à ce général,: qui <^iiit Ja^feiblesse d'écouter leurs plaiples ^t 4' ç^4^p/ier â|u commandant du. piquet d^>se Fetir^)r.:44fli^.ftette masse désorganisée d'hommes ifirplés^eipnécipita sur le ponti franchit le^seul obst||cl|ç.i|p4. ^'opposait à sa fuite , et rien ne put plus. .l'^^D^ter. Le roi de Naples venait d'ajrriver à ^l^escarâ , lorsqu'il apprit, que te conuuandant ^t la (TÂUe d'Acqui avait capitulé, avec, les AotiicbÂWfl» s^t leur avait livré le fort et la^ ville. .Cette capitulation é.t^it. d'autant plus fâcheuse j^ur« Jiïwat, que les Autrichiens ^maître&d'Acq»i,,pQay«içQt couper toute retraite sur ]Sapleâ,att«r/oi /^ma^ débris de son armée. Murât ne pcordit.pMiWi instant; il envoya. deux escadrons 4e,,ci?iff9S9Û^ de sa garde à Popoli^ qui délogèrent If s tinûlleurs autrichiens et rouvrirent je pa$Mg|e.i,*La retraite continua d'avoir lieu par Spla^oiia et Gastel di Sangro. Ce fut dans.cettQ petite saille que le général Belliard, l'anciea.. compagnon d'armes, l'ami et le cheif d'état-major de Muni dans presque toutes ses. campagnes^, .j.oigpit le quartier-général. Napolépu avait envoyé ce général auprès du roi de Naples pour lui tracer la

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conduite qu'il devait tenir : Belliard arrivait trop tard. Murât , aussi brave que César , mais ^ moins heureux que lui, s'était perdu en passant le Rubicon , et avait compromis les affaîrejs de Napoléon : la présence de Belliard ne pouvait plus remédier au mal ; il était au comble.

Sachant que des forces anglaises venaient de mçuiller dans la baie de Naples , Murât envoya le général Rossetti dans sa capitale , pour y réunir quelques forces, et maintenir la tranquil- • lité , ' que la nouvelle des désastres de Tarmée napolitaine pouvait troubler. Eii même temps , il donna des ordres pour recommencer le mouvement de retraite. Elle s'effectua sans obstacles pendant quatre jours ; mais dans la nuit du i6 "^ au 17 mai, le roi dç Naples apprit que les Autrichiens avaient attaqué, à Mignano, la division Macdonald , et qu'ils l'avaient poursuivie jusqu'à Sàn-Germano, où elle avait été mise en pleine dé- ' route. L'occupation de San-Germano par les ' Autrichiens ôtait au roi de Naples la possibilité de se retirer , avec les restes de son armée , dans la place de Gaëta , où la reine avait envoyé ses enfans. Il adopta alors le parti de se rendre à Naples le plus tôt possible, pour s'assurer s'il lui restait les moyens de résister . quelque temps , et de se-retirer ensuite dans les Calabres. Un

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3n6 IIEUXIEME PARTit.

rapport du général Rossetti, datédu i8au matin, apprit à Murât que, grâces à la conduite iennc et sage de la reine ainsi qu'à son acUvitt^ , la capitale était tranquille, et que la garde nationale avait pris une attitude tellement imposante, qu'elle seule suffirait au maintien de cette tranquillité ; mais il ajoutait qu'il ne fallait pas penser à employer cette garde hors de la ville. Des ordres avaient été donnés à Saleino pour y former un dépôt de tous les soldats dii^persés , et la prochaine arrivée du roi, avec (es débris de son armée, y avait été annoncée. Toat faisait croire que Murât disputerait encore sa couronne dans lés Calabres.

Après avoir remis ie commandement de l'armée au général Carascosa , le roi de Naplcs monta à cheval , accompagné seulement de sent neveu, le colonel Bonafoux, et de quatre officiers. Il entra dans cette capitale incognito dans la soirée du i8; son entrevue avec la reine fut déchirante; tout est perdu , lui dit Joachim en l'embrassantlendrcment; tout estperdu,ma chère Caroïme. , excepté ma vie ; et je n'ai pu la perdre !

En effet , tout ce qu'un noble désespoir put suggérer à Murât, il le fit à Tolentino et pendant la retraite. Toujours au plus fort du danger, il chargeait continuellemeni les Autrichiens à

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k tête de tous les débris de cavalerie qu'il pouvait reunir , et chargeait souvent jusqu'à la bouche des canons i il était évident qu'il cherchait, à mpurir an champ d'honneur ; mais il survécut, mal^é lui, à tous les dangers qu'il affironta^ II lui appartenait donc de dire qu'il avait dhierché partout la mort sans pouvoir la trorover.

La nouvelle de son arrivée fut aussitôt répandoe dans toute la ville ; presque tous les «omtisatts se présentèrent au palais 2 il les reçut avac calme et dignité. Jamais il ne fut plus roi qu'au moment ofii il aUait cesser de l'être : il n'était ému que lorsqu'il parlait de quelqnes individus de l'armée auxquels il attribuait les « malheurs de la funeste campagne qu'il venait de faire. ^

Murât voyait sa chute inévitable ; il p&uvadt la retarder en se retirant dans les Galabres ; mob dans la journée du 19 , ayant appris que les quinze à seize mille hommes dont il avait confté le commandement an général Carascosa s'étaient en grande partie débandés , et connais* sant, d'ailleurs 9 le parti pris par les Anglais et les Autrichiens de ne point traiter avec lui , il refusa les offres de service qu'on lui faisait ^ et renonça à tenfter de nouveaux efforts qui n'au-

3w8 DEDSIEME PAmiE.

raient eu pour résultat que

veloppâ

braves gens dans sa mauvaise Torlune.

Murât passa ie reste de la iourn(^e dans l'ioté' rieur de sa famille , et n'y admit que ses plus intimes confîdens. Il manifesta à l'un d'eux l'inleiition de se rendre à Gaete et de s'y défendre jusqu'à la dernière extrémité ; mais on lui représenta que Naples n'était que sa patrie adoptive ; que sa véritable pairie était la France , et qu'il devait aller combattre pour elle , puisque tous les liens de l'adoption venaient d'être brisés par l'irrésistible force des événemens. Murât ne voulait point suivre ce conseil , et ne céda que malgré lui aux prières de ses amis, qui fixèrent son départ à la nuit suivante. Aucun préparatif d'embarquement n'ayant encore été fait, le jeune major polonais Malcewski, oiBcier d'ordonnance du roi , fut chargé de faire prépaier deux petits bâtimens, qui devaient attendre àMiiiiscola Joaciiim et les personnes de sa suite: ces personnes étaient le duc deRocca-Romana, son grand ccuyer ; le lieutenant -général Rossetti , et le maréchal-de-camp Giuliano , ses aides-de-camp ; Je maréchal-de-camp et le colonel Bonafoux , ses neveux; le colonel de Beaufremont , son aide-de-camp.

Avant de quitter ceux qui lui avalent été attachés , Murât leur fit des dons considérables.

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ïl fut aussi généreux en descendant du trône ijue le serait un prince qui y monterait.

Dans l'espoir de pouvoir traiter avec. les Anglais, il fut convenu que la reine resterait à INaples ; elle comptait rejoindre son époux en France,

chapithç xvu.

Murât quitte Naples et se rend à l'île d'Ischia. -^ Capitulation tk Casa-Lanza. — Attitude courageuse de la reine. — Convention avec le commodore Campbell. — Départ ,de Murât pour b France. -- Mauvaise foi des alliés envers la reine de Nafdes. —«.Son exil en Autriche. ( i8i5«)

Le 19 mai , à huit heures du soir , Mural ^'arracha des bras de sa femme éplorée , et monta dans la voiture du marquis de Giuliano ^ qui le conduisit hors la grotte Pausilippé. Là , l'attendaient y habillés en bourgeois, ses compagnons d'exil : ils montèrent tous à cheval et arrivèrent à Miniscola vers les onze heures dû soir. Joachim ne fit pas couper ses cheveux et ses moustaches , ainsi que cela a été dit ; il les conserva toujours tels qu*il les avait portés sur les champs de bataille : il les avait encore à ses derniers momens. Le secrétaire du roi le rejoi» gnit peu d'instans après , avec quelques sacs d'argent et un peu d'or.

Dans la matinée du 20 mai . Murât et ses

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