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CHAVIXftE.XV..:- «85
CHAPITÉE XV.
Projets êe Murat sur Tltalie ; sa prodamatioii. — £nvahiaseixient de ce pays par les troupes ns^poUtaines. — Obstacles qui s'o{iposent à un succès complet. — Retraite dé Murat. — Bataille de Toleiitiiip.( i8i5.)
En se déclarant si inopinément contre l'Autriche , Murat avait non seulement le but de soutenir Tétonnante entreprise de Napoléon, mais encore un motif particulier, celui d'affranchir ritalie de tout joug étranger, et de régner Sfeol sur ces peuples réunis , tandis que son beau-frère régnerait sur les Français. Trompé par sa bravoure personnelle , il comptait sur le . courage des Napolitains, et s'attendait à trouver de nombreux auxiliaires dans toutes les villes et dans toutes les campagnes de l'Italie ; il se crut assez popularisé pour opérer une grande révolution dans toute la haute Italie , et la crainte que Napoléon ne ressaisît sa puissance dans ce pays , accéléra l'invasion qui devait lui être si funeste. Ainsi» pendant que Napoléon nouait
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quelques ncgocïalions avec l'Autrkhe, "et d'autres États iniërieurs lui faisaient dire qu'il pouvait compter sur leur neutralité , Murât gâtait tout par sa prccipilation.
Sans prévenir l'Autriche , le roi de Naples mit son armée en mouvement dans la dernière quinzaine de mars i8i5. Elle se composait d'en- \iron quarante-cinq mille hommes, dont cinq mille de cavalerie, et d'un corps d'artillerie proportionné à ces forces et bien attelé. Ces qua-rante-cinq mille hommes étaient divisés en sept divisions, commandées par les généraux Pîgnatetli-Strongoli, Livron , Carascosa , Ambrosio," Joseph 1-ecehi, Macdonald. Manhèset Rosettî; J oachim avait sous ses ordres les trois premières divisions d'infanterie et celle de cavalerie rassemblées dans les Marches, Les deux divisions de la garde royale furent dirigées sur YioTeitte, Une autre division était à San-Gcimano.
Le 3o mars la première division entra dan»
Rimini , et le lendemain le roi y cîabJrt soft' quartier-général et y publia la proctamation suivante , qui annonçait claireraent ses desseins :
« Italiens! nn seul cri retentit des Alpes jtrs- « qu'au détroit de Scylia , l'indépendance dr « l'Italie. De que! droit les étrangers realent-Bl. « vous ravir votre indépendance, le pn it bien , le premier droit de tous les peuple??
riiAriT«E XV. 28;
De quel droit emmèiicnl-ils vos fils servir et « mourir loin des tombcanit (le leurs pères ? La ■• nature voas aurait-elle donn^ en Tain le bou- " levard des Alpes? Non, non : que tonte do- " miniition étrangère disparaisse du sol de l'Ita- " lie ; qu'aujourd'hui votre gloire soit de n'avoir " plus de maîtres. Yous ave?, pour frontières la i' (lier et des montagnes inaccessibles; ne les 1 franchissez jamais , mais repoussez l'étranger " qui ose les Iranchir, et contraignez-le de reii- " trer dans les siennes. Quatre-vingt mille Ila- " liens de Naples accourentà vous sous le com-' " mandement de leur roi : ils jurent de ne pas <' se reposer que l'Italie ne soît libre. Italiens I. de toutes les contrées, secondez leurs efforts « magnanimes ; que tous les citoyens amis de " leur patrie élèvent vme voix généreuse pour la " iibêrre ; qtie la lutte soit décisive . et nous au- " rons fondé pour toujours le bonheur de notre * belle patrie. Les hommes éclaires de tous les " pays, les peuples dignes d'un gouvernement " libéral, les princes qui se distinguent par la " grandeur de leur caractère, applaudiront à vos ■1 triomphes; l'Angleterre pourra-t-elle vous " refuser ses suffrages ? J'ai la preuve de la per- " fidie de vos ennemis, et il était nécessaire que .( vous fussiez convaincus par une réconte ex- ■< périence combien les libéralités de vos maîtres
« sont vaines et fausses, combien leurs promesses « sont illusoires et mensongères. Je Tom prends tf à témoin , braves Italiens de Milan , de Bote logne , de Turin , de Venise ; combien parmi u vous de malheureux guerriers et de patriotes <c vertueux sont arrachés du sol paternel ? com- « bien gémissent dans les cachots? combien sont (c victimes d'exactions et d humiliations inouïes? « Italiens, levez-vous, maidbez; je fais un ap- ^< pel à tous les braves pour qu'ils viennent (c combattre avec moi; je fais un appel à tous « les hommes éclairés, pour que dans le silence « des passions ils préparent la constitution et « les lois qui désormais doivent régir ritalie « indépendante. »
On remarqua que le roi de Naples qui, depuis un an, ne signait plus ses actes que de gflp seul prénom de Joachim^ avait signé ce tte^rodamation comme du temps de l'empire : Joachim Napoléon : cette circonstance fut regardée comme un signe certain de la réconciliation de Murat avec son beau-frère.
Après avoir appris aux Italiens qu'il allait accomplir de grandes destinées , Murât nomma régente la reine son épouse , passa le Rubicon et se présenta devant Césène. Il fit en même temps la demande du passage à travers les Etats de l'Ëglise pour deux divisions napo-
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litAines ; inaiS' le pape ne crut pas dévoir taccoT" fl^, ij^e : peniniaaion qui acirait pu le compromette vi^^à-yis des puissances alliées : il refusa. Les deux divisions n'en passèrent pas moins sur le t^eirritoire du saintrpère^ et occupèrent Bénéireiit et Ponte-Corvo. Le pape protesta contre oette 'Violation de < son territoire , et afhi de rendre la conduite du roi de Naples plus odieuse , il s'jéipigna de Rome, après avoir créé uiie junte d'Ëtat^ 'Les ministres d'Autriche et d'Espagne , ainsi- que plusieurs autres personnages, sui^rent le pape a Florence et ensuite à Gènes.
Murât commença les ^hostilités en faisant attaquer I97 place de Césène , dont le général Pépé se rendit maître. Le baron de Frimont , commandant en chef Içs troupes autrichiennes en Italie^^se hâta de rassembler ses forces entre GaJi^ioce et Piedxna. Mumt ptit donc s'avancer rapidement, et, le 3 avril, ses troupes entrèrent à Bologne. La population de cette grande ville reçut avec enthousiasme celui qui se présentait en proclamant la liberté et l'indépendance ^es. Italiens. Un grand nombre d'habitans et tous les jeunes gens de l'Université se montrèrent prêts à seconder les projets de Joachim. Bologne envoya des députés dans plusieurs autres villes pour v fraterniser et former entre elle&un pacte fédéral. Brescia et Padoue se pro-
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iioncèrcnt comme Bologne, et Murât crul ui instant que les Autrichiens seraient obligés de fuir, et qu'il lui serait ("acilc de réunir tous les. Italiens sous ses drapeaux.
Mais il n'avait pas compté au nonilire des obstacles qui s'opposaient à des succès durablei le nom de la nation qu'il employait pour l'exécution de ses desseins. Or , on sait qu'il existe entre tous les peuples de l'Italie des haines nationales , -nées de leurs anciennes dissensions, et quo-ces haines semblent se réunir toutes sur- Ics Napolitains, que les autres Italiens de Turin, de Gènes, de Milan, de Bologne, de Venise, de Florence et de Rome détestent cordialement. Cette haine d'habitude fut cause que les Toscans reçurent assez froidement les deux divisions napolitaines que Pignatelli et Livror^on-' duisaient vers l'Apennin, et qui étaient fljvéeft à Florence en même temps que Muratentrait àt Bologne.
Toutefois , malgré la froideur de' la majeure partie des Toscans , les affaires du roi de Napics prenaientunetournure très-favorable. En sortant de Bologne il avait battu six mille Autrichiens que le général Bianchi lui opposa au passage du Tanaro , et ce combat lui avait ouvert les portes de Modène. Murât marcha aussitôt par Cento sur Ferrare, dont les portes lui furent ouvertes.
.||f! CHAPITRE XV.. ^i
Son but- était de s'emparer d'Occhiobello , position treMmportante , qnî l'eût rendu maître du Pô. Aussi sa marche ' fut-elle exécutée arec toute la rapidité possible , et les ordres d'attaque donnés sur-lè-champ. Mais la division Ambrosio arriva trop tard : la nuit approchait ; il fallut remettre l'attaque au lendemain. Le général Bianclliy instruit du danger qui le menaçait , fit arriver pendant la nuit sa troupe et ses canons en poste , et lé fort d'Occhiobello , qui la veille n'aurait pu opposer qu'une faible résistance , était le lendemain garni d'une artillerie formidable et d'une nombreuse garnison; Murât dut renoncer à son projet , et revint à Bologne , laissant une division à Cento.
Ce fut alors que , pour donner plus de dévelopi^uent à son système , il convoqua une graJHlFassemblée nationale qui devait se réunir à Rome le i8 du mois de mai, et qu'il invita solennellement toutes les villes d'Italie à y envoyer des députés. Mais quelque besoin que les Italiens du nord eussent de la liberté que Muratdisait leur apporter , et de l'indépendance pour laquelle il les engageait à combattre avec lui, ils montrèrent une espèce de répugnance à tenir ces précieux avantages du roi de Naples qu'ils avaient vu régner despotiquement , et des soldats napolitains qu'ils étaient habitués à mé-
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priser. Aussi, Mural n'avait-îl soulevé que cettél partie Je la population qui ne réfléchit pas, et sur laquelle on ne peut compter que dans le cai d'un succès complet. Par ces motifs , ce que !«■' prince Eugène , ou tout autre libérateur qat' Murât, serait parvenu à exécuter avec vingtcinq mille Français ou Italiens du nord, le roi de Napics ne put le faire avec cinquante mille Napolitains. ,
Kru envahissant l'Italie, Murât avait ausâ commis la grande faute de trop étendre ailes, ce qui compromit les divisions (jui occupaient la Toscane : elles furent battues à Prato par le général autrichien Nugent, et durent se retirer sur le centre de l'armée; en même temps, lesNapoliiainsquisNUaientavancés jusqu'à Reggio furent- aussi battus à Carpï , et durent se replier sur Bologne, où un engagement sHteai eut lieu, le iS avril, sur le pont del Reno. ,
Ainsi, lorsque les habitans de la Lombardie croyaient voir arriver Murât à Milan , les Napolitains battaient en retraite. Cette retraite ne fut pas , il est vrai , uecessîtée par les prenûers échecs que les Napolitains venaient d'éprouver, mais bien par la déclaration que fit aloi-s l'agent anglais, qui, jusqu'à ce moment s'était couvert du masque de médiateur : il annonça au roi de Naples qu'il avait reçu de son gouverne-
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ment l'ordre de joindre ses forces à celles des généraux autrichiens. Murât savait que huit vaisseaux de ligne anglais venaient d'arriver à Gènes ; il apprit aussi qu^une expédition se préparait en Sicile* La coopération des Anglais devenait ainsi toute puissante ; ils pouvaient , à chaque instant , se présenter devant Naples et s*emparer de cette capitale. Murât fut donc forcé de renoncer à la grande entreprise quMI avait commencée avec assez de bonheur^ et d^ordonner la retraite sur Ancône.
Le mouvement commença à minuit. Le 16 et le 1 7 avril le quartier-*géncral s'arrêta à Faenza , et le 18 il fut transporté à Forli. Le lendemain l'arrière-garde , commandée par les généraux Lerxhi et Rosetti , prit position à Forlim-Popolij^r le Ronco. Il était de la plus grande impffiance de tenir sur ce fleuve , afin de don* ner le temps d'évacuer le matériel de l'armée sur Césène et Rimini. La position fut défendue pendant trois jours, et toutes les tentatives faites par les Autrichiens pour passer une rivière qui était guéable partout , furent vigoureusement repoussées. Le 22 , le roi de Naples ordonna à son arrière-garde de se retirer , et de prendre de nouveau position à San-Artangelo.
Pendant ce temps les généraux autrichiiens avaient reçu de nombreux renforts. Tiia colonne du
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général Nugent, qui avait battu les deux divisions napolitaines en Toscane, marchait sur Naples par la grande roule de Rome , tandis que les troupes du général Bianchi accouraient pat celle de Foligno; de manière que ces deux corps autrichiens pouvaient arriver à Napïes avant les troupes napolitaines. En peu de jours la situation de Murât changea totalement : la position de son armée était critique , malgré la jonction des divisions Pigiiatelli et Livron , qui s'était opérée à Sinigaglia. Dans cet état de choses, Murât envoya un de ses aides-dc-camp aux avant-postes autrichiens pour y traiter d'un armistice , qui lui fut refusé par le général Niepperg. Quelques jours après, il fit écrire au général en chef de Frimont, pour lui annoncw qu'il désirait rentrer dans l'intérieur de son royaume , et qu'il espérait que les trou peSTin trichiennes ne s'opposeraient pas à sa marche ; puisqu'il venait d'envoyer un conseiller d'ambassade à son plénipotentiaire qui se trouvait encore à Vienne , porter les pouvoirs nécessaires pour ouvrir de nouvelles négociations avec le cabinet de Vienne. Cette seconde tentative d'accommodement ne fut pas plus heureuse que la première ; le général de Frimont répondit au chef d'étal-inajor du roi de Peuples , que SCS instructions lui prescrivaient de poursuivre
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Tarinée napolitaine. D'un autre côte , le gou* verneur de Trieste déclara à Tenvoyé de Murât qu'il ne pouvait^, permettre le passage à aucun agent napolitain. Il était évident que T Au triche ne voulait plus traiter avec celui dont la levée de boucliers avait failli de lui ai:ra€her toute ritaUe.
Dans une circonstance aussi impérieuse , Murat humilié des fausses démarches quHl venait de faire, et ne comptant plus que sur son^çourage , prit le seul parti digne d'un roi guerrier , celui d'attaquer les Autrichiens dans leur marche , et de décider par le sort des armes de son existence politique.
Ayant donc laissé la division Carascosa à Ancône , le roi de Naples partit de cette ville avec tout le reste de son armée , et arriva le soir xiu V" mai à Macerata. Le lendemain les chasseurs napolitains rencontrèrent Tavantgarde de l'armée autrichienne , dont le quartier-général étaitàTolentino Murât manœuvra toute la journée , et les Autrichiens, repoussés, prirent un« position avantageuse à dtsux lieues deTolentino. Le 3 mai, l'armée napolitaine se mit en marche ; elle se composait de deux divisions d'infanterie , dont une de la garde , d'une division de cavalerie de la garde , et d'un régiment de cavalerie de ligne. Le reste des troupes
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(le Murât était h Ancône , et en arrière de Macer<àU » sur la Potenza , pour observer les roules lie Je6$i elde Sinigaglia.
A dix Iieures du matin , les tirailleurs napoUtailla engagèrent le feu : les lanciers de la garde exécutèrent quelques charges partielles; mais il n*y eut point d'engagement sérieux. Les Autri* chiens cherchaient à gagner du temps pour voir arriver leurs réserves. Les Napolitains faisaient bonfle contenance. Vers les deux heures , le général autrichien Bianchi, se trouvant en mesure par l'arrivée des renforts qu'il attendait , prit sérieusement l'offensive , et s'empara d'un petit village occupe par l'avant-garde du centre. Murât vit que le moment décisif était arrivé : il donne Tordre au général Livron de le soutenir et s*ébranle à la tête de sa garde ; mais au moment de frapper un grand coup , il aper^it la cavalerie ennemie qui débouche sur sa droite et lui enlève un bataillon de voltigeurs. C'étaient les tirailleurs que le général Acquino avait envoyés dans la plaine et qu'il avait négligé de faire soutenir. Ce général voyant la faute qu'il avait commise , en commit une plus grande encore pour la réparer; il quitta le mamelon que sa division occupait et descendit dans la plaine, où il se forma en trois carrés. Murât arrivait près de lui en ce moment ; il encourage les sol^
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veut les porter en ayant ; mais quelques coups de mitraille les épouvantent; les trois carres hésitent et se débandent ; les Autrichiens débouchent sans peine et achèvent de mettre en déroute Taile droite des Napolitains. Murât re- *
vient alors au centre , recommande au général Pignatelli de se maintenir dans sa position , et , voyant les Autrichiens manœuvrer pour enfoncer son aile gauche , il s'y porte pour soutenir l'attaque. Le général Livron s'y défendait bien; mais il n'avait pas assez d'infanterie. Toutefois il allait reprendre l'offensive, lorsqu'il aperçut des troupes qui descendaient du mamelon du centre : il crut que c'était la division Pignatelli qui venait se joindre à lui; mais il ne tarda pas à reconnaître que c'étaient des corps autrichiens. Le général Pignatelli avait quitté sa position par suite d'un^ ordre mal compris, et le général autrichien Bianchi s'était empressé de profiter de cette faute énorme pour s'emparer du mamelon du centre. De là, se trouvant toutà-fait maître de ses mouvemens , il descendit pour prendre en flanc l'aile droite des Napolitains et la jeter dans la Chiente. Murât se vit forcé d'or'donner Ja retraite. Les divisions Pignatelli et Livron l'exécutèrent en assez bon ordre ; mais la deuxième division arriva à Ma- ^ .
cerata à la débandade. Dans la soirée les Au tri- f
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chiens firent charger Tarrière-garde napoliiaine : le général Livron , avec les véJites de la garde , arrêta la cavalerie autrichienne, et le reste de l'armée continua son mouvement rétrograde jusqu'à Macerata.
CHXPlTaS XTI.