‹ Histoire de Joachim MuratChapitre 88 sur 113 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Mais pendant que ces préparatifs avaient lieu , une frégate anglaise , commandée par le capitaine Bastard , et deux chaloupes canonnières siciliennes , arrivaient de Livoume à Bastia pour surveiller les démarches de Tex-roi. Secon* dés par les chefs du parti anti-français, les Siciliens 'et les Anglais parvinrent à faire mettre un embargo général sur tous les'bâtimens qui se trouvaient à Bastia , et le colonel Verrière , qui quelques jours auparavant pressait de tous èe$. moyens rembarquement de Murât, fit saisir les % • , barques nolisées pour son compte. Enfin les en- y^, nemis de Tex-roi s'agitèrent tellement, qu'ils ob- ^ ^ tinrent du commandant une croisade contre Viscovato , pour y enlever de vive force Thôte de M. Cecaldi; mais a peine le bruit de cette agres^^^: sion fut-il répandu dans les environs de Bastia , -y ■. que huit à neuf cents vétérans corses et un grand nombre de citoyens accoururent à Viscovato, les uns par dévouement pour Tex-roi, les autres par attachement pour la famille Colonna , et tous enfin pour défendre les lois de l'hospitalité.

. Joachim fut plus fâché de voir les préparatifs de défense , qu'il ne l'avait été en apprenant les dispositions hostiles du commandaf^t de Bastia. Le mouvement des Corses prenait un caractère de révolte dont il était , malgré lui , le motif : il voulut remercier ceux qui s'étaient réuuis

■ le défendre;

DEUXIÈME PARTTF.

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; mais voyant qu'il ne potfraîl les persuader de s'en retourner , il les priadtfi vouloir bien rester sous ses ordres, et de ne point brûler une amorce qu'il ne l'eût préalable^ ment commandé lui-même.

Le bataillon agicsscur.sous les ordres duchrf de partisans Galloni, était près d'arriver à Viâ^ covato, lorsqu'il apprit quels étaient les grande moyens de défense que Joachim avait près dé lui. Comme à l'ordinaire, la peur les exagéraî et cette armée, réunie avec peine par le vîeus commandant, revint en désordre à Bastia, el porta l'épouvante dans l'ame de celui qui avait préparé l'expédition. 11 fut tellement alarmé àû ce qu'il apprit, qu'il ne se crut pas en sûreté : ^ Ht mettre Bastia en état de défense , fit entrer les troupes dans la citadelle , et adressa nne proclamation à tous les habitans de l'île , dans laquelle il invitait tous les royalistes à se ten^ prêts à marcher contre la réunion de ViscovatOI| si elle tardait à se dissoudre.

Bientôt tout ce qui se passait en Corse fut connu sur le continent; les événemcns arrivés à Viscovato .scandaleux pour l'Kurope , pouvaient . devenir funftstes à la France , et compromettredans rîle l'estimable famille CoJonna. Joachim trut qu'il était temps d'abandonner son village, et de se rendre à Ajaccio : il s'éloignait ainsi de

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cette coâtrëe , deyenue wn volcan prar les imprudences du chef mijitaire qui alimentaient sans cesse les inquiétudes des habiians. Il con-* gëdia donc un grand nomdre'de soldats et tous les partisans qui s' étaient réunis autour de lui »' ne retint que quelques vétérans pour son és^ corte 9 et prit congé de M. Ck)Ionna/ non sans lui témoigner toute sa ^atitùde et toute son estime. Déjà ses trois amis qui Favaient suivi depuis Toulon s'étaient séparés de lui.

Le 17 septembre , jour du; départ de ViscovatO) tous les Corses qui s'y étaient rassemblés se rangèrent sur le passage de Tex-roi , qui les remercia des marques d'intérêt et d'attachement qu'ils lui avaient données pendant son séjour dans cette commune, et ies assura que dans quelque position où il pût 3e trouver par la suite 9 il conserverait toujours dans son cœur la plus vive reconnaissance pour d'aussi braves gens.

La foule s'écoula paisiblement après l'avoir salué de ses acclamations , et l'ex-roi , tout ému , quitta avec quelque regret le toit hospitalier de là. famille €ecaldi , emmenant avec lui ie gé^ néral Francescfaetti , ainsi que pRrsieurs officiers corses.

La petite troupe de Murât mit six jours à faire le voyage de Viscovato à Ajaccio , qui eut li^i

par Cotonc, les montagnes de Serra et Bozio ,- Venaco , Vivaro , les gorges de l;i forêt de \izzanova, et Bogognano : partout elle fut accueillie et fdtte ; les curés se disputaient l'honneur d'héberger i'ex-roi , et il reçut plus d'une dépu-. talion des communes qu'il traversait.

Mais la nouvelle de son approche alarma les autorités d'Ajaccio ; Murât avait cependant eu soirt d'écrire au maire et au commandant de lu place pour dissiper les inquiétudes que son arrivée pouvait causer , et pour leur donner l'asvsurancc qu'il n'avait d'autre hut que de trouver un asyle sur , jasqu'au moment oii il pourrait quitter la Corse sans danger.

Le général Fraiiceschetti, qui précédait l'esroi , avait tenu le même langage à tous les habitans, et n'avait trouvé dans toutes les classe? que des gens empresses de faire jouir le prince de tous les droits de l'hospitalité.

Au milieu de cette population si dé vouée au roi de Naples malheureux et proscrit, il est sans doute pénible d'être forcé d'avouer que les parens de l'ex-reine de Naples , son épouse, furent presque les seuls hahitans d'Ajaccio qui redoutèrent Iff présence*de Murât et qui cherchèrent à le repousser. Les Arrighi , les RamoUno et qucltjues autres alliés de la famille Bonaparte, se montrèrent implacables contre celui qu'ils accu-

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