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LA TÊTE DU CHRIST COURONNÉE D’ÉPINES

Hauteur : 0"> 44. — Largeur : 0™ 48. — Chez Mrae. V'. Dubusc , né. Richard , à Rouen. — Peinture sur soie.

Mme. veuve Dubusc a bien voulu nous faire connaître qu’elle possédait ce tableau , à elle échu par la succession d un oncle, curé dans le diocèse d’Évreux. Nous avons admiré cette charmante figure , si pleine d’expression , de force et de vigueur , en même temps que de douleur et de souffrance. Cependant , trouvant dans cette œuvre quelque chose de si fini , de si délicat , puis une touche et une manière qui me

parurent s’écarter sensiblement du faire de mon héros , je me permis d’émettre un doute sérieux sur l’attribution qu’on lui prêtait. Mais Mme. Dubusc m’ayant appris qu’un artiste distingué et parfaitement connu comme tel, avait vu son tableau et n’avait pas hésité à le donner à Jouvenet , je résolus de m’adresser moi-même à ce savant praticien et de lui confesser mes scrupules. M. Le Jeune (1) poussa l’amabilité jusqu’à nous fournir les renseignements les plus précis et les plus scientifiques sur cette charmante composition.

« J’ai, en effet, nous écrit-il, dit à Mme. veuve Dubusc que sa Tête de Christ était peinte par Jouvenet, et je suis tout disposé à le répéter. J’ajouterai que j’ai rarement vu quelque chose de plus fin dans les œuvres de ce maître.

« Cette finesse que j’admire m’explique le doute que vous émettez ; mais , pour un praticien , elle est uniquement le produit de la toile excessivement lisse sur laquelle fut exécutée cette peinture , et non le léché du pinceau.

« Sur une semblable préparation , la touche la plus large devient moelleuse , et , l’essence aidant , on croit voir une miniature , tant les demi-teintes sont légères et les repiqués transparents. Voilà ce qui me fait comprendre votre incertitude ; car dans toutes les œuvres de Jouvenet que vous avez pu consulter pour écrire sa monographie , vous n’avez pas dû en rencontrer beaucoup d’analogues.

« Maintenant , puisque vous me faites l’honneur de me consulter, il me semble que je vous dois l’explication de mon opinion : voici donc sur quoi elle repose :

« Comme praticien , j’ai eu assez souvent l’occasion de restaurer des peintures de Jouvenet ; mais ce qui m’a le plus familiarisé avec ce maître, c’est la restauration des

(1) Artiste peintre , restaurateur expert du ministère d’État , de la maison de l’Empereur et des musées impériaux (par suite de concours) .

douze grandes fresques peintes par Jouvenet dans le dôme des Invalides , à Paris , restauration que j’ai exécutée pour l’État, il y a bientôt dix ans. Je dis fresques par habitude de les entendre désigner ainsi ; car ces Douze Apôtres , dont les esquisses à L’huile sont au musée de Rouen , sont peints à la détrempe. Or , s’il était possible de placer le tableau en question auprès de ces détrempes , on reconnaîtrait des méplats , des repiqués et des traînées identiques : ceci s’explique par la grande analogie qui existe entre la peinture à l’essence sur un fond lisse et la détrempe faite au premier coup.

« Il est certain qu’il y a peu de ressemblance entre ces procédés et ceux que l’on reconnaît dans ses peintures à l’huile , où l’empâtement est placé souvent par-dessus les àplats , où le heurté des contours frise quelquefois la sécheresse.

« Tout en laissant le champ libre à toutes les opinions, je persiste à penser que la Tête que possède Mrae. veuve Dubusc est l’œuvre du pinceau de Jouvenet. »

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