‹ Histoire de JouvenetChapitre 127 sur 141 · SAINT PIERRE GUÉRISSANT LES MALADES DANS LES RUES DE ROME · texte numérisé non relu

SAINT PIERRE GUÉRISSANT LES MALADES DANS LES RUES DE ROME

Largeur: 2 mètres 60 ; — hauteur : 3 mètres 40. Il a été rogné. Les personnages sont plus petits que nature. Autrefois dans la chapelle de 1 hôpital de Vervins ; aujourd’hui dans l’église de La Fère ( Aisne ) , au-dessus du maître autel.

« Au premier plan , au milieu du tableau , saint Pierre , debout , élève la main droite au ciel qu’il invoque du regard. De la gauche , il bénit un enfant mourant que lui présente sa mère à genoux. A ses pieds , un homme accroupi , et la tête basse, paraît accablé sous la douleur physique.

« Sur le devant du tableau , au-dessous du saint , à droite, un homme se courbe et se dispose à soulever une femme étendue sans mouvement sur un matelas. Un enfant se roule sur le sein de l’agonisante et semble craindre qu’on ne cherche à le séparer de sa mère. A côté , un homme malade , à demi soulevé de son matelas par un autre qui l’enlève avec effort ; le premier tend les bras vers le saint et l’implore.

« La scène se passe dans une rue ; tout au haut, on aperçoit

des nuages qui roulent dans l’atmosphère ; de chaque côté des maisons, des monuments, des fortifications, des tours formidables.

« Beaucoup de mouvement , d’animation , de douleur , de souffrance , d’espoir , de résignation , de ferveur : telles sont les qualités de ce groupe d’une douzaine de personnages qui se détachent admirablement du fond du tableau.

« Au bas, à gauche, on lit: Jouuenet , 1666.

« Placé , au moment de la Révolution , sans doute , dans la chapelle de l’hôpital à Vervins , ce tableau ornait le contrerétable de l’autel , lorsque , il y a une vingtaine d’années , il fut vendu par les administrateurs de l’hôpital à un sousintendant militaire de La Fère, M. Bradi , pour une misérable somme de 400 fr. Ce dernier le fit restaurer , et , en quittant le pays pour habiter la capitale , il s’en dessaisit , il y a quelques années , en faveur de la Fabrique de La Fère , pour la somme de 2,000 fr. Mais la Fabrique , n’étant pas en mesure de payer , fut obligée de faire des intérêts qui élevèrent le prix du tableau à près de 3,000 fr.

« On ne saurait trop blâmer les administrateurs de l’hospice de Vervins qui commirent cet acte de vandalisme , et privèrent l’établissement dont ils étaient les tuteurs et les protecteurs naturels, de l’une des œuvres d’un grand maître dont il était depuis long-temps propriétaire. Il paraît qu’un simple particulier usa envers les ignorants administrateurs d’un trait de délicatesse honorable et qui eût dû leur servir de leçon : un certain M. Laval, propriétaire à Fontaine -lès- Vervins et amateur de tableaux, auquel ils l’offrirent pour la pareille somme de 400 fr. , refusa de l’acheter , pour ne pas contribuer à l’enlèvement d’une œuvre d’art qui devait rester dans le domaine du pauvre.

« A Caen , au musée de peinture , se trouve un tableau de cabinet ou de petit autel, représentant le même sujet (n°. 170

du catalogue). C’est une belle esquisse terminée comme Jouvenet en a souvent peint pour les exécuter sur des toiles plus grandes. Celle-ci est d’une couleur forte et harmonieuse. Elle diffère du tableau précédent par de très-légères modifications.

« Une chose qui nous intrigue beaucoup touchant le premier exemplaire , c’est la date, fort lisible, 1666. Jouvenet (né en 1644) n’aurait eu que vingt-deux ans lorsqu’il aurait exécuté ce tableau , et l’esquisse de Caen l’aurait à coup sûr précédé. Le faire , la composition , l’exécution de l’un et de l’autre , nous paraissent être postérieurs à cette époque et différer sensiblement de ce qui distingue les œuvres de la première jeunesse du peintre. Nous craignons une falsification de chiffres au moment de la restauration. »

Nous devons présenter ici une observation relativement au Jésus agonisant au Jardin des Oliviers.

Dans la lettre que nous avons citée plus haut, de M. Vergnaud-Romagnési , à M. l’abbé Pelletier , nous lisons ce passage :

» Vous accréditez , involontairement sans doute , une erreur que, sur la foi d’anciens auteurs, j’ai moi-même partagée relativement au tableau de Ste. -Croix, Jésus-Christ au Jardin des Olives.

« Un peu avant la mort de M. Poumet , ancien sculpteurmodeleur employé, avant 1789, aux travaux de Ste. -Croix, auteur d’un buste de Pothier et de quelques autres de peu de mérite, à la vérité , mais dont le jugement en fait d’art était assez sain et la mémoire heureuse , je fus le voir à l’hospice de St. -Germain, dont il était receveur honoraire. Je lui avais demandé diverses notes sur nos anciens édifices religieux , pour une troisième édition de mon Histoire d’Orléans que je prépare encore.

« Voici, entre autres notes, celles qu’il me donna sur l’inté-

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rieur et l’extérieur de Ste. -Croix, et dont la publicité, comme rectification d’erreurs et comme renseignement inédit , peut être utile :

« Le tableau de Ste. -Croix ne serait point de Jouvenet , mais suivant lui signé deBonnart, élève de Lebrun , qui aurait aussi peint un tableau de la Conception. »

« Orléans , 12 novembre 1859. »

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