‹ Histoire de JouvenetChapitre 22 sur 141 · PÊCHE MIRACULEUSE · texte numérisé non relu

PÊCHE MIRACULEUSE

Hauteur 3m. 92. — Largeur : 6m. 64. — Figures de grandeur naturelle. — N°. 297 du musée du Louvre. Notice F. Villot.

A droite, au premier plan, un homme vu de dos attache à un pieu planté en terre un cordage de la barque, tandis que des femmes sont occupées à retirer des filets les nombreux poissons qui y sont pris. Au deuxième plan, Jésus, debout, entouré de ses disciples, lève les yeux et les mains vers le ciel. Plus loin, près de la barque, un pêcheur, vu à micorps , porte sur son épaule un panier chargé de poissons. — Signé : « J. Jouvenet, 1706. » Gravé par Jean Audran (Cale. imp. ). — Landon , t. 1 , pl. 42.

Musée Napoléon. — Cette peinture provient de l’église des Religieux de St.-Martin-des-Champs , où furent placés, à la fin de l’année 1706, les quatre grands tableaux de Jouvenet représentant :

1°. Jésus-Christ chassant les marchands du Temple ;

2°. La Résurrection de Lazare ;

3°. La Pêche miraculeuse ;

4°. Le Repas chez Simon le Pharisien.

Les nos. 298 , 299 et 300 faisaient partie du Salon de 1704. Une note du Livret de cette année nous apprend que ces trois ouvrages furent exposés dans la cour du Louvre , au pied de l’escalier qui servait de sortie. Les n°’. 299 et 300 avaient déjà figuré au Salon précédent, en 1699.

On pourrait peut-être reprocher à Jouvenet, dans cette admirable composition, un peu trop de draperies; mais une tête de jeune fille en profil, aux formes grecques , est bien l’une des choses les plus gracieuses de l’École française.

Afin de représenter au naturel ses pêcheurs et ses marins, Jouvenet avait fait exprès le voyage de Dieppe et en avait rapporté les belles études qu’on trouve dans ce tableau.

Les hommes du peuple de Jouvenet, comme le pêcheur, vu de dos, et qui retire ses filets, à droite, dans la Pêche miraculeuse , ont une grandeur robuste, une fière allure. Jouvenet avait si bien examiné la manœuvre des pêcheurs, qu’aidé de son génie il put admirablement peindre d’après nature des filets, des poissons, des coquillages, et généralement tout ce qui pouvait servir à embellir le sujet

qu’il voulait traiter. La précaution et la peine du peintre furent couronnées du succès le plus flatteur : artistes et connaisseurs , tous admirent à l’envi la perfection de cet ouvrage. Il produisit une si puissante sensation dans le public, que le bruit en vint jusqu’à Louis XIV, qui se le fit apporter à Trianon, avec les trois autres toiles dont nous avons parlé. Le monarque partagea l’admiration générale ; il ordonna à Jouvenet de les répéter pour être exécutées en tapisserie aux Gobelins. Lorsque le czar Pierre-le-Grand visita cet établissement, en 1717, il fut si charmé de cette suite de tentures que le Roi lui en fit présent.

LF.S VEN OKli RS CHASSÉS Dü TEMPLE.

Premier exemplaire. — Hauteur : 3'“*. 88. — Largeur : 6m. 82. — Figures de grandeur naturelle — N°. 29‘J du musée du Louvre Notice F. Villot.

Vers le milieu de la composition , au deuxième plan, le Christ, descendant les marches du Temple et suivi de ses disciples, chasse les vendeurs; les uns, assis devant une table, à gauche, ramassent leur argent; les autres, debout, à droite, emportent des paniers. Au premier plan , deux hommes retenant des taureaux; plus à gauche, une femme s’enfuyant avec son enfant ; des moutons effrayés, un chien et un paysan.

De l’âme, du mouvement, de l’élévation dans la pose du Fils de Dieu, un air d’indignation profonde

sur ses traits, une savante perspective, tout cet ensemble fait une des œuvres les mieux ordonnées de l’École française.

Gravé par Duchange. Landon , t. 1 , pl. Zi3.

Collection de Louis XIV.

Ce tableau et le suivant ( n°. 300), qui avait été exécuté pour les Gobelins, est une répétition, avec divers changements, de celui que possédait, depuis 1706, l’église des Religieux de St.-\Iartin-des Champs, et qui fut donné, en 1812, au inusée de Lyon.

Ce tableau figura au Salon de 1 699.

Il a été placé, en l’an VIII, au Musée national, lors de l’établissement de cette magnifique collection. Il figura au Catalogue de 1835 sous le n°. 72.

Deuxième exemplaire. — Hauteur : 3ra, 90. — Largeur : 6>“. 64. — Musée de Lyon,

Le tableau du musée de Lyon montre Jésus, armé d’un fouet, entrant dans le parvis du Temple, renversant les tables des changeurs et des marchands effrayés.

« Ce tableau capital, dit M. Thierriot, conservateur des musées et du Palais des Beaux-Arts de Lyon, se voyait autrefois au musée de Paris : il passe pour être le chef-d’œuvre de ce maître; on y voit une belle ordonnance , beaucoup d’âme et de mouvement.

Il est signé et daté 1706.

Donné par Napoléon, en 1811, et indiqué par J. Houel, dans la Grande-Galerie , n°. 32.

Ce tableau a été gravé par Gaspard Duchange, en grand format.

Le tableau des Vendeurs chassés du Temple avait été le premier de cette série qui, sur l’ordre du Roi, fut complétée, en 1702, par la Pêche miraculeuse.

Troisième exemplaire. — Hauteur : 0m. 80. — Largeur : lm. 10.

Personnages de O1*1. 20 de grandeur

Parmi les trois tableaux attribués à Jouvenet que possède la chapelle du château d’Ècuny-Champigneules (Marne) , propriété de Mme. la comtesse de Sainte-Suzanne, se trouve une toile qui représente Notre-Seigneur chassant les vendeurs du Temple. <■ J’en ai vu des copies partout, nous écrit M. le baron de La Tullaye, mais aucune avec cette négligence et pourtant cette science de l’artiste qui ébauche sa pensée pour l’analyser et s’en rendre bien compte. Quelques personnages moins importants ne sont pas achevés , et cependant il règne dans la profondeur de l’édifice , dans le détachement des plans, dans la force des ombres et la douceur des lumières, dans le jet et le dessin des personnages, une entente du dessin et de la nature qui n’appartient qu’au génie. On voit le Temple et ses riches arcades. Le Sauveur, sur le péristyle, le bras droit levé, menace les marchands. La pose est

belle ; l’expression de la tête est celle de la dignité offensée et d’une vive souffrance morale. Un disciple , à droite , paraît vouloir apaiser son cour roux ; d’autres le contemplent et forment un groupe derrière lui. A gauche , un peu en arrière , une femme, tenant un enfant dans ses bras, regarde la scène avec stupéfaction. De tous côtés, les marchands s’enfuient. Deux hommes, au premier plan, ramassent leur or qu’ils ont laissé tomber dans leur surprise ; un troisième emporte un sac qui s’ouvre dans sa précipitation. Les regards du Sauveur sont particulièrement fixés sur ce groupe. Sur la droite, et au même plan, deux femmes à genoux entourent de leurs soins des tourterelles renfermées dans une cage , tandis qu’une de leurs compagnes s’efforce d’en ressaisir deux qui lui échappent. Ce groupe est plein de grâce et fait contraste avec la sévérité qui règne partout. »

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