‹ Histoire de JouvenetChapitre 43 sur 141 · MALADES GUÉRIS PAR L’INTERCESSION DE LA VIERGE · texte numérisé non relu

MALADES GUÉRIS PAR L’INTERCESSION DE LA VIERGE

Voyez « Ex-Voto , » du Musée de Rouen ( tableaux reproduisant divers sujets religieux).

l’assomption de la sainte-vierge.

Premier exemplaire. —-Hauteur : 3m. 04. — Largeur: lm, 55. — Cintré,— A la contre-table du chœur de l’église de Moutérollier , canton de St.- Saëns ( Seine-Inférieure ) •

La Sainte-Vierge , vêtue de brillantes draperies bleues et rouges , s’élève au ciel dans une atmosphère délicieuse, entourée d’une multitude de têtes angéliques , et environnée d’une auréole de gloire. Sa figure , admirable d’expression , est empreinte d’une exquise douceur, et elle paraît jouir de la plus ineffable béatitude. Elle occupe les trois quarts du tableau. Dans tout le haut, à droite, des nuages et des rayons dorés. Au bas, à gauche, le tombeau de Marie, dont le couvercle est soulevé; à droite , plusieurs apôtres contemplent la Reine du monde qui s’envole aux cieux. Plus bas encore est la signature de l’artiste, telle qu’on la rencontre sur plusieurs de ses tableaux à Pioueu et à Paris : « Jean Jouvenet pinxit , 1713; » l’année même où le célèbre peintre devint paralytique du côté droit. C’est , à n’en pas douter , un des derniers , sinon tout le dernier, que notre grand artiste ait exécutés de la main droite , alors qu’il produisait ses plus

beaux chefs-d’œuvre , que sou talent était dans toute sa force et toute sa plénitude.

Nous sommes donc autorisé à croire que l’Assomption de Montérollier est un des plus superbes morceaux qui soient sortis du pinceau ferme et vigoureux de Jouvenet.

Malheureusement, ce magnifique tableau a subi toutes sortes de cruelles humiliations : après avoir été criblé de plomb en 1793, où il reçut, au milieu de la toile, une décharge de cinq ou six coups de fusil, il fut rentoilé il y a trois ans et horriblement mutilé par les peintres en bâtiments qui crurent produire une œuvre admirable en le barbouillant, en le défigurant complètement.

L’ensemble de cette composition rappelle , ce me semble, cette ancienne tradition fort répandue dans l’Orient. Quelques jours avant d’appeler à lui sa divine Mère , le Seigneur lui envoya l’archange Gabriel. Alors , dit saint Jérôme , on entendit , dans l’endroit où elle reposait , une douce harmonie qui fut , pour les saints apôtres , le signe que Marie les quittait. A ce moment suprême , redoublant de larmes et de prières , ils élevèrent les mains vers elle , et lui dirent d’une voix unanime : « O vous qui êtes notre mère ! vous nous quittez pour monter au ciel ; répandez sur nous votre bénédiction et ne nous abandonnez point ; car nous sommes taibles et malheureux. » Marie, tournant

sur eux ses regards mourants , leur dit , comme pour dernier adieu : « Soyez bénis , mes fils , jamais je ne cesserai de penser à vous. » Et bientôt les apôtres virent le Sauveur, accompagné de ses anges, venir recevoir l’àme de sa divine Mère. Cependant un des apôtres n’avait pu assister à la mort de Marie et recevoir sa suprême bénédiction ; il n’arriva que trois jours après son bienheureux trépas. Pénétré de douleur et de regret d’avoir été privé de ce bonheur, il supplia le sacré Collège d’ouvrir le tombeau de Marie , afin qu’il pût la contempler une dernière fois. On l’ouvrit, en effet. Mais , ô prodige ! le sépulcre était vide ; et des lis, symbole de pureté et de virginité, avaient poussé là où était couché son chaste corps, corps immaculé , corps trop saint pour rester dans la tombe , et que les anges et les archanges , les séraphins et les chérubins emportèrent sur leurs ailes, quand la voix de Dieu l’eut réveillée de son court sommeil.

Telle est la tradition qui paraît avoir inspiré notre peintre. La pierre du tombeau est renversée à l’écart, et l’on aperçoit, parmi les plis du linceul , les fleurs miraculeuses qui ont poussé dans le fond de la tombe. Un groupe d’anges, tenant un cahier de musique, semble chanter et dire : « Quelle est celle-ci qui s’élève du désert , si brillante de grâce et de vertus? C’est la Mère de notre Roi,

c’est notre Reine , c’est la sainte des saintes , la bien-aimée de notre Dieu, la colombe immaculée, la plus belle des créatures , etc. »

Deuxième exemplaire; cintré. — Hauteur : 2;n. 40 au milieu, 1™. 95 aux extrémités. — Largeur : l1". 55. — A Vosseaux ( Seine-et-Oise ) .

« Ce tableau, nous écrit l’obligeant M. l’abbé Gueudet, curé-doyen de Chambly, se trouve placé dans la chapelle abandonnée du vieux château en ruines de Yosseaux, sur la paroisse de Chambly. 11 est très-lisiblement signé , à gauche : « J. Jouvenetfc. , » sans date. Malheureusement il est dans un état de délabrement complet : les couleurs en sont tellement pâles et changées de ton , par l’effet de l’humidité ou par d’autres causes , que ce tableau perd beaucoup de sa valeur et de son mérite. »

On y voit la bienheureuse Mère de Dieu montant au ciel, environnée d’une multitude de figures angéliques enveloppées de nuages et de rayons célestes ; aucune des personnes divines ne paraît sur le tableau : seulement dans le haut, à droite, sont dirigés vers Marie des rayons divins. On n’aperçoit point non plus le tombeau de Marie , ni la figure d’aucun des apôtres.

§ 4. Tableaux représentant des portraits ou des actes de saints.

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