LE TRIOMPHE DE FLORE
Hauteur : 2m. 27. — Largeur : lm. 04. — Figures de la grandeur de deminature. — La composition est en hauteur. — Au Musée de Nancy.
Nous sommes heureux de reproduire dans son entier la lettre que nous a fait l’honneur de nous écrire, au sujet de cette charmante toile, M. Le Borne, conservateur du Musée de Nancy :
« Ce tableau de Jouvenet, quoiqu’il soit porté sur notre Notice comme représentant le Triomphe de Flore , ne me paraît pas être positivement ce sujet. Je pense que c’est, tout simplement, le Printemps, figuré par Flore, Zéphire et l’Amour. Il est probable que ce tableau faisait partie de la décoration d’une salle de quelque château du temps du peintre, où il aurait représenté les Quatre-Saisons.
« Flore, sous de gros et grands arbres, dont les premières branches terminent le haut de la composition, est couchée au bord de l’eau; son bras droit soutient sa tête, le coude appuyé sur un gros coussin d’un bleu-gris clair; une draperie d’un beau bleu d’outremer, posée sur l’épaule gauche, couvre, derrière elle, une partie du coussin, et revient cacher le bas du torse et une grande partie
des cuisses ; les jambes sont nues et gracieusement étendues en avant. Flore occupe la partie gauche du tableau ; devant elle, au milieu, Zéphire, debout et de profil, lui présente une corbeille remplie de fleurs ; il la tient devant lui des deux mains, les bras pendants à la hauteur de la fin du torse ; il est vêtu d’une draperie qui forme presque tunique et qui, passant sur l’épaule droite, flotte derrière lui; elle est d’un violet-rose très-clair dans les lumières et d’un ton laqueux très-vigoureux dans les ombres ; il est couronné de fleurs et a des ailes de papillon. Entre Zéphire et Flore , un petit Amour semble voler et les unir ; il tient une couronne au-dessus de la tête de Flore. A droite du tableau, derrière Zéphire, on voit dans l’ombre un Fleuve assis, appuyé sur son urne, d’où s’épanche l’eau qui vient passer devant le groupe de Zéphire et de Flore ; devant cette dernière, à gauche, est assise dans l’eau une femme, une Naïade sans doute, puisque sa tête est couronnée de roseaux ; l’eau lui monte jusqu’à la moitié des jambes ; elle est vue de face ; ses deux bras sont étendus sur la jambe droite , qu’elle paraît laver; une petite draperie jaune couvre le bas du torse, et toute la figure se reflète dans l’eau qui l’environne ; on y voit aussi une partie de la figure de Flore.
« Adroite, sur le premier plan, un tertre un peu élevé occupe le devant de la toile ; sur ce tertre est
assise une femme, vue de dos, qui soutient son joli corps par son bras dont la main repose à terre ; une de ses jambes, ployée, la jambe droite, revient en avant et laisse voir le pied en-dessous ; une draperie blanche, dont on voit une petite partie seulement, entoure le bas de son torse et est recouverte d’une plus grande draperie d’un beau rouge, qui pose sur les cuisses et qui revient tomber en avant sur le gazon; devant elle, un peu cachée par son bras et par le terrain, on voit une corbeille remplie de jolies fleurs ; de la main droite, qui posait au-dessus, elle tient des fleurs qu’elle semble offrir à la Déesse.
« Au-dessus du groupe de Zéphire et de Flore, une grande draperie, d’un brun-violet, estattachée à chacun des arbres qui encadrent le sujet, et forme une espèce de tente qui projette son ombre sur deux femmes aux ailes transparentes qui volent de chaque côté de Flore et de Zéphire, et qui, les bras levés, laissent pendre des guirlandes de fleurs au-dessus de la tête des deux amants. Dans le fond, on voit un lac bordé de collines et de jolies fabriques, parmi lesquelles un temple grec s’élève, entouré de beaux arbres ; de jolies montagnes bleues forment l’horizon et se détachent sur un ciel doré dans le bas, et occupé dans le haut par un large nuage d’un gris fin éclairé sur le bord.
« Les quatre figures principales de cette charmante composition sont éclairées d’une belle lu-
mière ; la couleur en est chaude et blonde ; le dessin est un peu lourd et l’exécution un peu molle ; le style tient de celui du Poussin et de ses imitateurs dans les tableaux qu’ils ont faits en ce genre. Je n’y retrouve pas la touche grosse et hardie de Jouvenet; mais c’est M. Lebrun, ancien fameux marchand de tableaux et le plus estimé parmi les experts de son temps , qui , en passant autrefois à Nancy , l’a désigné aux anciens conservateurs comme étant de la main de Jean Jouvenet. J’ai dû lui conserver cette glorieuse attribution dans la nouvelle Notice que j’ai faite il y a quelques années. »
Jouvenet exécuta, pour le château de Versailles, un tableau représentant Flore et Zéphire : il fut destiné au salon , près la chambre de la Duchesse de Bourgogne. Il avait 7 pieds de haut sur 4 pieds 4 pouces de large.
Ce même sujet faisait partie des peintures qu’il exécuta à Rennes, en 45 jours, sur trois plafonds pour M. de La Mothe-Picquet , greffier en chef du Parlement, chez lequel il était logé , pendant qu’il peignait le plafond du Palais-de-Justiee.
Enfin, Jouvenet peignit ce sujet pour le château de Trianon.