VÊTEMENTS DE JÉSUS
Le Sauveur voulut prendre le genre de vie commun parmi les hommes. On doit, par conséquent, croire que ses vêtements se rapprochaient de l’usage vulgaire. Saint Jean-Baptiste, qui menait une vie rude et austère , portait un vêtement de poil de chameau et une ceinture de peau autour des reins. L’Évangile signale cette diversité de conduite entre le Fils de l’homme et son précurseur : V enit Joannes neque manducans , neque bibens. V enit Filius hominis manducans et bibens (Matth. 11). Si les habits du Sauveur eussent été rudes et grossiers, les soldats qui le crucifièrent, et qui avaient droit aux vêtements du supplicié , en vertu d’un ancien usage que l’empereur Adrien réforma , n’auraient pas mis tant d’intérêt à se les partager.
Pour la matière, ils étaient certainement de
(1) Voyez d’ailleurs, pour cette question, le livre de Didron Sur l’histoire de Dieu, p. 269 et suiv., ou le Compte-rendu de ce livre par M. A. Charma, 2e. édit., p. 12. — Cf. les Recherches historiques sur ta personne de Jésus-Christ, par un ancien bibliothécaire (G Peignot). Dijon, 1829, p. 11 et suiv.
laine; les Juifs n’employaient aucun autre tissu pour leurs habits. — Les peintres aiment à représenter J.-C. avec des habits rouges ou bleus. C’est une erreur : il est presque certain que les Juifs n’employaient pas d’autre couleur que le blanc, ou la couleur naturelle de la laine. On connaît le précepte de l’Ecclésiastique, ch. 9: Omni tempore sint vestimenta tua candida, et oleum de capite tuo non deficial. L’usage des Orientaux passa chez les Romains et dura jusqu’à la destruction de la République. Ainsi, chez les Juifs, au temps de Jésus-Christ , les gens riches portaient des habits blancs ; les pauvres gardaient la couleur naturelle de la laine. C’est vraisemblablement cette couleur qu’avait coutume de porter Notre-Seigneur Jésus- Christ, modèle de modestie et de pauvreté. On peut remarquer, dans l’histoire de la Passion , que, lorsque Pilate fit conduire Jésus à Hérode, celui-ci le renvoya vêtu d’un habit blanc : Sprevit autem ilium Herodes cum exercilu suo : et illusit indutum veste alba et remisit ad Pilatum (Luc, 23). Cela montre que Jésus n’avait pas d’habit blanc avant qu’ Hérode lui en donnât un , par dérision. Cela confirme que les riches étaient les seuls qui portassent des habits blancs. Hérode voulut se moquer du Sauveur en l’habillant comme un homme riche et puissant, de même que les soldats romains l’avaient vêtu de pourpre.
Voici les trois parties de l’habillement. Il y avait la tunique inférieure qui n’était pas cousue, quoiqu’elle eût des manches; c’est la tunica inconsutilis, entièrement tissée selon l’usage des Hébreux. Elle était de pure laine et de pur lin ; car il était défendu de mélanger ces deux matières. — Sur cette tunique , on en portait une autre plus longue descendant jusqu’aux pieds et serrée autour des reins par une ceinture. — Enfin , on portait un manteau de même matière et de même couleur.
L’argent se plaçait dans la ceinture , ainsi que les gens du peuple l’ont pratiqué pendant bien des siècles. Le manteau était assez ample , il portait aux extrémités ces fimbria dont il est si souvent question dans l’Évangile.
On peut demander si Notre-Seigneur portait quelque objet pour couvrir sa tête. L’usage commun est de le représenter tête nue, et, comme les preuves du contraire ne sont pas très -convaincantes, l’artiste doit se conformer à l’usage et se garder d’innover en semblable matière.
La question des chaussures n’est pas exempte de quelque difficulté. Le plus probable est que Notre- Seigneur n’avait pas les pieds entièrement nus. Saint Jean-Baptiste ne s’estime pas digne d’être appelé à délier le cordon de ses souliers. Les Juifs portaient des souliers ou des sandales.
Les Apôtres, en compagnie de Jésus , doivent
avoir le même habit que lui. Les peintres se trompent grossièrement , lorsqu’ils leur donnent ces tuniques rouges et bleues qui étaient, chez les anciens , un objet de grand luxe. Il faut leur donner des sandales, conformément à ce qu’on lit dans saint Marc , chap. 6 , v. 9. Si leurs habits doivent paraître un peu plus grossiers que ceux de Jésus- Christ , ce n’est pas que le Sauveur les eût beaux et recherchés ( car il les portait grossiers et communs) ; mais sa dignité, éloignée de toute tache et de toute souillure , revêtait un je ne sais quoi qui le distinguait des pêcheurs qui formaient sa compagnie.