‹ Histoire de Justinien (volume 2)Chapitre 3 sur 62 · RÉSUMÉ · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ

Si le premier devoir d'un souverain est de protéger la vie de ses sujets, l'histoire peut-elle pardonner à Justinien d'avoir fait périr, en trente et un ans seulement de règne , cent millions d'habitants ?

Si la liberté de conscience et de culte est un des plus grands besoins de l'homme civilisé, quel prince en fut l'ennemi plus persévérant, et poussa plus loin la persécution ?

Justinien n'a-t-il pas suscité l'esprit de controverse» et l'amour des disputes théologiques au point d'encourir le blâme des esprits éclairés de son temps? Il a persécuté les papes et les principaux pontifes , et il tomba lui-même dans le schisme. Cet esprit, il l'a inoculé à ses successeurs et à son peuple. Il y a propagé l'ignorance qui, aujourd'hui encore, place le clergé grec orthodoxe si loin audessous du clergé latin et des ministres protestants.

Comment la liberté individuelle fut-elle garantie ? N'y eut-il pas des cachots secrets, des exils arbitraires? La justice ne fut-elle pas vénale; la magistrature amovible, et paralysée toujours par des rescrits et des évocations ?

Quelle sécurité y eut-il pour la propriété, livrée aux confiscations , à la corruption des référendaires et des ministres de la justice, même à l'intervention à prix d'argent de Justinien et de Théodora?

Les propriétés étaient tellement grevées de charges, qu'on fit une loi pour l'administration fiscale de celles qu'on abandonnait!

Les fonctions publiques, livrées à l'enchère , furent exploitées par des hommes sans pudeur et sans responsabilité envers les citoyens.

Fr. e

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La sécurité bannie de partout; les barbares pillant et brûlant les propriétés, et vendant leurs prisonniers comme esclaves. La population privée de ses armes défensives, et n'étant plus protégée par les armées nationales î

La vie civile abandonnée par les deux sexes pour la vie monastique , où l'on croyait trouver le repos, sous la protection de la religion respectée par les barbares !

Les sciences sans protection, les grandes écoles dissoutes, les professeurs renvoyés; les médecins et leur enseignement privés des subventions du trésor nécessaires à leur entretien ; le barreau réduit au silence et à la dégradation; l'ignorance et la barbarie s'avançant à grands pas, de l'aveu même du souverain; les navigateurs, marchands, ouvriers et artistes, ruinés par les taxes, les monopoles, la confiscation des revenus des villes, et la fermeture des théâtres.

La servilité partout , même dans le sacerdoce ; le trône déshonoré par les honneurs et la dignité d'épouse conférés à la plus décriée des courtisanes ; les mœurs avilies ; les viols publics; les mariages entravés; les époux arrachés même à la couche nuptiale : la souveraine environnée de femmes perdues , et protégeant les épouses infidèles.

Les impôts excessifs durement recouvrés, l'argent dissipé, sans qu'on en puisse suivre l'emploi !

Qui ne se trouverait malheureux d'avoir vécu à cette époque , et d'avoir eu pour souverains une femme comme Théodora , un prince borné , opiniâtre , léger et avide comme Justinien?

Peut- on s'étonner qu'un historien qui a vu de près ce gouvernement , qui a vécu au milieu des armées, et assista aux deux grandes conquêtes de l'Afrique et de l'Italie, devenues stériles ; qui a étudié les faiblesses et

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l'avarice de Bélisaire, le plus éminent des généraux ; qui, pour écrire la vérité , a été obligé de s'entourer du plus profond mystère, et de ne se confier ni à ses parents , ni à ses amis, de peur d'être exposé aux plus cruels supplices, ait terminé ses œuvres historiques par un livre aussi amer que les Anecdotes ?

Il ne faut pas s'arrêter aux qualifications de ce livre , ni aux préjugés qui alors faisaient croire à l'existence d'une puissance démoniaque ou magique.

Mais il faut se garder aussi des sentiments libéraux répandus avec affectation dans les lois pleines d'emphase de Justinien.

Les faits parlent, et on ne doit pas se laisser éblouir par des conquêtes cruellement exploitées , et qui ne furent qu'un affaiblissement pour l'empire, défendu par une armée insuffisante , et attaqué de toutes parts.

Montesquieu, dans son livre immortel de la Grandeur et de la décadence des Romains , avait en quelques pages stigmatisé ce règne.

Le professeur Lebeau, dans son Histoire du Bas-Empire, souvent rectifiée par le savant académicien Saint- Martin , tout en reconnaissant la médiocrité de Justinien, attribue la plupart des fautes de son règne à l'impératrice Théodora, à laquelle pourtant il survécut dix-sept ans, et il oublie que cette seconde partie du règne est la plus déplorable ! Il s'attache surtout aux événements militaires. Il termine les deux volumes qu'il a consacrés au règne de Justinien en disant que le convoi de ce prince fut suivi de toute la ville, des diacres et des religieuses , et que le peuple ne manqua pas d'observer qu'un feu qui se faisait voir dans le ciel , en forme de lame , depuis plus de cinq mois, ne disparut qu'après sa mort.

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Gibbon, dans son Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain, a consacré quatre chapitres au règne et aux institutions de Jastinien. Il a, selon nous, beaucoup plus approché de la vérité , quoique son imagination l'ait souvent égaré, surtout dans l'apologie qu'il fait de Théodora , et dans la grandeur majestueuse qu'il assigne à Bélisaire.

Sans doute les tableaux trop sombres de Procope ne sont pas exempts d'exagération ; mais on est forcé de reconnaître que les faits qu'il a racontés sont véridiques. C'est au lecteur à prononcer sur leur appréciation morale.

Puisse cette nouvelle étude approfondie et consciencieuse, où tous les faits importants sont contrôlés par les monuments , fixer de nouveau l'attention sur cette époque importante des annales humaines !

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