CHAPITRE II
Dépari de Bélisaire, avec le consulaire Photius, pour la guerre contre Chosroës. — . Antonina reste à Constantinople. — Ses machinations contre Photius. — Celui-ci dénonce sa liaison adultère arec Théodose.— Indignation de Bélisaire — Il se concerte avec Photius. — Ajournement de la vengeance. — Entrée de l'armée romaine en Perse. — Catastrophe de Jean de cappadoce. — Parjures à' Antonina — Elle part pour l'armée. — Théodose renvoyé à Éphèse. — Priée de Sisaura. — Arrivée d' Antonina. — Retraite de Bélisaire.— Aréthas et les Saracéniens — Laztque de la Colchide, envahie par Chosroës. — Prise de Pétra. — Revers de Chosroës — u s Huns battus par Valérien. — Mouvement insurrectionnel parmi les Perses. — Lettre de Théodora à Zaberganès. — Chosroës triomphe de ses adversaires, et revient en Perse.
i . Cependant Bélisaire reçut la mission de marcher contre Chosroës, avec Pholius. Antonina resta, quoique auparavant elle eût été sa compagne dans ses expéditions; alors elle ne voulait pas que son mari demeurât isolé, et elle comptait par ses séductions l'empêcher de s'apercevoir à quel point il manquait de liberté : elle avait donc soin de l'accompagner en quelque partie du monde que ce fût. Mais, afin de jouir de nouveau -de la société intime de Théodose, Antoniiui changea de méthode, et conçut le dessein de se défaire de Photius. Elle poussa quelques-uns des officiers de la suite de Bélisaire à le harceler incessamment, et à le provoquer en toute circonstance. Ellemême faisait presque chaque jour des dénonciations par écrit rontre son fils, pt soulevait tout lo monde
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contre lui. Poussé à bout, Photius fut obligé d'accuser sa mère en produisant à Bélisaire un témoin venu de Byzance, auquel il commanda de révéler tout ce qu'il avait vu du commerce secret qu' ' Antonina entretenait avec Théodose.
i. A^rès l'avoir entendu, Bélisaire entra dans une furieuse colère, et se jeta aux pieds de Photius, en le priant de le venger des outrages auxquels il devait si peu s'attendre de la part des coupables.
« Cher fils, lui dit-il, tu n'as jamais connu ton pèré, « puisque la vie qui lui avait été mesurée lui a été re- « tirée, quand tu étais encore dans les bras de ta nour- « rice ; et tu n'as pas joui davantage de sa fortune, car m il n'était pas bien partagé de ce côté. Élevée par moi, « qui n'étais que ton beau-père, ta jeunesse est arrivée « à ce degré de maturité qui te donne le pouvoir de « venir a mon secours, dans l'état d'oppression où je w suis tombé. Tu es parvenu à la dignité consulaire, « et je t'ai comblé de tant de richesses que j'ai mérité « à ton égard les titres réunis de père, de mère et du « parent le plus proche, et qu'en effet, mon généreux a ami, j'en ai rempli tous les devoirs. Car c'est moins « par le sang que par les œuvres, que les hommes ont « coutume d'apprécier leur attachement les uns envers «< les autres.
« Le moment est donc venu pour toi de ne pas res- « ter indifférent à la ruine de ma maison, et à la spo- « liation dont je suis menacé pour les richesses que j'ai « acquises; le moment est venu de considérer à quel a degré de honte ta mère est parvenue aux yeux du « monde.
« Sois bien convaincu que les désordres des femmes « ne retombent pas sur leurs maris seulement, mais « entachent surtout leurs enfants, dont l'honneur est « d'autant plus entamé que la nature les fait davantage « ressembler à leurs mères.
a Sache bien aussi que j'aime ma femme à ce point « que je ne lui ferai aucun mal , s'il m'est donné de a punir le corrupteur de ma maison. Mais, tant que « Théodose vivra, il me sera impossible de pardonner « à cette femme son inconduite. »
3. A ces paroles Photius répondit qu'il aiderait son beau^pèrc en tous ses desseins, mais qu'il craignait qu'il ne lui en arrivât malheur, et qu'il ne pouvait se fier à la fermeté de son caractère à l'égard de sa femme. Il était effrayé, entre beaucoup d'autres, par le sort de Macédonia. C'est pourquoi il exigea les serments les plus sacres reconnus chez les chrétiens, par lesquels Bêlisaire s'engagea envers lui, et ils se lièrent l'un à l'autre, par la foi de ces serments, qu'ils ne se sépareraient jamais, même en présence de périls menaçants pour leur vie.
4. Il fut reconnu par tous deux que, dans la circonstance, il serait inopportun de tenter une attaque à force ouverte, tant qu ' Antonina n'aurait pas quitté Byzance pour venir les joindre, et que Théodose ne serait pas retourné à Ëphèse. Ces faits accomplis, Pholius se rendrait dans cette ville, et il viendrait alors sans peine à bout de la personne et des richesses de Théodose.
En ce moment, Bêlisaire et Photius entrèrent avec