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toute l'année sur le territoire de la Perse. Quant à Byzance, ce fut à cette époque que s'accomplit la destinée de Joan nés (Jean) de Cappadoce, que j'ai racontée déjà dans mes ouvrages. Je dus taire alors cette seule circonstance, que ce ne fut pas, comme par l'effet d'un hasard quJntonina trompa Joannès et sa fille; mais ce fut par nombre de serments, y compris ceux que les chrétiens regardent comme les plus terribles, qu'elle leur persuada qu'elle ne nourrissait contre eux aucun mauvais dessein.
5. Le forfait accompli, comptant d'ailleurs désormais, bien plus qu'auparavant, sur l'amitié de l'impératrice, elle envoya Théodose h Éphèse, et ne soupçonnant aucun projet d'hostilité contre elle-même, Antoriina se rendit en Orient.
A peine Bélisaire venait de prendre le fort des Sisauraniens (ou Sisaura), qu'on lui annonça l'arrivée de son épouse, à laquelle il donna l'ordre de s'arrêter. Puis, sans en dire le motif à personne, il fit donner à l'armée le signal de la retraite.
Il y eut, il est vrai aussi, comme je l'ai expliqué ailleurs, d'autres motifs qui portèrent l'armée à faire ce mouvement; mais ce fut celui que je viens d'indiquer qui fut le principal. Quand j'ai commencé mes écrits, il n'eût pas été sans dauger, dans les circonstances du temps, d'en révéler toutes les causes.
6. Ce fut pour tous les Romains un grand sujet de reproche contre Bélisaire, d'avoir ainsi sacrifié les plus chers intérêts de la patrie aux misérables calculs des affaires de sa maison.
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C'est, en effet, à cause de sa passion pour sa femme qu'il résolut tout d'abord de ne plus s'éloigner des frontières romaines, puisque, dès qu'il apprit son retour de Byzance, il retourna en arrière, afin d'être le maître et de se venger.
7. C'est pourquoi il donna l'ordre à Aréthas et à sa nation de passer le Tigre; mais ceux-ci retournèrent chez eux, sans avoir rien fait de remarquable. Quant à ftélisaire, il eut soin de ne pas s'éloigner, de sa personne, de plus d'une heure de chemin des frontières. Le fort des Sisauraniens n'est qu'à une journée de Nisibe, quand on y va par cette ville; mais, de l'autre côté, la distance est de moitié.
Si cependant il avait résolu, tout d'abord, de passer le Tigre avec toute son armée, il aurait, je pense, enlevé les richesses de toutes les parties de l'Assyrie; il se serait avancé sans trouver d'adversaires jusqu'à la* ville de Ctésiphon ; il aurait délivré les Antiochiens, avec tous les autres Romains qui s'y trouvaient prisonniers, et les aurait ramenés dans leur patrie.
8. Il fut la principale cause de la facilité extrême que trouva Chosroës à ramener son armée de la Colchide en Perse ; je vais raconter comment l'événement arriva.
Quand Chosroës, fils de Cabadès* envahit la Colchide, avec les incidents que j'ai racontés ailleurs, et prit Pétra, les Mèdes n'en subirent pas moins dans leur armée de grandes pertes, soit par les combats, soit par les marches; car, ainsi que je l'ai dit, la Lazique (pays des Lazes) est mal percée de routes et couverte
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de rochers; une maladie contagieuse, venant à sévir sur ces troupes, en fit périr la plus grande partie, et le manque de vivres (venant s'y joindre) causa la perte de beaucoup d'hommes.
Cependant quelques Perses détachés vinrent annoncer que Bétisaire, vainqueur de Nabèdès, près de la ville de Nisibe, marchait en avant, après avoir pris d'assaut le fort des Sisauraniens, et avait fait prisonnier Blesehamès avec huit cents cavaliers persans armés de lances ; (on ajoutait) qu'un autre corps de Romains, avec AréOias, chef des Saracéniens, avait été détaché pour passer le Tigre et dévaster les pays à l'orient du fleuve, qui étaient jusque-là demeurés in-
9. 11 se trouvait aussi que le corps de Huns envoyé par Chosroës dans l'Arménie romaine, pour empêcher, par cette diversion, les Romains d'entraver son expédition chez les I^azes, avait été vaincu dans un combat qu'avait livré à ces barbares Valérien, à la tête des Romains. Ce corps avait péri en grande partie.
Les Perses l'avaient appris par d'autres émissaires ; et, déjà fort affaiblis par l'insuccès de leur expédition en Lazique, ils craignaient qu'une armée survenue dans cette situation désastreuse ne les fît périr sans gloire, en les attaquant du haut des rochers et dans les défilés. Songeant aussi à leurs femmes, à leurs enfants et à leur patrie, les plus estimés de l'armée des iMèdes accusaient vivement Chosroës d'avoir violé la foi des serments; d'avoir, sans respect pour le droit des gens, envahi, malgré les traités et sans aucun motif,
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le territoire des Romains, et enfin d'avoir offensé un État respectable par son antiquité et par toutes ses institutions, sans qu'il y eût chance de le vaincre.
Ils étaient à la veille de provoquer un mouvement dans l'armée. Chosroês effrayé trouva ce remède à la crise où il était. Il leur exhiba une dépêche que l'impératrice venait d'écrire à Zaberganès, et qui était conçue en ces termes :
« Je suis convaincue, à Zaberganès, depuis ta mis- « sion que vous avez remplie auprès de nous, de l'at- « tachement que vous avez pour nos intérêts. Vous « répondrez pleinement à cette opinion, si vous per- • suàdez au roi Chosroês de prendre, envers notre émit pire, des dispositions pacifiques. Je vous promets, à « cette condition, les plus grandes récompenses de la « part de mon époux, qui jamais ne résout aucune af- « faire sans mon avis. »
Après cette lecture, Chosroês demanda ironiquement aux orateurs des Perses si c'était un état véritablement constitué, que celui dans lequel une femme exerçait un tel empire : il parvint ainsi à apaiser le mouvement.
Cependant il fit retraite au milieu d'une grande anxiété, craignant que les troupes de Hélisaire ne vinssent lui faire obstacle. Mais aucun ennemi ne se présenta, et il rentra ainsi facilement dans ses États.
Arrestation d' Antonina. — Hésitation de Bélisaire. — Photius se rend à Êphèse ; il arrache a Caltigone la révélation des secrets de sa maîtresse.
— Théodose, réfugié dans un temple, est livré par l'évêque Andréas.— intervention de Théodora. — Photius enlève Théodose, et le séquestre en Cilicie. — Délivrance de celui-ci et de Calligone. — L'impératrice livre à Antonina ses ennemis. — Vengeance de celle-ci. — Supplice du sénateur Théodose. — Réconciliation forcée de Bélisaire avec sa femme. — Arrestation de Photius, sa fermeté dans les tortures. — Calligone rendu à Antonina. — Théodose remis dans ses bras. — Faveurs de l'impératrice.
— Elle lui promet le commandement militaire. — Il meurt de la dyssente-
rie. — Long emprisonnement de Photius. — Asiles violés Faiblesse des
prêtres. — Délivrance de Photius, qui se fait moine à Jérusalem. — Parjure de Bélisaire. — Sa punition. — insuccès de sa troisième expédition contre Chosroès. — Prise deCallinique — Romains prisonniers. — Bélisaire accusé de trahison et de lâcheté.
i. Bélisaire, rentré sur le territoire des Romains, se rendit à la rencontre à" Antonina, qui venait de Byzance. Il ia fit garder à vue en lui retirant les honneurs dus à son rang, et après avoir souvent tenté de s'en défaire, il s'attendrit, vaincu, je pense, par l'excès de son amour. D'autres disent que ce furent les philtres employés par cette femme, qui eurent la puissance d'opérer subitement cette conversion.
a. Photius s'était mis en toute hâte en route pour Éphèse. Il emmenait l'un des eunuques, Calligone, confident $ Antonina, qui, couvert de chaînes et soumis par Photius à des traitements rigoureux, lui révéla pendant le voyage tous les secrets de sa maîtresse.
Cependant Throdo.se, apprenant l arrivée de Photius, s'était réfugié dans le temple île l'apôtre Jean, qui est vénéré dans cette ville comme le lieu le plus sacré. Mais l'archiprêtre (l'évêque) Andréas, gagné par argent, livra le personnage.
T/tebdora, très-inquiète du sort iY Antonina dont elle avait appris l'entière disgrâce, manda Hélisaire, ainsi qu'elle, a Byznnre. A cette nouvelle, Pholius envoya Théodose en Cilicie, où les soldats armés de lances, et ceux porteurs de boucliers, (qu'il commandait) tenaient leurs quartiers d'hiver. Il avait recommandé aux gardiens de conduire leur prisonnier dans le plus grand secret, et de le tenir étroitement séquestré à leur arrivée en Cilicie, de manière que personne ne soupçonnât le lieu de sa résidence.
Il se rendit de sa personne, avec Calligonc et les trésors considérables de Théodose (dont il s'était emparé), à Byzance.
3. Alors l'impératrice donna la preuve à tous qu'elle savait récompenser les services meurtriers qu'on lui avait rendus par des présents supérieurs et plus criminels. Antonina, en effet, ne lui avait livré naguère par sa trahison qu'une seule victime, leCappadocien (Joannès). L'impératrice fut la cause de la perte d'une foule de personnes innocentes, en les sacrifiant à la vengeance d' Antonina.
Les familiers de Bélisaire et de Photius furent soumis, les uns à des châtiments corporels, quoiqu'on ne leur reprochât que leur liaison avec ces deux personnages, et l'on n'a pas suce qu'ils sont devenus depuis;
les autres furent frappés d exil, sans qu'il existât contre eux aucun autre grief.
4. Il en est un cependant qui, pour avoir accompagné Photius, éprouva un sort particulier : c était un personnage nommé Théodose., qui était parvenu à la dignité de sénateur. Théodora s empara de sa fortune et le fit enfermer dans un souterrain, privé de toute lumière, où elle le tint enchaîné à une sorte de râtelier, par une corde passée à sou cou, tellement courte qu'elle restait tendue et n'avait rien de flexible. L'infortuné, retenu ainsi perpétuellement debout, prenait sa nourriture, succombait au sommeil, et satisfaisait à tous les autres besoins de la nature dans cette position violente; il était réduit à braire, en quelque sorte, comme les ânes. Cet homme ne passa pas moins de quatre mois en ce cruel état, et on ne l'en retira que quand, atteint d'une maladie noire, il fut constaté qu'il avait absolument perdu la raison; mais il en mourut.
5. Quant à Bélisaive, l'impératrice le força, malgré sa répugnance, à se réconcilier avec Antonina. Photius fut, sur ses ordres, livré au traitement des esclaves. Elle le fit battre de verges sur le dos et sur les épaules, pour le forcer à révéler le lieu ou il avait séquestré Théodose et le confident ($ Antonina). Mais, quoique déchiré par ces tortures, Photius résolut de garder inviolablcmeut ce qu'il avait juré; et tout délicat par tempérament qu'il était auparavant malgré les soins qu'il était obligé comme maladif de donner à sa santé, quoiqu'il n'eût jamais souffert la misère ni les mauvais
traitements, il persista dans le refus de révéler aucun des secrets de Bélisaire.
6. Mais plus tard tout ce qui avait été caché fut mis en lumière. Ayant découvert la retraite de Calligone, Théodora le rendit à sa maîtresse.
En même temps, elle fit ramener Théodose à Byzance, et le cacha dans son palais; puis elle manda le lendemain Antonina. a Très-chère patrice, lui dit- « elle, hier il m'est tombé dans les mains un bijou si « beau, que personne n'en a vu de semblable. Si tu « veux le voir, je ne refuserai pas de te le montrer. »
Celle-ci, qui ne soupçonnait rien de ce qui avait été préparé, supplia l'impératrice de lui montrer cette merveille. Théodora fit sortir le bijou de la chambre d'un de ses eunuques, et apparaître Théodose. Anlonina, suffoquée par la joie, resta d'abord muette de plaisir, et se répandit ensuite en actions de grâces, donnant à l'impératrice les noms de sauveur, de bienfaitrice et de maîtresse. Théodora garda néanmoins ce Théodose dans son palais; et, outre la bonne chère qu'elle lui fît, le combla de toutes sortes de faveurs. Elle se flatta même de le porter avant peu au rang de généralissime des Romains. Mais un décret de la Providence avait d'avance prononcé sur son sort, et il dis* parut du nombre des vivants, emporté par la dyssenterie.
7. Théodora avait à sa disposition des cachots entièrement secrets, ténébreux et sans voisinage, qu'on ne pouvait découvrir ni de jour ni de nuit. Elle y faisait garder Photius, qu'elle y détenait depuis long-
temps. Il était parvenu cependant à s'en échapper non pas une fois seulement, mais une seconde.
La première, il s'était réfugié dans l'église de la Mère de Dieu (Théotoeos), reuoinmée chez les Byzantins, et réputée inviolable : le suppliant s'était placé près de la sainte tahle. Elle le fit néanmoins enlever par force de cet asile et réintégrer dans sa prison.
I,a deuxième fois, Photius se retira dans le temple de Sophie (la Sagesse), que les chrétiens révèrent pardessus tout. Mais la femme fut encore assez puissante pour l'en faire arracher.
Il n'y avait pas de lieu sacré pour elle, et ce n'était pas une affaire, a ses yeux, que de les violer tous. \je peuple et les prêtres chrétiens, frappés de stupeur par tant d'audace, lui cédaieut sur tous les points.
Photius vécut dans cette captivité l'espace de trois années. A la fin, le prophète Zacharie lui apparut, dit-on, en songe et lui ordonna de sortir, s'engageant par serment à le seconder dans son entreprise. Persuadé par cette vision, il se leva, parvint à sortir de cette prison, se cacha et se rendit (déguisé) à Hiérosolyme (Jérusalem), à travers une foule d'espions qui l'entouraient et qui ne reconnurent pas le jeune homme, quoiqu'il fût au milieu d'eux. Là il fit couper sa chevelure, se revêtit de l'habit des moines, et parvînt ainsi à échapper au châtiment que Théodora voulait lui infliger.
8. Bêlisaive avait éludé ses serments, et n'avait fait aucun effort pour le venger de ses souffrances, malgré