‹ Histoire de Justinien (volume 2)Chapitre 40 sur 62 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Maladie de Justinien — Propos à l'armée sur sa mort supposée. — Dénonciation de Pierre et de Jean Fagan contre Bélisaire et Budzès. — Séquestre et tortures de celui-ci. — Disgrâce de Bélisaire. — Son remplacement dans le commandement de l'armée d'Orient par Martinos. — Enlèvement par Théodora de ses trésors.— Son amitié pour Antonina. — Sa lettre à Bélisaire. — Celui-ci fait soumission à sa femme. — Partage de sa fortune—Fiançailles de Joannina, sa fille, avec Anastase, petitfils de Théodora. — Bélisaire, nommé connétable, commande l'armée d'Italie. — Comparaison des deux expéditions.

1 . Vers la même époque, Bélisaire éprouva une autre disgrâce. Une maladie contagieuse, dont j'ai parlé dans mes écrits antérieurs, moissonnait les habitants de Byzance. Justinien en fut atteint d'une manière si grave, qu'on disait qu'il en mourait. La renommée porta cette nouvelle jusqu'au camp des Romains (en Orient).

A cette occasion, quelques-uns des chefs annonçaient que si les Romains, à Byzance, faisaient choix d'un empereur, eux ne permettraient jamais son intronisation. Bientôt après le prince releva de sa maladie, et les chefs de l'armée s'accusèrent les uns les autres de ce propos. Le général Pierre (Pétros) et Joannès, qu'on surnommait Fagan (grand mangeur), affirmaient que ces paroles avaient été prononcées par Bélisaire et par Budzès, dans les termes que je viens de rapporter.

2. L'impératrice Théodora, s étant fait remettre les rapports, crut que ces hommes lui en faisaient l'applt-

cation, et en eut le cœur gonflé (de colère). Elle les fit tous appeler à Byzance, pour organiser une enquête sur la teneur de ces paroles, et fit venir à l'improviste Budzès dans son gynécée, comme pour conférer avec lui sur des affaires très-urgentes.

Il y avait dans le palais un édifice très-sûr, en forme de labyrinthe, et semblable en quelque sorte au Tartare, dans lequel elle tenait renfermés ceux qui l'avaient le plus offensée. Elle fit donc jeter dans ce cachot budzès. Quoiqu'il fût d'origine consulaire, on se tut sur sa disparition pendant cette époque. Dans les ténèbres où il se trouvait, il était dans l'impuissance desavoir s'il était jour ou nuit, et ne pouvait prendre aucune information; car l'homme qui chaque jour lui . jetait ses vivres était comme la bête fsrove dépourvue de langage qui communique avec une autre bête muette. Tout le monde le crut mort; mais personne n'osait en parler ni y faire allusion. Deux ans et quatre mois se passèrent avant que sa vengeance satisfaite lui permit de le délivrer. Il reparut dans le monde comme ressuscité; mais il avait la vue éteinte, et son corps était ruiné par les infirmités. Telle est l'histoire de Budzès.

3. Béiisaire, quoiqu'il ne pût être convaincu d'aucun chef d'accusation, fut dépouillé par l'empereur, sur les instances de Thêoilora, du commandement de l'armée d'Orient au profit de Martirws. Quant aux troupes d'élite de Béiisaire, les soldats armés de lances (les Doryphores), et ceux armés de boucliers (les Hypaspistes), tout ce qu'il y avait de plus exercé à la guerre, furent abandonnés aux chefs et à quelques eu-

nuques du palais. Ceux-ci tirèrent au sort même les armes de ces militaires et se les partagèrent ainsi, selon qu'en décida le hasard.

Justinien interdit aussi à Hé Us aire d'une manière absolue le commerce de ses amis et de tous ceux , en grand nombre, qui précédemment avaient servi sous ses ordres : et c'était un douloureux spectacle, auquel on ne pouvait croire même quand on en était témoin, de voir Bélisaire, homme privé dans Byzanee, se promener presque seul, toujours sombre et morose, craignant de mourir à chaque instant d'une manière imprévue.

4- L'impératrice, apprenant qu'il avait recueilli des • trésors en Orient, les fit enlever par un des eunuques auquel elle en donna commission, et apporter au palais. Ainsi que je l'ai dit, Antonina était séparée d'avec son mari, mais très-aimée de l'impératrice, avec laquelle elle était dans la plus grande intimité, depuis qu'elle lui avait livré Jean de Cappadoce.

Pour faire plaisir à Antonimi , Thèodom disposa toutes choses de manière que cette femme parût la maîtresse d'obtenir la grâce de son mari et de le tirer de l'état misérable où il se trouvait; et par là, nonseulement le malheureux général changerait totalement de conduite à son égard, mais il deviendrait son esclave absolu, comme lui étant redevable de son salut ; ce qui se réalisa de la manière suivante.

5. Un jour Bélisaire était venu de bonne heure selon sa coutume au palais, en compagnie de quelques hommes en mauvaise tenue; il n'avait été reçu gra-

cieusement ni par 1 empereur ni par l'impératrice; il y avait même subi des outrages éclatants de la part d'hommes pervers et de bas étage. Il se retira chez lui vers le soir en observant, se retournant fréquemment et recherchant, de tous cotés du chemin qu'il suivait, s'il n'apercevrait pas des assassins apostés. Dans cette perplexité il monta dans son appartement, et s'assit seul sur son lit, préoccupé de pensées peu viriles : et comme s'il avait oublié ce qu'il avait été, baigné de sueur, plein de vertiges, agité d'un tremblement extrême, déchiré par des craintes serviles, il n'avait plus souci que du soin de conserver sa vie, ce qui était entièrement indigne d'un homme de cœur.

Anlonirta, qui ne savait rien de ce qui s'était passé, et qui était bien loin de s'attendre à ce qui allait arriver, faisait, dans les mêmes appartements, des promenades non interrompues, à cause d'une indisposition qu'elle simulait. Les époux étaient encore trèsfroids l'un envers l'autre.

Cependant un employé du palais, Quadratus, se présenta dans la maison après le coucher du soleil, franchit le vestibule, et parut subitement sur le seuil de l'appartement des hommes, se disant porteur d'un message de l'impératrice.

Bélisaire, entendant son approche, rentra ses mains et ses pieds dans le lit, couché comme prêt à y recevoir la mort, tant il était abandonne de tout sentiment courageux.

6. Quadrants, en entrant auprès de lui, ne put que lui montrer la lettre dont il était porteur. Elle était ainsi conçue :

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« Tu sais, Kxcellentissime, ce que tu as machiné ■c contre moi. Mais j'ai île grandes obligations à ta « femme, et à cause d'elle j'ai résolu de te pardonner « toutes tes offenses. C'est à elle que tu dois la vie. « Compte qu'à l'avenir c'est sur elle que reposent ta « vie et la conservation de ta fortune. Tel tu seras pour « elle, telle sera ma conduite à ton égard. »

Quand il eut pris connaissance de ces paroles, Bélisaire fut grandement relevé de son abattement, par le plaisir qu'elles lui causèrent. Voulant de suite donner des preuves de sa conversion, il se leva et alla se jeter aux pieds de sa femme. H entoura ses deux jambes de chaque bras, et ne cessa de baiser alternativement ses pieds, protestant qu'il lui devait la vie et son salut; et que désormais il serait son fidèle esclave, et non son mari.

7. L'impératrice fit deux parts des richesses de BJlisairc: elledonna trente centenaires d'or(3,i 1 5 mille fr. environ) à son époux, et lui rendit le reste. Tel fut le partage des dépouilles que le général avait eu la fortune d'obtenir peu auparavant de Gélimer et de Vittigès ses prisonniers. 11 y avait longtemps que l'opulence de Héiisaire causait une violente jalousie à Justinien et à Théodora, qui la regardaient comme excessive et rivalisant celle du trésor impérial. Ils disaient que les richesses publiques de Gé/imerei de Vittigès avaient été en grande partie détournées secrètement; et il leur paraissait qu'une faible part, sans proportion avec les droits de l'empire, leur avait été remise. Mais les succès de ce guerrier leur firent craindre qu'en cas de

poursuites à ce sujet, il ne surgit contre eux du dehors des accusations auxquelles on ne pourrait répoudre par aucune preuve, pour convaincre Bélisaire de péculat. Us avaient donc préféré le silence.

Mais en cette occasion l'impératrice, se voyant raaîtresse d'un homme entièrement démoralisé et frappé de terreur, vit qu'eUe pouvait en une seule fois devenir maîtresse de sa fortuue.

8. Elle arrêta une alliance immédiate, au moyen de fiançailles, entre Joannina, fille unique de Bélisaire, et Anastase, son petit-fils.

HéUsaire demanda d'être réintégré dans le c ommandement de l'armée d'Orient, afin de combattre de nouveau à la tête des Romains Chosroës et les Mèdes. Mais Antonina ne le voulut pas : elle objecta qu'elle avait été outragée par son mari dans ces contrées, et qu'elle ne pouvait plus les voir.

9. C'est pourquoi Bélisaire, nommé connétable (commandant des écuries impériales), fut envoyé pour la seconde «fois en Italie, avec la condition, stipulée, diton, par Juslmieri, qu'il ne demanderait jamais aucuns subsides pour cette guerre, et qu'il pourvoirait par ses propres richesses à tous les approvisionnements nécessaires.

Tout le monde pensait que Bélisaire avait poursuivi cette conclusion avec sa femme, et cet arrangement sur la campagne avec l'empereur, afin de s'éloigner du genre de vie qu'il avait passée à Byzance.

Dès qu'il aurait franchi l'enceinte de la cité (pensait-on), il saisirait ses armes, et se distinguerait par

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son courage et par des exploits dignes d'un homme de cœur, afin d'en imposer à sa femme et à ceux dont il avait subi la violence. Mais il oublia tous les torts passés; il ne se souvint ni des serments par lesquels il s'était obligé solennellement envers Photius, ni des autres; réduit à l'isolement, il suivait l'impulsion de cette femme, dont il était encore idolâtre, quoiqu'elle eût déjà atteint soixante ans.

10. Quand il fut arrivé en Italie, les événements chaque jour tournèrent contre ses espérances, comme si Dieu lui était devenu hostile. Dans la première guerre, ses desseins contre Thcudat (Théodat) et VittigèS) quoiqu'ils n'eussent pas été préparés peut-être avec tonte la prudence qu'y doit mettre un général, avaient cependant amené généralement des résultats heureux. Dans celle-ci, il avait mieux mûri ses plans, si l'on s'en rapporte à l'opinion qui s'est établie, et il avait mis à profit l'expérience qu'il avait acquise dans ces affaires; mais leur insuccès a fait penser dans la suite que la plupart avaient été mal conçus. C'est ainsi au reste que les affaires humaines sont dominées, non par la volonté de l'homme, mais par l'autorité qui vient de Dieu. Ce qu'on a coutume d'appeler la fortune, on ne sait pas quelle en est la cause, quoiqu'on en voie les résultats; et c'est mal à propos qu'on, en attribue l'événement au hasard. Au surplus, que chacun en pense ce qu'il voudra.

conduite de Bélisaire en Italie Sa cupidité. — Défection iYflérodien

' Perte de Spolette.— Succès de Totilas et des Goths— Rupture avec Joannèj.— Fiançailles de celui-ci wecJuslina, fSllo de Germanos — Rappel de Bélisaire.— Pérouse prise d'assaut par les Goths — Consommation du mariage éeJoanninact ù'Anastase, par la fraudede l'impératrice mourante. — Retour iV An tonina — Elle sépare les deux époux. — Bélisaire mépris»: pour sa faiblesse envers sa femme et envers Calligone. — Sergius. — Cause des pertes de l'armée romaine en Afrique.— Meurtre de Pégase, par Solomon, son frère. — Le ciel venge le crime resté impuni.

i . Bélisaire revint honteusement de sa deuxième ex ■ péditfon en Italie. Pendant cinq ans qu'elle se prolongea, il ne put débarquer, ainsi que je l'ai expliqué dans mes écrits précédents, que sur les points où \\ était appuyé de quelque forteresse. Pendant tout ce temps, il en longeait avec sa flotte les rivages maritimes. Totilas était furieux de ne po.ivoir le rencontrer en rase campagne ; mais il ne put faire naître l'occasion d'un engagement avec un général dominé par la crainte, et qui avait inspiré le même sentiment à l'armée romaine tout entière. Aussi Bélisaire ne réparat-il aucune des pertes qu'il avait faites; bien plus, il perdit Rome elle-même et, pour ainsi dire, toutes les autres places (de l'italùvj.

Clomme \\ ne recevait aucuns subsides de l'empereur, il se montra par-dessus tout, et pendant toute la durée de sa misoiuu, très-puiennonienx de ses ri-

chesses, et avide au plus haut point d'un gain sordide.

Il mît à contribution presque tous les Italiens, les habitants de Raveune et de la Sicile. Si quelque pays rentrait sous sa domination, il le dépouillait, sans aucune mesure, comme pour le punir de la violence que sa population avait eue à supporter par le passé (sous le joug étranger).

C'est ainsi qu'après avoir abandonné Hérodien, il lui demanda ses trésors, en l'accablant de ses menaces. Celui-ci, fatigué dé cette persécution, se détacha de l'armée romaine, et se donna avec tous ses adhérents et la ville de Spolettc à Totilas et aux Goths.

i. Je vais aussi rapporter comment il fut cause de la rupture qui, au grand préjudice des affaires des Romains, éclata entre lui et Joannès, neveu de ^italien. L'impératrice était arrivée envers Germanos (neveu de Justinien) à ce degré de désaffection, que sa haine avait éclaté et se manifestait à tous. Personne n'osait l'épouser, malgré sa parenté si proche avec f empereur. Ses fils même ne purent être mariés tant qu'elle vécut. Sa fille Jiistina, quoique nubile de dix-huit ans, n'avait pas encore obtenu l'honneur de l'hyménée. C'est pourquoi, quand Jocuitiès, envoyé par Bélisaire à Byzance, arriva dans cette ville, Germanos se vit dans la nécessité de lui faire une ouverture pour une alliance (avec sa fille), quoique la position du gendre recherché fût bien inférieure à la sienne. Lorsqu'ils furent d'accord tous deux sur cette union, ils s'engagèrent réciproquement, par les serments les plus so-

lennels, à réaliser le mariage en dépit de tous les obstacles. Chacun d'eux y était encouragé chaudement : l'un, parce qu'il y trouvait un rang supérieur à celui qu'il pouvait espérer; l'autre, parce qu'il n'avait pas le choix des prétendants.

3. L'impératrice, ne pouvant souscrire à l'accomplissement de ce projet, chercha tous les moyens possibles pour les brouiller et pour empêcher le succès de leur concert. Mais, après avoir essayé vainement d'y parvenir, elle résolut, puisqu'il n'y avait pas d'autre moyen, de faire périr Joannès. Elle lui fit donner ordre de retourner sans délai en Italie. Mais il eut soin de ne point se présenter devant Bélisaire, tant il redoutait les embûches Anionina, jusqu'au retour de celle-ci à Byzance.

Ce n'est pas sans vraisemblance qu'il soupçonnait que l'impératrice avait envoyé à Anlonina l'ordre de le faire périr. En considérant le caractère de cette femme et la faiblesse avec laquelle Bélisaire lui cédait en tout, la terreur était grande, et elle avait pénétré tout entière dans l'âme de Joannès.

4- Il arriva (de cette mésintelligence) que les affaires des Romains, qui ne marchaient déjà que d'une manière boiteuse, tombèrent tout à fait en décadence.

Telle fut l'issue de la guerre de Bélisaire contre les Goths.

Quand il la vit dans cet état, il implora de l'empereur son rappel immédiat. Aussitôt qu'il eut appris que sa prière avait été accueillie, i! précipita son départ, affectant par ses paroles de faire des vœux pour

l'armée romaine et pour les Italiens, quoiqu'il les abandonnât au fer de l'ennemi.

(Par sa retraite) il condamna Pérouse, alors pressée par un siège très-étroit, à succomber, pendant qu'il était encore en voyage, et à subir toutes les terreurs d'une ville prise d'assaut, ainsi que je l'ai déjà raconté.

5. Mais quand il fut arrivé chez lui, il eut à éprouver lui-même un nouveau revers; l'impératrice Théodora, empressée de terminer les fiançailles de son petit-fils avec l'enfant de Bélisaire, fatiguait les parents * de la jeune fille par sa correspondance réitérée. Ceuxci traînaient l'affaire en longueur, et ajournaient le mariage afin d'y assister. Comme l'impératrice les mandait à Byzance, ils s'excusaient en disant qu'il leur était impossible de quitter en ce moment l'Italie. Celle-ci, désirant assurer à son petit-fils la fortune de Bélisaire, et sachant que la jeune fille serait très-opulente parce quelle était son unique héritière, cessa d'avoir confiance dans le dévouement 8 Antonina; elle craignit qu'après la catastrophe qui mettrait fin à sa vie (elle avait alors le germe de la maladie qui l'emporta), celle-ci ne gardât pas la fidélité qu'elle devait

à sa maison, quoiqu'elle lui en eût donné des preuves dans des circonstances graves, et qu'elle ne rompît ses engagements. Elle eut donc recours à l'impie procédé que voici.

6. Elle fit cohabiter cette vierge avec son jeune fiancé, au mépris des lois morales et humaines. On dit même qu'elle la força secrètement, malgré sa résistanre, à s'unir à lui, afin que la défloration de

l'hymen fût complète, et que l'empereur ne pût revenir contre un mariage consommé.

L'union ainsi formée, Anastase et la jeune fille furent épris d'un vif amour l'un pour l'autre, et ils ne vécurent pas moins de huit mois ensemble, dans ce commerce intime.

Aussitôt après la mort de l'impératrice, Anlonina revint à Byzance; elle dissimula facilement la connaissance qu'elle avait de l'outrage que celle-ci avait commis envers elle. Puis, sans égard à cette considération que, si elle l'unissait à une autre, sa fille ne serait plus qu'une prostituée, d'après les faits passés; elle congédia honteusement le petit-fils de Théodom, son gendre, et sépara violemment sa fille de l'homme qu'elle aimait.

7. Cette action révolta tout le monde par son immoralité, et néanmoins la mère obtint sans effort de Bélîsaire, à son retour, la ratification d'une telle conduite. Ainsi se révéla le véritable caractère de cet homme. Quoiqu'il eût manqué de foi envers Photius et quelques-uns de ses familiers, et quoiqu'il n'eût jamais tenu compte de ses engagements faits sous la sanction du serment envers aucune personne, on l'excusait nonseulement à cause de la domination excessive que sa femme exerçait sur lui, mais d'après l'état de suspicion dans lequel il se trouvait auprès de l'impératrice.

Mais quand Théodora eut disparu, comme je l'ai dit (du nombre des vivants), quand Photius et tous les autres cessèrent d être en question, il devint évident que sa volonté était subjuguée par cette femme, et qu'il

avait pour maître 1111 talligone, un agent de prostitution. Alors tous le méconnurent, en firent le sujet de leurs sarcasmes, publiant partout qu'il avait perdu le sens moral, et l'accablèrent de leurs outrages. Telles sont les fautes de Bélisaire, qu'il ne m'est pas permis de taire.

8. J'ai suffisamment, et en temps opportun, fait connaître les fautes de Sergius, fils de Bacchus, en Libye (Afrique). J'ai dit comment il fut la principale cause des revers éprouvés par les Romains, comment il viola les serments qu'il avait prêtés aux Levât lies, sur les Évangiles, et comment sans motif il fit périr soixante-dix députés.

J'ajoute ici que ces envoyés s'étaient rendus auprès de Sergius sans mauvais dessein; que Sergius n'avait aucune preuve de la vérité de ses soupçons; qu'il les avait invités à un banquet, en leur promettant sûreté, et qu'il les fît périr, sans avoir aucune excuse pour justifier ce parjure et cette barbarie.

9. Solomon, l'armée romaine et tous les Libyens furent les victimes de cette conduite. 11 fut cause, eu effet, qu'après la mort de Salomon, ainsi que je l'ai dit, aucun chef ni aucun soldat ne voulut s'exposer aux dangers de la guerre; Joannès, fils de Sisinniole, fut surtout opposé à toute prise d'armes, à cause de la haine qu'il lui portait, jusqu'à l'arrivée $ Aréobindus en Libye.

Ce Sergius était efféminé et impropre à la guerre ; aussi jeune de tête que de corps, jaloux et pétulant à l'excès envers tous, plein d'orgueil enfin dans ses ma-

nières, et se donnant une importance excessive. Mais depuis qu'il était devenu le fiancé de la nièce d'dnlonina, femme de Bélisaire, l'impératrice ne voulut pas permettre qu'on articulât aucun grief contre lui, ni qu'on lui retirât son commandement de la Libye. Lorsque Solomon, frère de Sergius, se rendit coupable du meurtre de Pégase, l'impératrice elle-même et l'empereur le renvoyèrent impuni. Voici comment la chose arriva.

10. Pégase avait racheté Solomon de la captivité des Le vathes, et les barbares s'étaient retirés chez eux. Solomon et lui se rendirent en compagnie de quelques soldats à Carthage. Pendant la route, Pégase pensa qu'il était convenable de l'avertir de la mauvaise action qu'il avait commise, et lui dit de se souvenir que c'était Dieu qui l'avait naguère retiré de la captivité. Celui-ci s'en indigna comme s'il était traité en simple prisonnier, tua immédiatement Pégase, et s'acquitta ainsi de la reconnaissance qu'il devait à son libérateur.

Quand Solomon fut de retour à Byzauce, l'empereur le fît déclarer innocent du meurtre, comme s'il avait tué un homme traître envers l'empire romain, et lui fit expédier des lettres d'abolition à ce sujet. Solomon, ainsi libéré de tout châtiment, s'empressa de retourner en Orient pour revoir sa patrie et sa famille. Mais la vengeance divine le punit en chemin, et le fit disparaître du nombre des vivants.

Tels furent les faits relatifs à Solomon et à Pégase.

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