‹ Histoire de Justinien (volume 2)Chapitre 43 sur 62 · On dit que sa mère révéla à quelques-uns de ses · texte numérisé non relu

On dit que sa mère révéla à quelques-uns de ses

intimes que Jus tint en n'était pas le fils de Sabbat ius, son mari, ni d'aucun autre homme. Lorsqu'elle devint enceinte, il lui arriva d'être en rapport avec un être surnaturel, qu'elle ne vit pas de ses yeux, mais dont elle ressentit le contact, ainsi qu'il arrive, quand un mari s'unit à sa femme, et qui disparaissait comme dans un songe.

7. Quelques-uns des serviteurs de Justinien, qui fort avant dans la nuit séjournaient dans l'intérieur du palais, et chez lesquels il y avait sanité d'esprit, crurent avoir aperçu à sa place une apparition surnaturelle en forme de démon.

L'on disait, en effet, que, se levant tout à coup du trône royal, Justinien se mettait en promenade autour de son appartement ; car il n'était pas dans ses habitudes de rester jamais longtemps assis; puis sa tête disparaissait immédiatement, et son corps n'en faisait pas moins de longues allées et venues.

L'officier qui en était témoin demeurait stupéfait, et plein de terreur comme s'il rêvait devant une vision aussi incroyable. Mais bientôt la tête de Justinien revenait se placer sur son corps, et se réunir aux parties qu'elle paraissait avoir si étrangement abandonnées.

Un autre disait s'être trouvé assis auprès du prince, quand tout à coup son visage devint semblable à une chair informe. On n'y distinguait plus ni les sourcils ni les yeux à la place qu'ils occupaient auparavant, ni rien enfin de ce qui rend un être reconnaissable. Mais quelque temps après, la figure reprenait son aspect ordinaire.

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Ce que j écris ici, je ne l'ai pas vu, mais je l'ai entendu de la bouche de ceux qui avaient pu alors en être témoins oculaires.

8. On dit aussi qu'un moine, très-dévot à Dieu, envoyé par ceux qui avec lui habitaient une terre déserte, se rendit à Byzance pour solliciter en faveur des populations voisines, qui avaient éprouvé de grandes violences, et souffert des traitements intolérables. Dès qu'il fut arrivé, il obtint une audience de l'empereur. Mais, au moment où il se présentait dans son cabinet, il perdit l'usage de ses deux jambes, puis revint immédiatement sur ses pas. L'eunuque, son introducteur, et les personnes admises à l'audience, l'encouragèrent par toutes sortes de paroles à retourner en avant.

Celui-cK^ne leur répondit rien; mais, semblable à un homme frappé de paraplégie, il revint à son hôtel. Les gens de sa suite s'informèrent des motifs qui l'avaient forcé d'agir ainsi. On prétend qu'il leur répondit qu'en entrant dans l'appartement du palais, il s'était cru en face du prince des démons, siégeant sur le trône, et qu'il n'avait pas cru pouvoir demeurer en ce lieu ni iui adresser aucune parole.

Comment ne pas considérer comme un démon funeste l'homme qui, quoique sobre à l'excès en repas, en boissons et dans le sommeil, et qui, ne faisant que goûter aux aliments qu'on lui servait, se promenait néanmoins à des heures indues de la nuit dans le palais, et se livrait avec fureur aux plaisirs vénériens ?

9. Quelques-uns de ceux qui furent les amants de Théodora, quand elle monta sur le trône, rapportent

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à leur tour avoir aperçu un démon qui les chassait de sa demeure, afin de passer la nuit avec elle.

Une certaine Macêdonia, qui fut attachée au théâtre des Vénètes, à Antioche, avait acquis un grand crédit auprès de Justimen, en lui écrivant, à l'époque où Justin tenait encore le sceptre de l'empire, la manière dont il pouvait se défaire des personnages éminents employés dans les affaires d'Orient, et confisquer leurs biens au profit du trésor public.

10. On dit que, s'étant présentée pour saluer Théodora à son passage, quand elle revenait de l'Égypte et de la Libye (Afrique), elle la vit profondément irritée et au désespoir de l'outrage qui lui avait été fait par Hécébole, et de la perte de sa fortune pendant ce voyage.

Macédonia fit toutes sortes d'exhortations à cette créature, en lui disant d'avoir confiance en la fortune, qui, changeante de sa nature, lui procurerait de nouveau de grandes richesses.

On ajoute que Théodora lui répondit alors qu'ellemême avait eu cette nuit-là un songe qui lui avait conseillé de n'entretenir aucun souci de sa fortune, et qu'à son arrivée à Byzance, elle entrerait dans la couche du prince des démons ; que, par l'habileté de ses moyens, elle deviendrait son épouse, et que par lui elle serait maîtresse de toutes les richesses qu'elle pourrait désirer.

Telle était l'opinion générale sur ce point.

Qualités de Justinien. — Son abord facile. - Son impassibilité. - Son insensibilité. — Sa partialité envers le cler«é. — Ses dons aux églises. — Son intolérance homicide. — Sa passion pour le sang et pour l'argent, commune à Théodara Flatterie de Tribonien. — Inconstance et manque de foi de l'empereur. — Les lois et la justice vendues. — Corruption des fonctionnaires — Sobriété et jeûnes de Juslinien — Ses qualités tournent à la perte de l'empire.

i . Tel était aussi, comme je l'ai fait voir, le caractère particulier de Justinien. 11 était d'ailleurs de facile accès, et gracieux pour ceux qui l'abordaient. Il ne lui arriva jamais de refuser audience à personne, ni de maltraiter ceux qui n'avaient pas une contenance on un langage convenables, envers la dignité dont il était revêtu.

Mais aussi il ne rougit jamais des meurtres qu'il avait ordonnés. Il ne manifesta jamais de colère ni d'emportement contre ceux qui l'avaient offense. Sa figure demeurait calme ; mais, sans froncer le sourcil, et de sa voix la plus douce, il ordonnait le massacre de milliers d'hommes innocents, et le rasement des villes, ainsi que la confiscation, au profit du trésor, de toutes les richesses dont il avait (d'avance) fait dresser le tableau, de sorte qu'on l'aurait pris , à ses manières, pour un mouton sous la forme humaine.

Si quelqu'un venait parler en faveur des victimes,

et essayait, par des prières affectueuses, de combattre les incriminations (sous lesquelles elles avaient succombé), aussitôt il devenait aigre; sa figure s'altérait jusqu'à paraître violemment grimacée par soif du sang de ses sujets.

•2. Il s'accordait avec les prêtres pour vexer sans mesure leur voisinage, et se réjouissait même des déprédations qu'ils commettaient sur les propriétés contiguës. Il croyait servir ainsi la Divinité.

Quand il jugeait de pareilles causes, il pensait que c'était un acte religieux d'enlever quelque chose à l'antagoniste du prêtre, et de le renvoyer déçu de ses espérances en sa justice. Il trouvait bon que le sacerdoce fut le maître de ceux qui lui faisaient opposition.

Comme il avait lui-même usurpé, contre tout droit, des biens appartenant à des hommes vivants ou décédés, il les donnait en offrande aussitôt à quelque église, afin d'en paraître le bienfaiteur, et d'empêcher les victimes de ses violences d y rentrer en possession dans la suite. Ce fut même la cause d'un grand nombre de meurtres qu'il ordonna.

Jaloux de réunir en une seule foi dans le Christ tous ses sujets, il fit périr, sans autre motif, les dissidents; et il agissait ainsi pour se faire un renom de piété. Il ne regardait pas comme un meurtre la mort infligée aux hommes qui ne partageaient pas sa croyance. ,

3. Avide, comme il l'était, de la destruction incessante de l'humanité, il se concertait à ce sujet avec l'im-

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pératrice, et ne rejetait aucune occasion de satisfaire cette disposition.

Ces deux êtres avaient pour ainsi dire des passions identiques, et, quoique leurs moyens fussent différents, ils étaient également pervers. Ils rivalisaient d'émulation pour se défaire de leurs sujets, et ils y parvenaient par les procédés les plus opposés.

Justitùen avait un caractère plus léger que la poussière ; il était le jouet de ceux de ses familiers qui voulaient le faire agir à leur fantaisie, à moins pourtant que ce fût pour un acte d'humanité ou de désintéressement. Il fallait de plus que la flatterie fût l'accompagnement inséparable de leurs discours. Ces flatteurs, en effet, lui persuadaient sans peine qu'il serait enlevé au ciel et deviendrait un être aérien.

Tribonien, un jour qu'il siégeait auprès de sa personne, affirmait qu'il était sincèrement agité de la crainte qu'un jour son maître disparût, emporté dans le ciel, à cause de sa piété. Ces éloges, ou, si l'on veut, ces jeux d'esprit, (le courtisan) les répétait comme s'ils étaient dictés par une intime conviction.

4. Si Justùiien louait par hasard la vertu de quelqu'un dont il se disait l'admirateur, bientôt après il l'accusait de perversité. Après avoir dit du mal de l'un de ses sujets, il devenait tout à coup son panégyriste, sans qu'on connût aucun motif à ces variations. Car il passait ainsi à des sentiments contraires, sans qu'il en dît ou voulût qu'on en devinât la cause.

Quant aux motifs (réels) de son amitié ou de sa haine, je les ai déjà indiqués, d'après les preuves que

cet homme en a données par ses actions. C'était un ennemi certain, et qui ne revenait jamais (de son inimitié), comme il ne fut jamais constant dans ses amitiés. Il fit périr la plupart de ceux dont il avait oublié les services, et il ne devint jamais l'ami de ceux qu'il avait une fois pris en haine. Ceux des personnages les plus distingués qu'il savait dévoués à sa personne, il les abandonnait à (l'animadversion de) sa compagne, ou de tel autre dignitaire qu'il lui plaisait, quoiqu'il connût d'avance qu'ils périraient bientôt, et que son ancienne faveur pour eux en serait la seule cause. Car il était sans foi en toutes choses. Il n'était fidèle qu'à son inhumanité et à son avarice.

Quant à ces passions, on ne put jamais les vaincre.

5. Tkéodora, quand elle ne pouvait le persuader sur un point, lui faisait espérer qu'il tirerait de grandes richesses de l'acte qu'elle lui conseillait, et l'entraînait ainsi à l'exécuter malgré lui, ainsi qu'elle l'entendait.

Car, pour un vil gain, il ne rougissait jamais de faire des lois nouvelles, et de les abolir ensuite.

11 ne rendait pas ses jugements conformément aux lois que lui-même avait promulguées, mais selon que la décision devait lui être profitable, et lui procurer plus d'argent.

Il ne se faisait aucun scrupule d'enlever même une partie du patrimoine du plus obscur de ses sujets, lorsqu'il ne se présentait pas d'occasion de s'emparer de la totalité, sous un certain prétexte, soit en portant une accusation imprévue, soit en fabriquant un testament.

6. Sous le règne de ce prince, les Romains ne purent compter ni sur le maintien de leur religion, ni sur la foi jurée, ni sur la stabilité de la loi, ni sur la force de la coutume, ni sur aucuns contrats. Quand il envoyait quelques-uns de ses familiers , avec une mission spéciale , s'il arrivait à ces commissaires de mettre à mort quantité des personnes avec lesquelles ils avaient à traiter, ou de leur enlever de grandes richesses, l'autocrate les regardait comme des hommes habiles, capables d'exécuter fidèlement tout ce qui leur était confié. S'ils revenaient auprès de sa personne, après avoir usé de ménagements envers les particuliers, il devenait à leur égard malveillant et même hostile. Il leur reprochait en quelque sorte leur attachement aux mœurs de nos ancêtres, et ne les employait plus à son service.

De la sorte, beaucoup de ceux qui l'entouraient affectaient de n'avoir aucuns principes, quoique en réalité ils ne fussent pas les approbateurs de cet arbitraire.

Quand Justinien s'était engagé plusieurs fois, par serment ou par écrit, et quand il paraissait avoir donné les plus grandes sûretés, il mettait aussitôt et sciemment ses engagements en oubli, comme s'il devait lui en revenir quelque honneur. Cette conduite fut suivie par ce prince, non-seulement envers ses sujets, mais encore envers plusieurs de ses ennemis, comme je l'ai dit plus haut.

7. Il était toujours éveillé, et pour ainsi dire affranchi du besoin de nourriture. 11 ne fut jamais gorgé

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de viandes, ni de boisson. A peine avait-il touché du bout des doigts et goûté les aliments servis à sa table, qu'il se retirait. Il paraissait ainsi doué d'une nature supérieure aux vils appétits. Souvent il demeurait un jour et deux nuits sans se restaurer, surtout lorsque arrivait la semaine dite de la Pâque, où ce genre de vie est recommandé.

11 arrivait fréquemment, ainsi que nous l'avons rapporté, qu'il se privait pendant deux jours de toute nourriture solide, et qu'il se contentait d'un peu de boisson et de quelques légumes.

Il ne prenait, selon l'occurrence, qu'une heure de sommeil, et passait le reste du temps à des promenades continues.

8. S'il avait voulu employer le temps qui lui restait à des travaux utiles, il aurait pu amener les affaires publiques à un haut degré de prospérité. Mais, par la nature de son caractère, il l'employa pour le malheur des Romains, et il usa de ses forces pour détruire leurs institutions, et les ruiner de fond en comble.

Car il était, comme je l'ai dit, très-prompt dans ses résolutions, et non moins rapide dans l'exécution de ses desseins pervers; de sorte que les qualités de son tempérament ne tournèrent qu'à la ruine de ses sujets.

Abolition des formes de chancellerie. — Des attributions du questeur et des secrétaires impériaux. — Annihilation du sénat. — Vénalité des jugements Corruption des référendaires. — Culpabilité de Zénon le Cili-

cien. — L'empereur se fait payer par les deux parties.

1 . On expédiait les affaires sans aucune opportunité, et on n'avait nul souci des précédents. Je me bornerai, pour le prouver, à en citer un petit nombre, afin que mon récit ne tombe pas dans la diffusion.

Justinien, dès le principe, n'en traita aucune dans tes formes convenables à sa dignité impériale, et n'exigea pas qu'on les observât (dans celles dont il ne s'occupait pas lui-même). On y parla un langage barbare. On imita les costumes et les manières étrangères. Les dépêches ne furent plus remises, selon l'usage, au Questeur, qui avait la charge de leur expédition; mais, quoiqu'il ne fût pas lui-même initié au style particulier \âe la chancellerie), l'empereur jugea à propos d'en écrire de sa main la plus grande partie, ou d'en abandonner l'initiative à la tourbe de ceux qui se trouvaient présents, de sorte que les particuliers blessés par ces ordres (improvisés) ne savaient plus à qui porter leurs réclamations.

2. La prérogative de ceux qu'on appelait Secrétaires qui consistait dans la connaissance des affaires

secrètes de l'empereur, institution qui remontait à des temps anciens, fut si peu respectée, que Justinien les expédia toutes, pour ainsi dire; et les magistrats de la capitale auxquels certaines attributions appartenaient, ne savaient plus ce qui leur eu restait. Car il ne permettait à personne, dans l'empire romain, d'émettre la prétention d'avoir de son chef le droit de donner des décisions.

Animé d'une présomptueuse confiance en son propre jugement, il évoquait les procès; et sur l'exposé de l'une ou de l'autre des parties, il rendait aussitôt des arrêts sur les points controversés, sans consulter ni la loi ni l'équité, toujours dominé par l'amour d'un gain sordide, qu'il essayait en vain de dissimuler. Son avidité dépassait tellement toute pudeur, qu'il ne rougissait pas de la réputation qu'on lui faisait d'être un empereur accessible aux présents.

3. 11 arriva souvent que des affaires portées à la fois devant le haut sénat et devant l'autocrate re-

çurent une décision contraire. Le sénat n'était plus qu'une ombre ; il n'était maître ni de ses suffrages ni même du maintien du décorum. Il semblait formé seulement pour la représentation, et pour satisfaire à l'ancienne loi du pays, puisqu'il ne lui restait plus aucun avis à donner sur les affaires.

Quand l'empereur ou sa compagne avaient déclaré qu'ils avaient conféré entre eux des raisons qui leur paraissaient décisives, les sénateurs ne pouvaient alors qu'y donner leur adhésion. Si celui dout la cause avait triomphé avait quelque inquiétude sur la léga-

lité de son succès, il allait porter de l'or à cet empereur, qui aussitôt promulguait une loi contraire à celle auparavant en vigueur. S'il s'en présentait un autre qui regrettât la loi abrogée, l'autocrate n'hésitait pas à changer de système et à la rétablir.

4- Il n'y avait donc rien de stable dans le pouvoir. La balance de la justice penchait tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, selon que la quantité d'or pesait plus ou moins sur elle. Dans la place publique se trouvaient des officines, fondées par des personnages employés au palais, où l'on trafiquait, non-seulement des décisions judiciaires, mais aussi des décisions législatives.

5. Les officiers appelés Référendaires n'avaient plus à porter les requêtes des suppliants à l'empereur ni à exposer, selon la coutume, devant le conseil, ce qu'il était juste de répondre à chacune d'elles. Ils recueillaient de toutes parts des témoignages sans valeur, et trompaient Jus/mien, disposé par son naturel à la déception, par des rapports fallacieux et étrangers aux véritables questions à résoudre.

Aussitôt ils revenaient auprès des parties, et, sans leur faire part des conventions secrètes qui avaient eu lieu, ils en exigeaient autant d'argent qu'ils voulaient s'en attribuer.

6. Les soldats même qui montaient la garde dans le palais, et qui assistaient ceux auxquels la basilique du prétoire était ouverte, intervenaient dans les procès, et se faisaient payer cette intervention.

Chacun quittait sa profession ordinaire. On suivait

les routes qu'on trouvait tracées pour arriver à la fortune, quelque peu frayées ou quelque inaccessibles qu elles eussent été auparavant.

Toutes les affaires allaient à contre-sens. Les noms mêmes avaient perdu leur signification propre. En un mot, la société ressemblait au royaume des enfants en récréation. Mais je m'arrête ici afin de ne pas dépasser la mesure que je me suis prescrite.

7. Je dirai seulement quel est celui qui le premier persuada à cet empereur de trafiquer de la justice. Il s'appelait Léon, Cilicien de nation, et il était passionnément avide de s'enricbir.

Ce Léon était le plus impudent de tous les flatteurs et le plus propre à surprendre la confiance des personnes dépourvues de lumières. 11 s'adressa d'abord à la sottise du tyran pour lui faire goûter le plaisir de ruiner les citoyens, et c'est lui qui le premier enseigna à Just in if ii l'art de vendre la justice au poids de l'or.

Lorsque cet homme eut découvert le procédé par lequel on pouvait voler ainsi, il ne s'arrêta plus dans cette voie. Il y marcha à grands pas, pour étendre le cercle de ses opérations.

8. Quiconque avait en vue d'intenter un procès à quelque honnête homme, se rendait aussitôt auprès de Léon. Celui-ci, après être convenu de la part qui reviendrait au méchant prince et à lui-même, des choses en litige, le renvoyait immédiatement du palais comme si la victoire était déjà remportée.

Léon se "procura ainsi facilement de grandes richesses, devint possesseur de vastes demeures, et fut

ainsi la cause principale de la ruine de la société romaine.

9. Il n'y avait plus de sûreté ni dans les contrats, ni dans la loi, ni dans les serments , ni dans les écrits, ni dans les peines stipulées, ni dans aucune des garanties connues, si Ton n'avait donné de l'argent à Léon et à l'empereur.

Le succès ne dépendait pas même de la promesse de Léon. Justin/en pensa qu'il pourrait aussi mettre à contribution les parties adverses, afin de dépouiller à la fois chacun de ceux qui s'étaient fiés à lui.

Il ne rougit pas de s'isoler (de son confident), et de décider le contraire de ce qu'il promettait. A ses yeux, il n'y avait rien de honteux de s'assurer, par cette habile tactique, un double lucre.

Tel était donc ce Jtistinien.

Cruauté de Théodora. — $à vie voluptueuse. — Son ambition. — Comparaison entre son caractère et celui de Justinien. — Sa dureté envers les grands. — Servilité de ceux-ci Feinte douceur de Justinien. — Ardeur de Théodora pour la vengeance. — Sa partialité. — Comment elle outrage un patrîce. — Son séjour sur les bords de la mer, à l'Héraeon de Byzance.

i . Quant à Théodora, son esprit était dominé par l'habitude de la cruauté la plus invétérée. Elle ne se laissait jamais fléchir, ni entraver dans aucune exécution. Au contraire, elle employait toute sa puissance à réaliser ses résolutions, et empêchait ainsi que personne osât intercéder en faveur de celui qui était tombé dans ses filets.

Ni le laps de temps, ni l'excès du châtiment, ni l'adresse de la supplication, ni la crainte du ciel, qui pèse d'ordinaire sur chaque créature, ne diminuaient l'intensité de sa haine. En un mot, personne ne la vit une seule fois ressentir quelque pitié, soit pour ses ennemis vivants, soit même envers ceux qui étaient effacés du livre de vie. Le fils qui avait succédé à la victime devenait l'ennemi de l'impératrice, comme si elle avait rendu les enfants responsables jusqu'à la

troisième génération des fautes de leur père. Car le cœur de cette femme n'était disposé qu'à la destruction de l'humanité, et n'était pas susceptible d'être fléchi.

2. Elle donnait à sa personne tous les soins exigés par la nature, et même au delà , mais jamais autant que les désirs de ses sens l'y portaient.

Elle se rendait, en effet, de très-bonne heure au cabinet de bain ; mais après y être demeurée trop longtemps et avoir prolongé ses ablutions, elle allait déjeuner. Ce repas terminé, elle prenait son repos. Elle ne négligeait pas toutefois l'heure du dîner, et s'y faisait servir les mets les plus délicats et les vins les plus choisis. Son sommeil était toujours très-long. Pendant le jour, elle s'y livrait jusqu'aux premières heures de la nuit; la nuit, jusqu'à l'élévation du soleil.

Mais, quoiqu'elle fût tombée dans cet excès de nonchalance, elle employait le reste de la journée à intervenir dans toutes les affaires de l'empire.

3. S'il arrivait que l'empereur confiât une mission quelconque contre son avis, l'infortuné qui l'avait obtenue se trouvait amené, dans ses affaires, à cette position, que bientôt il perdait cette fonction avec un grand dommage pour sa fortune, et encourait la perte de sa vie et la mort la plus déshonorante.

4- Justinien avait beaucoup d'aptitude pour l'expédition des affaires de tout genre, sinon par les lumières de son esprit, au inoins parce qu'il n'éprouvait presque aucun besoin de sommeil, ainsi que nous l'avons dit, et parce qu'il était accessible à tous. Cet accès était ouvert même aux individus les plus obscurs

et à des inconnus, et l'entrevue ne se bornait pas à une simple admission en présence de ce tyran, mais elle s'étendait à des conférences et à des entretiens tout à fait confidentiels.

5. L'impératrice, au contraire, n'était visible, même pour les hauts fonctionnaires, qu'après une longue attente et une sollicitation pénible.

On les recevait toujours en masse, et on les retenait peudant toute l'audience, comme un troupeau d'esclaves, dans une pièce étroite et sans air. Le danger qu'éprouvait chacun d'eux de se perdre leur était insupportable.

Ils se tenaient debout (dans ce corridor), en se dressant incessamment l'un au-dessus de l'autre, sur la pointe des pieds, afin de montrer leur figure au dehors et d'être aperçus par les eunuques du cabinet chargés de l'introduction.

Quelques-uns seulement étaient admis, et souvent après plusieurs jours d'attente. Ils entraient la crainte dans le cœur, et étaient congédiés le plus tôt possible, après s'être prosternés et avoir baisé du bout des lèvres chacun de ses pieds.

Il était expressément interdit de lui adresser la parole, et de rien lui demander, si elle ne l'ordonnait.

6. Telle était la servitude qui pesait sur la société politique, et c'était Théodora qui eu avait enseigné la pratique.

C'est ainsi que les affaires des Romains tombaient en décadence, sous un tyran qui n'avait qu'une don-

ceur apparente, et sous un caractère aussi despotique et aussi dur que celui de Théodora.

La clémence n'avait rien de persévérant, tandis que la rigueur était inébranlable.

Il y avait cette différence entre les sentiments et la conduite de l'un et de l'autre; mais l'avidité pour s'enrichir leur était commune, ainsi que la soif du sang et l'aversion pour la vérité. Car tous deux se plaisaient dans les supercheries les plus subtiles.

7. Si quelqu'un de ceux qui avaient encouru la disgrâce de Théodora était inculpé d'une faute, quelque légère et si peu digne de poursuite qu'elle fût, on suscitait aussitôt à cet homme des accusations sans fondement, et l'affaire prenait une consistance très-dangereuse. Les chefs d'incrimination étaient accumulés; le tribunal était saisi de la solution, qui ne pouvait être que la spoliation de l'accusé.

Elle faisait convoquer les juges compétents devant elle, et débattre le procès extraordinairement entre eux, afin de connaître ceux qu'il convenait de choisir, pour que la sentence répondît à sa cruauté. C'est ainsi que l'accusé encourait aussitôt la confiscation de son patrimoine au profit du trésor public, sans préjudice des châtiments corporels les plus graves, même quand il appartenait à une très-ancienne et très-illustre famille.

Elle ne se faisait aucun scrupule de le punir aussi de l'exil ou de la mort.

H. Si quelqu'un de ses affidés, au contraire, était mis en jugement et menacé de la perte de sa vie pour

cause de meurtre prémédité, ou de crime non moins atroce, elle forçait les accusateurs, soit par ses menaces, soit par ses sarcasmes, d'abandonner la poursuite et de se taire sur les charges.

Les affaires les plus sérieuses étaient changées, selon son caprice, en incidents futiles; elle les traitait d'une manière plaisante, comme s'il s'agissait d'une affaire du cirque ou d'une représentation de la scène.

9. Il y avait un des patrices, âgé déjà, qui avait rempli longtemps de hautes fonctions, dont le nom m'est connu, mais que je m'abstiendrai soigneusement de révéler, afin que la postérité ne connaisse pas celui auquel l'outrage fut adressé.

Il se trouvait fort gêné, par suite du refus que faisait l'un des officiers de Théodora de restituer de grandes sommes qu'il lui avait prêtées. Ne pouvant l'exécuter (judiciairement), il s'adressa à l'impératrice pour lui exposer ses griefs, contradictoirement (avec ce débiteur), et pour la prier de lui venir en aide, selon qu'il serait juste. Celle-ci, informée d'avance de sa démarche, avait ordonné à ses eunuques d'entourer le patrice quand il se rendrait auprès d'elle, et de faire attention aux paroles qu'elle prononcerait, afin de lui répondre d'après une formule qu'elle leur avait dictée.

Lorsque le personnage eut été introduit dans le gynécée, il se prosterna devant elle selon la coutume, et lui dit dans un langage plein d'émotion et de larmes :

10. « Il est bien dur, ô ma souveraine, pour un « patrice d'être sans ressource d'argent. Cette situation, « qui chez les autres n'excite que la sympathie et la

« pitié, devient, pour la dignité dont il est revêtu, ou- « trageuse. Un particulier qui fait un tel aveu à ses « créanciers se croit arrivé au dernier degré de Tin- « fortune, et il est aussitôt exclu de la société.

« Mais un patrice, sans ressource pour payer à ses « créanciers ce qu'il leur doit, ne rougirait-il pas de « leur faire un tel aveu? et s'il le faisait, pourrait-il « faire croire qu'un tel désastre a atteint un dignitaire « de notre rang?

« S'il faisait passer cette conviction dans leur es- « prit, c'en serait fait à jamais de son honneur, et rien « ne serait plus déplorable.

« Eh bien, souveraine, j'ai des créanciers qui m'ont « confié leurs épargnes. Il y en a d'autres auxquels j'ai « prêté mon patrimoine. Je ne puis, par respect pour «ma dignité, me débarrasser par la violence de « ceux qui me poursuivent à outrance; et ceux qui sont « mes débiteurs, parce qu'ils ne sont pas patrices «comme je le suis, n'ont pas honte de recourir, pour « m'évincer, à des subterfuges cruels.

« Je m'adresse donc à ma souveraine, je la supplie « et j'implore son appui , pour que, dans sa justice, « elle daigne me délivrer des malheurs qui m'acca- « blent. n

Telles furent ses paroles. Cette femme répondit d'une manière mielleuse : « O patrice, c'est bien « cruel! » Et les eunuques, ajoutant à ces mots, s'écrièrent en chœur : « Vous avez une grosse hernie. »

Le personnage renouvela sa prière, et ajouta quelques paroles dans le même but. Cette femme répondit

par la même exclamation, et le chœur lui fit éV'ho jusqu'à ce que le malheureux patrice se fût retiré, en se prosternant selon la coutume, et fût retourné du palais à son hôtel.

il. ThAodora résidait, pendant la plus grande partie de l'été, dans les faubourgs maritimes de Byzance, et principalement dans ce qu'on appelle l'Héraeon. Elle y était accompagnée d'une multitude considérable de domestiques.

Ceux-ci avaient beaucoup à en souffrir; car ils y manquaient des choses nécessaires à la vie, et ils étaient exposés aux dangers de la mer, de la tempête quand elle arrivait, ou de la baleine qui apparaissait quelquefois dans ce parage. Mais ils ne comptaient pour rien les maux qu'ils en ressentaient, pourvu qu'elle seule y trouvât sou plaisir.

Assassinat cT Âmalasonthe , reine des Goths, par Pierre, agent de Théodora. — Le secrétaire Priscus obligé de se faire prêtre. — Hypocrisie de J ustin ien. — Disgrâce d'Aréobinde, amant et intendant de Théodora mm Sa disparition. — Manière de se défaire des grands Supplice infâme du noble Basianus. — Fausse accusation contre Diogène , membre du conseil municipal de Constantinople. — Subornation de témoins. — Courage de Théodore. — Soo acquittement célébré dans la cité.

i. Je vais raconter de quelle manière Théodora traitait ceux qui l'avaient offensée, et je ne citerai qu'un petit nombre de faits, afin de ne pas fatiguer le lecteur par des récits sans fin.

Lorsque Amalasonthe, renonçant aux affaires des Goths, résolut de rentrer dans la vie privée, et eut arrêté le dessein de se retirer à Byzance, ainsi que je l'ai dit dans mes écrits précédents, Théodora considéra combien cette femme était de haute naissance, puisqu'elle était de sang royal, combien elle était séduisante à la vue, et combien elle mettait d'activité dans l'exécution de ses desseins.

Elle réfléchit sur ses grandes qualités et sur son éminent courage, ainsi que sur la légèreté de son époux (Justinicn). lillc en devint doue excessivement

jalouse, et résolut de lui dresser des embûches, jusqu'à ce qu'elle eût fait périr cette rivale.

i. Elle persuada aussitôt son mari d'envoyer au-devant de la princesse en Italie un seul ambassadeur, nommé Pierre (Pétros). L'empereur lui donna les instructions que j'ai rapportées dans la partie de mes ouvrages où il est parlé de cette mission, selon qu'elles avaient été publiées. Mais elles n'étaient pas les véritables, et je ne pus les relever alors, à cause de la crainte qu'inspirait l'impératrice.

Celle-ci, ayant corrompu l'envoyé par la promesse d'une grande récompense, ne lui donna pas d'autres instructions que celle de faire disparaître le plus tôt possible cette femme du nombre des vivants. L'homme partit avec l'assurance qu'il obtiendrait de grands biens s'il exécutait cette mission, et il se rendit aussitôt en Italie. On hésite rarement à commettre le meurtre le plus injuste, quand on a l'espoir d'obtenir le pouvoir ou de grandes richesses.

Celui-ci détermina, je ne sais à quelles conditions, un certain Theudatès à faire périr Amalasonthe. Ce crime accompli, Pierre fut élevé à la dignité de maître (des offices), et parvint au plus grand crédit, malgré l'inimitié universelle dont il était l'objet.

Telle fut la fin malheureuse de cette princesse.

3. Justinien avait pour secrétaire un nommé Prisais, très-corrompu et Paphlagonien , prêt à servir avec empressement les caprices de son maître, dévoué à toutes ses volontés et regardé comme son favori; il devint bientôt propriétaire paisible des grandes ri-

chesses dont il avait pris possession par des moyens illicites. Il encourut la disgrâce de Théodora, à cause de l'orgueil qu'il en conçut, et de l'audace qu'il eut de mettre son crédit en échec. L'impératrice ne réussit pas d'abord à le perdre; mais bientôt après elle embarqua l'homme sur un vaisseau, dont elle régla elle-même la destination, et le fit ordonner prêtre malgré lui, après l'avoir soumis à la tonsure.

Justinien feignit d'ignorer ce qui était arrivé,, ne daigna pas s'informer en quel UeuPriscus avait été rélégué, en oublia jusqu'au souvenir, et garda sur son compte le même silence que s'il fût tombé en une léthargie mortelle; mais il s'empara de tous ses biens, à l'exception d'une petite part qui fut réservée au disgracié.

4- Ayant conçu quelque soupçon sur la fidélité d'un de ses serviteurs, nommé Aréobinde , jeune homme bien fait, Barbare de naissance, qu'elle avait choisi pour son économe, elle voulut le punir elle-même, à raison de ce grief ; et quoiqu'elle en fût, dit-on, éperdument éprise, elle le fit, en sa présence, frapper de verges de la manière la plus cruelle, sans aucune cause réelle. Nous ne savons rien de ce que le malheureux est devenu après cette exécution, et personne ne l'a plus aperçu.

Quand il plaisait à Théodora de cacher ses actes, c'était un secret absolu pour tout le monde. Il n'était permis, à aucun de ceux qui en avaient connaissance, d'en rien révéler aux parents les plus proches de la victime, ni à la personne, quelque curieuse qu'elle fût, qui voulait obtenir à ce sujet des informations.

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5. Jamais aucun tyran connu n'inspira une telle crainte, et nul ne sut, comme elle, deviner les secrets de ses adversaires. Elle avait une multitude d'espions qui l'informaient de ce qui se passait sur la place publique et dans les maisons particulières. Lorsqu'elle voulait que le châtiment infligé à sa victime ne fût divulgué nulle part, elle la faisait mander chez elle, si celle-ci appartenait à la classe des grands. Seule, elle la livrait à un seul de ses agents, et lui donnait commission de la transporter aux extrémités de l'empire.

Cet agent attendait une heure avancée de la nuit, lui couvrait la tête d'un voile, la faisait monter chargée de fers sur un navire, l'accompagnait avec un autre affîdé qu'il avait reçu de cette femme,. et livrait enfin son prisonnier, le plus secrètement possible, à un homme accoutumé à ce genre de service. Ordre était donné à celui-ci de garder la victime avec le plus grand soin, et de ne lui permettre de parler à personne, jusqu'à ce que l'impératrice eût pris le malheureux en pitié, ou qu'il eût succombé, après une longue séquestration, sous le poids de ses maux et dans le désespoir.

6. Basianus, du parti des Prasiniens, jeune homme d'une famille illustre, l'avait blessée par un sarcasme. 11 sentit qu'il avait à se mettre à couvert de sa vengeance, et se réfugia dans le temple de X Archange. Aussitôt Théodora le dénonça au magistrat préposé pour le maintien de Tordre parmi le peuple (préfet de police), en l'accusant, non des propos outrageants dont il s'agissait, mais de pédérastie. Le magistrat fit enlever le prévenu de l'enceinte sacrée et déchirer de verges

d'une manière si cruelle, que le peuple entier s'émut de voir un homme libre, et qui n'était pas né pour un supplice si dégradant, exposé à de tels sévices? La douleur publique causée par cet attentat fit aussitôt explosion. On poussait en gémissant des cris jusqu'au ciel, pour demander la grâce du jeune homme.

Théodora n'intervint que pour le châtier davantage, par l'ablation des parties génitales, et le fit périr par ce moyen, sans que le patient eût été convaincu d'aucun crime. En même temps elle confisqua son patrimoine au profit du fisc.

Ainsi cette créature, lorsqu'elle était irritée, ne respectait ni la sainteté des temples, ni les lois protectrices des citoyens, ni l'opposition de la cité, ni aucun obstacle, quel qu'il fût. Rien ne pouvait soustraire à sa vengeance celui qu'elle avait condamné.

n. Un conseiller municipal, aimé de tous et de l'empereur lui-même, nommé Diogène, lui déplut en qualité de Prasinieu ; et dans sa colère elle l'accusa témérairement et faussement de pédérastie. Ayant corrompu deux de ses domestiques, elle les suscita contre leur maître en qualité d'accusateurs et de témoins. Mais le procès ne fut pas secret, ni caché, comme c'était la coutume; le débat eut lieu au contraire en public, à cause de la considération due à la qualité de Diogènr, et il eut pour juges des magistrats nombreux et distingués. Ceux-ci, scrupuleux dans l'accomplissement de leurs devoirs, n'ajoutaient pas foi aux dépositions de ces serviteurs, qui d'ailleurs n'avaient pas l'âge légal.

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