‹ Histoire de Justinien (volume 2)Chapitre 61 sur 62 · AN 520. 25S · texte numérisé non relu

AN 520. 25S

successivement patrice, consul, stratège, et enfin Auguste. Il en fait le général d'une expédition contre les Perses, et un triomphateur si heureux, qu'il fit leur roi prisonnier. Aucun autre historien n'a parlé de ce triomphe, et personne n'a foi en Aimoin, véritable fabuliste, qui d'ailleurs n'écrivait qu'au douzième siècle. Justinien n'a gagné de victoires que par ses généraux, et n'a point commandé en personne.

Théophane le Chronographe (ad ann. 6012, 5ao de notre ère, éd. Bonn., 1839) rapporte la naissance et l'accroissement de la faction des Vénètes.

Suétone, dans la Vie de Vitelhtis, ch. 14, parle déjà des Vénètes comme faction. — Victor de Tunnes dit que Justinien était le chef des Vénètes.

Ils avaient pour adversaires les Prasinoi (les Verts); mais ceux-ci étaient assaillis, l'épée à la main, par les Bleus, et assassinés jusque dans leurs maisons, sans que les magistrats osassent les poursuivre. Ils tiraient leur origine principalement d'Antioche, et leur faction se répandit dans toutes les villes, où elle domina pendant cinq ans, de 520 à 525 (Théoph., p. 256-257). El,e s'étendit même jusqu'à la sixième année du pieux Justin. Il paraît que c'est à l'aide de cette faction que Justinien s'éleva, et peut-être se défit deVitalien.

Malala, qui écrivait à Antioche, rapporte à l'année de la mort de Paul, patriarche de cette ville, c'est-à-dire à 52i, les désordres de la faction des Vénètes, qui ne cessèrent, à Gonstantinople , qu'à l'avènement de Théodote à la préfecture de la ville, l'an de la I re Indiction, c'est-à-dire en 523. Il ajoute (XVII, p. 4 16) que celui-ci sévit contre eux avec tant de précipitation, qu'il fit exécuter un homme très-riche, décoré du litre d'Illus-

tre, Théodose Zlicca, sans l'autorisation de l'empereur. Justin le destitua pour ce fait, et l'exila en Orient. Celui-ci, n'étant pas rassuré, alla se cacher à Jérusalem, la IIP Indiction, an 5a5. — A sa place fut nommé préfet de la ville Théodore, ex-consulaire, surnommé Téganistès (rôtisseur).

Procope, qui, dans ses Anecdota, ne suit pas l'ordre des dates, et même n'en donne aucune, fait allusion à ce fait (ch. VII, § i), et rapporte d'ailleurs fort au long les excès des deux factions, dont celle des Vénètes, par la protection de Justinien, devint prépondérante. Il en parle aussi G. Pers., II, n, p. 2o3, où il nous apprend, ce que ne disent pas nos Lexiques, que la couleur du Vénète est bleue (xuaveov); mais ailleurs (G. Pers., I, 24, p. 119) il nous en révèle l'origine. C'étaient les couleurs (le bleu et le vert) sous lesquelles d'ancienneté, et dans toutes les villes, on combattait dans le cirque, qui avaient été adoptées par la jeunesse turbulente; elles s'étaient ensuite propagées dans tous les rangs delà société, même parmi les femmes, quoiqu'elles n'assistassent pas au cirque; mais elles épousaient les passions de leurs maris et de leurs proches. On les trouve, dans l'histoire d'Acace, père de Théodora, à leur état primitif, sous Anastase (Anecd., ch. IX). On sacrifiait, pour y jouer un rôle, sa fortune et son honneur; car, comme il en résultait des querelles sanglantes , le magistrat était obligé d'intervenir et de mettre les délinquants en prison , même de condamner à mort ceux qui se rendaient coupables de meurtre. Ces deux factions se coalisèrent pour délivrer les prisonniers, et tuèrent jusqu'au dernier les agents de la force publique : ce qui donna lieu à la sédition connue sous le nom de Nike y qui, à Byznnce, mit à deux doigts de leur perte Justinien et les sénateurs, en 53a.

An 5ai. Justinien et Valérius consuls.

Le premier consulat de Justinien est de l'an 5a i.

Quelques-uns prétendent que ce prince fut, dès cette année, élevé à la dignité de César, ce qui répond à celle d'associé à l'empire.

Constantin Porphyrogénète (I, Them., 12) dit en effet que le grand et célèbre empereur Justinien fut, dès le règne de son oncle, le seul commandant des légions romaines , en qualité de César, fxovo^p^-njYoç 'PwjxaïxÛiv

TaYfwkwv, Kaîaap wv Mais ceci n'arriva qu'en 527, ainsi

qu'un contemporain de Justinien, Cyrillus de Scythopolis, l'explique clairement : Justin, dit-il (§ 68, p. 33^, éd. gr.-latin. du P. Cotelerier, 1686) , établit empereur (c'est-à-dire César) à sa place le fils de sa sœur, Justinien, déjà patrice, consul et général.

Lydus dit (de Magist., éd. de Bekker, Bonn, 1837, II , 28 , p. 192 et 244) que Justin vivait dans l'indolence, et que Justinien agissait à sa place. Il ajoute que Justin était un homme sans action, cbrpaYu.tûv , ne sachant que le métier des armes; et que Justinien dispersa les richesses amassées par Anastase. au moyen des profusions de milliers de livres d'or. Il ne lui donne pas le titre de César.

Théodora, après avoir été la concubine du Tyrîen Hécébole, nommé gouverneur de la Pentapole d'Afrique, fut bientôt abandonnée et réduite à errer et à continuer son métier de courtisane en Egypte et en Asie, jus- * qu'à son retour à Constantinople, ainsi que le raconte Procope (Anecd., IX, 9).

Cet historien ne dit pas en quelle année elle eut une autre liaison avec un riche Arabe, qui la rendit mère d'un fils nommé Joannès; celui-ci, instruit par son père, à son lit de mort, que sa mère était devenue impératrice,, vint à Byzance pour s'en faire reconnaître; mais il échoua (Anecd., XVIII, 4)«

Elle ne fut mère qu'une fois, quoiqu'elle ait été plusieurs fois enceinte (Anecd., IX, 7), sans doute à cause de ses excès; et ce fait semble annoncer qu'elle y fit trêve un moment, quoique les prostituées puissent devenir mères (Parent-Duchatelet, de la Prostit., 2 e édit., tom. I er , ch. ni, § 6*).

L'auteur grec anonyme de la description de Constantinople (apud Banduri Imp. Orient., I, 48) dit (liv. III, i3a) que Théodora (que d'autres, et Gibbon lui-même, prétendent originaire de Chypre) était Paphlagonienne, et qu'elle quitta cette province pour se rendre dans la capitale de l'empire, où elle exerçait la profession d'ouvrière en laine, dans l'Embôlon, lieu où plus tard elle établit le temple de saint Pantaléon.

Selon Gibbon (ch. 4<>)> cette femme n'eût pas eu l'impudeur d'honorer ainsi un lieu qui antérieurement aurait été le théâtre de ses débauches ; au contraire ce fut un quartier où, après ses pérégrinations libertines, elle se confina, pour y faire pénitence. « Elle affecta , dit ce grand historien, d'y mener une vie chaste et retirée; et c'est là que sa beauté, grâce à l'artifice ou au hasard, attira bientôt et captiva Justinien. Elle parvint peut-être, ajoutet-il, à le tromper sur le prix de ces faveurs qu'elle avait prodiguées si souvent aux hommes des classes les plus viles (comme aux plus riches). Peut-être enflamma-t-elle, • d'abord par de modestes refus, et ensuite par des raffi-

AN ail. 25 T

nements sensuels (dont Procope révèle le secret) , les désirs d'un amant qui, par sa nature ou par sa dévotion, avait l'habitude des longues veilles et de l'abstinence. Lorsque ses premiers transports furent calmés, elle sut conserver le même ascendant sur son esprit, par le mérite plus réel de son caractère et de son intelligence. Celui-ci se plaisait à relever et à enrichir l'objet de ses amours; il répandit à ses pieds les trésors de l'Orient, et le neveu de Justin résolut, peut-être d'après ses scrupules , de donner à sa concubine le caractère sacré de son épouse. »

Mais cela n'arriva qu'au moment où Justinien fut investi lui-même des premières dignités.

Quant à la chasteté de Justinien , elle est démentie par ce fait, qu'il eut lui-même un fils naturel. On ignore quelle fut sa mère. C'est Théophane de Byzance, presque contemporain de Justinien (autre que Théophane le Chronographe), qui, dans un fragment recueilli par Photius (Muller, Rec. des Histor., IV, 271, i85i), nous apprend ce fait curieux, que Justin II , vers 572, donna le commandement de l'armée contre les Perses à Théodore, fils de Justinien, surnommé Tziros.

Ou ce Justinien n'est pas le prédécesseur de Justin; ou Tziros fut son enfant adultérin, et, comme tel, le pieux et orthodoxe empereur n'osa le produire à la cour, même après la mort de Théodora , et encore moins en faire son successeur.

Alemanni (p. 35) conjecture que Justinien eut ce fils après la mort de Théodora (en 548); mais le prince avait alors au moins 59 ans; il était tout préoccupé des soins de l'empire. Il est plus vraisemblable, au contraire, qu'il l'eut pendant son mariage, mais qu'il en cacha l'exis-

tence à Théodora , qui pendant toute sa vie exerça sur lui un empire absolu.

On a vu qu'après l'assassinat de Vitalien, Justinien fut nommé, à sa place, maître de la milice, ou stratélatès.

Il eut pour aides de camp dans ces fonctions Sitta et Bélisaire , dont le dernier acquit sous son règne une si grande illustration. Ils étaient alors jeunes (vecmou), et ils venaient d'avoir de la barbe au menton, upcktot ôinivivroi (Procope, G. Pers., I, 12, p. 59).

Le comte Marcellinus dit, de ce consulat, que Justinien le rendit célèbre par-dessus tous ceux de l'Orient, (tant il fut prodigue : il distribua au peuple 288,000 solidi ;(sous d'or, 4 millions i4g mille fr.) ; et pour les spectacles, il fournit 20 lions et 3o léopards, non compris les autres bêtes féroces qu'il lança à la fois dans l'amphithéâtre. — Il fit encore d'autres largesses insensées.

Aussi Procope lui a-t-il reproché d'avoir dissipé, dès avant son avènement, les trésors amassés par Anastase (Anecd., XIX, 2).

Zonaft-as, XIV, 5, p. 60, dit que c'est seulement après sa promotion à la dignité de stratélatès, maître de la milice, que Justinien devint maître de toutes les affaires, et que, les grands ayant prié son oncle Justin de le revêtir de la pourpre , ce prince leur répondit : Il n'est pas de votre intérêt que ce trop jeune homme, vewxepoç, devienne votre maître. (On reviendra sur ce fait, p. 270.)

Théophane rapporte à l'an du monde 601 3 (52 1 de notre ère) la guerre qui reprit entre Cabadès, roi des Perses, et la courdeByzance ; elle fut interrompue par un fait singulier. Justin avait obtenu par de grands présents l'alliance d'un petit roi des Huns, Ziligdès; mais Gabadès lui ayant fait les mêmes avances, ce barbare lui envoya un

corps de 20,000 hommes. Justin, informé du fait, avertit de sa trahison Cabadès, qui en obtint l'aveu, le tua et détruisit son armée, dont les débris s'enfuirent chez eux.

Jean Malala (XVII, p. 4 19.) rapporte à Tan 5ao la conversion de Tzath, fils de Damnazès, roitelet des Lazes, tributaire des Perses; ennemi secret de l'hellénisme, il craignait que Koad (Cabadès), roi des Perses, n'usât de sa prérogative dans le choix des princes de cette nation , pour lui imposer le culte religieux des Perses. Il vint donc secrètement à Byzance , se fit chrétien , reçut l'investiture royale et épousa Valériana , fille du patrice Noraos. Koad regarda ce fait comme un acte d'hostilité de la part de Justin , qui s'en excusa en disant qu'il ne pouvait refuser la conversion d'un infidèle; de là rupture entre les deux empires. Par représailles , Koad attira dans son parti Ziligdès, roi des Huns. Justinien, lui révélant que ce barbare avait pris des engagements envers lui moyennant un subside, lui représenta que les deux États ne devaient pas se brouiller pour la trahison de ces chienslà. Le roi des Perses, a^ant obtenu l'aveu de Ziligdès de son double engagement, se crut trahi, se vengea comme il est dit , et renoua avec Justin.

La proposition de Cabadès à Justin pour l'adoption de Chosroës est aussi placée à cette date par Théophane, p. 258. Procope, dont nous avons rapporté le témoignage ci-dessus, p. 244 > n'en a pas en effet fixé la date. Voy. aussi p. 278.

An 522.

Symmaque et Boëce consuls.

Ce Symmaque n'est pas probablement Q. Aurélius

Anicius Symmachus, fils de Boëce, mais un Symmaque venu d'Orient, en 5 19, à Constantinople , et désigné consul pour cette partie de l'empire, tandis que Boëce était consul pour la partie occidentale, occupée par les Ostrogoths. (V. Chron. de Cassiodore.)

Boëce, né à Rome, avait aussi Anicius pour prénom ; il avait été élevé aux plus hautes dignités, et notamment nommé trois fois consul par Théodoric lui-même, en 487, 5ioet 5n. Il fut disgracié pour ses remontrances en faveur des catholiques orthodoxes auprès du prince, qui était arien, et mis à mort sans jugement après une longue captivité, en 525, comme coupahle de conspiration en faveur de Justin, empereur d'Orient. Il écrivit dans sa prison le célèbre ouvrage sur la Consolation de la philosophie. Il avait commenté Aristote.

Sa mort est un déshonneur pour la mémoire du grand Théodoric, ainsi que celle de Symmaque (Quintus Aurélius Memmius), son beau- père, fils de Quintus Aurélius Avianus, président du sénat, qui défendit si longtemps, dans ce corps, l'antique religion romaine du paganisme, contre les empereurs, surtout Théodose. (V. la Chute du paganisme en Occident , par M. Beugnot.)

Juliana Anicia , dont on a des lettres dans le Recueil des Conciles, sous le pontificat d'Hormisdas, était-elle de la famille romaine des Symmaque et des Boëce, ou de celle de Flavius Anicius Maximus, seul consul de l'année suivante, et pour l'Occident seulement, ou enfin d'Anicius Probus le jeune , l'un des consuls de l'an S2S ? C'est ce qu'on ignore; mais, dans tous les cas, on ne trouve pas le nom d'Anicius dans les médailles ni dans les autres monuments relatifs à la personne de Justin, ni à celle de Justinien , quoi qu'en aient dit plusieurs savants, ainsi que nous l'avons rapporté plus haut.

An 5a3.

Flavius Anicius Maximus, consul seul en Occident.

Théophane et Cedrénus rapportent à cette année la conversion deTzath, roi des Lazes, tribu caucasienne, limitrophe des possessions du roi des Perses.

Ce petit prince s'était rendu à Constantinople, et par le zèle de Justin, ou plutôt de Justinien tout-puissant, il abandonna les superstitions grecques, c'est-à-dire les doctrines des chrétiens hérétiques, et il embrassa l'orthodoxie. On lui donna pour épouse Valériana , fille du patricien Orinus (Nomos), ex-curopalate (Chron. Paschale), sénateur selon Théophane, p. 260.

Mais cette alliance devint la cause d'une rupture avec le roi des Perses. Cédrénus en convient. Zonaras, il est vrai (XIV, 5), y ajoute une autre cause : c'est l'alliance faite par la cour de Byzance avec Zilgbi (Ziligdès), Rêga, ou petit roi des Huns. Il ajoute que Tzath fut adopté par Justin , qui avait refusé la même faveur à Cabadès en faveur de Chosroés, l'un de ses fils. (V. aussi Chron. Pasch. et ci-après.)

C'est à cette année (an 6 de Justin) que Cédrénus rapporte l'horrible persécution de Cabadès, roi des Perses, contre les manichéens, partisans en religion de deux principes, l'un auteur du bien, et l'autre auteur du mal. Ce prince, selon Théophane antérieur à Cédrénus, feignit de vouloir se prononcer en faveur de leur doctrine. Il convoqua une assemblée des mages et des chrétiens avec leurs chefs, ainsi qu'Indazar, évêque des manichéens, leurs femmes et leurs enfants; il semblait vouloir proclamer roi son troisième petit-fils , qui avait

embrassé leur croyance, et les invita à se séparer de l'assemblée pour le recevoir. A peine eurent-ils quitté le lieu où ils étaient, qu'il les fit tous massacrer avec leur évêque, en présence des mages et de Bazane, évêque des catholiques.

En rapportant le fait à l'an du monde 6016 (5a3- 5a4),il ajoute « que plusieurs sénateurs persans périrent avec leur prince Phasuarzas, fils de Sambyké, et petitfils de Gabadès, et les manichéens; que Bazane, l'évêque chrétien, était très-goûté du roi , comme excellent médecin; Gabadès fit périr et même brûler tous les manichéens de ses Etats, en confisquant leurs biens, tandis que Justin se borna à envoyer ses ordres sacrés dans tout son empire pour y faire régner la tranquillité publique, et il y réussit. » Ce récit est singulièrement exagéré; car les manichéens continuèrent d'exister en Perse. De plus, c'était Chosroés qui était le troisième fils de Cabadès, issu de lui et d'Aspébède, sa sœur (Procope, k 11).

Il existe au code Justinien, liv. I er , tit. 5, des Hérétiques, plusieurs fragments de constitutions grecques sans date, dont les 1 I e et 12 e sont spécialement attribuées à Justin , parce que Justinien , dans la préface de la Novelle GIX, en portant des lois semblables, rappelle celles que Léon et Justin, son père (adoptif), avaient portées contre les hérétiques en général, en les déclarant incapables de servir dans l'armée et d'exercer aucun emploi public. — Les manichéens y sont particulièrement désignés; mais il n'est pas fait mention, dans cette Novelle, de la peine capitale prononcée contre eux.

C'est l'impitoyable Théodose II qui, en 407, d'accord avec Arcadius et Honorius, avait déclaré que leur héré-

sie constituait un crime public, punissable de mort civile, et même de mort naturelle.

Cette loi avait été confirmée en 4^8 par Théodose II et Valentinien. Martianus en 4^7 avait cependant permis qu'ils reçussent les honneurs de la sépulture.

En Su, Anastase avait réduit ces peines à des incapacités civiles. Ce prince étant favorable aux ariens, on ne peut croire qu'il ait pris part à la constitution grecque publiée sous son nom (ou sous celui de Justin), qui prononce contre eux le dernier supplice. C'est la loi II, au code Justinien, ibid.

La loi 12, au même code, sur les hérétiques, qui porte : « Que les manichéens soient expulsés de partout et punis de mort, » est généralement attribuée à Justin, quoiqu'on n'eu sache pas la date, et qu'elle ne soit pas authentique; mais Justini n'est encore ici que l'abréviation si souvent répétée de Justinien, et, dans tous les cas, elle serait l'œuvre de Justinien, alors tout-puissant, et qui, en 53o et plus tard, a signalé son zèle barbare à cet égard.

La chronique contemporaine, de Marcellinus (Victor de Tunnes, Théophilus, Théodore Lecteur, s'en taisent) ne parle que de lois portées contre les malfaiteurs. — Cédrénus paraît, il est vrai, rattacher ces lois aux mesures atroces de Cabadès , puisqu'il les appelle caxpa. — Mais cependant il ne mentionne que des séditieux, toi»; iroïoimoc; aTctSi'av. Zonaras ne dit pas que Justin ait imité Cabadès, dont il rapporte la sanglante exécution (XIV, 5). En tout cas, le témoignage de Théophane nous paraît décisif en faveur de la mansuétude de Justin. — Nous reviendrons sur ces lois de sang, an 527.

An 5a4.

Justin, pour la deuxième fois, et Opilien, consuls.

Il paraît que Justinien soutenait à peu près seul le poids de l'empire, surtout depuis son premier consulat île l'an 5a i ; il préludait déjà à la suppression de cette dignité, qui, au reste, n'avait plus depuis longtemps qu'une puissance nominale.

Son mariage avec Théodora, dont la dépravation préf* coce est si vivement peinte par Procope, au ch. IX des Anecdota, se rapporte à l'an 5a4 (Ludewig, § 9» p. i53). Mais il faut écarter cette fable d'Aimoin, moine du onzième siècle, qui, dans l'Histoire des Français, d'ailleurs pleine de faussetés de tout genre, prétend (liv. II, 5) que Bélisaire et Justinien entrèrent un jour dans une maison de prostitution , et y firent choix de deux sœurs pour épouses : l'une, Antonina, fut le partage de Bélisaire, déjà commandant de la cavalerie; l'autre, Antonia, aurait été la maîtresse, et puis la femme de Justinien, que bientôt Justin aurait mis à la tête d'une armée contre les Perses.

Procope et tous les historiens sont d'accord pour donner à Justinien pour épouse, non la sœur d'Antonina, qui en effet fut la femme peu chaste de Bélisaire, mais Théodora, d'une famille sans illustration. On ne diffère que sur les mœurs données à Théodora par Procope, et sur l'époque où il l'épousa.

Procope, dans ses écrits autres que les Anecdota , ne parle pas de la jeunesse de cette femme, et ne fait mention que de l'empire qu'elle eut sur son mari (G. Pers.,

I, aS).

AN m. 265

Elle était lettrée, car on trouve une correspondance qui la concerne dans Cassiodore, X, 10, 20, 21, 23; et Procope lui-même cite deux de ses lettres ; Théophilus, dans la Vie de Justinien , citée par Alemanni, dit que Biglenitza s'opposa au mariage de son fils avec cette femme, parce qu'elle craignait ses connaissances et son savoir (scitissimae et eruditissima? puellœ), en même temps que son caractère léger et dominateur (adrogantioris ingenii). — Quanta sa beauté, elle est incontestable.

Des éloges donnés par Justinien à l'impératrice, dans la Novelle VIII notamment où il l'appelle reverendissimam conjugem, ou plutôt la très-pieuse, eù<xeêe<rcaTY,v, Ludewig conclut qu elle ne fut pas une prostituée, comme l'a dit Procope.

De la loi qu'ils promulguèrent ensemble contre les maisons de prostitution (Proc, de Bello Pers., I, et Nov. XIV), Ludewig conclut aussi que cette femme n'en était pas elle-même sortie.

Il argumente aussi de sa piété, des éloges qui lui furent donnés après sa mort par les papes Vigile, Pélage et autres, et des médailles frappées en son nom, lesquelles aujourd'hui sont reconnues fausses et émanées de Goltz (Spanheim, Eckell, Mionnet, Saulcy).

Théodora, avant son mariage, fut élevée à la dignité patricienne, selon Procope (An eccl., IX, 10). Ludewig (p. i58, note) soutient que jamais les femmes non mariées n'ont joui de ce titre.

Gédrénus fixe la mort de l'impératrice Euphémie- Lupicine, femme de Justin, à l'an 6* de son règne ; et comme le mariage de Théodora ne put être célébré de son vivant, selon Procope, à cause de sa résistance, c'est à l'an 524 qu'il faut fixer la date de ce mariage, Avant

qu'il pût être contracté, il fallut, selon Procope, que l'on rapportât l'ancienne loi romaine, qui défendait les mariages des sénateurs avec les prostituées et les femmes de théâtre. Or cette loi est l'art. a3 du code Justinien, tit. de Nuptiis. A la vérité, elle est inscrite du nom môme de Justinien ; mais elle est sans date, et il y a des exemples nombreux de la substitution du nom de Justinien à celui de Justin. Hoffmann atteste que, dans les mss. du Vatican, elle est précédée seulement des initiales Just., qui s'applique aussi bien à Justin qu'à son neveu. Cette loi est adressée à Démosthène, préfet du prétoire, et ce fonctionnaire n'appartient pas exclusivement au règne de Justinien, mais aussi aux années 5a i, 522, 5a3, c'est-àdire au règne de Justin. C'est donc en 523-524, époque de la mort de Lupicine-Euphémie , que cette loi a pu être promulguée, et ce n'est qu'en 524 que le mariage a pu être célébré.

Le passage de Cédrénus , point de départ de cette opinion, est, il est vrai, suspect. Il paraît aux critiques altéré ; car il y est dit qu'en l'an 6 de Justin (523-524), Cabadès, roi des Perses, fit périr les manichéens , et qu'à son tour Justin fit périr les séditieux et confisqua leurs biens par des écrits sacrés; en même temps, ajoute le texte, il couronna Théodora comme impératrice, sa femme Euphémie étant déjà morte : y E<m<|/£ Si Bsoôwpav t^v Y uvo " xot «£»tov> Aùyowreav, "";<; Eucpri^cK TeXeuTeffdtffyjç. Enfin, la même année, il institua Sécundus consul et patrice en Orient, à cause des incursions des Perses et des Sarracènes, et celui-ci fit périr beaucoup de manichéens.

Sécundus n'est pas sur la liste des consuls. En 524, c'étaient, selon Marcellinus, Justin, pour la deuxième fois, et O pi lien ; mais ce peut être un consul honoraire.

AN 52i. 287

Pagi (après Alemanni, p. 69) remarque que Cédrénus a emprunté le passage relatif au mariage prétendu de Justin et de Théodora à Théophane (écrivain du huitième siècle, antérieur à Cédrénus), dont le texte est corrompu (V. p. 522), et il ajoute que la mort d'Euphémie est d'une époque incertaine.

En effet Théophane, ad ann. 6016 (524 de notre ère), p. 263, dit : "E<xTe<j*v& flotOTt'voç) xal tJ)v laurou yuvaîxa d)v... OsoStopav Aoyouatav aaa tw (kffaeôtrai aurov. Mais de même qu'à la p. 264, où il s'agit de deux villes frappées d'un fléau, et dont le texte ne nomme qu'Édessa, il y a une lacune évidente, il est certain qu'ici il était question dans le texte de la mort d'Euphémie, femme de Justin, et de Justinien qui, lorsqu'il fut associé à son oncle, couronna à son tour Théodora , sa femme , pour régner avec lui.

Le passage ajoute : Kcti TcpoeêaXexo xov Ilaxpi'xiov 'Vtoxxiov, crpotTTiX&niv 'AvaxoXrjç, xèv ïfixouvotvou; c'est-à-dire que Justinien associa au trône sa femme Théodora, et promut le patrice Hypatius, fils de Sécundinus, stratélatès (maître de la milice) en Orient.

Lupicine, selon Procope , était une ancienne esclave, barbare d'origine, dont Justin avait fait sa concubine. Mais quoiqu'il dût hésiter à la revêtir du titre d'Auguste, il l'associa au trône, dès son avènement, ainsi que le dit Théophane. Sou nom de mauvais augure, Loupikia, fut, par acclamation populaire, changé en celui d'Euphémie, selon Théodore Lecteur; c'est donc d'un autre événement qu'il s'agit en l'an 6 ; et cet événement ne peut être que la mort d'Euphémie, et le mariage de Justinien avec Théodora , qu'ensuite ce prince associa au trône, l'année où il éleva au commandement de l'Orient, non Sécundus, mais Hypatius son fils.

Quant à Tannée de la mort de Lupicine-Euphémic, Procope (Anccd., X, i) n'en fixe pas l'époque; mais il semble aussi adopter un temps intermédiaire entre l'avénement et la mort de Justin, et ce peut bien être l'an 5a3, puisqu'on ne trouve plus le nom de Démosthène, comme préfet du prétoire, auquel fut adressée la loi qui permettait le mariage avec Théodora, conclu l'an 5a4«

Zonaras n'a pas reproduit l'erreur de Cédrénus sur le mariage de Justin avec Théodora , et, en parlant de sa mort, dit qu'il fut enseveli dans le même tombeau que sa femme Euphémie, à Constantinople.

On lui éleva, selon Suidas, une statue dans le temple qui porte son nom , et qui fut élevé par elle (v° Eù^ufa).

Banduri et Ducange ont attribué une médaille d'or au nom d'Euphémie; mais cette médaille appartient à la femme d'Anthémius, et non à Lupicine-Euphémie (Mionnet, Méd. rom., II, 387 et 4<>4). Cette princesse y est surnommée JEX. Marc, et appelée Eufemia (cf. Eck., Doctr. Num. vet., VIII, 197).

Au reste , Marcellinus , dans sa Chronique , ne parle pas du mariage de Justinien avec Théodora ; il en est de même de Victor de Tunnes, et probablement de Théophilus, puisque Alemanni, qui avait cet écrit sous les yeux, n'en dit mot. Ce silence des trois annalistes contemporains vient à l'appui de l'opinion de Procope sur l'indignité de cette union. Agathias et Évagrius s'en taisent également.

Hoffmann, dans son Histoire du droit romain, ne doute pas de la vérité du témoignage consigné dans les

Anecdota de Procope sur la vie antérieure de Théodora, sauf l'exagération des termes; Montesquieu et Gibbon sont de cet avis, quoique Eichel, Ludewig et autres aient accusé Procope d'avoir calomnié Justinien et Théodora.

Quant à l'existence de l'ancienne loi contre les mariages des patriciens avec les femmes de théâtre, Hoffmann cite la loi de Constantin de l'an 326 (loi un. au cod. Justin., IX, 1 1, de Mul. quae se serv.), à laquelle il faut joindre la loi unique, au même code, de Natur. lib., de l'an 336, V, 27 ; et celle de Valentinien et Marcien, loi 7, cod. Justin., de Inc. et in. Nupt. (an 454)-

La loi de Justin, de Nuptiis, liv. V, tit. IV, 1. 23, qu'Heineccius ad leg. Jul. et P. P., p. i47> enlève avec raison à Justinien, est adressée à Démosthène, préfet du prétoire, et un fonctionnaire du même nom a existé sous Justin, en 5ai, cod. Justin., VI, 22, 8, ainsi que le prouve évidemment le consulat de Justinien et de Valérien cité au pied. — Cette loi est de 523, parce qu'en 524 Théodore était préfet du prétoire; elle porte :

« Ne scitis praeteritarum legum infirmum esse videatur taie conjugum (scilicet scenicarum mulierum), sed ita validum hujusmodi permanere matrimonium confidentibus, quasi nulla prœcedente inhonesta visa, uxores eas duxerint sive dignitate prœditi sint, sive alio modo scenicas in matrimonium ducere prohibeantur. »

Dotalia instrumenta requiruntur in nuptiis scenicœ, a principe restitutœ (Godefroy) .

Cette législation fut confirmée d'ailleurs par les Novelles LXXXIX, ch. i5, an 53 9 , et CXVI1, ch. 4, de l'an 54i.

Ainsi, par la prépotence de Justinien, Théodora aurait été d'abord décorée d'une dignité patricienne, l'impératrice Euphémie ne s'étant opposée, selon Procope, qu'à son mariage; et ensuite elle devint son épouse après la mort de cette impératrice, et malgré l'opposition de sa mère Biglenitza , Dardanienne qui avait conservé ses mœurs primitives, et qui parait être morte de chagrin de son inutile résistance. Théophilus l'atteste dans la Vie de son élève Justinien (Alem., p. 66) en ces termes: Mœrore contabuit.

Une loi du 27 novembre 53 1 constate que Théodora s'est fait un domaine privé des dons qu'elle reçut, par l'entremise de son époux, du trésor public, et qu'elle en fit des présents innombrables. — Cette loi confirme le témoignage de Procope (Anecd. , VIII, 2; IX, 10).

Justinien fut décoré de la dignité de nobilissime y probablement en même temps que Théodora du titre de patricienne , et à la même époque. Ce fut sans doute pour consoler Justinien du premier échec qu'il éprouva, quand les sénateurs, ses partisans, demandèrent pour lui à Justin son association à l'empire.

On se rappelle que l'excuse de l'empereur fut que son neveu était trop jeune encore; âgé de trente ans quand il vint à Constantinople, sous Anastase, an fi 1 - ou 5i8, ainsi que l'atteste Théophilus, il n'avait pas encore dépassé l'âge de trente-cinq ans, où finissait le titre de véoç. C'est donc en 522 ou 523, après qu'il était déjà revêtu de la qualité de maître de la milice, que cette demande fut formée.

Dès lors la collation du titre de nobilissime doit être de l'an 523, ou au plus tard de l'an 624.

Zonaras (XIV, 5) dit que ce litre de nobilissime lui fut conféré peu après la première, sur une nouvelle déinarche des sénateurs : 01 SI ocuôiç (x6t' où 7coXu i^urpa eôevxo, t^,v Toïï NwêYjXiffifxou a£tav tw 'Iouartviavcji ém<j/T]!piÇo k uivov, — et ils obtinrent que ce titre fût délivré officiellement.

Mais ce témoignage est fortifié par celui bien plus imposant du comte Marcellinus, le chancelier de Justinien, dans sa Chron. , ad ann. 527. Il dit : Jamdudum nobilissimum designatum.

On ne sait pas au juste quelles étaient les attributions de ce titre. Ludewig, p. i45, not. 43, l'assimile à peu près à celui d'Altesse royale ou prince du sang.

Théophane le Ghronographe, p. 261-263, place en l'an 524 (an du inonde 6016) : i° l'envoi du pape de Rome, Jean 1 er , à Constantinople, dont il sera parlé ciaprès; 2 0 la proscription des manichéens par le farouche Cabadès; 3° l'envoi des ordres de Justin pour punir les séditieux et les malfaiteurs; 4° la mort d'Euphcmie, suivie du prétendu mariage de Justin avec Théodora, passage altéré, où il faut lire Justinien au lieu de Justin; 5° une grande poursuite contre les manichéens, à laquelle on peut rattacher les lois du code qui portent son nom, mais qui peuvent être de Justinien.

Mais il faut remarquer qu'avec les Orientaux il commence chaque année au mois de septembre ou au commencement d'octobre, c'est-à-dire à l'automne, et non au i cr janvier comme l'année Julienne, ce qui fait une différence de neuf mois.

272 iVOTES HISTORIQUES.

An 525.

Al

L Philoxène et Anicius Probus, le jeune (celui-ci pour Orient, d'après la Car. £ Alexandrie, anc. éd.), consuls.

Cette année fut remarquable par le voyage que le pape Jean I ct fit à Constantinople, sur l'invitation ou sur l'ordre du grand Théodoric. Ce prince voulait, dit Théophane, réconcilier les deux fractions de l'Église chrétienne en une seule, les ariens et les catholiques. Il demandait expressément à Justin une garantie réciproque dans les deux États (ad an. 6016, p. 261). — C'était une bonne pensée; mais il crut que Jean le trahit dans sa mission , et il le fit incarcérer à son retour à Ravenne où le pontife mourut le 18 mai 526.

Déjà ce prince s'était rendu coupable du meurtre du philosophe Boèce sous le môme prétexte de trahison , et de celui de Symmaque, son beau-père.

Dans son voyage à Constantinople, Jean défendit les privilèges de la primauté du siège de Rome contre le patriarche de Constantinople; il réclama et obtint la première place (Marcellinus et Théophane).

Justinien, très-vif pour l'orthodoxie, y contribua sans doute beaucoup; car Justin, vieux soldat infirme, ne régnait que de nom.

Joannès célébra la résurrection de Noire-Seigneur, c est-à-dire qu'il officia à Pâques avec les prières latines, et prononça un discours public.

Les écrivains contemporains , Victor, évêque de Tunnes, Théodore Lecteur, Agathias et Évagrius, malgré sa prolixité en faveur des faits ecclésiastiques, n'ajoutent pas un mot sur le séjour du pape à Constantinople.

Cédrénus n'en dit pas un mot, non plus que Zonaras. — Nicéphore Calliste, XVII, 9, parle, ainsi que Théophane avant lui, de la mission de ce pontife, de l'hommage respectueux que lui rendit Euphémius, patriarche de Constantinople, à raison de la suprématie du siège de Rome, et de l'admission des évêques d'Orient à sa communion , à l'exception de Timothée d'Alexandrie. — La Chronique Paschale et Pagi se taisent sur l'acte de soumission que Justin lui aurait fait.

Mais voilà qu'en i853 M. l'abbé Héry, chapelain bibliothécaire de Saint-Louis des Français à Rome, dans un ouvrage spécial sur les sacres des rois (Paris, Didot, p. a36), prétend que Justin fut le premier souverain qui fut sacré par la main des papes; et que Jean, envoyé d'un prince étranger, nommé par lui ou par son influence au pontificat de Rome, obtint d'un vieillard qui régnait depuis sept ans et qui, arrivé à l'extrême vieillesse (soixante-quinze ans) , ne s'occupait plus d'affaires , cet acte de soumission !

Que Justin, presque mourant, lui ait demandé sa bénédiction , comme prince très-pieux et très-orthodoxe , cela se conçoit, et a paru si simple aux écrivains ecclésiastiques, qu'ils n'en ont pas même fait mention.

Qu'à son retour, ou dans une lettre insérée au pontifical qui porte son nom , il ait été parlé de quelque chose de semblable, on peut l'accorder; mais qu'il se soit rien passé qui ait rapport avec les cérémonies d'un sacre, c'est ce qu'il est impossible d'admettre, dans le silence de tous les contemporains, d'après le bibliothécaire Anastase, ou Thist. Miscella, qui ne sont pas d'ailleurs positifs.

C'est sur la foi d'une ligne écrite par Aimoin, le fabuleux auteur des Gesta Deiper Francos (II), écrivain du

douzième siècle, et d'un pontifical romain du pape Jean, qui n'est rien moins qu'authentique, mentionnés au recueil de Martène, tom. II, p. 563, éd. d'Anvers, que M. l'abbé Héry a hasardé cette opinion nouvelle, en avouant que c'est à cela que se bornent à peu près les données historiques qui concernent cet événement, auquel il donne la date du jour de Pâques, 3o mars 5a5!

Il est probable que M. l'abbé Héry, dans cette conjecture , n'a fait que suivre l'opinion émise par M. del Novaès, dans la Vie du pape Jean, tom. 1 er , p. 206.

Dans une lettre écrite au pape Hormisdas , Jean, patriarche de Constantinople, rapporte qu'il avait couronné Justin de ses propres mains , au milieu des acclamations de tous, qui l'avaient glorifié comme empereur à son avènement. Qu 'était-il besoin de renouveler cette cérémonie?

Ce qu'il y a de certain, c'est que le pape Jean, à son retour à Ravenne , f ut accusé par Théodoric, son souverain, d'avoir été infidèle à la mission qu'il lui avait donnée, ainsi qu'à Théodore, Importunus, Agapit, anciens consulaires, et à un autre Agapit, patricien; le pontife fut jeté en prison, où il mourut. Mais Théodoric mourut lui-même, le 3o août 5a6, après avoir, par les violences meurtrières qu'il exerça contre Boëce, Symmaque et Jean lui-même , terni l'éclat d'un long et glorieux règne.

Ce fut Théodoric qui nomma Félix III successeur de Jean, malgré l'opposition du clergé et de la population ; et c'est ainsi qu'on préparait le schisme de l'Eglise grecque , qui ne pouvait reconnaître pour chefs de la chrétienté les créatures des rois barbares. La primauté de Rome ne reposait d'ailleurs que sur une tra-

tlition religieuse respectable quoique non authentique, et sur la prééminence de Rome, capitale du monde à l'époque de la fondation du christianisme. Tous les chrétiens tenaient à honneur que Rome fût en même temps la capitale de la chrétienté.

Haubold et M. Giraud (Introd. aux Éléments d'Heineccius, p. 401, i838) rapportent à l'année 5a5 la compilation connue sous le nom de Collation des lois mosaïques et romaines ; mais on convient que c'est l'ouvrage d'un ecclésiastique. Fr. Blume, dans le Corps de droit antéjustin., i84i> in-4°, en publiant de nouveau ce Code, pense en effet que c'est l'œuvre d'un chrétien, contemporain de Cassiodore. Un jurisconsulte n'aurait pu avoir l'idée d'assimiler des législations aussi opposées, par les mœurs et les institutions, que celles des Juifs et des Romains.

Mais à cette époque, quoique les Juifs fussent en état de proscription , on rapportait tout aux institutions de Moïse.

Théophane rapporte à l'année du monde 6017 (an 525) : i° le désastre d'Anazarbe; 2 0 l'inondation d'Édesse; 3° l'envahissement, par la mer, d'une ville dont le nom a disparu de son texte; 4° l'apparition d'une géante.

An 526.

Consul Olybrius, seul (en Occident).

p II s'appelait aussi Anicius, tant ce nom était répandu alors, quoique Justin ni Justinien ne l'aient porté.

Cette année, qui précède la mort de Justin, n'est remarquable que par l'incendie d'Antioche, produit par un tremblement de terre qui fit périr l'évêque Euphra-

sius (Marcellinus, Chron.), et par d'autres calamités de celte espèce, qui furent pour l'empereur l'occasion d'exercer sa charité par de prompts et efficaces secours.

La catastrophe d'Antioche arriva, selon Evagrius, IV, 4> I e dixième mois. A cet événement il rapporte aussi la mort de Joannès Rhéteur, et auteur d'une histoire, dont les ouvrages sont perdus. Antioche reçut le surnom de Théopolis (ii/rf., § 6).

Épidamne, nommée ensuite Dyrrachium, Corinthe, Anazarbe de Cilicie, souffrirent aussi beaucoup, ainsi qu'Édesse , grande et opulente ville des Osroènes , qui fut inondée par un débordement du fleuve Skirtus (ibid., 8).

C'est à cette huitième année, au neuvième mois, du règne de Justin, que cet écrivain place (§ g) l'association au trône de Justinien ; mais évidemment il se sert de l'ère d'Antioche, commençant en automne, ce qui nous reporte à l'année 527. La Chronique Paschale calcule de même.

Théophane, dans sa Chronographie, met un an d'intervalle entre le désastre d'Édesse , qui fut accompagné du renversement d'Anazarbe, et le désastre d'Antioche, qui éclata deux fois, en $26 et en 527.

Il en est de même de Cédrénus, qui copie Théophane et exagère les circonstances de ces événements physiques; il parle aussi de l'apparition prétendue d'une femme géante en Cilicie, haute d'un pêchys ou coudée (1 mèt. 843), qui se fit voir pour un phollis (74 cent.); d'une étoile qui, pendant vingt-six jours et vingt-six nuits, brilla au-dessus du palais, etc.

Procope atteste itérativement (de Bello Persico, I, 9), outre le passage des Anecd., X, 2, que Justin (quoiqu'il ne fût âgé que de 74 ou 76 ans) était tombé à peu

près en enfance, ce qui, joint à son incapacité naturelle et à son ignorance, qui ne lui permettait pas de lire les dépêches ni d'écrire, le rendait incapable de gouvernement.

Il dit, dans son Traité des édifices, que Justinien, sous son règne, ordonnait de tout, et qu'on doit attribuer au neveu la construction, i° du temple à la Vierge, dans les Blachernes, devant les murailles de la cité (jEdif., I, 3); 2° du temple d'Acace, en marbre blanc : il était en ruines; 3° de la chapelle de Saint-Platon, près du marché de Constantin; 4° du temple du martyr Mokius, le plus grand de tous; 5° de celui deThyrse, aussi martyr; 6° de l'enceinte sacrée de Sainte-Théodore, dans le village de Rhésion, devant la ville; y° de celui de Théclas, martyr, près du port de Julien, 8° et de celui de Sainte-Théodote, dans le faubourg Hcbdomon (de iEdif., I, 5).

Anastase avait aussi fait avant de mourir de nombreuses constructions, et notamment des bains publics (Jean Malala, XVI, p. 4og; ed. L. Dindorf, i83i).

Justinien n'a pu, sous Justin, fonder les établissements énumérés par Procope que parce que son titre de nobilissime équivalait à celui de César, nom réservé autrefois aux fils adoptifs des empereurs , quoiqu'aucun document officiel ne le lui donne.

Il est authentiquement constaté, par les médailles, que le titre de nobilissime remonte au règne de Constantin; il était l'attribut de l'autorité souveraine des empereurs et des Césars.

C'est aussi de cette époque que date l'emploi, dans les titres impériaux , des mots Dominas noster, Ae<j7toT/)ç, et, pour les impératrices, Domina nostra y ou <j7roiva, ce qui est le signe de la plus complète servitude. Procope

(Anecd., XXX, 6) constate le degré de bassesse auquel Justinien et Théodora réduisirent les plus hauts dignitaires et ceux qui étaient forcés de leur demander audience.

A cette époque de 526, l'empire était en guerre avec la Perse, par le refus que Justin et son neveu Justinien, nobilissime, maître de la milice, avaient fait d'accorder à Cabadès , pour Ghosroës , l'un de ses fils , le titre d'adoption sollicité par ce prince, et justement combattu par le questeur Proclus, selon le récit de Procope (G. Pers., I, n).

Sittas et Bélisaire, anciens familiers ou aides de camp de Justinien, avaient été, sans doute par l'influence toutepuissante de ce prince, nommés généraux de l'armée romaine.

Procope (de Bello Pers., I, i3) atteste qu'à cette époque il fut adjoint à Bélisaire, comme conseiller. Ainsi commença la fortune politique de cet écrivain , auparavant avocat ou professeur à Byzance, un des flatteurs du pouvoir régnant. On a néanmoins exagéré les éloges qu'il a donnés à Justinien dans ses écrits publics, pour invalider sa crédibilité dans les Anecdota, rédigés secrètement après la mort de Théodora, en 548.

Il semble, d'après Jean Malala, que Justin s'était réconcilié avec Cabadès, et qu'il n'eut à s'occuper, dans les dernières années de sa vie, que des désastres des villes de Dyrrachium, ancienne Épidamne, de Corinthe, d'Anazarbe, d'Édessa , qu'il surnomma Justinopolis, et surtout de ceux répétés pendant environ dix-huit mois à Antioche, et qui auraient fait périr 2oo,o5o personnes (XVIII, p. 417-422).

A l'époque de 5a6, l'empire romain était démantelé; l'Italie était en la possession de Théodoric, ou d'Athalaric son petit-fils, ainsi que la Sicile, moins Lilybée aux Vandales ; la Dalmatie et les provinces de l'est de la mer Adriatique, jusqu'à Sirmium, au nord, et jusqu'à Scodra, Lyssus et Dyrrachium, au sud, appartenaient aussi aux Ostrogoths.

La Gaule était partagée entre les Francs, les Bourguignons et les Visigoths; ceux-ci occupaient aussi l'Espagne, moins les pays riverains de l'Océan occidental envahis par les Suèves, les Alains et les Vandales.

Ces. derniers occupaient tout le nord de l'Afrique, ou Libye, jusqu'à la Cyrénaïque.

Au nord des Alpes étaient les nations germaniques indépendantes; au nord du Dauuhe-Ister, les Gépides, les Slavins ou Slavons, les Vénèdes et les Bulgares ; au nord de la Chersonèse Taurique (la Crimée), les Huns jusqu'au Caucase.

L'empire, à l'orient, avait pour limite la Perse, dont les souverains possédaient déjà l'Ibérie et l'Albanie au sud-ouest de la mer Caspienne et au sud du Caucase, menaçaient la Colchide et le pays des Lazes, partageaient l'Arménie, occupaient le cours du Tigre jusqu'auprès de ses sources, près d'Amide, étaient maîtres de la plus grande partie de la Mésopotamie, y compris Nisibe, arrivaient sur l'Euphrate à Circésium , et étaient maîtres de la Babylonie.

L'empire était terminé en Orient, au sud-est, par les Saracènes et autres nations arabes indépendantes, jusqu'auprès du golfe iElanitique, dans la mer Rouge, et, au sud de l'Egypte, par lesVarnes et autres nations éthiopiques.

C'était sans doute une noble ambition que celle qui

voulait relever l'empire d'Occident, tombé en 476, sou* Augustule; mais la population virile diminuait rapidement, le luxe des esclaves était effréné, le célibat faisait des progrès effrayants : dans la seule ville d'Antioche, il avait rangé sous sa loi la moitié de la population. Les femmes se jetaient dans les couvents, les hommes dans la vie cénobitique ou monastique. 11 fallait combattre ces tendances en encourageant le mariage, et protéger les propriétaires contre les exactions de toute nature dont ils étaient les victimes. Il fallait profiter de l'esprit chrétien pour abolir l'esclavage. Il ne fallait pas persécuter les descendants des anciens Romains professant l'ancienne religion ; il fallait maintenir la liberté des cultes, telle qu'elle était réglée par l'édit de Milan, de l'an 3i2, promulgué par Constantin et Licinius , et ne pas intervenir, par la persécution, entre les chrétiens orthodoxes et les ariens, les samaritains ou juifs, les manichéens et autres dissidents.

Il fallait enfin que le despotisme fût tempéré par un sénat indépendant et respecté, par l'organisation d'une justice inamovible et régulière, par des lois fixes, et par une administration équitable et active.

Justinien ne remplit aucune de ces conditions.

An 527 (7 premiers mois).

Mavors, seul consul. — Indict. V, olymp. 3a6, 2 0 année finissant au 1" juillet.

L'an 197 de la fondation de Constantin ople, la V e Indiction, dit Marcellinus , le jour des kalendes (i cr avril), Justinien, depuis longtemps désigné comme nobilissime par son oncle l'empereur Justin, est associé au trône.

Il ajoute que ce prince mourut quatre mois après, ayant régné neuf ans deux mois. Cyrille de Scythopolis, dans la Vie de saint Sabas, écrite vers 553, dit, § 68, que l'empereur Justin, étant vieux, et à cause de ses infirmités, par le dessein de Dieu, et de l'assentiment de tout le sénat, associa à son pouvoir Justinien, protégé de Dieu (GeocpuXaxxov) , fils de sa sœur (àSéX^iSov), consul et stratège (général), qui déjà gouvernait avec force les affaires publiques; et que Justin, de pieuse mémoire, mourut quatre mois après, ayant régné neuf ans (xpo' v <> U( ; évvéa).

Victor de Tunnes dit que Justin associa , malgré lui (invitus , sans doute parce qu'il sentait que c'était abdiquer), sur la demande des sénateurs , Justinien à son trône. Il ajoute que Justinien était le 52 e empereur des Romains; mais ce chiffre ne signifie rien; car on ne sait si on doit compter les Césars , fils des empereurs , qui n'ont pas régné après leurs pères ; ceux qui, proclamés dans les provinces, ont régné partiellement moins d'un an, et les femmes qui ont géré les affaires de l'État comme impératrices. Il n'y avait pas de succession légitime dans cet empire; tandis que chez les Perses, dynastie des Sassanides, la succession était héréditaire, selon la constitution des Mages, quoique les princes, à l'aide du pouvoir absolu dont ils étaient revêtus, y aient dérogé, notamment du temps de Justinien, par l'avènement de Chosroës.

Procope (Anecd., X, 3 et 4) dit que Justinien fut proclamé empereur, par son oncle, trois jours avant la fête de Pâques (qui, cette année, tomba le 4 avril), et doute si le suffi âge arraché par des menaces répétées constitue un avènement légitime. Ce suffrage était l'œuvre d'un corps asservi depuis longtemps, et déjà gagné par Justinien, dont il avait demandé précédemment l'association au

trône, malgré la résistance de Justin, qui, tombé en enfance, était devenu la risée de tous (Anecd., X, a).

II n'y a d'ailleurs aucun doute sur la date du I er avril, pour cette association, car dans sa Novelle XLVII, du jour des kalendes (mois omis) de l'an 1 1 de son règne, le 2* après le consulat de Bélisaire, Justinien déclare (ch. I, § i) que Dieu l'a appelé au gouvernement des affaires des Romains le i er jour du mois d'avril, et qu'ainsi l'on doit, à partir de ce jour, compter la ia e année de son règne (d'où il suit que cette Novelle est ellemême du i er avril). Il veut qu'il en soit ainsi à l'avenir dans tous les actes judiciaires et publics, indépendamment des mentions des consulats et des indictions, et de l'ère particulière à chaque cité; aussi n'y a-t-il pas de médailles des ans i à n de Justinien.

Ainsi la chronologie de ce règne a une base certaine. C'est dans le préambule de cette Novelle remarquable que Justinien rappelle la vieille tradition d'après laquelle les Romains descendent d'Énée, et ont été nommés iEnéades. Mais il ne prétend pas personnellement être un descendant direct d'Énée , et ne prend pas le titre d'jEnéade, comme on le trouve dans des diplômes plus

que suspects, adoptés par des savants de la Renaissance,

comme on l'a vu plus haut.

AWotç $)[AÏv Ô Tpàç 6 potfftXeuç È;etp/et . . . AivefotSctt f|[**T; i\

Èxeivo'j xaXoupeOa . . .

La preuve qu'il ne s'agit que des Romains, et non de

sa famille illyrienne, c'est qu'il nomme ensuite Romulus,

Numa , César et Auguste, comme chefs des dynasties qui

ont régné, et non comme chefs de sa maison.

Procope dit que, peu de jours après cette association

(tyépaiç où rcoXXcûç) , mourut Justin. — L'intervalle étant de

quatre mois, l'expression des Anecdota n'est pas trèsexacte.

Évagrius (IV, 9) donne à Justin 8 ans 9 mois et 3 jours, an de 1ère d'Antioche, lorsqu'il s'associa Justinien, et 9 ans 3 jours lorsqu'il mourut, en août, après avoir ainsi prolongé ses jours de quatre mois, jusqu'au 1 er de Loùs ou Auguste.

Jean Malala (XVII, p. 4aa) dit que Justin avait accompli huit ans et neuf mois de règne, lorsque Justinien et Théodora furent associés à l'empire, et lorsqu'il couronna son neveu de sa main. L'écrivain d'Antioche entre dans beaucoup de détails sur les bienfaits des souverains envers cette cité, sur les constructions qu'il y fit, ainsi que Théodora, et sur un double envoi d'argent de 4o centenaires d'or, ou 4000 livres (4 millions i52,ooo fr. environ). Il régla fortement la police de chaque ville de l'empire ; il envoya des ordres sacrés qui découragèrent les séditieux, quels qu'ils fussent , par les peines qu'il leur fit infliger, et il inspira une terreur salutaire. Théodora et lui nommèrent Hypatius (parent d'Anastase) général en chef de l'Orient, pour repousser les incursions des Saracènes de ce côté; en même temps, les manichéens furent châtiés en grand nombre, et parmi eux la femme du sénateur Êrythrius avec plusieurs autres.

Après ces événements, mourut Justin d'une blessure au pied qu'il avait reçue à la guerre, le I er août de l'Indiction V (527), an 75 de son âge (oe'), ayant ainsi régné neuf ans vingt-deux jours, y compris quatre mois avec son neveu. C'est le seul historien qui , avec la Chronique Paschale, donne l'âge de Justin. Mais il lui retranche deux ans.

La Chronique Paschale a précisé la durée du règne de

Justin à 8 ans g mois 5 jours, et par conséquent fixe son avènement, an 5i8, au a5 octobre. — Quant à Justinien, son parent (<juyyeW)ç), elle ajoute qu'il avait une grandeur d ame au-dessus de tout, ^tyokélux 0 ^ e ' l < OiwpôoMv, étant d'ailleurs très-religieux comme son prédécesseur. Puis elle mentionne une circonstance de plus : c'est qu'il fut proclamé avec Théodora son épouse, |xe-cà «nfc -(a\i.éxr\ç àvaYopeuOei';. — Cependant, quant à la couronne, il ne parle que de celle mise sur la tête de Justinien par son oncle, ce qui eut lieu au mois Xantique, selon les Romains, au I er avril de l'Indiction V, l'an de l'ère d'Antioche, sous le consulat de Mavors, Romain.

« L'empereur Justinien établit un grand apaisement dans Constantinople et dans chaque ville par l'envoi d'ordres sacrés (proclamations) pour faire punir les séditieux et les meurtriers , ceux qui jetaient des pierres ou tuaient dune autre manière , et leur enjoignit d'observer l'ordre au spectacle. Il inspira ainsi une grande crainte de son pouvoir, et fonda la paix dans toutes les provinces. »

Ce passage fait une allusion indirecte aux désordres qui, pendant cinq ans, de 5ao à 525, avaient désolé les villes par les fureurs de la faction des Vénètes, à laquelle Justinien avait eu l'imprudence de s'affilier, et dont il ne se sépara pas néanmoins; mais à son avènement, il comprit, au moins un moment, les devoirs que lui imposait la dignité impériale, qui l'obligeait de protéger l'ordre public envers et contre tous.

La Chronique Paschale termine l'histoire de cette année en disant (p. 617, éd. L. Dindorf) que, dans l'intervalle des mesures de gouvernement ainsi prises par Jus-

tinien, Justin, affaibli par un ulcère qu'il avait au pied, et qui était le résultat d'un coup de flèche reçu à la guerre, mourut au mois de Loûs, le premier du mois romain d'Auguste ou août, le jour du Seigneur, à la 3 e heure de la V* Indiction, âgé de soixante-dix-sept ans, oÇ'. 11 est impossible de mieux préciser les dates, et nul, à l'exception de Malala, ne fa fait aussi bien.

Cette chronique ajoute que Justinien régna sur les Romains 38 ans il mois, ce qui fait 6oj5, /ros', et que son règne part du point où il fut proclamé empereur, au mois Xantique, le premier avril de l'Indiction V.

C'est deux ans de plus qu'il ne faut, si Ton prend l'ère mondaine de Constantinople.

Mais plus bas, p. 688, la même chronique compte à la fin du règne de Justinien ^£' = 6087; c'est dix ans de trop dans ce second chiffre. — La différence entre l'ère mondaine de Constantinople, employée par cette chronique, et l'ère mondaine -d'Alexandrie, suivie par Théophane, est de dix-huit ans; tandis qu'en l'an i er de l'ère, elle n'était que de six ans; la première donnant 55o9, et la seconde 55o3, selon l'Art de vérifier les dates, et même de trois ans seulement selon l'édition de L. Dindorf.

Comme nous ne faisons pas un traité de chronologie, nous ne poursuivrons pas cette comparaison. Il nous suffît de faire voir que l'ère mondaine, dans la Chronique Paschale, ne peut qu'égarer, tandis que les olympiades et les indictions s'accordent avec l'Art de vérifier les dates, en observant toutefois que l'année Olympique partage l'année Julienne en deux parts égales , et ainsi correspond aux six derniers mois de l'une et aux six premiers de l'autre.

L'année 527, dans l'édition de Dindorf, répond à l'an 3; tandis que, d'après le texte, elle devrait correspondre aux années 3 et 4 de la 3a6 e olympiade.

L'Art de vérifier les dates cesse de compter les olympiades à partir de la 4° année de la 294°) répondant à l'an 4oo de l'ère vulgaire; c'est-à-dire que cette année 400 comprend les six premiers mois de Tan 4 de cette olympiade. En continuant le calcul, on trouve pour l'an 5a 5, commencement de la 326 e olympiade, le i er semestre de l'an I er ; — pour l'an 526, le i er semestre de l'an 2; — pour l'an 527, le i cr semestre de l'an 3; — pour l'an 528, le i er semestre de Tan 4, de manière que la 1" année de la 327 e olympiade donne six mois à l'an 529, et ainsi de suite; mais, en même temps, le 2 e semestre de la 4 e année de la 325 e olympiade appartient à 525 ; celui de l'an I er de la 326 e , à l'an 526 ; celui de l'an 2, à l'an 527, et successivement.

Théophane, chron. postérieur de deux siècles, place au 4 e du mois d'avril (p. 266) de la V e Indiction, à la fête de Pâques, l'acte par lequel Justin , encore vivant, mais affaibli, s'associa Justinien, son neveu propre (àve- |(ov ïôiov), le couronna, régna encore avec lui quatre mois , et mourut au mois d'août de la même Indiction, laissant l'empire à Justinien.

Cette légère différence de trois ou quatre jours s'explique par la durée des cérémonies politiques et religieuses qui accompagnèrent cet avènement.

C'est à cette partie de l'année 527, au mois de mai, que l'on doit, à ce qu'il paraît, rapporter l'époque de la mort d'Euphrasius, évêque d'Antioche, enseveli dans les secousses réitérées du tremblement de terre qui affligea pendant un an cette ville célèbre, et l'avènement

plus extraordinaire encore d'un laïque, Éphraïm d'Amide, alors comte cTe l'Orient, au poste d evêque patriarche de cette cité. Théophane (p. 267) en donne pour motif le zèle divin que ce fonctionnaire avait déployé contre les aposchistes (hérétiques). Si ce zèle s'est borné à des exhortations, il semble quelles appartenaient au clergé.

Il est plus vraisemblable qu'il employa contre eux la force militaire dont il était revêtu , et que ce fut là le motif pour lequel le zèle fanatique de cette époque passait par-dessus les règles canoniques, qui exigeaient qu'avant d'être promu aux dignités épiscopales , on eût été au moins ordonné prêtre, et Ton sait que la prêtrise n'était accordée qu'à ceux qui avaient été longtemps diacres et sous-diacres. Il fallait être âgé de vingt-cinq ans pour être élevé au diaconat. — Loi 9 au code Justinien, tit. III, liv. I er . — Par la loi des empereurs Léon et Anthémius, de l'an /\Gg (loi 3i, ibid.), la nomination de Vévêque devait se faire par élection générale. — Justinien, dans une constitution célèbre du mois de février 5a8 (loi 42? ibid.) , a statué qu'au moment de la vacance du siège , les habitants de la cité devaient choisir trois candidats de bonne renommée, sans enfants et non mariés ; mais il n'exclut pas les laïques; et plus tard, dans une Novelle, il exigea seulement qu'ils ne fussent intronisés qu'après avoir subi une instruction de trois mois au moins.

Evagrius (IV, 6), en rapportant la mort d'Euphrasius au milieu des bouleversements du tremblement de terre d'Antioche, dit que la Providence suscita Éphraïm, gouverneur de l'Orient, pour sauver la ville. Ses habitants, reconnaissants de ses services, l'élurent pour leur pontife, et il en reçut cette récompense de ses travaux; mais le

fléau se prolongea encore trente mois, et alors la ville d'Antioche fut appelée Théopolis, et fut l'objet des sollicitudes du prince.

Cependant il ne paraît pas que cette nomination ait entraîné des difficultés ou des retards.

Jean Malala dit qu'Ephraïm dut son élection au clergé, qu'elle fut canonique, et que les souverains se bornèrent à la sanctionner, en lui donnant pour successeur le Tyrien Zacharias. Il ajoute qu'Ephraïm accepta cette dignité malgré lai (XVII, p. 423). Antérieurement, ce gouverneur avait réprimé la turbulence des Vénètes ; maia on se crut oidigé de suspendre les spectacles, et les danseurs furent chassés de tout l'Orient, excepté d'Alexandrie. Malala remarque, p. 4*7? q" e cette interdiction frappa Antioche dès la XIV e Indiction (an 52 1), an 568 de l'ère d'Antioche, et que jusque-là soixante-dix-sept alytarques avaient préside aux jeux de cette cité.

Pour que le comte de l'Orient, qui fut immédiatement remplacé dans ses fonctions, ait accepté ce changement d'état, il faut penser que la dignité épiscopale était la seule qui fut à peu près inamovible, qu'elle était e^ tourée d'honneurs et avait un nombreux persor.uel; que l'évêque avait le droit de parler aux populations, ainsi que le faisait saint Chrysostome, et qu'il avait la disposition de biens considérables, quoiqu'il ne dût pas les appliquer à son profit.

Il existe un monument remarquable de l'association de Justin et de Justinien à l'empire : c'est une petite médaille d'or, du modèle des solidi ou sous, avec une double tête vue de face (Mionnet, II, 401) et la légende

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