‹ Histoire de JustinienChapitre 16 sur 31 · ANS 560-565. É · texte numérisé non relu

ANS 560-565. É

Mohammed (A. Sprenger, Allahabad, i854, Àthên. franc. 28 avril i855), que ce réformateur n'ait été que I organe de ceux qui, dans les six premières années de sa mission, se sont associés à son œuvre, et dont plusieurs étaient plus âgés que lui; s'il est vrai que les plus remarquables d'entre eux professassent les dogmes qui forment la base de la religion, bien avant qu'il eût prêché ses doctrines; c'est à dessein qu'il arbora le drapeau du pur monothéisme. Après avoir, dans ses voyages, étudié les doctrines juives et chrétiennes, il prit pour drapeau religieux cette belle parole : Dieu est Dieu. Mahomet voulut ainsi couper court aux discussions théologiques interminables, souvent si fécondes en dissensions et même en guerres civiles. Le respect dû à la Divinité lui parut devoir interdire toute controverse de ce genre. La chute de Justinien, la dernière année de son règne, sur une question de ce genre, est un exemple mémorable qui n'avait pas échappé aux princes et aux hommes éclairés qui ont vécu au vi° siècle. — Mahomet a fait, d'ailleurs, cesser à la Mekke le culte des idoles et des superstitions grossières; il a respecté la personne sacrée de Jésus- Christ, tout en osant se poser comme le dernier prophète. Les succès rapides qu'il a obtenus semblent prouver qu'il avait compris l'esprit de son temps et habilement profité de l'élan extraordinaire qu'on aperçoit, à cette époque, dans les tribus arabes.

Le négociateur du traité de 56a, Pétros, est vanté par Ménander pour son éloquence , quoique les discours qu'il en rapporte soient plutôt ceux d'un rhéteur que d'un homme d'État (Fragm. i3 et dernier). Il était d'une avarice sordide (Procope, Anecd., XXIV, 7). — F». 45

Il avait écrit une histoire dont Alemanni (p. 97) dit avoir vu des fragments dans les manuscrits du Vatican. Son fils Théodore Contochius (à la main courte) avait été accusé de stellionat, an 34 du règne (56o); et lui-même a commencé sa carrière par une mission en Italie, en se faisant l'agent secret de Théodora. Sa mémoire n'est pas restée pure de complicité dans le meurtre si odieux de la reine Amalasonthe (Proc, Anecd.^ XVI, a). Il mourut à son retour à Byzance.

Au reste, la paix de cinquante ans fut rompue dès l avénement de Justin II, en 566. Théophane de Byzance, qui avait écrit dix livres d'histoire, existant encore du temps de Photius, et qu'il ne faut pas confondre avec Théophane le Chronographe, dont nous avons la compilation, attribue cette rupture à Chosroès, qui se refusa à rendre la Suania, réservée par le traité. Peut-être aussi Justin, qui la revendiquait, voulut-il se rédimer d'un subside honteux, et se flatta-t-il de triompher de Chosroès, devenu presque septuagénaire ?

Ce Théophane nous apprend, dans les fragments conservés par Photius (apud Ch. Muller, IV, 270), que les Turcs dont a parlé Ménander sont d'anciens Massagètes, habitants des bords du Tanaïs, et appelés Kermichiones par les Perses. Us devinrent les alliés des Romains contre les Avares. L'empereur Justin II leur montra le ver à soie, qu'un Perse avait apporté de l'Inde à son oncle Justinien; les Turcs en exprimèrent leur étonnement, parce qu'ils tenaient alors les marchés et les ports où les Sères apportaient la soie, après les avoir enlevés aux Éphtaltites.

Ce renseignement tendrait à faire croire que la soie n'arrivait que par le nord de la mer Caspienne et le Ta-

«aïs, taudis qu'elle devait plus facilement être transportée par rindostan dans la Perse , et de là se répandre dans l'empire, et sur les côtes de Phénicie, notamment à Béryte, où il y avait des ouvriers habiles pour la travailler.

Ce Théophane dit encore que Chosroès porta la guerre chez les Ethiopiens, alliés des Romains, auparavant appelés Macrobiens, et de son temps Homérites; et que son général Méranis prit vivant le roi de ces Homérites ainsi que leur ville et conquit le pays.

Procope nous a appris (ci-dessus, p. 355 et 6a4) que les Ethiopiens Auxumites (d'Axum, auj. Abyssinie), pressés par Justinien , mécontent des persécutions des juifs répandus parmi les Homérites (Himyarites de l'Yémen), chrétiens peu zélés > contre ses marchands, avaient traversé le golfe Arabique, et soumis à leur domination ce beau pays. Les historiens musulmans, d'après l'analyse qu'en a rigoureusement faite M. Caussin de Perceval, dans son Histoire des Arabes, monument remarquable de la science et de la critique moderne (3 vol. in-8°, 1847), rapportent que Dhou-Nowas, souverain de l'Yaman (Yémen), saccagea la ville de Nadjran (Negranes ou Negra, Yambo, port de Médine, ou plutôt Zadrum- Jidda, port de la Mekke), qui avait adopté le christianisme, tandis qu'il professait la religion juive. Justin 1 er , informé de cette catastrophe, détermina Nedjachi (Elesboas des Grecs), roi des Auxumites, à les attaquer, en lui fournissant 600 bâtiments de transport. Celui-ci passa la mer, défit Nowas qui se noya dans la mer, et mit à sa place, vers 5a5, un prince chrétien, Aryat (Esimiphée de Procope, Anganès de Malala , Arétha de Théophane). Cet Aryat régna jusqu'en 537; alors il fut

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tué et eut pour successeur Abraha-el-Achratu, qui régna jusqu'à 570. L'évêque Geronce, envoyé par le patriarche d'Alexandrie, vint en ce pays, et fut chargé d'y rédiger un code de lois, qui existe encore (M. Boissonade, Anccd. gr., t. V), et convertit une partie des Juifs. Abraha fit élever à Sana (peut-être Jidda , port de la Mekke) une église qui fut, dit-on, une des merveilles de ce siècle. Il fut aidé par des ouvriers et des secours des souverains de Constant inople fJustinien) et d'Abyssinie (Elesboas). Il périt lui-même dans une expédition contre la Mekke avec son armée d'Abyssins, probablement par suite d'une épidémie. Sayf, l'un des princes himyarites (homérites), s'était en vain rendu à Constantinople pour obtenir la restitution du gouvernement de son pays, contre les princes abyssins (auxumites) qui l'opprimaient. Comme il était juif, il n'obtint rien. Mais, après la mort d' Abraha, il s'adressa à Nôraan, fils de Mundhir IV, roi de Hira, vers 5^4) et en obtint son secours. Grâce à sa protection et à celle de Chosroès (Kesra), il tua le vice-roi abyssin, et, ayant recouvré la royauté, devint tributaire de la Perse. Mais, selon les historiens arabes, Chosroès reconnut l'impossibité d'envoyer une armée si loin; le secours qu'il donna était faible, et arriva par mer à Aden, ou Mayôun, d'où il put se présenter devant Sana et la prendre. Selon M. C. de Perc., Sana n'est autre que l'ancienne Auzelis ou Auzal (sans doute Ocelis ou Aeila près le cap Babel-Maudeb, de la carte VIII, Petits GèogrX

11 est étonnant que Bulica, port des Homérites ne figure dans aucun de ces récits ou dans ces cartes; ce doit être Hodeida ou Loheia , en face du port auxumite d'Adulis.

Au reste, l'autorité de Procope nous paraît renverser

la chronologie de ces récits. Cet historien dit clairement (G. des P., I, ao) que ce fut sous Justinien, alors qu'Esimiphée, Homérite mais chrétien, tributaire d'Hellesthée, roi des Auxumites, vers la fin du règne de Cavadès, envoya Julianus pour solliciter les Homérites et les Auxumites de faire une diversion à son profit contre les Perses. Après la mort d'Hellesthée, vers 53o,, les Arméniens défectionnaires se plaignaient à Chosroès de l'énorme extension de la puissance de Justinien de ce côté; Esimiphée avait été tué pour son excessif dévouement aux Auxumites oppresseurs, et les Homérites confièrent la royauté à Abraham , chrétien il est vrai et ancien esclave d'un Romain, qui défit les troupes d'Hellesthée, à deux reprises, et néanmoins se reconnut son vassal. Abraha promit à Justinien de marcher contre les Perses, mais il en était trop éloigné, et n'attaqua pas même Alamoundar, leur allié. Quoi qu'il en soit, le christianisme se maintint à Nadjran jusqu'au temps de Mahomet. Celui-ci dans sa jeunesse entendit Coss, fils de Saida, qui en était l'évêque, prononcer des discours pleins de charme.

Malala (XVIII, p. 492) parle, en l'Indiction onzième, au mois de novembre, répondant à la fin de 563, de quelques succès obtenus en Italie par le patrice Narsès , notamment de la prise de Berœe (probablement Vérone), et de Brincas (Brixia), villes fortifiées des Goths ; et, un peu plus loin (p. 4g5), au mois de janvier de la même Indiction (564), d'une révolte en Afrique. Elle fut causée par le meurtre du chef des Maures, Cutzinès, que le gouverneur, Joannès Rhogatinus, le héros de la Johannide de Corippus, avait ordonné, parce qu'il refusait de payer le tribut. L'histoire dit que ce fut par trahison. Les fils du prince maure prirent les armes pour venger leur père ;

et J us ti nie m , reconnaissant la faute de son général , le remplaça par Marcian us. Théophane (ad A. 6o55, p. 369} parle du même événement, et de la réconciliation des Maures, qui assura la paix de l'Afrique.

En février 6o55 (563), selon Théophane , l'empereur ordonna aux compagnies des gardes scholaires , résidant autour de la capitale, de se rendre à Héraclée en Thrace, et aux villes voisines , sans doute parce qu'il craignait une nouvelle invasion des Huns. Ces compagnies se mutinèrent contre leur chef; mais Théodore, fils de Pétros, parvint à les faire rentrer dans l'ordre par des paroles menaçantes.

La même année, Raesipolis, probablement voisine du Danube, fut prise par les Huns. L'empereur se hâta d'envoyer de ce côté un généralissime, Marcellus , et son neveu Justin (depuis empereur), avec une forte armée, et l'ordre de délivrer la ville et la contrée Perside. Au mois d'avril , les Huns s'emparèrent aussi d'Anastasiopolis en Thrace (Théoph., ad A. 6o55, p. 366); ce seul mot prouve que la Perside n'est pas la Perse , ni la ville de Carie, nommée par Hiéroclès. On ne dit pas ce qu'il advint de cette invasion de la Thrace ; probablement, les Huns se retirèrent après avoir pillé, selon leur usage.

Quant aux faits particuliers de ces cinq années, ils sont peu significatifs.

Au mois de mai 56o (il s'agit de la fin de l'Indiclion VII), Ziraarque, autre que l'un des trois oncles de l'empereur, depuis longtemps décédés, fut destitué de sa place modeste de préfet de la maison impériale de Placidie (Malala, XVIII, p. 490). N'est-ce pas le même que Théophane cite l'année suivante, comme revêtu du titre de comte de l'Orient ?

Le 1 3 du même mois, pendant la cérémonie du Génethlion, fête des naissances, jusque-là retardée, les Vénètes , indomptables dans leurs habitudes séditieuses, et bravant une police toujours impuissante , se ruèrent sur les Prasiniens. L'émeute dura deux jours. Maronius, comte des cubiculaires, et Justin, curopalate (depuis Justin II), eurent bien de la peine à se rendre maîtres du terrain. Elle se renouvela par des incendies, et, malgré des sentences capitales, elle se prolongea soixante-dix jours. A quoi donc le pouvoir absolu est-il bon ?

Au mois de juin de la même Indiction, répondant toujours à 56o, les citoyens professant l'hellénisme, c'est-à-dire l'ancienne religion grecque ou païenne modifiée par des formes chrétiennes , furent promenés par la ville de Constantinople, comme des criminels; leurs livres furent brûlés dans le Cynégétique, ainsi que les images de leur dieux obscènes? (Malala.)

Ne suffisait-il pas de punir de peines de police les auteurs et distributeurs de ces images, et ne devait-on pas respecter ceux qui avaient conservé la foi de leurs pères, en les éclairant de leurs erreurs par la persuasion ? Il faut sur ce point lire l'histoire de la chute du paganisme dans l'Occident, par M. le comte Beugnot.

11 y eut, selon Théophane (ad A. 6o53), 56i, des conflits meurtriers entre les orthodoxes et les partisans de Sévère, ex-patriarche d'Antioche. Zimarque, comte de l'Orient, fut chargé de punir les séditieux. Il en eiila beaucoup et confisqua leurs biens; il en fit écarteler d'autres. Cédrénus confirme ces excès, et en attribue la punition à Justinien. Lebeau (IX, 4^5) confond les deux persécutions. Il ajoute que Germain, évèque de Paris, passa cette année à Constantinople, au retour de la Pa-

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lestine, et refusa l'or que Justinien, trop riche apparent' ment, le pressa d'accepter.

En juin 56o, un apporta à Constantinople les actes du synode romain relatifs à 1 élection du nouveau pape , Jean III, dit Catelin. On a vu qu'une loi des rois goths avait expressément stipulé la vérification des titres de I election papale. Point de doute que Justinien n'ait succédé à cette prérogative qui n'appartenait aux patriarches et aux métropolitains que sur les évêchés suffragants. Le pape n'avait alors d'autre titre que celui de premier patriarche , et qu'une autorité morale sur les autres patriarches et sur le reste de l'église catholique.

Cependant, depuis 3 12 que le culte chrétien était libre, ces pontifes, malgré leur dépendance temporelle, ont pu faire un bien infini , et contribuer beaucoup a maintenir une foi commune parmi les chrétiens. D'ailleurs de siècle en siècle, et même plus fréquemment, les conciles généraux venaient en aide à leur faiblesse.

Théophane rapporte à l'an du monde 6o5a et à l'an premier de l'épiscopat d'Athanase à Antioche le commencement de la construction du pont en pierre du Sangaris ou Sangarius, limite orientale, selon Strabon, de la Bithynie. Cédrénus l'avance d'une année, en parlant de la trente-troisième du règne, correspondant à 55c;.

On a vu (ad A. 535) que Zonaras (XIV, 7, p. 64) en parle immédiatement après le récit de la mort du patriarche Epiphane, et l'avènement d'Anthime au siège de Constantinople.

Procope donne plus de détails en son traité îles Edifices (V. 3, p # 3i 4) , et comme ce traité a précédé de plusieurs années la rédaction des Anecdota, sou dernier ouvrage de 559, nous croyons qu'il est préférable de suivre

l'opinion de Zonaras. il est impossible de croire en effet que Procope ait rédigé en même temps deux écrits dont l'un est si louangeur, l'autre si amer et si agressif contre Justinien \

D'ailleurs, le patriarche d'Anùoche, an 55g-56o> est, selon Evagrius (IV, 39), Anastase, et non Athanase. Evagrius est un contemporain, et Théophane, suivi par Cédrénus, n'est qu'un écrivain du neuvième siècle.

En 56 1 (6o53 et Indiction IX e selon Théophane), le 9 septembre , le bruit se répandit que l'empereur était mort, parce qu'à son retour d'une excursion eu Thrace, il ne s'était pas montré en public. Les boutiques furent fermées; on se porta en foule chez les boulangers. Le sénat se réunit, et envoya le préfet de la ville pour ordonner l'illumination des maisons; c'était une manière de prier pour le salut de l'empereur, qui était en effet gravement indisposé.

Justinien étant revenu à la santé, Eugène, ex-consulaire, accusa l'intendant des bains d'Antiochius d'avoir voulu proclamer empereur Théodore , fils de Pétros, maître des offices , et d'avoir entraîné dans ce complot Gérente, préfet de la ville.

C'était une fausse accusation dont il fui puni par la confiscation de ses biens. Il échappa au supplice en se réfugiant dans une église; mais il fut justement poursuivi par l'a ni m ad version publique.

• Lebeau et Saint.Martin croient (IX, 424) que la construction de ce pont de cinq arches ne date que de 560. M. Tcluhatchef (Statistique de l'Asie Mineure, 1853, p. 136-155) ne s'explique pas à cet égard; mais il remarque que ce fleuve a plusieurs fois changé de lit, et qu'il s'est ensablé au point de devenir guéable en plusieurs points; il semble placer le pont de Justinien à Gueweh.

Lebeau rapporte (IX, 443) à l'an 563 une demande de subside que fit Justinien à Juliana Anicia, dont la fortune égalait la noblesse. Celle-ci fit couvrir de lames d'or lëglise de Saint-Polyeucte, et, les lui montrant, lui dit que c'était toute sa fortune et qu'il pouvait la prendre, ce que Justinien n'osa faire. Ce fait, rapporté par Grégoire de Tours {de Gloria martyrum, I, io3), date, au contraire, du commencement du règne, puisque Anicia mourut à cette époque. (V. ci-dessus, p. 3 1 4-3 1 5 .

Il y eut, selon Théophane, en 6o56 (563 ?), une émeute nouvelle dans les Pittaques de Constantinople , au mois d'octobre ; et, au mois de novembre, une disette d'eau ; puis une disette de blé , par la non-arrivée de la Botte d'Alexandrie, qui fut obligée de décharger sa cargaison dans les magasins de Tenedos, les plus beaux que Justinien eût fait construire. (Proc., des Édif., V, i.)

Cette disette momentanée détermina l'envoi de processions jusqu'à Jérusalem.

En 564, lors de la nomination d'Andréas aux fonctions de préfet de la ville, au moment où il se rendait au prétoire, une émeute fut commencée par les Prasiniens , et soutenue par les Vénètes ; on força les prisons et il y eut un combat de plusieurs heures. Justin le curopalate, depuis empereur, en triompha.

Malala (XVIII, p. 495) rapporte au commencement de la onzième Indiction, c'est-à-dire en 56a, la seconde dédicace (to Seutepov) de Sainte-Sophie , par suite de la réédification de son trulium, et sa surélévation de 3o pieds; car ensuite il parle du mois de janvier de la même Tndiction, c'est-à-dire 563; l'Indiction douzième n'a commencé qu'au i er octobre de cette année.

La Chronique Paschale (p. 687) assigne I événement

à l'an 36 de Justin ien, en l'Indiction onzième (c.-à-d. à 56a), et en même temps an 22 oprès le consulat de Basilius, et au 24 décembre en l'Indiction douzième, c'està-dire à la fin de Tannée 563. V. ci-dessus, p. 693.

Lebeau (IX, 449) pense aussi que la deuxième dédicace célébrée par Paul, l'un des silentiaires , date de la veille de Noël 563; c'est l'opinion de M. W. Salzemberg. Un artiste anglais vient de donner une nouvelle description de cet admirable monument {Moniteur, 26 mai 1 855).

Malala dit que dans cette cérémonie le patriarche Eutychius, en élevant aux yeux du peuple le saint Évangile , prononça les fameuses paroles latines : Attollite portas, principes, itestras, etc.

A l'occasion des travaux d'Anthémius pour la restauration de Sainte-Sophie, Agathias (V, 7, p. 291) rapporte un fait curieux. Anthémius était en discussion avec un sénateur, son voisin, qui lui fit perdre un procès pour un mur mitoyen. Pour s'en venger, ce grand homme fit chauffer 4e grands vases contigus aux appartements du sénateur, et produisit une telle évaporation dans les eaux qu'il y avait fait verser, qu'il en résulta une explosion qui enleva le plafond de l'appartement supérieur, et une commotion telle que le sénateur s'enfuit, s écriant que c'était comme un tremblement de terre; le voisinage en fut aussi alarmé.

C'est, dit le général Andreossy, membre de l'Académie des sciences, le premier exemple connu par l'histoire de la force expansive de la vapeur (de Constantinople et du Bosphore, 1828, p. i85-i86).

Evagrius (dans la vie de Justin II, V, 3) parle d'une conspiration contre la vie de ce prince, ourdie par le sénateur ASthérius , intendant de la maison impériale

sous Justinien , lequel avait d'ailleurs pillé les fortunes des morts et des vivants; il avait pour complice Addée, autre sénateur, scélérat consommé comme lui, et flétri par son amour infâme pour les garçons. Le premier .confessa son crime ; le second nia sa complicité, mais avoua, en marchant au supplice, qu'il avait antérieurement fait périr Théodote, préfet de la ville, par art magique. On ne comprend guère comment il a pu convenir d'un crime imaginaire. Quant à iEthérius, il avait été déjà impliqué dans une accusation de complot contre Justinien.

Malala, en effet (XVIII, p. 49$), dit qu'en novembre de l'Indiction onzième (56*2) Ablabius, Marcellus, l'orfèvre , et Sergius , petit-fils d'jEthérius , intendant du palais, avaient arrêté le projet de surprendre l'empereur dans son lit. Ils communiquèrent leur complot à Eu sèbe, comte des alliés (sans doute les barbares stipendiés), et à Joannès, fils de Donatiole. Leur complot fut révélé. Au moment de leur entrée au palais, Marcellus, arrêté, se tua de trois coups de poignard ; Sergius, réfugié dans le temple de la Vierge aux Blakernes , en fut arraché, comme criminel de lèse-majesté. Dans son interrogatoire, il dénonça comme complices Isaac, argentaire ou banquier, familier de Bélisaire, Paulus, son intendant, et un autre. Ces hommes, livrés à leur tour à Procope, alors préfet de la ville, et à Constantin, questeur, accusèrent Bélisaire d'avoir connu le complot. Justinien réunit une commission d'enquête, où il appela de grands personnages, notamment le patriarche Eutychius. Bélisaire témoigna son indignation contre les dénonciateurs, et protesta de son innocence. Constantin, le questeur, devint suspect de partialité , à cause d'iËthérius ,

compromis par l'arrestation de Sergius. Les conspirateurs furent examinés par une nouvelle commission présidée par Murinus, comte des gardes du palais, et Constantianus, maître de la milice. Quoique Bélisaire n'eût pas été convaincu de culpabilité, il demeura suspect à Justinien, qui lui retira tous ses honneurs.

Théophaue (ad A. 6o55, p. 367), 56a , rapporte que la conspiration, qu'il suppose réelle comme Malala , fut dénoncée par Joannès, protégé de Domentziole et logothète, qui surprit les conjurés : il ajoute que Bélisaire fut formellement accusé de complicité avec Isaac et Vitus, argentaires, et Paul, intendant de sa maison. L'illustre général fut mandé devant la commission où siégeait le patriarche. Malgré sa douleur et ses protestations, Justinien, après avoir exprimé sa colère avec éclat, ordonna qu'il fût détenu dans son palais. Au mois d'avril suivant (563), Procope, préfet de la ville, qui avait procédé à l'information du procès, fut révoqué de ses fonctions, et remplacé par Andréas, un des logothètes (intendant des finances), qui fut insulté eu public. Enfin au mois de juin, le 19, Bélisaire fut rétabli dans ses honneurs, et rentra en grâce auprès de l'empereur (/£«/., p. 370).

Ici Lebeau (IX, 469) réfute la fable, qui a cours depuis le moyen âge, du supplice infligé à Bélisaire, auquel Justinien aurait fait crever les yeux , et de la misère où il le réduisit, quoique aucun auteur contemporain n'en ait parlé. Il pense, comme nous, qu'on l'a confondu avec J. de Cappadoce, qui fut, en effet, obligé de demander l'aumône. Gibbon réfute aussi cette fiction.

Ni Malala ni Théophaue ne disent un seul mot qui prouve que Procope, préfet de la ville lors de ce procès,

soit le même que l'historien de ce nom, assesseur de Bélisaire, qui probablement est mort vers 559, après avoir écrit les Anecdota , et qui n'aurait pu être choisi ni accepter de telles fonctions en 56a. C'est aussi l'opinion de Lebeau (IX, 448).

Justinien se rendit au mois d'octobre de l'Indiction douzième (563), pour un pèlerinage, à Myriangélès, ou Germies (Germa, ville de Galatie, près de la source du Sangarius, à 39 0 i5' de huit., ag° 45' de long.). C'est, depuis qu'il était empereur, le plus long voyage qu'il eût fait, quoique la distance de Constantinople ne soit que d'environ 4«o kilom. (Théoph., p. 371).

En 565 (XUP Indiction), au mois de mars (Théoph., ad A. 6o5j, p. 37a), Bélisaire mourut à Constantinople, et toute sa fortune passa à la maison impériale de la Marina. Pour que les historiens contemporains ne se soient pas récriés contre une telle dévolution , il faut supposer que Joannina, fille de Bélisaire, était morte sans enfants, et que la cupide Antonina avait aussi précédé son faible époux au tombeau; car elle aurait eu soin de se faire donner son immense fortune. — Photius, son fils, existait encore, mais il s'était fait prêtre pour échapper à Théodora, et avait même changé de nom. Toutefois Zonaras (XIV, p. 69) dit que la fortune de Bélisaire fut confisquée par Justinien; cet écrivain est de plus de six siècles postérieur à l'événement, mais il paraît digne de confiance.

En 563, selon Malala, pendant le mois de décembre, Justinien fit publier dans les églises un édit sur la nature de J. C. Il ne faut pas, disait-il, reconnaître une seule nature, mais deux, après l'Incarnation, ce qui semble orthodoxe; où yp^ |A*ti t^v fvbxuv ÏÀytv* ptav cpucrtv, àXkk ouo ouwXoysîv (XVIII, p. 495); mais il y joignit sans doute

des correctifs ou développements téméraires. Cet édit est perdu; et c'est probablement celui par lequel il tomba dans une hérésie condamnée par l'Église.

Evagrius, plus près de l'événement, dit (IV, 39) que

pendant que Jean dit Catelin gouvernait l'Eglise de l'ancienne Rome; Jean de Jérémie, celle de la nouvelle (Constantinople) ; et Anastase , celle de Théopolis (Antioche), l'empereur publia un édit par lequel il prétendait que le corps de J.-C. était incorruptible (a^aprov), et qu'il avait mangé après comme avant sa passion, et entrait dans d'autres détails aussi inconvenants. 11 força les prêtres en tous lieux d'y souscrire. Ceux de l'Orient s'en référèrent à la décision préalable d' Anastase. Ce prélat résista aux instances de Justinien , le combattit, et dit qu'il préférait être banni que de changer de foi. 11 envoya les motifs de son opposition aux moines de la Première et de la Seconde Syrie. Lorsque Justinien vint à mourir, il avait déjà fait ses adieux à tfon troupeau, ne doutant pas de la vengeance du prince.

Justin II, après son avènement, arrêta la persécution, et publia même une profession de foi ou un édit (Evagr., V, 1), dans lequel il reconnaissait que J.-C, quoique Dieu, avait souffert comme homme. Néanmoins, au lieu de récompenser Anastase de sa fermeté, il l'expulsa de son siège, sous prétexte qu'il employait à de mauvais usages les fonds dont il avait la disposition, et qu'il l'avait outragé lui-même en refusant de les lui remettre. Malgré l'iniquité de cette mesure et cette usurpation de pouvoir, puisqueaucun synode ne fut convoqué pour juger ce patriarche, le moine Grégoire, qui accepta sa succession à la sollicitation de Justin, fut reconnu et gouverna cette Église pendant plus de vingt ans. Quel fait montre da-

vaiitage qu'il n'y avait alors rien de sacré, et que l'élection ecclésiastique ainsi que l'inamovibilité n'étaient qu'un vain mot, même dans l'Église, quoique ce fut alors l'institution la plus respectée ?

Théophane (ad A. 6057) se tait également sur la destitution du patriarche Eutychius , remplacé à Constantinople par Joannès (et non Jérémie), apocrisiaire de la grande Antioche. Ce prélat fut exilé à Amasée, sa patrie, par ordre de Justinien , et ne fut rétabli sur son siège qu'en 577, après la mort du patriarche intrus. On ne sait pas de quel délit ecclésiastique ou politique cet éminent personnage fut accusé. Justinien, dit ce chronographe (p. 37a), remua le dogme relatif à l'ofyôapTov, et expédia à ce sujet un édit qui s'éloignait de la vraie foi.

Zonaras (XIV, p. 69) dit le premier qu'Eutychius fut un de ceux qui résistèrent à Justinien lorsqu'il tomba dans cette hérésie, que Dieu, en s'incarnant, n'avait pas pris une chair mortelle, ce qui constituait la doctrine des aphtardocétes. Ce fut, ajoute-t-il, la cause de son exil à Amasée. Rien en effet ne paraît plus vraisemblable. C'est aussi l'opinion de Lebeau (IX, 453). Cet Eutychius avait été jusque-là, et depuis plus de dix ans, investi de la plus grande confiance de l'empereur.

Nicéphore Caliiste (XVIII 19) atteste aussi cette cause de dissidence, et rapporte longuement l'opinion nouvelle adoptée par Justinien sur le mystère de l'incarnation. — Il ajoute que les évêques et les prêtres expulsés pour cause de religion furent réintégrés dans leurs fonctions, ce qui est inexact à l'égard des deux plus notables, les patriarches de Constantinople et d' Antioche; on ignore ce qu'ont fait dans cette crise ceux de Jérusalem et d'Alexandrie.

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