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Ce n'est qu'une recommandation adressée à ce lieutenant de l'empire en faveur de la famille des Tuions, qui, depuis plusieurs siècles, avait figuré parmi les nobles maisons de Rome. Elle avait été obligée d'émigrer pendant la domination des Goths et des V andales (on ne croyait pas les Vandales en Italie), et fourni plus de cent vingt victimes à la persécution. Us s étaient réfugiés en Vindélicie et en Rliétie, et avaient perdu leurs biens. L. Gulbinus Titio, l'un d'eux, avait péri glorieusement en possession du grade de tribun militaire, dans la campagne où Wittigès fut fait prisonnier. Il avait laissé trois fils, tous servant contre les ennemis de l'Etat, dans le duché d'Italie. L'empereur lui enjoint, sous peine de cent livres d'or d'amende (plus de 100 mille fr.J, de les réintégrer dans les biens qu'ils avaient possédés à Rome et dans cinq contrées qu'il désigne, et d'en expulser les détenteurs sans indemnité, parce qu'il ne reconnaît en ceuxci ni bonne foi ni prescription. C'est, comme on voit, une confirmation de l'impolitique et inexécutable loi de 554. L'exagération de l'amende imposée à Narsès, en cas d'inexécution, semble une reconnaissance de la part de Justinien de la difficulté de la réintégration.
Les lois sans date pourraient sans doute être analysées ici; mais nous avons essayé de les classer d'après l'ordre de législation auquel elles paraissent appartenir.
11 existe d'ailleurs bien des incertitudes sur les indications chronologiques , ainsi qu'on peut le voir par la comparaison de l'édition savante de Godefroy, et de la
dernière édition de Reck.
Nous revenons aux faits militaires de ces années; ils sont aussi pauvres que les lois.
r,«J8 CHKONOLOGIK HISTORIQUE.
On rapporte à l'an 35 de Justinien (56i) l'expédition faite en Italie par les Francs, sous la conduite d'Ammigus. Narsès envoya à ce général, alors campé sous les bords du fleuve Attisus (ou Athesis, l'Adige?), un patriceet un conseiller privé de Justinien , pour lui représenter que des préliminaires de paix étaient signés entre les Francs (alors gouvernés par Clotaire I er ) et les Romains ; Ammigus répondit qu'il ne poserait pas les armes tant qu'il pourrait lancer un javelot (Ménander, fragm. 8 e \ Paul Warnefride, ou Paul Diacre, contemporain de Gliarleinagne, dans YHist. des Lombards , dit qu'Ammigus était venu au secours de Widin, comte des Goths, révolté contre Narsès, reconnu par la majorité de ses compatriotes duc d'Italie, depuis près de dix ans; il ajoute qu'il fut vaincu et tué, et Widin envoyé prisonnier à Constantinople. Cette tradition est confirmée par l'autorité, tort peu imposante, d' Ai moin (liv. II il es Gestes des Francs). Le continuateur de la Chronique de Marcellinus appelle le général des Francs Omni-Rugus, et suppose que sou incursion eut lieu l'an 33 de Justinien, c'est-à-dire en 559-
Puisque Grégoire de Fours ne parle pas d'Ammigus, c'est que peut-être le roi des Francs resta étranger à cette expédition , et qu'Ammigus était le commandant des Francs établis au nord du Pô.
Clotaire s'était mis à la poursuite de son fils Chramne, réfugié en Bretagne auprès de Conobre, duc indépendant de cette grande province de l'ancienne Armorique. Il y eut une bataille où le duc des Bretons fut tué. Le malheureux Chramne, fait prisonnier, fut brûlé vif avec sa femme et ses filles; il était enchaîné avec le linge de l'autel qu'on nomme l'oraire. Ce père barbare, qui avait cru obtenir au tombeau de saint Martin, à
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Tours, la rémission de ses crimes, mourut, en 56i, d'une fièvre qu'il prit à la chasse, à l'âge de cinquante-un ans. Sur son lit de mort il s'écria: » Quel est ce Roi des cieux qui tue ainsi les grands rois de la terre? « Ses fils le portèrent en grande pompe à Soissons, où il fut enseveli dans la basilique de Saint-Médard. Il était orthodoxe! (Grég. de T., IV, ao et ai ; Frédég., ép. 5a, etc.). Mais était-il chrétien véritable?
L'an 36 N de Justinien (56a) (d'après M. Ch. Muller, sur les fragments de Mênander\ les Avares envoyèrent une députation à Justinien pour réclamer les terres qu'il leur avait promises. Sur l'avis du général Justin, son neveu , l'empereur leur désigna la seconde Pannonie, auparavant assignée aux Erules. — Les Avares prétendirent qu'ils ne pouvaient pas s'éloigner de la Scythie, voisine des bouches du Danube (la Moldavie et la Bessarabie). Justinien, informé qu'ils méditaient le passage du fleuve pour envahir la Thrace, amusa par des présents leurs ambassadeurs, auxquels leur chef Bajan 1 avait commandé la plus grande célérité, et fit enlever, par Justin , les armes qu'ils avaient achetées. Ainsi échoua leur entreprise. Bientôt les Avares tournèrent leurs armes vers la frontière orientale de l'empire des Francs, où, quoique battus par Sigebert, roi d'Austrasie (vers 56a), ils firent une nouvelle incursion vers 568, et le battirent à leur tour (Grégoire de Tours, IV, a3).
On rapporte aussi à l'an 56a l'apparition sur la scène politique des Turcs commandés par Silzibule, lequel se vantait de tirer une vengeance éclatante des pertes qu'ils avaient subies dans un conflit avec les Avares: « Ils nc-
> on prétend qu'il *e convertit à la religion chrétienne. (I*. S., p. 208.)
taieut, disuit-il, ni des oiseaux, pour éviter, en s'envolant, notre glaive, ni des poissons, pour disparaître sous les eaux. Ils ne nous échapperont pas, quand nous aurons terminé la guerre contre les Ephtaltites. »» Catulphe, chef de ceux-ci, disait à son tour : « Un seul chien est plus fort dans sa maison que dix chiens assaillants » (Ménander, fr. 10).
Le fragment n* de cet historien contient un long récit de la manière dont fut conclu un traité de cinquante ans entre Chosroès et Justinien. Les plénipotentiaires, Petros, maître des offices deByzance, et Jesdegusnaph, zick ou grand dignitaire chez les Perses, se réunirent auprès de Dares, sur les frontières des deux empires. On y convint de la reddition du pays des Lazes (la Colchide) aux Romains, à l'exception de la Suanie, hahitée par des brigands du Caucase; le passage de Chorulzon (Tzur) et des portes Caspiennes fut interdit aux Huns, aux Alains et autres barbares; la liberté du commerce fut rétablie, moyennant le payement d'un décime aux bureaux désignés. La liberté du culte des chrétiens, même en Perse, y fut stipulée, à condition de n'y pas faire de propagande. Justinien, ce prince si intolérant chez lui, reconnaissait donc alors que la liberté des cultes est un des plus grands biens de l'homme. Mais ce traité devint honteux, parce que Justinien souscrivit à un subside annuel de 3o mille pièces d'or (4 millions 5oo mille fr.)età un payement de dix ans d'arriéré. Théophane le Chronographe dit que ce traité n'était que de sept ans, et que Pétros l'apporta en 564 ( aa * A. 6o55, p. 370).
Dans la ratification, Chosroès y prend les titres pompeux de divin, roi des rois, grand des grands, favori des dieux, etc., qui ne se trouvent pas tous dans ses raé-
dailles, tandis que Justinien se montre cette fois modeste, à moins que l'acte officiel ne soit perdu.
Une discussion se'rieuse s'établit ensuite-sur une réclamation d'Ambros, fils d'Alamoundar , chef des Arabes Saracènes, cet allié des Perses si longtemps redoutable aux Romains. Il prétendait que son père avait reçu un subside de Justinien, tandis que l'ambassadeur de ce prince disait n'avoir fait que des présents temporaires.
Ces Arabes étaient d'ailleurs compris dans le traité de paix, mais leur réclamation d'argent n'eut pas de suite.
Cet Ambros est l'Amr III des chroniques arabes ; son père, Moundhir III, était mort au commencement de 56a, assassiné dans son camp par des émissaires d'Arethas, chef des Saracènes alliés des Romains, qu'il venait attaquer. Les Arabes de Moundhir , successeurs des Tenoukhiltes, avaient quitté le pays de Rahrayn (partie orientale de l'Arabie, en face l'île du même nom, dans le golfe Persique), pour fonder, vers 198 de l'ère V, dans l'Irak, sur ou près la branche occidentale de l'Euphrate et de la jonction de ce fleuve avec le Tigre, une ville de Hira aujourd'hui disparue, non loin d'Anbar (Ancobaritis ou Pirisabora), à 3 milles de la ville postérieure de Goufa. Malheureusement l'excellente histoire des Arabes, par M. Caussin de Perceval, à laquelle nous empruntons ces détails, manque d'une carte de l'Arabie, et la plupart des villes ou contrées qu'elle nomme ne se trouvent ni dans les cartes anciennes ni dans les cartes modernes, ce qui rend les rapprochements très-difficiles. Ces Arabes étaient voisins et furent souvent tributaires de l'empire des Perses; mais ils pouvaient faire des incursions du côté de Palmyre et de la Palestine, et jusqu'en Syrie; c'est ce qu'ils firent du temps de Jus-
tinien. Ils eurent pour reine , vers le milieu du troisième siècle, une très-belle femme, Zebba, guerrière (peut-être Zénobie), qui étendit leurs possessions
jusqu'à la Palmyrène Nôman , un de leurs princes,
vers 4» 6, paraît s être converti au christianisme; mais Moundhir I rr , son fils, qui régna de 4i8 à 462, combattit les Romains, et suivit le drapeau des Perses. Moundhir III, Sekikès, ou fils de Chukika, commença de régner en 5i3; on dit qu'il embrassa le christianisme, et bâtit des églises à Hira. Il est certain que Sévère, alors patriarche d'Antioche, lui envoya deux évêques; mais il les congédia , en disant qu'un Dieu ne pouvait pas être mort sur la croix; et depuis il se montra très-hostile aux Romains et aux chrétiens, sans distinction de sectes. Sa haine contre Aréthas (Harith) paraît venir de ce qu'en 5 1 8, celui-ci l'avait un moment supplanté dans la faveur de Cavadès, roi des Perses, persécuteur, lui et son/ fils Chosroès (Kesra), des Manichéens; celui-ci le rétablit dans sa royauté vers 5a3. Amr, fils de Moundhir III, ne régna que jusqu'en 5j4- Ses successeurs, tantôt indépendants , tantôt sujets de la Perse, se soumirent à la puissance de Mahomet, et embrassèrent l'islamisme, entre 628 et 63 1.
On a ru les réclamations du fils d'Alamoundar contre l'empire. En l'an 60S6 (répondant à 564), Aréthas, son antagoniste, vint à Byzance réclamer, pour le fils qui devait lui succéder (on sait qu'il en avait perdu d'autres par la cruauté d'Alamoundar), le commandement des Saracènes, constants alliés des Romains, et le subside qui lui était payé annuellement. Il demandait aussi la réparation de ce qu'il avait souffert de la part d'Abaros (Amhros) fils d'Alamoundar (Théoph., p. 371); il ne paraît pas que ces demandes aient souffert difficulté.
Cet Aréthas est le chef des Arabes de l'illustre tribu de Ghassan, ou Arabes de Syrie, qu'on rattache à la famille d'Odenat, qui a régné sur Palmyre (M. C. de Perceval, II, liv. 5). Ces princes reçurent, vers 272, le gouvernement de ces Arabes, sous le titre de phylarques ; ils embrassèrent le christianisme. Une portion de cette famille alla s'établir à Yathrib, depuis Médine, vers 3oo. Les phylarques Ghassanides secondèrent Julien dans son expédition contre les Perses, en 363. Leur christianisme n'était pas très-ferme ni très-éclairé. Djabala III, ou Harith IV (Aréthas) , régna sur eux de 49$ à 629. On croit qu'il fut tué, vers 529, par Moundhir III (Alamoundar), et qu'il ne faut pas le confondre avec cet autre Aréthas (Harith V el-Arad), qui se joignit aux ducs de la Phénicie, pour repousser Moundhir III de ces frontières; il était fils du précédent, et reçut de Justinien le titre de roi. Il était inférieur à Moundhir III. Il eut pour successeur son fils Djabala IV, ou Harith VI. Le dernier prince de cette famille, Djabala VI, tenait un rang considérable en Syrie, et fut célébré par le poète Hassân, qui embrassa l'islamisme en 622 (M. de Perceval, II, p. 256). Il se soumit lui-même au calife Omar, en 63? ; mais, par suite d'une insulte, il se réfugia à Constantinople, où sa famille et son nom se conservèrent longtemps.
Procope a parlé d'un prince arabe sous le nom d'Abocharab, qui était aussi, vers 529, phylarque des Arabes de la Palestine. Il reçut cette dignité de Justinien, pour lui avoir cédé la souveraineté des parties de l'Arabie baignées par la mer Rouge, limithrophe de la Palestine, et du pays des Maaddéniens au sud (Madianites de la Bible), c'est-à-dire du Phœniconte ou pays des dates (Proc, G. des P., I, 19; des Édif., V. 8). M. C. de Per-
ceval (II, a3i) pense que ce prince arabe est Abou- Carib, qui seconda Justinien dans la répression des Samaritains, et qui eut pour sa part, selon Malala, 20,000 prisonniers, qu'il envoya vendre en Perse et en Etbiopie. Il venait de l'Yaman (Yémen ou pays des Homérites) et n'était point Ghassanide; il était chrétien et habitait la 3 e Palestine.
Enfin, vers 536, après la mort d'Abocharab, Justinien, d'après Nonnose [apud Photius, Cod. III, p. 6; et Procope, G. des P., I, 20), conféra le gouvernement des Arabes de Palestine à un prince de Kinda, nommé Cays. Ce gouvernement comprenait les limites de la Palestine, première, seconde et troisième, tandis que la puissance Ghassanide des Aréthas s'étendait sur les Arabes de la Phénicie, des environs de Damas, du Hauran, de la région au delà du Jourdain, du Balcâ (l'Ammonitis et la Moabitis), et des déserts de la Syrie jusqu'à l'Euphrate. Ces limites, sans doute, variaient continuellement.
C'est vers la fin du règne de Justinien , en 5jo, que naquit Mahomet dans la tribu des Koraïtes, d'une famille princière de la Mekke; et en 610 que cet homme étonnant entreprit avec succès une réforme religieuse et politique qui dure encore, en ne réclamant que la qualité de prophète.
Un jeune savant, M. Renan, d'accord avec M. le vicomte d'Escayrac, vient de prouver * que les Arabes, alors si dédaignés, avaient sur la divinité des idées justes et simples, et n'étaient pas aussi intolérants que l'ont supposé les écrivains byzantins.
S'il est vrai, comme le dit un nouvel historien de
1 Journal des Débats, 17 octobre 1854.