‹ Histoire de l'Abbaye d'Avenay (volume 2)Chapitre 1 sur 100 · Histoire de l'Abbaye d'Avenay · texte numérisé non relu

Histoire de l'Abbaye d'Avenay

Maison de Gossart. — Etat des esprits au moment de la nomination de Madame d'Espiës. — Procôs au sujet des fossés. — Procôs en revendication d'un jardin. — Affaire de rhopital. — Location des fossés par le syndic des habitans. — Acte de décès de M" Nie. Fr. Phil. s' de Préville, chanoine d'Avenay. — Prestimonie d'Avenay. — M. de Corvisart. — Mariage dans l'abbaye. — La cour de France k Louvois. — Avenay menacé par les anarchistes. — Mesures prises contre les brigands. — Député à Reims pour obtenir de la poudre et du plomb. — Décrets révolutionnaires. — Déclarations des revenus des chanoines. <- Déclaration de Madame d'Espiés de Tactif et du passif de Tabbaye. — Abolition des vœux et liberté aux religieuses de rentrer dans le monde. — Interrogatoires et déclarations des Dames d'Avenay. — Madame Cossart-d'Espiés est réélue supérieure et Madame d'Aubigny économe. — Exécution à Avenay des décrets. — Madame d'Aubigny accusée et persécutée. — Emeute populaire. — Lettre de Madame d'Aubigny. — Mandat de comparution contre Mesdames d'Espiés et d'Aubigny. — Affaire criminelle intentée à Mesdames d'Espiés et d'Aubigny. — Extinction et ruine de l'abbaye.

JLa maison Cossart d'Espiés^ d'ancienne noblesse de Liège, était établie en Picardie dès le xy« siècle.

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Ce nom de d'Espiés lui venait de Rose de Bouracher, dame de Saint-Pierre es champs et d'Espiés^ qui épousait François de Cossart^ capitaine des, villes et château de Ham et Péronne^ mort en 1529. Bien qu'ils en aient vendu la terre, les descendants n'en conservèrent pas moins le nom. Peu de familles françaises ont aussi largement que MM. Cossart d'Espiés payé l'impôt du sang sur nos champs de bataille.

Madame Marguerite, née en 1727, de Jean-Nicolas de Cossart d'Espiés, marquis d'Espiés et de Cathe* rine Chevret, était sous-prieure de l'abbaye royale de Saint-Paul, où l'une de ses sœurs était prieure, quand Madame Charlotte-Julie de Boufflers se démit en sa faveur. Nommée par le roi au mois de mars 1776, elle ne prit possession que quelques mois après.

Mais Madame d'Espiés arrivait à une époque où le scepticisme et l'incrédulité si aveuglément inoculés au siècle par l'esprit philosophique, commençait à exercer ses ravages sur les populations de nos campagnes. Précédemment, sans doute, nous avons déjà vu les questions d'intérêt susciter d'ardentes luttes avec l'abbaye et éveiller chez nos villageois des sentiments d'hostilité contre les Dames religieuses, mais tout cela n'excédait point le droit d'invectives dont Messieurs les avocats assaisonnent si volontiers les plaidoiries de leurs clients. L'esprit processif n'avait point éteint chez le peuple le respect et la fidélité, et l'on se rappelle ce que la crainte de perdre l'abbaye, après l'incendie de 1754, inspirait d'inquiétude et de regrets à la population tout entière. Nous n'en sommes déjà plus là au moment qui nobs occupe.

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Madame d'Espiés à son début trouvait Tabbaye engagée dans plusieurs fâcheux procès. II y avoit d'abord la question des fossés et remparts, d'une minime importance en elle-même, mais qui avait pour effet d'irriter les esprits et d'envenimer les relations. Nous avons dit que comme Dame d'Avenaj. Madame de Boufflers s'était considérée propriétaire ou maîtresse des fossés et terrains faisant les remparts de la ville, et qu'en conséquence elle s'était crue en droit d'en céder une partie à M. de Montbelliard qui se réservait d'enclore ces terrains dans le périmètre de cette maison princière qu'il destinait à Madame de la Goupillière. c Qu'avait donc affaire de ces terrains l'abbaye d'Avenay », disoient les plaignants dans leur factum : < N*a-t-elle pas pour ses bestiaux plus de pâture qu'il ne lui en faut ! Outre un enclos de plus de 80 arpens, ne jouit-elle pas de la meilleure partie du territoire ! Elle possède environ 120 arpeps de terre dans les meilleures contrées du pays. Elle a plus de 50 arpens de vignes et il est incroyable que, non contente de tous ces biens, elle 'ait pu se déterminer â dépouiller des malheureux habitants d'une jouissance immémoriale qui fajt leur unique ressource ! » — L'Etat intervint et mit les plaideurs d'accord en se réservant la disposition exclusive des terrains en litige. Mais cette affaire qui ne reçut de solution définitive que sous Madame d'Espiés devait laisser de mauvaises impressions dans le peuple.

Nous dirons encore quelques mots d'un autre procès infiniment moins important qu'avait pareillement légué â son héritière. Madame de Bonfflers, et qui valut aux religieuses les plus injurieuses

appréciations de ravocat. Il s'agissait d'un jardin sur lequel Tabbàye prélevait certains droits et dont l'abbesse avait consenti la vente^ sans rassentiment de son chapitre. Pendant la vacance, la sœur dépositaire demanda au nom de la communauté la rescision de Tacte de vente. De là clameur dans le pays. < Notre première observation^ dit Tavocat des défendeurs, repose sur la surprise de voir une abbaye si longtemps en vénération tomber dans une espèce de mépris par suite de procès de ce genre ! Qu'une abbaye royale pour Tappât d'une misérable somme de 100 livres, peut-être, mette deux pères de famille aux prises et les jette dans les charges d'un procès... Ce sera pour une religieuse une grande satisfaction de traîner deux familles au Parlement au risque de déshonorer une abbesse qui, dans un règne très-long, avait conservé l'estime méritée du public ? Et dans le commun des hommes qui pensera qu'une abbesse du nom et du mérite de Madame de Bouf&ers ait signé un acte pour surprendre la bonne foi d'un pauvre charpentier de village ! Sur quoi se reposera un homme du commun s'il a à se déâer d'une dame de Boufflers ! En vérité^ la demande des religieuses mérite l'indignation du public et l'animadversion de la justice !... »

Une autre question vint bientôt éveiller de nouvelles récriminations. On a vu par tout ce que nous avons dit précédemment de la Maison-Dieu dite Vhôpital Sainte-Marie'Magdeleine quelle incertitude régnait sur son origine. Pour le spirituel, comme Dame d'Avenay, l'abbesse avait la collation de la cure ; et, quand des personnes pieuses et de

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bonne volonté ou des sœurs de charité ne prenaient point la surveillance et le soin des malades^ l'abbesse investissait du titre de sœur hospitalière une des dames religieuses qui restait chargée de l'emploi. Quant à l'administration même du temporel de l'hospice, le mode de gestion ne parait pas avoir jamais varié. Le majeur du bourg en était Tadministrateur-né, et il avait pour collègues le chanoine curé de la paroisse et le chanoine receveur de l'abbaye, ce qui implique la preuve que l'ensemble des afiaires de l'hôpital restait sous la haute manutention de l'abbaye.

Nous avons dit que Mgr Le Tellier, dans sa visite pastorale de 1675^ en avait interdit la chapelle qui menaçait ruine. L'année suivante, 1676, l'incendie dont nous avons rendu compte, réduisit en cendres la plus grande partie des bâtiments ; dès lors l'hôpital et ses malades furent provisoirement recueillis dans les propres infirmeries de l'abbaye, jusqu'au jour où des réparations suffisantes permirent de réinstaller dans les bâtiments restaurés, le mobilier sauvé et les quelques lits que de tout temps les pauvres malades y avaient trouvés. Quant à la disposition de l'hôpital, l'abbaye cachait si peu son droit à cet égard que, dans sa déclaration des 'charges et revenus de l'abbaye que fit Madame d'Espiés aux officiers municipaux, le 25 février 1790, elle s'exprime ainsi â propos des bâtiments et biens qu'elle exploite :

« Une maison qu'on appelle V hôpital^ dans laquelle sont logés gratuitement, pro DeOy un pauvre ménage et trois pauvres femmes^ avec la jouissance de six verges de jardin attenant icelle maison, »

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C'est donc à propos de cette ingérance de Tabbaye dans les choses de l'hôpital, qu'un bel esprit de la localité adressa sous le voile prudent de l'anonyme, à M. l'intendant de la province, une dénr^nciation en règle, empreinte de fiel et d'acrimonie, et de laquelle nous citerons seulement quelques passages :

« A Monsieur r Intendant ,

« Prendre les intérêts des pauvres, arrester les usurpations des personnes qui par état devraient les soulager, au lieu de les dépouiller, leur faire restituer ce qui appartient à des malheureux qui périssent souvent faute de secours qu'ils trouvoient autrefois chez eux et dont on a tari la source en s'appropriant les biens qui les procuroient, ce n'est pas, je crois, faire le vil métier de délateur, c'est, au contraire, remplir un devoir précieux à l'humanité. »

Après un récit fantaisiste de l'origine de cet hôpital, qîii se perd dans la nuit des tempSy l'auteur, dans un sentiment de haine très accentuée, demande une information juridique sur les usurpations qu'il dénonce.

« Cette information prouvera que depuis 200 ans il y a eu dans cette abbaye un système suivi de rapines et d'extorsions ; elle prouvera que toutes les manœuvres odieuses, que tous les subterfuges de la rapacité ont été mis en œuvre pour ruiner de pauvres paysans... Elle prouvera que l'abbaye (en possession des titres de la communauté qu'elle a fait disparoitre), a envahi les trois quarts de leur commune, et se propose encore de réunir à son domaine le peu qui leur reste... On espère de la bonté de Mgr l'intendant qu'il voudra bien venir au secours de malheureux opprimés, »

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Un passage assez curieux de cette dénonciation nous semble lever un coin du voile dont s'est couvert l'auteur : il s'agit de la fameuse inscription de 1284 que nous avons reproduite, à l'article de Madame Alix, IIP du nom, et que, suivant le dénonciateur, l'abbaye avait à cœur de faire disparaître :

< Il existe encore au-dessus de ces bâtiments une pierre de taille avec une inscription gothique et fort ancienne. L'abbaye donna des ordres à des ouvriers pour qu'elle fût enlevée. Mais un gentilhomme de l'endroit, levé ce jour-là fort matin, s'en aperçut, arresta leur travail et fit former par la communauté opposition à ce dernier enlèvement. »

Je ne sais si je m'abuse, mais ce gentilhomme qui se lève si matin ne serait-il pas parent assez proche de cet autre gentilhomme qui, quelques années en de çà, sous Madame de Boufflers, prétendait assez grotesquement aux honneurs de l'encens et du pain bénit, que lui déniait Madame l'abbesse Dame d'Avenay ? — Le lecteur appréciera.

Quoi qu'il en soit, nous ne voyons pas que la dénonciation anonyme ait produit beaucoup d'effet

près de M. l'intendant, qui n'y donna aucune suite. Mais il n'est pas douteux que répandue dans le

pays, ainsi que le dit lui-même le dénonciateur,

elle n'ait excité les plus hostiles impressions.

Ce qui nous reste à dire de l'histoire de l'abbaye jusqu'aux premiers symptômes de la Révolution, se borne à l'analyse des quelques pièces que nous avons retrouvées. C'est d'abord un acte passé devant M® Arnoult, notaire à Avenay, en date du 25 mai 1777, et qui semble prouver que l'abbaye avait renoncé à exercer aucune revendication sur lespro-

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duits des fossés^ naguère en litige. « La communauté d'Ayenay, représentée par son syndic, Remy Legret, loue pour neut années consécutives au sieur Henri- Hilaire Berrant les fossés, à partir du pont de la porte de Mareuil jusqnes et y compris le fossé qui est au bas de la maison de François Jacta, en la Lombardie, contenant en totalité 191 toises ; à la réserve de la tonsure des saules et de 120 toises d'oseraies qui se trouvent dans les fossés depuis la Lombar die jusqu'au chemin du Feuilli et que le preneur sera tenu d'entretenir. Le tout au prix de 42 livres par an, outre les autres clauses spécifiées. »

Voici un acte que nous fournissent les registres de rétat-civil d'Avenay qui a son intérêt, car il nous fait connaître le nom des six chanoines qui composaient le chapitre en 1779. Nous y trouvons aussi la preuve que non-seulement l'abbesse, mais les religieuses elles-mêmes se réservaient la faculté de choisir leurs confesseurs et directeurs en dehors de Messieurs du chapitre :

€ L*an de grâce 1779. le 25 nov., est décédé dans sa maison canoniale, M^* Nicolas-François- Philippe, sieur de Préville, prêtre chanoine de l'église abbatiale de Saint-Pierre d'Avenay, âgé de soixante-quinze ans ou environ; son corps a été inhumé le lendemain dans le cimetière da cette paroisse, par nous Philippe-Joseph Brongniart, aussi prêtre et chanoine de ladite église abbatiale, soussigné ; du consentement de M. Louis Mitteau, prêtre chanoine et curé d'Avenay, aussi soussigné, où nous l'avons conduit avec les cérémonies ordinaires en présence des sieurs Pierre Joseph Vavasseur, Jacques Florentin et Aubert Baudier, tous

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trois prêtres et chanoines de la susdite église abba« tiale, aussi en présence du Révérend Père Charles de Montevilie, religieux carme, et de M. Philippe- Marin Laurent de Villeneuve, prêtre, tous deux confesseurs des Dames de l'abbaye d'Avenay ; lesquels témoins ont tous signé avec nous le présent acte, les jour, mois et an que dessus.

Ainsi signé : F. Charles de Monteville, confesseur d'Avenay ; Brongniart ; J. Charlet, Mit-

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