TEAU
Nous rappellerons encore un acte du 21 avril 1780, relatif à la location de la prestimonie d'Avenay. Nous avons dit qu'on appelait ainsi les héritages que le donateur, feu M" Berrant, avait affectés à l'entretien du chanoine-curé de la paroisse^ sans que celui-ci fût tenu de justifier d'autre titre que de son titre de curé de Saint-Trézain d'Avenay. Cette prestimonie se composait de deux sortes de fermes, l'une à Avenay, l'autre à Chouilly. La première^ moins considérable que la seconde, est louée au sieur Jean Vailly au prix de 63 livres par chaque année ; celle de Chouilly, terres et prés, est adjugée à Maître Nicolas Fortemps, chirurgien à Avenay, au prix de 200 livres par année, ladite adjudication cautionnée et garantie par demoiselle Jeanne- Catherine-Nicole Fortemps, sa fille (i). — Le tout au profit de sage et vénérable personne M" Mitteau, très-digne prêtre, curé de la paroisse et chanoine de l'abbaye royale de Saint-Pierre d'Avenay.
Nous trouvons dans les papiers de l'infendance
(1) Nous citons volontiers ces divers personnages, que les anciens d'Avenay se rappelleront avoir vus et connus.
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de la province, sous la date du 15 février î784, une lettre qui, sans toucher l'abbaye, nous paraît bonne à conserver , en souvenir d'une honorable famille longtemps domiciliée à Avenay, et dont les derniers représentants sont éteints seulement depuis peu d'années. Voici cette lettre que nous croyons adressée à l'un des employés supérieurs de l'intendance de Champagne :
« Epernay, le 15 février 1783.
« Monsieur,
c Un gentilhomme qui demeure à Âvenay et qui se nomme M. de Corvisart, m'a demandé un certificat que je n'ai pu' lui refuser, étant instruit qu'il est dans un état très-fâcheux avec deux fils et deux filles. C'est un fort honnête homme, qui a de bonnes mœurs, et pour lequel \q m'intéresse beaucoup. Il m'a prié de vous faire passer ce certificat pour que vous ayez la bonté d'y mettre votre attache : sa femme s'appelle de Failly, du nom de son père, et sa mère de Beaufort, tous deux de la meil« leure noblesse de Champagne. Je vous supplie de me le renvoyer revêtu de votre sanction. — Je suis avec un profond respect. Monsieur, votre trèshumble et très-obéissant serviteur, Chertemps. »
Nous voici parvenus aux derniers moments d'éclat et de splendeur de l'abbaye Saint-Pierre d'Avenay. Une cérémonie que nous avons rarement vu pratiquée en l'église abbatiale, appelle sous ses pieux arceaux une affluence extraordinaire de hauts personnages et d'illustrations mondaines. C'est Madame l'abbesse elle-même qui provoque ce grand mouvement en agréant que le mariage de sa nièce ftV^Ç un officier de dragons soit célébré sous leç
MADAME MARGUERITE d'eSPIÉS 11
auspices de madame sainte Berthe elle-même^ et sous les yeux des sœurs bénédictines, qui, entre autres vœux de leur profession, ont prononcé celui qu'exclut la cérémonie à laquelle elles vont assister. — Cet acte de mariage, c'est encore le registre des actes de Fétat-civil de la paroisse d'Avenay qui nous le fournit. On y donne la longue nomenclature des principaux témoins qui assistent et signent à l'acte que consacre et bénit l'abbé Raussin, chanoine de l'abbaye, faisant cette année les fonctions de curé de l'église paroissiale de Saint* Trézain d'Avenay.
Nous donnons cet acte aux pièces justificatives de YAppendice.
C'est cette même année (1786) que la Monarchie française, imprévoyante elle-même des sombres destinées qui l'attendaient^ fournissait à nos contrées Toccasion de grandes et joyeuses fêtes. La seigneurie de Louvois, sortie des mains épuisées du marquis de Souvré, passait en celles de la Maison de France. Madame Adélaïde, tante du roi, s'était rendue acquéreur du domaine, qu'en sa faveur, le roi Louis XVI érigeait en duché-pairie. C'est pour rendre plus faciles les visites de la princesse au château de Louvois que furent pratiquées, ou du moins, améliorées les routes de Reims à Louvois, passant par Montchenot, et surtout d'Epernay à Louvois, passant par Mareuil et Avenay. Cette princesse, dit V Inventaire des titres de la Sei^ gneurie^ dont les hautes et sublimes vertus égalent le rang et la naissance, vint à Louvois pour la première fois au mois de septembre 1781 ; elle y re-
12 ABBAYE d'aVENAY
parut l'année suivante, puis encore en 1786, accompagnée, cette fois-ci, de Madame Victoire, sa sœur, et de toutes les personnes dont se composait leur maison. Le séjour d'un mois que fit à Louvois l'aimée duchesse, fut signalé par des fêtes tour à tour brillantes et villageoises... Cette heureuse époque fut encore marquée par un événement dont le souvenir resta longtemps dans la contrée. La reine de France, la belle et si brillante Marie-Antoinette> vint rendre visite à ses tantes, au petit château de Louvois. Jamais le pays n'avait été en pareil émoi. Sa Majesté était accompagnée de cet autre ange de vertu, Madame Elisabeth, que nos sanglantes saturnales ont placée si haut dans l'admiration des peuples, et de Louis-Stanislas-Xaviér (Louis XVIII), frère du roi... Tout le monde, à Louvois, à Avenay, et dans toutes nos campagnes, fut touché des manières aimables, de l'afiabilité, de la gaité de la reine et des princesses, et de leurs gracieuses libéralités. Lors de leur passage à Reims, Mesdames de France furent complimentées par les magistrats et le conseil de ville. Un enfant de trois ans leur adressa les rimes que voici :
Vous voyez sur votre passage
Tous les cœurs voler à la^fois :
Permettez, pour vous rendre hommage,
Que Tenfance emprunte ma voix.
Pour aimer le sang de ses rois
Le peuple français n'a pas d*âge
Quelques années après, Louis XVI, Marie-Antoinette, Madame Elisabeth portaient leur tête sur réchafaud, et les Petites Affiches de Reims publiaient un Avi^ au public ainsi conçu :
IIADAIIB IIARGUERITE D^BSPIÉS 18
District de Reims, n* 1350. — A vendre : Biens nationaux provenant d'Adélaïde et Victoire Capet, emigrées. Les dits biens sis à Louvois, Ludes et autres lieux^ scavoir... etc.
Maintenant, revenons à notre abbaye.
C'était quatorze jours après la prise de la Bastille : l'anarchie régnait partout ; tout devenait une cause de trouble et d'émeute : la cherté des subsistances, la stagnation des affaires, l'accaparement réel ou prétendu des grains, l'incivisme des uns, l'égoïsme des autres, tout portait coup et disposait aux tumultueux rassemblements. Une panique subite vint répandre la terreur dans Avenay ; on disait que le château de Mareuil, récemment acquis par le duc d'Orléans, était le dépôt d'immenses approvisionnements, et que des troupes de brigands soudoyés parcouraient les campagnes pour en ravir les dernières ressources des habitants. Voici un procès- verbal qui peint la situation, et l'agitation fébrile de nos chers .compatriotes ; nous en conservons l'orthographe :
L'ap mil sept cent quatre-vingt-neuf, le 28 juillet, nous habitans^ corps et communauté du bourg d' Avenay, ayant pris communication d'une lettre à nous écrite par Mons. Demarassé, brigadier des armées du roi demeurant à Mareuil, par laquelle il nous prévient qu'une bande de brigands se sont rassemblés dans le dessein de piller et de se livrer à. différents excès. Nous voulant pourvoir à la sûreté dudit Avenay, avons conclus et arrêtés d'une voix unanime ce qui suit :
1° Il sera établi audit lieu d' Avenay une milice bourgeoise conformément à l'autorisation qui en a été donnée par Sa Majesté.
2o Pour parvenir à la formation de ladite milice bourgeoise, il sera fait un rôle exact, le«quel sera annexé au présent procès verbal de tous les habitants dudit lieu en état de porter les armes.
3^ Ledit état général sera divisé en neuf districts, lesquels seront tenus de faire leur service de huit jours l'un : le neufvieme devant être employé ainsi qu'il sera dit ci après pour le service de la paroisse de Mareuil.
4° Les dites divisions seront garnis de commandants et officiers nécessaires aux ordres desquels nous promettons obéir avec l'exactitude militaire, tant qu'ils seron^t à notre tète et que nous serons employés audit service.
6^ Il sera établi un corps de garde principal lequel sera composé de dix hommes^ du commandant de la division lequel aura un tambourg à ses ordres : Il sera établi cinq postes, scavoir : un à la porte de Mareuil : un à la porte de la Fontaine : un à la Lombs^rdie : un à la porte de Reims, et un à la Poterne : chacun de ces postes sera composé d'un officier et de quatre fusiliers, lesquels seront tenus d'avoir toujours une sentinelle devant leur corps de garde.
6* Sur le nombre des factionnaires de service, chaque jour il en sera choisi quatre des plus iritèlligents, lesquels prendront les ordres du commandant du jour et se transporteront dans les endroits qui leur seront indiqués et lui rendront compte^ après leurs tournées, de ce qu'ails auront appris.
T Tous les commandants de division se rassem^ bleront chaque jour à 7 heures chez le commandant qui aura été de service la veille. Ils y arrêteront le mot d'ordre pour le jjour suivant : celui qui devra monter la garde suivante se transportera au corps de garde principal pour scavoir du commandant du jour s'il ne se sera rien passé d'intéressant pour le
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service public ; de quoi il viendra rendre compte au commandant assemblé.
8* 11 sera établi une correspondance réglée dans les paroisses ci après, savoir : Germaine^ ky et Mareuil pour la sûreté de ces villages^ ainsi que de la nôtre ; à l'effet de quoi deux de nous se rendront dans la journée à Ay et à Mareuil pour convenir avec les officiers municipaux de ce qu'il pourra être utile pour le service public; et comme il est essentiel que le pont de la dite porte de Mareuil soit garni, Nous avonë arresté qu'il seroit fourni de deux jours l'un pour la nuit seulement quatorze hommes, non compris l'officier qui les commandera, lesquels arrivés à Mareuil seront soumis à l'officier commandant la garde de Mareuil.
9^ Toutes les armes seront déposées au corps de garde principal et chargées en présence de l'officier commandant : il en sera tiré cinq fusils dont un sera remis au sentinelle de chaque poste.
Et après avoir été ces objets arrêtés de nous tous, et d'une voix unanime. Nous avons nommé pour commandants de division Monsieur de Varigny, chevalier de l'ordre royal et militaire de St-Louis : M. Merlin de Badonville et Monsieur son frère M. de la Goupillière, Monsieur Polin, Mons. Krempt, M. Thomine, M. Leblanc et M. Hermonville.
Tous les fusiliers et officiers de service seront obligés de garder leur poste avec la plus grande exactitude et ne pourront sous aucun prétexte que ce soit sortir du corps de' garde où ils seront de service.
Il sera pourvu tant sur les deniers de la corn* munauté que sur ceux qui seront fournis par Madame l'abbesse, laquelle a fait promettre qu'elle contribueroit pour moitié à toutes les dépenses, a la subsistance de tous ceux qui seront employés au service public laquelle subsistance a été réglée a la
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somme de Vingt sols par chaque individu, outre deux gros pains.
Et ont signé :
S' Dëspiës, abbesse ; — Remy Plomb ; — Renart ; — Joseph Përichon ; — Delacôte ; — Nicolas Masson ; — HermoiiTille ; — F* Malot ; — Delacôte ; — Claude Yinceat ; — Hébert ; — Jean Crepln ; — N*» Jesson ; — Paul ; — Nicolas Cuillier ; — Gille Masson ; — Fayet ; — Guillier; ^ Etienne Richard ; — Soudan / — Pierre Demissy ; — Malot ; — Simon Renart : — Piquet ; — Guillier ; — Nicolas Masson ; — Le Nel ; — Merlin ; — Legras ; — Masson ; — Blanchard ; — Baronnet ; — Ponce Nicolas ; — De Bermonde; — Lesc...; — Arnoult ; — Jean Guillier; — Bruant ; — Tresain Vallet ; — Nicolas Jobin ; — Victor Jacta ; — Hourlier ; — Antoine Lebon ; — Dalizon ; et Trichet.
Après avoir pourvu à la sûreté de l'Etat, MM. les chefs de la résistance s^adressèrent à la ville de Reims pour» qu'en présence du danger qui menaçait Avenay, on voulût bien leur octroyer quelques secours en poudre et en plomb. Voici les pièces de
cette négociation, que nous trouvons annexées au précédent procès-verbal :
« Un exprès arrive à l'instant d' Avenay pour demander à la ville de Reims des secours en poudre et plomb : elle ne peut lui en donner aucun. Mais ne peut-on pas permettre à M. Champagne de vendre une certaine quantité de poudre à l'envoyé d'Avenay ? Si Mons. Jacob le juge à propos, je le prie de donner cette permission sur le champ, aân que le messager puisse s'en retourner sans délai.
Signe : Dessain de Chevrières.
« Réponse. — Comme il est nécessaire que la ville de Reims ne soit pas dépourvue de moyens de défense, et que ceux qui vendent de la poudre ont
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ordre de n'en point disposer sansL une permission, MM. les officiers de l'Etat-major sont priés d'aviser ce qu'il y a à faire relativement à la demande cydessus, et de donner des ordres en conséquence.
Signé: Jouvant-Jacob.
€ Au dos est écrit ': Vue la quantité médiocre de poudre qui existe dans cette ville, l'Etat-major a décidé qu'il n'était pas possible d'en laisser sortir.
Signé : Lavrigny, faisant les fonctions de major. »
Tel fut le brillant succès de cette habile négociation. Heureusement qu'à son retour à Avenay, le pauvre député trouva les esprits quelque peu calmés. La horde de brigands dont on avait menacé le Val-d'Or tardait à paraître : information prise, à droite et à gauche, on crut pouvoir se rassurer ; et tout en maintenant le pied de guerre, on se reprit à espérer qu'on échapperait aux horreurs d'un siège. On ne fut pas longtemps à comprendre que les brigands, dont on avait effrayé les campagnes, n'avaient point quitté la capitale, qu'ils s'étaient donné la mission de terroriser ; mission dont l'histoire nous a suffisamment appris l'effroyable succès.
Ce qui nous reste à dire maintenant de l'histoire de notre abbaye n'est plus que la mise en pratique des décrets des assemblées, sous le joug desquelles se plia si facilement la France.
Encore entouré de la confiance publique au moment de la Révolution, le Clergé, élément^ modérateur, semblait appelé à faciliter une transition périlleuse, et à garantir, par son adhésion, les réformes sociales dont on ne pouvait éviter l'accom-
plissement. On le vit prendre ce rôle quand il donna^ par sa réunion au Tiers-Etal, l'exemple de la résignation et de la bonne volonté. Cette résignation ne l'abandonna pas, même quand^ sur la proposition de révêque d'Autun (Talleyrand), les biens ecclésiastiques furent mis à la disposition de la nation. En vertu des décrets de l'Assemblée nationale, des 18 novembre 1789 et 24 janvier 1790, MM. les chanoines et chapitre de l'église St-Pierre d'Avenay furent mis en demeure de fournir à la municipalité d'Avenay, pour être expédiée à l'Assemblée nationale, la déclaration de leurs revenus. Ces décrets, du reste> n'atteignaient pas seulement les chanoines : ils frappaient toute la hiérarchie ecclésiastique, tout l'ordre du Clergé. Leur rigoureuse application allait donc mettre à nu la plaie sociale dont l'esprit philosophique réclamait depuis si longtemps la guérison. On allait enfin mettre en lumière l'état prospère du Clergé, si grassement pourvu, que la dime, les cens et autres droits féodaux avaient si plantureusement gorgé de toute sorte de biens ! — Quelles ne durent pas être la surprise et la stupéfaction quand la vérité se fut fait jour* Ecoutons les déclarations des parties ii^téressées, auxquelles il était matériellement interdit de rien dissimuler de leur position.
€ M» François Fissier^ prêtre, chanoine d'Avenay et receveur du chapitre, déclare le total des revenus des chanoines être, année commune, de 5,884 livres 10 sols, dont il convenait de retirer 899 livres 12 sols pour les charges et dépenses diverses, ce qui réduisait le revenu à 4,984 livres 14 sols, lesquels, partagés entre six chanoines, donnaient à
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chacun d'eux 830 livres 15 sols^ revenu annuel de chaque chanoine. » — A cette déclaration se trouvait jointe cette note :
« Les chanoines d*Avenay payant fait, en dix ans, plus de réparations extraordinaires à Téglise que leurs prédécesseurs, de mémoire d'homme, pour mettre les choses en bon état et prévenir une dépense de près de 20,000 livres, il est à espérer qu'on fixera leur pension à une telle somme, qu'ils aient au moins le même revenu, franc d'imposition et de toutes charges, comme cidevant. »
A la vérité, outre le revenu commun, qui portait à 830 livres 15 sous le traitement de chaque chanoine, quelques-uns d'entre eux jouissaient de certains profits particuliers, comme attachés à la desserte de certaines chapelles, ou fondations particu* lières. Voyons ce que ces petits bénéfices ajoutaient à leur bien-être.
Le même jour, <M" Aubert Baudier, prestre chanoine d'Avenay, desservant la Prestimonie fondée par M. Berrant, ancien consul de la ville de Paris, déclare, pour satisfaire au même décret, qu'il jouit du revenu de diverses terres sises à Avenay, Fontaine, Bisseuil et Chouilly, dont le produit est de 266 livres, sur lequel revenu il acquitte 77 messes, fait 2 catéchismes par semaine et instruit gratuitement les enfants des pauvres ; lesquelles charges il estime à la somme de 231 livres qui, déduite de celle de 266 livres, lui laisse en bénéfice net una somme de 35 livres. »
Le même jour, «M® Pierre Louis Chevalier, prestre chanoine d'Avenay, titulaire de la chapelle de St-Roch, dite du St-Sépulcre, érigée en l'abbaye' d'Avenay, déclare que les biens attachés à cette chapelle consistent en 26 boisseaux de vignes, sises*
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à Aveiiay et Mutigny, dont le produit est si peu conséquent^ qu'il se trouverait très-embarrassé d'en fournir la note pour la présente année, que cependant> tout calcul fait, le produit annuel pouvant être de 256 livres 5 sous, les charges de 231 livres 13 sous lui laissent pour bénéfice net, 24 livres 12 sous. »
Enfin W François Fissier, prestre chanoine titulaire de la chapelle Ste-Marie, érigée en l'église paroissiale par Gilles d'Avenay, confirmée par une charte du roi Philippe, l'an 1328,» déclare jouir d'environ 12 arpents de pré, sis en la prairie d'Avenay, desquels il retire annuellement la somme de 172 livres 10* sous ; que les charges de ladite chapelle consistent en 12 messes en outre les décimes, le tout montant à 22 livres 19 sous. Déclare en outre le sieur Fissier que, de l'acte de 1328 sus daté, il appert que ladite chapelle a été dotée de 29 arpents de pré, sis tant à Ay qu'à Epernay, dont lui ni ses prédécesseurs n'ont pu jouir par défaut de titres, lesquels ont toujours été ensevelis en l'abbaye de ce lieu, qui s'est sans doute emparée du surplus et dont elle jouit malgré ses réclamations. »
Voyons maintenant l'afiaire capitale, la situation si enviée de l'abbaye elle-même.
A quelques jours de là, ce fut à Madame Tabbesse elle-même de fournir à Messieurs de la Municipalité d'Avenay, pour être également transmise à l'Assemblée nationale, la déclaration de l'actif et du passif de l'abbaye de St-Pierre d'Avenay. On y verra que si les possessions du monastère étaient considérables, le produit qu'il en tirait, ses revenus, en un mot, étaient loin d'être aussi énormes qu'on aimait à le supposer. — Au surplus, cette pièce, si
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importante pour l'histoire de l'antique monastère, est trop étendue pour que nous entreprenions ici d'en donner l'analyse. Nous en renvoyons donc le texte à V Appendice, avec le ferme espoir que si ce Mémoire est appelé aux honneurs de l'impression^ le document en question en sera le nécessaire complément.
L'Assemblée nationale ne s'en tint point, comme on sait^ au désir platonique de connaître le chiffre des revenus ecclésiastiques. Avant même qu'elle eût j)u apprécier la part qu'elle pouvait, au nom de la Nation, s'attribuçr dans les dépouilles monastiques, les meneurs poussèrent les choses de façon à prouver qu'il ne s'agissait pas seulement de rogner les revenus de l'Eglise et des communautés religieuses, mais d'en hâter l'entière dissolution.
Le premier acte dans cette voie fut de refuser de reconnaître l2^ religion catholique comme religion de l'Etat. Tel fut le point de départ des résolutions radicales et tyranniques qui suivirent et qui allaient changer de fond en comble tout l'édifice de l'Ëglise de France, comme était déjà changé celui de l'Etat. On commença par prononcer l'abolition des vo3ux. Puis on en vint à discuter la suppression des ordres et des établissements monastiques. Une fois le principe de la dissolution adopté, l'Assemblée consentit à mitiger ce qu'avait de dur l'exécution immédiate de ses décrets, pour les religieux et religieuses qui avaient la possession d'état. Treilhard, au nom du Comité catholique (le 17 décembre 1789), s'exprimait ainsi :
« Vous donnerez un grand exemple de sagesse et. de justice, lorsque, dans le même instant où
VOUS VOUS abstiendrez d'employer l'autorité civile pour maintenir Teffet extérieur des vœux ; vous conserverez cependant les asiles du cloitre aux religieux jaloux de mourir sous leur règle. C'est pour remplir ce double objet que nous vous proposons de laisser à tous les religieux une liberté entière de quitter leur cloître ou de s'y ensevelir. »
Voici le texte du décret du 18 août 1792, prononçant l'abolition des vœux et la liberté pour les cloîtrés de rentrer dans le moade.
« Art. P'. — L'Assemblée décrète que la loi ne. reconnoitra pas les vœux solennels de l'un ni de l'autre sexe.
Art. 2. — Qu'elle ne mettra aucun empêchement à la sortie des religieux de l'un et de l'autre sexe, et que la puissance ecclésiastique n'en connoitra que pour le for intérieur.
« Art. 3. — ^ue tous ceux qui voudront rester dans les cloîtres seront libres d'y demeurer.
€ Art. 4. — Que les départements choisiront, pour les religieux qui voudront y demeurer, des maisons commodes.
< Art. 5. — Que les religieuses pourront rester dans les maisons où elles sont aujourd'hui, l'Assemblée les exceptant de l'obligation où seront les religieux de réunir plusieurs maisons en une seule. »
C'est en vertu de ce décret, que, mise en demeure par le procureur syndic du district d'Epernay, la municipalité, présidée par M. Chagrot, ancien avocat au Parlement, maire d'Avenay, et composée d'honnêtes villageois, ébahis de la mission qui leur était donnée, fit d'autorité ouvrir les portes de l'antique monastère, et procéda à l'enquête et aux opérations édictées par les décrets que nous venons de rappeler. Voici ce document :
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ProcèS'Verbal des déclarations des Dames d'A-venayy dont expédition est envoyée à M, le procureur syndic du district d'Epemay.
L'an mil sept cent quatre-vingt-dix, le trente décembre après midy^
En exécution des art. 14 et 15 du titre 2 de la loy concernant les religieux, religieuses, et les chanoinesses séculières et régulières, donnée à Saint- Gloud le 14 octobre dernier, contenant sanction des décrets de l'Assemblée nationale des 8, 9, 14, 15, 16, 18, 2\, 23, 25 septembre, 4, 5 et 8 octobre 1790,
Et à la réquisition de M** Jacques Trouillart, procureur, de la commune du bourg d'Avenay,
Nous, Claude-François Chagrot, avocat en parlement, maire municipal, Trezain Cuillier, Aubert Baudier, Claude-Noël Piquet, Jean-François Blanchard et Jean-François Vallet, officiers municipaux dudit Avenay, assistés du sieur Duval notre secrétaire-greffier.
Sommes transporté en l'abbaye des dames religieuses dudit lieu, à l'effet de dresser l'état desdites religieuses, et recevoir la déclaration de chacune, si ell^s entendent sortir de leur maison, ou si elles préfèrent de continuer la vie commune,, et du tout en dresser procès-verbal :
Ou étant, et parlant à Madame d'Espiés, abbesse de ladite abbaye, après luy avoir fait part du sujet de nôtre démarche, elle nous auroit fait faire l'ouverture des portes de l'intérieur de sa maison ; et nous auroit fait introduire dans une place appellée le chapitre, en laquelle, toutes lesdites religieuses seroient comparues, et auxquelles lecture auroit été fait à haute voix de la I03' susdatée^ par nôtre secrétaire-greffier. Et après ladite lecture, il a été dressé l'état desdites religieuses ainsi qu'il suit.