‹ Histoire de l'Abbaye d'Avenay (volume 2)Chapitre 49 sur 100 · discours au roi pour le ramener a la religion · texte numérisé non relu

discours au roi pour le ramener a la religion

catholique,

Ce discours, daté du camp d'Epernay, nous parait l'œuvre de René Benoît, célèbre doyen de la Faculté de l^aris, curé de Saint-Eustacbe; devenu confesseur de Henri IV, à la conversion duquel on sait qu'il contribua beaucoup. — L'auteur y fait une vive peinture du misérable ^tat où la guerre civile a réduit la France, et veut démontrer au Prince que, malgré ses succè^, il ne peut «spérer de conquérir le trône qu'en revenant au culte catholique, la religion nationale. — Cette intéressante pièce est tirée de la Bibliothèque nationale, fonds franc,, vol. 3,982.

(1) (( Le roy revint à Épernay avec plus d'ardeur, à la sollicitation du fils du maréchal de Biron, qui croyait sa gloire intéressée à la prise d'une place devant les murs de laquelle son père avait été tué.

(De Thou, I. cm.)

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D'Espernay, 31 de juillet 1592«

Sire, le désir et affection que j'ay de voir conserver profiter soubz vostre auctorité ceste grande couronne, m'a pouce à faire ce petit discours pour le présenter devant vostre bon et saige jugement, afin d'en retirer la meilleure sustance, ainsy que faict la niouche des fleurs du printemps pour nous apporter le doux et agréable miel que jev eux apparangonner à la restauration et accroissement de ce royaume, naguère tant florissant et à présent si affligé et accablé de toutes parts, que justement l'on ne peult en actendre qu'une grande et prompte ruyne voire la dissipation entière s'il n'y est pourveu.

Vostre Majesté a soustenu depuis trois ans en ça une grande et cruelle guerre partout son royaulme, favorisée et proprement faite par le Roy d'Espagne, afin de le diviser et ruyner tellement qu'il ne ïuy puisse plus à l'advenir faire ostacle ny donner empeschement pour parvenir à la grandeur et monarchie à laquelle il tend.

Depuis lequel temps, à mon grand regret, j'ay recogneu que les moyens pour soustenir la guerre en tant d'endroits sont tousjours diminuez, nonobstant que ayez remis en vostre obéissance plus de pays que n'aviez auparavant, et que ayez faict proprement doubler les tailles que soulloit à grand peine et clameur vostre peuple porter, ce qui provient, Sire, par ce que des troys moyens que les Roys vos prédécesseurs ont eu pour faire la guerre, il ne vous en reste qu'ung, qui est la levée des tailles, crues, taillon, aydes, emprunts et décimes qu'ils faisoient sur leur peuple, car celuy de l'engagement de leur domaine et des prests qu'ils tiroient de plusieurs villes, communautez, marchans et de quelques princes estrangers, vous déffaillent, n'ayant pieu à Dieu d'enrichir ce royaume de minières d'or et d'argent comme il a fait d'autres provinces, spécialement les Indes, desquelles joyst le Roys d'Espagne qui en tire tous les ans grand secours. Or, Sire, ayant esté vostre peuple depuis troys ans et demy, en ça que ces malheureuses guerres ont commencé, tellement chargez de tailles de vostre costé et de celuy des ennemis, avec tant de contributions que les garnisons de vos places et de celtes des ligueurs leur ont faict payer, et qui plus est ruyné tous les jours par les gens de guerre passant et repassant pais, qu'il se voit desjà une grande partie des villages abandonnez et plusieurs autres dépeuplez de la moitié, k cause de quoy Vostre Majesté ne peult recueillir l'ayde de son peuple qu'elle voudroit, et qui pis est, l'on voit manifestement que continuant la guerre et le désordre qui est en vostre royaume, que dans un an le peuple sera tellement accablé et ruyné qu'il ne pourra plus vous secourir seulement pour l'entretenement des garnisons de vos places, tant s'en fault qu'il le puisse faire pour entretenir vostre armée. Car si dès à présent, par faute de tel secours, Vostre Msgesté est contrainte de rechercher de jour en jour de petits moiens pour

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ntretenir seulement ce peu de Suisses qu'elle a près d'elle, et souffrir le voir cesser rordinaire de sa maison (non encore advenu a pas un les Roys ses prédécesseurs), elle doibt justement considérer que . 'ayant plus que ce seul moyen d'entretenir la guerre, et le voyant de mr en jour anéantir, qu'elle demeurera dans fort peu de temps destuée de tous moiens pour soutenir la guerre en tant d'endroits de >a royaume, et qu'elle sera contraincte de veoir faire la trefve par is villes qui sont en vostre obéissance avec vos rebelles, par faute de is pouvoir secourir, et qui pis est ayant une forte armée du Roy 'Espagne entretenue et payée des moyens qu'il tire ordinairement es Indes et lesquels ne luy manqueqt point, qu'elle soit contraincte e se retirer en lieu pour faire la guerre deffensive, chose que je l'asseure luy deplairoit grandement et laquelle aussy apporteroit un merveilleux décryment et défaveur à sa réputation, laquelle commenant une fois à décliner, luy causera une ruyne inestimable et fera iranler Iteaucoup de personnes catholiques qui vous ont fiaèlement ervyî jusques à présent, de la crainte de se voir de tout accablez sti- Quiez d'ailleurs du fait de la religion. A ceste cause, Sire, il me emble qu'il soit très nécessaire qu'il plaise à Vostre Majesté de considérer Testât auquel elle se trouve et pourvoir de bonne heure à ses tffaires sans actendre que la nécessité augmente si fort, que le remède koit difHcile à y appliquer.

L'un des remèdes est la paix, de laquelle Vostre Majesté sçait xiîeulx que nous l'espérance qu'elle a de la faire, par quoy je ne luy ^n diray autre chose sinon que si elle en espère une bonne yssue qu'il [xie semble elle la doive embrasser jusques à ce qu'elle l'aye establie.

Si au contraire elle y voit peu d'apparence, il fault rechercher ^'autres moyens, lesquels je suis contrainct de restreindre à deux -%rez de l'ayde et secours des princes estrangers.

L'un desquelz est des princes protestans, voulant Vostre Majesté continuer en la religion qu'elle tient, l'aultre du Pape et des princes 1.6 l'Italie, advenant que Dieu l'inspirast de' se ranger à la religion ca- ^liolique.

Pour s'ayder du premier, il est très nécessaire que Vostre Majesté P^ce entendre bien clairement à tous les princes protestans et cantons îles Suisees Testât au vray auquel elle se trouve, afin que le tout considéré par eulx ils trouvent bon de vous donner tel advis et secours Suffisant que Vostre Majesté puisse surmonter ses ennemis et conserver Cîeste couronne en son entier, car s'ils ne respondent que de bonnes proies générales sans venir au^ particulier de vous offrir secours annuel, Vostre Majesté rie pourra faire aulcun estât de nous sortir cl'affaires par leur moyen, et y aura juste occasion de croire ou qu'ils ne pourront la secourir, comme elle en a bon besoing, ou qu'ils ne

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vouidroat faire, et partant il vous conviendra penser i ranltxe «ipé^ dient susdit.

Pour lequel avoir, il fanlt néeessairement que ca sm4 |Mir te moyen de l'instruction qu'elle a promise de se fiiire £ùre, poor pv^ venir, avec Tayde de Dieu^ à se ranimer à la religion ca&oUquei Uqueli^ succédant il ne fault doubter que le Pape, les Véoitiens» l#s Dooi d^ Mantoue et de Toscane ne vous assistent de tout leur péuveîjr, «fia de vous remettre entièrement en rauctorité de vostre royaune, sm» estre oontrainct de traicter la paix avec vos sujets da pair k pair» comme Vostre Majesté a pu cognoistre qu'ils ont prétendu de ùâse ; en oultre ne fault doubter que plusieurs princes proteataas aa yaa» assistent pareillement à tel eJTect' tout ainsy qu'ils ont (ait pour learoy» vos prédécesseurs, combien qu'ils feussent catholtqaes, pour Viatarcat qu'ils ont à conserver ce royaume en son entier, pour (aire obetaola à la puissance espagnole.

Pour parvenir donq à ceste instruction, il y a deux aïoieaa^ i'aa par une conférence ordinaire et familière faicte avec des daetears.

L'autre par une assemblée assez notable d'aucuns prélats et doetanra faicte en certain lieu destiné ii telle assemblée : Vostre Majasté y pourra convoyer tels prélatzqu'ellemesmeadvisera, tant de son royaame que estrangers ; et si elle désiroit qu'un légat s'y trouvast aa aoai da Pape, et les ambassadeurs des susdits princes, je croy qae M aérait chose que justement se pourroit moienner et espérer, qui se feroit et qui viendroit bien à propos, car je ne doubte aulcunement que l'Intention du Pape ne soit de voir ranger Vostre Majesté à la relîgioo catholique et en ce faisant, l'assister de tous ses moyens spirîtttela et temporels pour le restabiir paisiblement en son royaume, et que de Hiesme ne fassent les autres princes susdits.

Néantmoins ne voulant point soubmettre Vostre Majesté à mon seul jugement, je serois de l'opinion que tandis que ceste instrucUon se feroit, que les personnages que Vostre Mcgesté trouve boas, aillant en Italie, s'asseurant de l'intention du Pape et des susdits priâtes, sar tel secours, afin que tant plus facilement Vostre Majesté puisse procédera son instruction, et s'asseurer au moins que s'il plaira à la bonté «ttriaa de vous inspirer à embrasser la religion catholique que seras assisté d'un si grand et notable secours que pourriez justement espérer d'esira bientost réintégré en l'auctorité de quasy tout le royaume.

Et par ce que la réputation sert grandement aux afRiires dea grands roys, il me semble estre très nécessaire que durant le temps da trait ou quatre mois au plus, que je faâ& estât que ceste instraeliûn doive durer, et non d'advantaige, de crainte que les affaires n'enpireat par trop, que Vostre Majesté fust assistée de bonnes et grandea foroas ai que à ceste occasion elle feist comme un derniers effort poar résister k ses ennemis, afin d'oster l'opinion au monde que ce à quoi alla sa ré*

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aoadroit au faict de ceste instruction proviendroit de Tinspiration di- Ttae et non pas d'aucun interest particulier et privé.

Le mauvais estât, Sire, auquel je vois réduict les affaires de vostre royasme, et la crainte que j'ay de les voir dans peu de jours tresbucher par terre, m'a fait désirer de vous faire ce petit discours, afin de refréienter àVostre Majesté l'estat misérable d'iceulx, combien que je ■l'asseure qu'ils vous soyent^assez cogneuz, afin qu'il vous plaise prempteraent et avant qu'ils soient si fort empirez que les remèdes n'y puissent plus de rien servir, y apporter toute vostre industrie pour lesredresser comme il appartient^ afin de conserver ceste couronne en son entier, et y establir vostre auctorité, comme il appartient et faire que Dieu y soit honoré et servy comme il le désire ; ce que je me veulx promectre qu'il plaira à Vostre Majesté de faire, car tout ainsy qu'en ce faisant elle recevra un grand contentement et honneur, sans doubte advenant le contraire, oultre le dommage incroyable qu'elle recevra elle se endossera une misérable renommée qui a esté tousjours apréhendée et évitée par les grands capitaines qui ont désiré de laisser à la postérité une belle et louable -mémoire de leurs falcts.

Sire, je supplie très humblement Vostre Majesté de recevoir en bonne part ce petit discours, faict seulement pour le désir que j'ay de vous voir en telle félicité que vous le pouvez désirer, et par mesme moyen ce pauvre royaume (réduict quasi en friche) fleurir comme il a aultrefbis fait, et par conséquent tous vos bons et loyaux subjetcs respirer du long et insuportable travail qu'ils ont souffert et souffrent tous les jours, mesme ceulx qui ont eu plus à y perdre, et enfin Dieu boDoré et servy comme il appartient, avec protestation de remettre à ion jugement d'embrasser ce qu'elle trouvera bon, et le surplus de le rejecter, non comme chose provenant de malice, ains d'ignorance, pour ne recognoistre à mon grand regret de meilleurs moyens que oeulx cy dessus proposez, sur lesquelz, quand il plaira à VOstre Majesté trouver bon et avoir agréable que je luy en parle plus particulière- Oient, je le feray très volontiers, et d'aussy bon cœur que je supplieray le Dieu tout puissant qu'il luy plaise.

Sire, de vous inspirer à faire sa sainte volonté, et quant et quant ^oas protéger de sa toute puissante main. — Du camp d'Espernay ce iterniér juillet 1592.

Bibl. nat, anc. f. fr. 8931io, f. fr. 3982.

11. — A mons^ de Crillon, 1592. Du carap devant Espernay, !•'' août.

Mons' de Crillon, je .suis très ayse que l'issue du siège de Quille- K^ceuf ayt esté telle que je m'estois promis ; car saichant que vous y ^stiés entré et vous y estiés mis dès le commencement, je m'assuray l>îen que mes ennemys n'y acquerroient que de la honte. Je vous loue

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donc du bon debvoir qae vous avés rendu, et vous prie de continoer

à me faire voir les efifects de vostre valeur et courage en toutes anl-

tres occasions qui s'offriront pour le bien de mon service. J'ay assiégé

ma ville d'Ëspernay depuis quelques jours. En l'investissant je

traictay fort mal le secours des Wallons qui vouloient entrer en

Joëlle, car il en fut tué plus de trsize cens, à cinq cens pas de la

muraille de la dicte ville. J'espère que l'issue n'y sera pu moins

heureuse qu'a esté le commencement : - et sur ce, je prie Dieu,

• mous'' de Grillon, vous avoir en sa saincte et digne garde. "

Escript au camp devant Espernay, le premier jour de aoost 1592.

Henry.

Potier.

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