A mon cousin le duc de Nivemois
15'92. Du camp de Damery, 25 juillet.
Mon cousin, je vous avois prié par mes lettres de ce matin m'envoyer vos chevaulx légers et la cavallerie de Maubert-Fontaine et Donchery, avecques vos harquebuziers à cheval; mais ils ne sont point arrivez ny à l'heure que je les attendois, ny depuis, jusques à ceste heure ; et n'ay aucune response de vous : dont je me suis trouvé en grand'peine. Ceste entreprise mérite diligence; et si chascun n'y met la main d'une mesme correspondance, l'issue n'en peut estre selon nos intentions. C'est pourquoy je vous prie venir demain avecques toutes vos trouppes à la justice qui est entre cy et Espernay, du costé de delà la rivière ; et là vous y trouvères le s' de Biron avecq la carte du département (1) que nous avons faict, ou pour le moins le mareschal des logis de l'armée, si le dict s" de Biron se trouve lors engagé à quelqu'autre chose, comme il s'en présente assez d'occasion. Et ce pendant envoyés-moi, je vous prie vos dicts chevaulx légers et la dicte cavallerie de Maubert et Donchery, et vos harquebuziers à cheval, dès le matin, à la dicte justice ; et là il leur sera monstre le lieu auquel ils devront entrer en garde. Car toutes nos trouppes n'en peuvent plus, et c'est ceste nuit et demain que nous devons plus craindre que les ennemys facent quelque effort pour mettre du secours dans Espernay, puisque celuy qu'ils pensoient y mettre a esté taillé en pièces en plus grand nombre que nous ne
(1) C'est-à-dire la carte des positions assignées aux diverses troupes, suivant qu'elles sont départies.
APPENDICE Wi
pensions, par la reveae des morts, qui en a esté faicte ce jourd'huy :
priant, sur ce, Nostre Seigneur vous avoir, mon cousin, en sa saincte
garde.
Escriptau camp de Damery, le xxV jour de juillet 1592, à mi-
nuict.
Henry.
RuzÉ.
A mon cousin le duc de Nivernois, 1592. 28 juillet.
Mon cousin, incontinent après que vous fûtes party hyer au soir d'avec moy, arriva le sieur de Biron (1), qui me dit avoir tellement pourveu à ce que Ton continuast le travail pour le regard des tranchées, que ma présence n'y estoit nullement nécessaire; et résolusmes de partir de bon matin pour faire un tour à Tentour de la ville et recognoistre mieux le lieu où nous ferons faire la batterie. Lte sieur de Bom s'y trouvera ; et pour ce que je désire infiniment que vous y soyés, je vous prie, mon cousin, de monter à cheval et passer le ruisseau pour vous rendre au fauxbourg où est logé Saint- Luc, afin que nous ayons ensemble un lieu plus propre pour faire la dicte batterie, et à toutes choses nécessaires. Bon jour, mon cousin ; ce oiardy à quatre heures du matin, xxyiij* jour de juillet.
Henry.