‹ Histoire de l'Abbaye d'Avenay (volume 2)Chapitre 56 sur 100 · PIÈCES RELATIVES A LA COADJUTORERIE DE MADAME BÉNÉDICTE · texte numérisé non relu

PIÈCES RELATIVES A LA COADJUTORERIE DE MADAME BÉNÉDICTE

Af. du Noizetf auditeur de la Rote, à M. le duc de Nevers.

(Il lui annonce le succès de ses démarches près du Saint-Père pour

la succession de l'abbaye d'Avenay.)

Monseigneur, il y a environ quinze jours que j'ai receu vos lettres du 20 octobre. Incontinent que je peu, j'allay baiser les pieds de Sa Sainteté de vostre part, et luy présentai la lettre que vous luy escriviez ; laquelle il receut avec beaucoup de démonstration d'amitié et bienveillance en vostre endroit. Je luy exposay le désir que vous avez

d'accommoder en quelque religion Mesdemoiselles vos filles, avec la bienséance qu'il con ^ ient à des princesses de si grande maison, et le suppliay, de vostre part, de vouîloir accorder la grâce de l'aage affin quelles puissent dès à présent (estre) asseurées de quelques abbayes; et surtout particulièrement je luy parlay de la plus jeune qui désiroit obtenir la coadjutorerie de Tabbaye d'Avenay. Sa S incteté me fit response que pour ce <.ui est du titre de coadjutorerie, vu le bas âge, il ne pouvait en conscience l'accorder ; mais que, pour vous tesmoigner l'extraornaire affection qu'il vous porte, il trouveroit des moyens asseurez pour vous donner contentement de ce que vous désirez, par une autre voye aussi asseurée que celle-là, qui est par forme d'accès, qui est une espèce de coadjutorerie, n'y ayant d'autre différence, sinon qu'il faudra différer à expédier les bulles de l'abbaye jusques à ce que Alademoyselle aye seize ans. Et cependant le Pape par un bref, lui asseure en tous cas ladite abbaye. — Trois jours après Monsieur l'Ambassadeur en parla à Sa Saincteté et luy donna le Mémorial de vostre part. Le Pape luy en donna une si ferme intention que nous avons raison de croire que c'est une affaire faite, ledit mémorial estant renvoyé à Mons** Vulpio, avec un rescript qui monstre que le Pape voulloit vous contenter. Jusques icy je n'ay peu scavoir assurément si l'ordre est donné : par e premier courrier Vostre Excellence en sera asseurée, et Mons** l'Ambassadeur vous le veut écrire, dont je l'en supplie, affin que Vostre (avocat?) se puisse servir de lettre auprès des ministres du Roy, pour avoir les lettres de consentement de Sa Majesté, sans lesquelles vous ne pouvez espérer de rien obtenir en celte court : veu que les lettres de nomination sont requises. Cependant Vostre Excellence doibt, au plus tost quelle pourra, retirer de Madame d'Avenet une bonne procuration par laquelle ladite abbesse consent et demande à Sa Saincteté, (que) Mademoiselle vostre fille soit pourveue de ladite abbaye, par forme de coadjutorerie ou accez, soubs le bon plaisir du Pape. Et faudra prendre quelque notaire apostolique, habille homme, qui sache le formulaire. Mons** de Metz futreceu en cette façon d'accez, en l'Eveschéde Metz. Mons'' le président Lamoignon vous pourra faire veoir cette forme, ayant, comme je crois, les papiers de Mons*" de Metz. Et si tost que Vostre Excellence aura receu la lettre de Mons'' l'Ambassadeur, il faudra, s'il luy plaist, qu'elle s'ayde auprès du Roy pour en avoir au plus tost la nomination : autant vous puis-je asseurer pour Mademoiselle vostre fille aisnée ; pourveu que vous ayés une procuration de l'abbesse et les lettres du Roy, vous en recevrez toutes sortes de contentement et satisfaction de Sa Saincteté, et asseurerez lesdictes abbayes à Vostre maison.

Au dos est escrit : Coppie de la lettre de M"" de Noizet, auditeur de Rote, du 4 déc. 2624, de Rome : touchant l'abbaye d'Avenet.

i624. — Minute de la supplique au Roy du duc de Nevers

(Pour lui exposer que le Pape a accordé une dispense d'âge à Bénédicte, sa fille, pour succéder à l'abbaye d'Avenay, et le prier d'accorder des lettres de nomination.)

Il paroît par les lettres de Monsieur de Béthunes, ambassadeur pour le Roy en cour de Rome, du 17* décembre 1624, et aultres de Monsieur l'abé d'Aumalle du 4* et 17* du mesme moys, que Nostre Saint- Père le Pape a accordé à Mademoiselle Bénédicte Ae Gonzague et de Clèves, fille de Monsieur le duc de Nevers, la future succession de Tabbaye d'Avenay, ordre de Sainl-Benoist, diocèse de Reims, non pas sous forme de coadjutorerie, mais par voye d'accès ; et que Sa Saincteté a commandé à M"" Vulpio, secrétayre de ses Brefs, d'expédier celuy qui est nécessaire à ladicte Damoyselle, à cause de son bas aage, qui est de huit à neuf ans (1). Mais l'expédition en est différée, jusques à ce qu'il paroisse de la volonté du Roy, que mondit sieur duc de Nevers n'a voullu presser, qu'au préalable Sa Saincteté n'eust accordé ladite dispense ; et que par ce moyeu la conscience de Sa Majesté fust deschargée en donnant son consentement et lettres de nomination. Pour cette rayson, Mons*" le duc de Nevers supplye très humblement Sa Majesté de donner le commandement à Mons** d'Herbault d'expédier et délivrer le brevet et lettres de nomination sur ce requises et nécessaires, suyvant la procuration de Madame d'Avenay.

< {Bibl. nat., mss. fr. 3805, f^ 44.)

Copie d'une lettre du duc de Nevers au cardinal de Richelieu.

(Pour faire agréer au Roy la demande qu'il fait de l'abbaye d'Avenay

pour sa fille Bénédicte.)

Monsieur, vous scavez la supplication très humble que je fis dernièrement au Roy d'avoir agréable que l'une de mes filles que j'ay vouée au service de Dieu et qui est nourrie et eslevée près Madame d'Avenay, put estre receue en la coadjutorerie que ladicte Dame luy voulloit donner de son abbaye d'Avenay. Mais comme je creins bien que son bas aage ne luy pourroit encore permettre, je pensay pour ne me rendre importun en une affaire qui pou voit regarder la conscience du Roy, que j'en devois avoir quelque avis de mes amys qui sont à Rome ; ^ ce qu'ayant heureusement réussy, le Pape m'ayant fait cette grâce, sur ce que luy en ont présenté, que d'y trouver même ung expédient, j'ay prié Monsieur de Charnizay de vous en faire entendre les particularitez, et de vous supplier, Monsieur, comme je fais de toute mon affection, de m'y vouUoir rendre vos bons offices auprès du Roy à ce qui luy plaise d'en escrire à Sa Saincteté et à son ambassadeur. Je

(1) Elle n'en avait que six au plus, en 1624.

294 ABBAYE D*AVEP<AY

vous en auray une très étroite obligation dont je conserveray un perpétuel souvenir en mon ame, pour m'en revencher par toutes sortes de services; et en attendant je vous supplie de me continuer en l'honneur de vos bonnes grâces et de croire que je suis, etc.

Au dos est écrit : Copie de la lettre de M. de Nevers à M. le cardinal de Richelieu.

2 février 1625. — Chamizay au duc de Nevers.

(Au sujet de l'affaire d'Avenay. — Il en a parlé au P. Joseph. — Information des vie et mœurs de Madame Bénédicte.)

...J'ay aussy donné au Père Josef votre lettre et communiqué le memoyre et quantité d'autres raisons que je scay la dessubs, afin quMl en parie au cardinal de Richelieu et qu'il agisse de son costé. Mais je crois que le bon père ne manque pas de bonne volonté, mais de pouvoir : je luy ay parlé aussy de vostre affaire d'Avenet. Je l'ai treuvé de mon advis, qui. est de n'en ouvrir pas la bouche, que celle des vaisseaux (i) ne soit terminée de quelque sorte : crainte qu'ils la voulussent faire tenir quelque lieu de récompense. Quand il sera temps et que vous le commanderez, j'en parleray. J'en ay ce matin communiqué avec le sieur Loysel, suyvant vostre commandement, lequel treuve la procuration de Madame d'Avenet fort bien, mais il m'a dit qu'il estoit besoing que les religieuses en donnassent une, et qu'il falloit aussy faire une information de la vie et mœurs de Mademoyselle. vostre fille, estant les formes qui s'observent à Rome telles. Je l'ay prié vouloir faire le formulayre de ladite procuration, avec un ample mémoyre de quelle sorte il faut fayre l'information. Toutes lesquelles choses je vous envoyé.

A Paris, ce 2 febvrier, 1625. Signé : Charnizay.

Au dos : A Monseigneur le duc de Nevers. (9296— 3801, f» 58, r-.)

16 février 1625. — M. de Charnizay à M. le duc de Nevers.

(Maladie de Madame d'Avenay; Affaire de Madame Bénédicte; Démarches près des cardinaux de Richelieu et La Rochefoucaylt.)

Sur la maladye que Madame votre sœur m'a asseuré qui

pressoit Madame d'Avenet, j'ay esté trouver le cardinal de Richelieu

(1) Charles de Gonzague, qui à tous ses titres devait joindre, en 1628, celui de Prince de Mantoue et de Monferrat, avait toutes les aspirations d'un véritable souverain. Après la fondation de Charleville, il créait un ordre de chevalerie et battait monnaie, puis il équipait à ses frais une flotte dont il prétendait aider les affaires du Roi. C'est à cette dernière tentative qu'il est fait allusion ici.

auquel j'ai donné une lettre que j'ai fait faire au s** du Bosc, dont je vous envoie copie. Je lui ay dit le mérite de l'affaire ; il m'a dict que j'en donnasse un mémoyre à Monsieur d'Herbault. afîn d en parler au Conseil : il fera absolument pour vous tout ce qui sera de son pouvoir; lesquelles paroles je croiray après les effeots. Néanmoings, j'ay estimé que auparavant que de donner le mémoire audit sieur d'Herbault (lequel je feray dresser par le s"* Loysel) qu'il estoit à propos, puisqu'on debvoit parler de cette affaire au conseil, auquel le cardinal de La Rochefoucault assiste, de luy porter une lettre de vostre part et luy dire Testât de ceste affaire pour luy ester le scrupule de la conscience, ce que je feray demain auparavant le retour du Roy, et ne perdray aulcun temps en ceste affaire, de laquelle j'advertiray Madame vostre sœur, de heure à aultre, pour vous y assister quand elle le jugera à propos.

A Paris, le 16 février 1625. Signé : Charnizay.

(F. fr. 9296 — 3801, ^ 162.)

Charnizay à M. le duc de Nevers,

■'i (Même sujet.) ,,i;

Pour l'affayre d'Avenay j'ai vu M' le cardinal de la Rocbe*

Foucault qui dict que, encor qu'il n'eust pas accordé ce qu'a fait le Papià', :aiéaDmoins il n'avoit que dire à la volonté de Sa Sainteté à laquelle il n'avait garde de contrevenir, m'ayant asseuré qu'il n'y apporteroit aucune difficulté. J'ai aussy veu Mons*^ d'Herbault auquel j'ay donné le mémoyre que j'ay dressé par l'advis du sieur Loysel et l'ay instruit ^e l'affaire, ensemble Monsieur Heudier, son premier commis, pour l'en faire souvenir. Je verra/ demain du matin le Père Seguiran et luy donnerai une lettre de votre part ensemble, Mons"" de Chomberg, puisque l'affaire doit être proposée au conseil où il se trouvera : et incontinent après le retour du Roy, je ne manqueray de le voir pour luy dire en quel estât est cette affaire et comme en conscience il la peut accorder à Mademoiselle vostre fille, puisque Sa ^aincteté Ta trouvée bonne et n'en fait difficulté ; et lorsque l'aflaire en sera à ce point, j'espère que personne ne pourra courre sur vos brisées. Je donne avis à Madame vostre sœur tous les jours de ce que dessus, afin quelle juge quand il sera à propos quelle preigne la payne de fayre les suffrages nécessaires, s'il en estbesoing. - ''

A Paris, ce 18 février 1625. Signé : CHARNlilkV.** '

A Monseigneur de Nevers.

(F. fr. 9296—3801, f^ 75.

Charnizay au duc de Nevers. ,.■.,,,:.,. -mJ''.

(Même sujetj.) .,•, j , ^ ; . ! rr i / < ' '»i 1 V /. /

Cependant on ne laissera de faire pour vostre affaire d'Avenay

296 ABBAYE dVvENAY

tout ce qui se pourra, au moins vous pouvez croire que ce qui dépendra de moy y sera absolument employé, et ne manqueray de solliciter Madame vostre sœur de vous y rendre les offices nécessaires. Voilà pour l'heure le principal sujet du voyage de ce porteur.

A Paris, ce 20 febvrier 1625.

Charnizay.

Au do8 est écrit : A Monseigneur.

26 février 1625.

Madame de Beauvilliera au duc de Nevera.

(Principalement au sujet du prieuré de Saint- Joseph.)

Monseigneur, Nostre Seigneur vous donne son saint amour. .

Je croys que maintenant Monsieur de d'Houville vous aura donné les précédentes dont je l'ay chargé et espère que à son retour il m'apportera de voz nouvelles et me dira l'espérance que vous en avès, ayant ung désir extrême de veoir cest affaire assuré : le contentement que j'ay heu de son commencement m'a desja donné de la santé, estant maintenant beaucou() mieux. J'ay eu des lectres de mon procureur de Paris qui me mande estre très nécessayre que je face escrire à Monsieur le premier Président et aultres ; parceque maintenant ung appel interjette par les filles de Saint-Joseph se doibt juger, et puys après la réintégrande, qui importe grandement à nostre affaire. Vousm'avés fait. l'honneur. Monseigneur, de m'asseurer que vous me protégeriés et que vostre faveur ne me sera poinct desniée; je vous en supplie très humblement et d'escrire à quelques uns de nos présidans, le nom desquels je les envoyé à Monsieur Dumesnil qui vous fera entendre en quel estât est nostre affayre. Monsieur Loysel est nostre raporteur dont j'ay bien de la joye car il est fort serviteur de Madame de Longueville et de son conseil. J'espère, Monseigneur, que quelque jour vous verres et recevrès du contentement de ceste mayson de Saint- Joseph, estant ung bon signe que les commencements soyent sy difficiles, la fin nous en sera plus heureuse. Je vous en demande très humblement pardon sy je vous importune sy souvent. Je supplye Nostre Seigneur me donner la grâce de vous randre les très humbles services que je vous doibtz en calité de

Vostre très humble et très affectionnée servante,

De Beauvilliers, abbesse d'Avenay, Monseigneur

XXVI febvrier 1625. (F. fr. 4727, f 121.)

Le duc de Nevers à M. V Archevêque de Reims (i).

(Il invoque son appui en faveur de Madame de Beauvilliers et du procès qu'elle soutient à propos de son prioré de Saint-Joseph, et à laquelle il est fort obligé pour la bonne nourriture qu'elle donne à deux de ses filles ai> couvent d'Avenay.)

Monsieur Je ne puis refuser aux prières de Madame rabessed'Avenetce qu'elle désire de mon intercession envers vous ; puisque, outre sa vertu qui la rend estimable d'un chaqun, je me sens luy estre encores infiniment obligé de la bonne norriture qu'elle donne à deux de mes filles dans son monastère. Ces considérations donc, Monsieur, me font espérer que vous ne recevrez ceste lettre à importunité, par laquelle je vous suppliray de luy vouloir rendre une favorable justice, au sujet d'un procès qu'elle a contre aucuns de la ville de Chaalons, touchant la formation d'un prieuré qu'elle y a estably, duquel j'apprens que Monsieur Loysel est rapporteur. Vous asseurant que je participe de beaucoup à l'obligation qu'elle vous en aura^; dont j'espère encore vous remercier bientost de vive voix, et en l'attente de contentement, accordez-moy toujours, s'il vous plaist, la continuation de vos bonnes grâces et la qualité de

Monsieur,

Votre serviteur plus afTectionné.

(F. fr. 4,712, f 62.)

27 février 1625.

Chamizay à M. le duc de Nevers.

(Suite des sollicitations pour l'abbaye d'Avenay.)

Pour vostre afîaire d'Avenay, je vous mande Testât ou elle

est à présent. Je croy que madame vostre sœur vous en escript et m'a asseuré quelle y feroit comme pour elle. J'en parlai encore hier matin au Roy, suivant vostre advis, et luy ay dit que selon le commandement qu'il m'avoit fait, j'ai parlé de ceste dite affaire à messieurs les cardinaux de Richelieu et de la Rochefoucault et à M. de Chomberg qui, tous m'ont asseuré n'y treuver nulle difficulté, puisque le Pape treuvoit moyen de l'accorder sans que la conscience de Sa Majesté y fut intéressée et qu'il ne restoit plus autre chose sinon qu'il lui pleust de commander à Monsieur d'Herbault d'en expédier le brevet et la dépesche à Monsieur de Bethune son ambassadeur, de quoy je suppliois très humblement Sa Majesté de vostre part. A quoi il m'a répondu que je dise à Monsieur d'Herbault qu'il luy parlast de ceste dite affayre, ce que je n'ay voulu exécuter que premièrement Madame vostre sœur n'aye fait les suffrages nécessaires aux Messieurs, afin que lorsque ledit sieur d'Herbault en parlera au Roy ils se ressouviennent que madite Dame a fortifié les recommandations que j'ay desja faites. Lors*

298 ABBATE d'aVENAY

qu'elle aura exécuté ce quelle désire, et quelle me commandera de presser ledit d*Uerbaultd'eD parler, je n'y manqueray pas....

Chaunizay.

A Paris, ce 27 février 1625, à dix heures du matin. Au dos est escrit : A Monseigneur.

D'une autre main : Lettre de M. de Charnizay, de Paris du 27 de février 1625, receue à Charleville le premier de mars suivant

Instruction sur les formalités à remplir par Madame de BeauvillierSf pour substituer à sa place Benoîte ou Bénédicte de Gonzague,

La procuration que madame Françoise de Beauvilliers, abbesse de Tabbaye d'Avenay, a passée pour supplier Nostre Saint Père le Pape d'avoir agréable l'eslection et nomination quelle a faicte de la personne de madame Bonoisie de Gonzague et de Cleves pour luy succéder en la charge et dignité abbatiale, est en bonne forme. Il est besoing maintenant quelle en fasse passer une aultre à ses religieuses suivant le formullaire que j'envoye avec le présent mémoire. Oultre ce, il est nécessaire d'avoir attestation de la vie et mœurs de ladite dame de Gonzague et de Cleves et sa profession de foy, ce qui doibt estre faict devant Monseigneur l'archevesque de Reims où l'un de Messieurs ses ofGciaux. Et dans ladite attestation sera rapporté comme elle est fille légitime de Monseigneur le duc de Ne vers et de deffuncte madame sa femme : que dès son enfance elle a esté mise dans ladicte abbaye d'Avenay et soigneusement nourrie et instruite par ladite dame de Beauvilliers, abbesse. Que ladite dame de Gonzague et de Cleves est âgée

de ans seullement : que depuis quelques mois en ça, l'habit de rel-

ligieuse et de novice luy a esté baillé ; qu'il est à désirer et souhaiter que cette abbaye pour sa conservation, etc., etc. Il faudra aussi toucher quelque chose des mérites et vertus de mondit seigneur le duc. Pour le regard de la profession de foy, si mondit seigneur l'archevesque ne peuit, à cause de son vieil aage se transporter à Avenay, pour la recevoir, il y envoyera et donnera commission à l'un desdits officiaulx, ou à ung chanoine ayant dignité dans son église : Lequel estant arrivé audict Avenay. fera faire ladite profession : et fauidra se servir de celle qui est imprimée et qui s>nvoye aussy avec le présent mémoyre, et dans laquelle et es première et penultiesme lignes qui sont en blanc, et après les mots Ego et Ego idem y ladite dame de Gonzague et de Cleves escripra ce qui ensuit : Soror Benedicta de Gonzagues et de Cleves, monialis nondum professa monasterii monialium. d^ Avenay. £t au bas de ladite profession imprimée se fera un procès verbal de la teneur qui ensuit :

Nos Unîversis présentes litteras inspecturis Salutem in Domino :

Notum facimus et attestamur quod personaliter coram nobis constituta,

eadem illastrissima et Reverendissima Doaiiua Bmieùicla de Gonsague el de Cleves, ad colloquium dicti monasterii existens, supradictam fidei professionem, gallico sermone illi per nos expticatam genibus flexis, perlegit et professa' est : omnes que et singulos articulos, sicut conscripti sunt, flrmiter tenere et credere et omni vita credituram, jure jurande super sanctis Dei Evangeiiis promisit nomen que et cognomen in prima et penultima lineis dicte professionis fidei manu propria scripsit, presentibus N... et N.... testibus. In quorum fidem, présentes litteras signavimus et per N... Notarium Âpostolicum, subscribs), ac nostro sigillo muniri fecimus. Datum in dicto monasterio de Avenaio.

Et d'aultant qu'il sera difficile de trouver sur les lieux des personnes de qualité convenable, pour déposer de la vie et mœurs de ladite dame de Gonzague et de Cleves, de son extraction et naissance et des mérites de monseigneur son père, le rapport qu'en fera mondit seigneur rArchevéque de Reims pourra suffire, sans qu'il soit besoing de cercher d'aultre tesmoignage.

i625. — Modèle de la procuration que devront signer les reli" gieùaes d*Avenay pour approuver le choix que madame Françoise de BeauvillierSy leur abbesse, a fait de Bénédicte de Gonzague pour luy succéder.

In nornihe Domini, Amen. Tenore hujus presentis publici instrumenti, cunctis pateat evidenter et sit notum quod, anno ejusdem Domini millésime sex centesimo vigesime quinte, — die... Pontificatus sanctissimi in Christo Patris et Domini nostri, Domini Urbani, divina providentia Pape octavi, anno secundo. In nostrum... publicum auctoritate apostolica< notarium.... presentia présentes et personaliter consti-

tute Dee dévote sancte moniales

Omnes Relligiose professe monasterii menialium Sancti Pétri d'Avenay, ordinis sancti Benedicti, Remensis diœcesis, certiores facte reverendam Deminam Franciscam de Beauvilliers dicti monasterii Abbatissam, elegisse et nominasse eidem sanctissimo nostro Pape et sancte sedi apostolice, illustrissimam et reverendissimam Dominam Benedictam de Gonzague et de Cleves, filiam illustrissimi Principis, Domini Caroli de Gonzague de Cleves, Ducis Nivernensis et Rethelensis, Francie paris, christiane militie equitum Prefecti, ac pro rege in provinciis Brie et companie Gubernatoris... Que in dicto monasterio ab infantiâ educata fuit, et ab aliquibus mensibus, habitum per moniales ejusdem gestari solitum, suscepit et gerit ; ad effectum ut eadem illustrissima domina Benedicta de Gonzague et de Cleves ad hujus modi monasterium d'Avenay libères habeat accessum et successum, cum primum illud vacaverit per decessum ejusdem Révérende domine Pranci^se Abbatisse, seu aliam quam libet dimissionem et nomina-r

tionem, quando quidem illis et dicto monasterio perutilis maltum et

fructuosa, et in quantum opusest, constituant Procuratores suos

absentes tanquam présentes et orum quemlibet in

solidum specialiter et expresse, ad Ipsarum Dominarum constituentiam nominibus, et pro eis Romana in Curia, Caméra et Cancelaria apostolicis ei alibi ubi opus erit, standum et comparendum, ac earum personam representandum, ibique prefato serenissimo domino nostro Pape et sancte sedi Apostolice, se omnes ratam atque gratissimam habere nominationem et electionem predictam ac litterarum expeditionibus desuper necessariis, libenter consentiendum et consensum praestandum, et generaliter alia omnia et singula circa prsmissa necessaria et oportuna, faciendum, dicendum et exercendum. De qaibus praemissis omnibus praefate domine constituentes voluerunt unum et plura instnimenta confici et expediri ac Romanam transmitti, ad efiectum premium.

(F. fr. 4727, f« 31.)

Le duc de Nevers à M. l'Archevêque de Reims. (?)

(II ne sait comm'ent lui exprimer sa reconnaissance de ses nombreux

services.)

Monsieur, il me faudroit avoir une plume angélique pour vous pouvoir assés dignement remercier de tant de peines qu'il vous a pieu de prendre pour nostre petite novice, dans la rigueur de cet hyver : mais comme elle me manque et un stile assés relevé, j'auray recours à mes services, pour essayer de me dégaiger d'une si estroite obligation; ayant cependant prié le sieur d'Esdouviile, temoing de vos faveurs, de vous en tesmoigner aussy de ma part mon véritable ressentiment, en attendant que je le puisse moy-mesme faire de vive voix. Vous sapliant de me conserver tousjours la part que vous m'avez promise en

vos. bonnes grâces, et de croire que je suis etc.

(F. fr. 4712, r» 53.)

L'Archevesque de Reims à M. le duc de Nevers.

Monseigneur, J'ay receu celle que vous avez pris la peine de m'escripre touchant l'indiscrétion du curé de Saint-Maurice de nostre ville : J'ay mis la cause entre les mains de mes officiaux qui sont (compétans) en matière de crime pour les ecclésiastiques. Je vous supplie de croire que j'en feray faire une exacte justice particulièrement pour vostre respect, et vous supplye, Monseigneur, comme mon principal patron, si l'occasion se présente de faire scavoir au Roy mes continuels travaux et la grande nécessité que j'endure, par la séparation de l'abbaye de Saint-Remy et les charges que porte l'Archevesque en faveur de Madame de Saint- Pierre, oultre les ordinaires. Si par vostre faveur et autorité je pou-

vois avoir quelque... de Sa Majesté, pour m'ayder de payer mes grandes debtes, encourues par la nécessité de mes affaires, tant des bulles mainievé de mon bien, pallium, que réparations nécessaires de la maison archiépiscopale ruinée, je serai obligé éternellement à demeurer toute ma vie, Monseigneur,

Vostre très humble et très obéissant serviteur,

Gabriel, Archevesque de Reims.

A Reims ce III* apvril 1625.

(F. fr. 4727, f» 107.)

Madame de Beauvilliers au duc de Nevers

Celte pièce, quoique étrangère à Madame Bénédicte, n'en a pas moins d'intérêt. Madame de Beauvilliers se plaint amèrement d*un M. de la Boullaye et de sa compagnie de chevau-légers et de leurs exactions à Somme-Suippe, de M. de Bussy, dont les soldais à Suippes commettent toute sorte de violences. Elle dénonce les pratiques d'un baron de la Ramée, agent du comte de Tilly, pratiques qui semblent menacer le pays.

Monseigneur, Nostre-Seigneur vous donne ses saintes grâces. Je suis si malheureuse, que tous les jours il se présente des occasions nouvelles de vous importuner, de quoy j'ay un très grand despiaysir, et particulli rement qu'il faut que je vous fasse entendre le peu de respect que la compagnie de chevaulx-légers de Monsieur de la Boullaye nous aporte, ayant non obstant vostre sauvegarde logé à Somme-Suippe et y a demeuré cinq jours entiers. Monsieur de Livry a pris la peine d*y aller les prier de vostre part d'en desloger, ce qu'ils n'ont jamais voulu faire, quoique ledict de Livry leur aye faict entendre que c'estoit à vous qu'ils s'âtacquaient et non à moi : mes la résolution estoit prise qu'il falloit ruyner nos terres, car quelques jours auparavant ung homme de Monsieur de Bussy, estant à Suippe, a demandé à ung habitant de là combien il y pouvoit avoir d'hommes de guerre; et il lui dict qu'ils étoient huict cens hommes ; il luy dict si ung resgiement de mille hommes ne forceroient pas bien le bourg? qui témoigne qu'ils ont quelque mauvaise intention. J'ai cru d'estre obligée de vous en donner avis, et vous supplier très-humblement d'y apporter de l'ordre car ils logent sans despartemant et à discrétion. Je vois l'heure qu'ils se viendront jecter dans notre bourc d'Avenay, qui donneroit bien de l'effroi à nos bonnes filles. Je n'ai pas voulu en rien mander à Monsieur de Marillac avant que jay heu votre comendement. En l'attendant j'adjouste yci ung avis que l'on m'a envoyé pour vous donner : qui est que

ung nommé le Baron de la Ramée, calité par luy prise, et qui est avec le Conte de Tilly et qui a servi aultrefoys à Chabrîson, fermier des bois de la vallée de Viuay, lequel a esté recognoistre tous les passages et villes de la frontière depuis Strasbourg jusques à Paris, et mesme a faict la carte du pays. Il y a encore le fils d'ung jardinier, proche de Paris, qui est avec ledict Conte de Tilly, qui faict le mesme traficq. Cest avis vient de bon lieu. L'on me prie de vous le faire savoir. Je suis et serai toute ma vie, Monseigneur, vostre très humble et très fidèle servante

15 avril 1625. F. Beauvilliers, abb« d^Avenay,

A Monseigneur,

Monseigneur le duc de Nevers, à Paris,

%.1L1LTJL* Abbesse. — lladaiiie Bënëdiete

de Cronzasue*

Nous avons employé, à Tarticle précédent, la meilleure partie des extraits et pièces que nous possédions sur noire jeune abbesse : nous y ajoutons ici quelques documents nouveaux, notamment un extrait d'un panégyrique de la duchesse de Nevers, la mère des trois sœurs, Marie- Louise, Anne et Bénédicte.

Il est bien vrai que dans cette princesse, si pieuse et si humble, suivant le panégyriste, on reconnaît difficilement raltière duchesse, telle que nous la montrent les mémoires du temps, et notamment sa lutte contre La Vieuville, lors de la brouille du duc et du maréchal d* Ancre. Mais l'histoire des grands est pleine de pareils contrastes.

Cette curieuse pièce a pour titre :

Miroir des Dames sur les vertus héroïques de très" haute et très-illustre princesse Catherine de Lorraine^ duchesse do Nevers (fille du duc de Mayenne : mariée à Sojssons en février 1599^ morte en 1618) (1).

(1) BibU naU f. fr. 4729.

• Ce n'estoit poinct de merveille de la voir, quelquefois, richement vestue, puisque sa naissance et sa qualité le requéroient ; mais l'admiration eust bien esté extresme, si les yeux eussent peu pénétrer à travers les habits, pour voir ung rude silice et une chaisne à petites pointes qu'elle avoit sur sa chair nue. Le plus souvent on tenoit et tient on encor comme ung prodige de dévotion, entendant qu'une princesée demeuroit les cinq et six heures à genoux ; mais que n'eust-on pas dit si en ung coin de son cabinet on eust entendu le bruict des coups dont elle matait sa chair aveq une rude discipline ; et qu'en peult on Mire maintenant, en entendant le récit, sinon que nos jours n'en scavent plus de semblables ! Les dames trouveront cecy bien amer etd'aultant plus qu'il leur est advis qu'elles ne sont nées que pour les délicatesses. Plusieurs feront difficulté de le croire ; et moy j'en eusse faict aussi bien qu'eux, si personnes dignes de foy ne m'avoient asseuré avoir veu les disciplines ; et une de ses femmes de chambre confirme daventage comme en ayant ouy les coups, et trouvé maintesfoys et haire et dissipline derrière le chais de son lict, quand pour estre divertye ailleurs, elle les y avoit oublyées. Elle avoit faict faire ung petit coffre exprès pour tenir telles pièces qu'elle tenoit plus chères que toutes les perles et pierreries, puisque de celles cy on en pouvoit avoir la veue et le toucher souvent. Mais celles là n'estoient communiquées à personne, gardant tousjours elle mesme la clef du coffre qu'elle se faisoit donner soir et matin, pour prendre et remectre ce qui estoit dedans, sans qu'on peuct sçavoir que c'estoit, sinon après qu'on les eust trouvées derrière son chevet, dont elle receust du desplaisir et recommanda à celle qui en avoit faict la rencontre de n'en rien dire à personne. De mesme lirons-nous de Saincte Chunegonde qu'elle portoit tousjours le cilice, sans voulioir, en nulle façon, le poser; non pas mesme en ses maladies, voullant mourir dans ceste rude et hérissée chemise sur le corps. Et le grand Sainct Henry, son espoux et parent de nostre vertueuse princesse, ne prenoit jamais ses habitz impériaux qu'avecq la permission de son confesseur et après avoir faict à ses pieds inventaire de ses péchez et mortifié sa chair, par une forte et longue discipline.

(( Durant le temps des indulgences, qui sont assez fréquentes à Paris, par la libéralle concession des Souverains Pontifes, selon que les misères et les varietez des temps le requièrent, pour mitiger la cholère de Dieu, irrité contre les péchez du monde, ou pour obtenir de luy quelques faveurs particullières dont la nécessité est de grande importance, on voyoit ceste illustre princesse les gagner avecq ung exemple particullier : car allant d'ung bout de Paris à l'autre tout à pied et peu de personnes avecq elle et visitant, de ceste sorte, les églises ordonnées pour jouir du fruict des indulgences, donnoit aultant de tesmoignages de sa vertu, que du peu d'estime qu'elle faisoit du monde,

et du violent désir qui luy enflammoit le cœur de servir à Dieu, les injures du temps, n'estant capables de divertir ses afleclions, non plus que la distance des lieux ; et bien souvent, en temps de pluye, on Ta veue aller à pied de son hostel, aux Feuillans, aux Capuchins ou aux Minimes, gaigner les pardons et là demeurer les heures entières à genoux, quelque incommodité qu elle eust soufïerte, en y allant, ou pu souffrir, en y estant, à cause de la foule du peuple qui est très grande en telles occasions. A la vérité, voilà des actions violantes et des ferveurs non pareilles, que les siècles à venir pourront à peine se persuader : car ne voyant rien de semblable durant leurs jours, ilz croiront qu'on leur a voulu imposer, mettant au nombre des fables, pour ne l'avoir veu, ce que noz yeux sont contrainctz d'admirer. Mais que diroient-ilz donc, si, après l'avoir veu ainsy incommodée, ilz l'eussent veue entrer dans son cabinet et, fermant la porte sur elle, y demeurer les heures entières !

« De ceste violante affection et sy austère sorte de vie prenoit naissance ung extrême désir et zelle incomparable de la gloire de Dieu et de l'accroissement de service qui luy est deub par les enfans de son Eglise; carie véritable amour n'est jamais content de la possession de la chose aymée, comme le premier fruict de ses désirs ; mais, en oultre, recherche, avecq passion, son bien et son advancement ; ayme tout ce qu'il voit luy estre à contentement de teste ; et hayt à mort tout ce qui luy est contraire ou luy deplaist ; et reçoit pareille consolation de son advénement que du sien propre ; et par ainsy, mectant en arrière ses intérectz particulliers, n'employé son soing et son estude qu'à la conservation ou accroissement de ceux qu'il ayme d'amour, croyant que ce sont les siens propres. Ceste vertueuse et illustre princesse avoit trop d'amour pour Dieu, pour mectre en œuvre l'augmentation de son honneur ; sa piété estoit trop fervente, pour se contentant de son propre salut, n'estre esprise d'aucune solicitude pour celuy de son prochain. Son zoUe estoit trop violent pour ne penser qu'à soy-mesme, ou à sa famille, rendant ou faisant rendre a Jésus- Christ l'honneur qui luy est deub; mais il failloit daventage prousser pa^ tous moyens l'accroissement de sa gloire au lieu où il recevoit desjà quelque honneur; et ne laisser (s'il fault que je le die) aucune pierre à remuer, pour augmenter son culte et son service. Pour cest effect, elle n'espargnoit ny peyne, ny travail, ny moyen. Son loisir estoit trop bien employé quand les choses pouvoient réussir selon leurs projects. Sa bourse estoit plus promptement ouverte pour l'Eglise que pour des perles; et bien souvent où les advis et mandemens ne pouvoient réussir, elle s'y transportoit en personne.

« Si elle alloit aux champs, cestoit tousjours avecq dessaing particullier.de la gloire de Dieu, et partons les lieux de ses terres faisoit

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comme une visite aux églises ; mandoit les curez et la pluspart des parroissiens Finfbrmoit de Testât de Téglise; se faisoit monstrer les ornemens ; voulloit sçavoir quel revenu il y avoit pour l'entretenir ; et, à la fin, jamais n'en sortoit qu'elle n'y eust laissé quelque marque de sa dévotion et de son zèle ; aux ungs elle donnoit des chapes, à d'aoltres des chasubles, en certains lieux des aulbes, en d'aultres des calices d'argent, en d'aultres des paremens d'autel. Bref, selon la pauvreté et la nécessité des lieux, elle faisoit largesse, sans rien espargner ; afin que Dieu y fut servy avecq plus d'honnesteté, de révérence et de dévotion.

« Pour cest effect, jamais son carrosse n'estoit dégarny des choses qui regardent le service divin ; et pendant son séjour, ou à Nevers, à Paris, ou à Charleville, ou quelqu'autre part que se fut, elle employoit la plus grande partie de son temps comme nous avons remarqué cy devant, à faire des voiles de calice ou couidre des corporaux, dont elle portoit tousjours bon nombre quant et soy ; et lorsqu'en personne elle n'avoit la commodité de les distribuer, elle les envoyoit à Tévesque, pour en faire la distribution, pendant le cours de sa visite, aux lieux qu'il trouveroit en avoir faulte et manquement.

« Durant quelques années, au commencement de son mariage, elle ne pouvoit jouir de la bénédiction des enfans ; et parce que son cœur estoit plus au ciel qu'à la terre, et ses affections plus attachées à Dieu qu'au monûe, elle eust plustost recours à Dieu et aux moyens spirituelz qu'à ceulx de la terre : ung grand et signalé personnage luy proposa de faire vœu à sainct François de Paule ; et luy dit mesme qu'il l'avoit desjà faict à son intention, avecq promesse à Dieu de faire bastir ung couvent de religieux à Nevers, s'il luy faisoit posséder le bonheur d'ung enfant, qui, en signe de ce bienfaict, porteroit l'habit de ce grand sainct. Je ne diray pas le contentement qu'elle receust de ceste proposition, on le jugera assés par le remerciement qu'elle en feist, et la reytérant, fist elle mesme le vœu, avecq obligation devant dicte de l'accomplir du consentement et gré de monsieur son mary, qui le sachant après, n'en receust pas moings de contentement, et tesmoigna depuis aultant d'affection en son accomplissement. Ce grand sainct escouta ses oraisons ; Dieu exauça les prières de ce sien amy et serviteur, et le vœu fut effectué ainsy qu'elle l'avoit promis. Ce fut ung fils qui nasquit un an après le vœu, jour- pour jour, qui fut le 27" jour de juing 1607, qui le premier sortist de son mariage, à qui, avecq l'habict, elle fist donner le nom de François, illustre prince véritablement François de cœur et de dévotion, qui, dans lestât de son enfance faisoit paroistre ung courage vjril et une vertu ancienne ; donnoit des espérances de promesse et de vertus non pareilles en sa majorité, si Dieu qui prend ses esleuz, quand il veult, ne l'eust ravy à la terre, pour le donner au ciel. Je croy, non seuUement par la

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considéra tioa du bas aage atiquel il mourut ; mais encore par I9 dérotion quMl tebmoi^a à ce dernier passage, le rendant participant de» félicitez de sa mère.

« Incontinant après la naissance de cet enfant^ pour ne différer t*entier accomplissetJaent du tœu : car en matière de religion et singullièrement où il ^ a obligation par promesse volontaire, Dieu hayt \e& délayediëns, on ftlist venir des religieux pour commencer rédffice, le Kèu lé plus commdde.fUt jugé et choisy proche le parcq, oâ les bôktô Pères Miilimes ont maintenant, non pas ung couveiit minime, liuHs Tung des plus beaux et plus accomplis qu'ilz ayent en leur Ordre.

« Ceux qui ont esté sur les lieux et qui l'ont téu âcarènt s'il est vray. Je n'en veux pas faire iey la descriptioii, qiioy qu'elle penst sertie à mm subject ; car par la beauté de l'ediffice, on pourroit fàeilemènf eoQJecturer la grandeur de la desipence employée en sa constmetidn ; et par Tung et l'aultre aisëtiient inférer l'excès de la piété de béMe ghinde, illustre et non assez louée princesse. J'ayiné nàiéUt toutecrfbHi le passer sonbz silence, afin qu'on voyé, à roëll^ qu'il y a plustoêt dv manque de ma part que de l'excès au récit de ses vertus. AaMy sommes nous en ung sièicle si miséirable qii'à peyhe teûlt oh adjôuétiéir foy à ses propres yeux ; et ceux qui, amis de la vérité, la proposent telle qu'elle est, sont accusez de la desguiser et soupçonnez de flaterie on de mensonge. Mais en cecy je suis exempt dé ceste apréheosion et ne peux encourir ceste censure, car tout, on sçait, on a veOy ce que je dis ; et ceux qui l'ont ignoré jusqu'à maintenant, le pourront apprendre en mille lieux, car aultant d'églises qu'ilz verront dans les terres de ceste illustre princesse, seront aultant de bouches parlantes qui rendront tesmoignage de son zele et de sa dévotion.

« Il y a fort peu de maisons réformées où ^elle n'ayé dôntriboé de quelques ausmosnes ; et si la mort n'eust avancé ses jours avôcq tant de haste, on en eust bien veu d'autres effectzdesa piété? car elle atoit proposé de bastir et fonder ung couvent de Religieuses béoédietihes, à Paris, où elle avoit desdyé sa dernière fille, dont elle s'estoit ûdeotichée à Nevers ; ayant eu ce désir tant à son accouchement que peur les peynes où elle se trouva, par le malheur des guerres civiles; et luy avoit faict donner le nom de Bénédicte; qui fut tenue par des pauvres qui la tinrent au baptesme, cx)mme desjà fille de ce grand sainet Benoist, patriarche de tant de religieux : le tout afin de n'estre par nulle occasion divertye de ses pieux dessaings.

« En cejmesme temps on parloit de la reforme de certaine maison de filles, assez importante, tant pour la qualitée de la maison, qne pom* le nom qu'elle tient en France, par la naissance et le nombre dès religieuses, et par ce que cestoit une entreprise de grande conséquence, et pour le monde et pour Dieu, et qui ne pouvoit estre eonduicte à la perfection, sans ung grnnd travail et des despences insignes, céste

APPENDWE m l

vertueuse princesse l'ayaol pris en afiTectiou, et en désirant air ecq afi» fecUon l'accomplissement, avoit destiné, après son soing, quarante mil escuz pour une œuvre si signalée, dont ies mémoires escriptz de sa propre main, feurent trouvez après son trépas, soubs le tapis dé la table qiii estoit dans son oratoire. ^

« O qnii d'autres océaniens eussent rendu tesmoignage de sm zellê, n sa Ti0 eqst esté prolongée jusque» k cinquante ou soixante ans! Maift quoy> Dieu nous l'a voullue ravir (ïi 'estant encor par comiçung dire qu^en son berceau) afin que celles de sa qualité cognoissent que la iliort est U fenrs talons et qu'il fault bastir au ciel, sans délayemerit, pendant qu'elles en ont le loisir : craincte qu'il ne leur fleiillëdêstoger, sao» pouvoir aûoomplir leur bonne voionlé, quand elle sera venue. »

SEiaNEUBiÊ DE Vadenay. — 1627. — Extrait du dénombrement des droits de la seigneurie de Vadeuaiy, jttdis présenté à Meofeigoear d'Angoulême, alors seigneur d'Ëpemay, à cause de lacbfitelletii^dttdH lieu qui est la confirmation desdits droicts. L'extrait signé de Mions. Godet, seigneur en partie de Vadenay, le 17* aoust 1627.

Un autre papier contenant le compromis entre Madame d*Avenay et le 9^ GMet son c^seigneur, pour se conserver leurs droits réci^pi^ ques du 5 avril 1628.

Enfin un accord entre les parties par lequel M. Godet, co-seigneur, reconnaît cependant, en présence de M. Baruêl, bajlly de ladite Batiie, qvr'elle s droit de justice en son ban, ce que ledit co-seignieur atteste p«t soft seing manuel le 27" juin 1629. >

Le bois DBS Ligneux. — 1629. — Commission de Grii^yer et» seigneur de Loupvois, pour saisir la moitié du bois de Ligneux : exploit du sergent qui la fît ; sentence de& requestes du Palais, en faveiur des Dames religieuses, pour avoir main-levée de ladite saisie, moye» aant caution comme dessus, laquelle fut receue, en la personne de François Rolland, bourgeois d'Avenay, par le bailly d'^^maay^ ^ l'année mille six cent vingt neuf.

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