‹ Histoire de l'Abbaye d'Avenay (volume 2)Chapitre 7 sur 100 · D'AUBIGNY · texte numérisé non relu

D'AUBIGNY

Ainsi signé : Duval. — Chagrot, maire.

De ce que dessus il a été fait et dressé le présent procès-verbal que toutes lesdittes dames et sœurs ont signées avec nous, excepté lesd. sœurs Richard, Rabajoie, Fagot et Vallois, qui ont déclaré ne pouvoir plus signer a cause de leurs infirmités, de ce interpellées.

Ainsi signé : S^ d'Espiés, supérieure, S"^ D'au-

BIGNY, S^ DE LONGSART, S^ d'HaNMER DE BeTHEN-

couRT, S"^ d'Arras, S^ Voille, Vavasseur, S^ Berthelemy, S^ Henrionnet, S^ de la Bruyère, S' Deligny, S^ Jacta, S'^ de Lannbt, S' Lafauche, S' Desprez, S' Parisot, S' de Pkobste, S^ Marie- Anne CuiLLiÉ, S' Anne Mallet, S' Marie Perard.

Et ont aussi signé : Chagrot, maire. — Duval.

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Il nous reste à narrer les derniers jours de nos pauvres religieuses dans la maison qu'avait fondée^ Madame sainte Berthe ; plusieurs particularités nous restent à recueillir tant sur la main mise de la nation sur les objets du culte, les ornements, les vases sacrés et reliquaires de l'église, que sur l'expulsion définitive de Tabbesse et de se^s religieuses^ sur les iniques persécutions dont une populace aveugle poursuivit quelques-unes d'entre elles, enfin sur l'expropriation, la mise à prix et l'exploitation par la bande noire de tous les bâtiments dont se composait l'antique monastère de Saint-Pierre d^Avenay, plusieurs points sur lesquels nous chercherons les renseignements qui peuvent nous manquer quant à présent et que nous réservons pour V Appendice.

Du reste, il ne faut pas croire que la fermeture des établissements monastiques et Texpulsibn de leur personnel aient eu lieu sans protestation : quelques citations qui eurent lieu à la Législative et dont nous donnons ailleurs des extraits pourront édifier à ce sujet. Quoi qu'il en soit, l'exécution à Avenay de chacun des décrets d'extinction et de proscription ne souffrit aucune opposition, aucun retard.

En vertu de Tarticle 16 du décret spoliateur, l'expropriation des bâtiments de l'abbaye, dont on avait fait plusieurs lots, s'effectuait sous les yeux même de l'abb^sse et de ses religieuses. Quelquesunes de ces dames, usant de la liberté que leur donnaient les décrets précédents, et prévoyant avec la suppression totale »de leur maison leur expulsion définitive, avaient pris d'elles-mêmes le parti d'en sortir et de rentrer dans leur famille. Madame d'Es-

piés que son titre de supérieare obligeait à rester sxxr la brèche et à lutter jusqu'à la fin, assistait, le cœur navré, i la ruine de son antique et royal monastère et à la dispersion de ses plus chères filles. Quant à Madame d'Aubigny, qui avait rempli la charge d'économe, elle était devenue, nous ne savons sur quelles dénonciations, Tobjet des haines populaires. On l'accusait de travailler depuis longtemps, en prévision de sa prochaine rentrée dans le monde, à se ménager des ressources et les moyens d'une luxueuse existence, le tout au dépens de la nation! La chose en vint au point et la rumeur publique fut bientôt telle que Madame d'Espiés, mise elle-même en suspicion, put craindre un instant de voir sa maison envahie par la populace et livrée au. pillage. Quant à Madame d'Aubigny, plus compromise que personne, elle dut songer à sa sûreté. L'abbesse lui conseillait elle-même de se soustraire pour quelques jours aux menaces démagogiques, sauf à elle de revenir au monastère quand la tourmente serait passée. Mais Madame d'Aubigny, en sa qualité d'économe de l'abbaye, avait les comptes de sa gestion à rendre à la municipalité. Or ces comptes n'étaient pas prêts. Dans l'appréhension où tout le monde était d'une prochaine tentative contre le couvent et de la mise au pillage de ses meubles et de ses papiers. Madame d'Aubigny, du consentement de son abbesse, et après avoir donné avis à la municipalité de ses intentions, avis dont on ne lui tint compte, fit charger deux voitures des effets à son usage, ou qui lui appartenaient en propre, et, sous la conduite de deux charretiers du pays, elle dirigea le tout sur Epernay. C'est là, dans une maison amie, qu'elle

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espérait pouvoir mettre ses comptes au courant^ et quelques jours après, la tempête étant calmée, pou* voir revenir au couvent rejoindre son abbesse, car Madame d'Aubigny était du nombre des religieuses qui avaient déclaré le plus positivement vouloir y finir leurs jours, si les lois leur en laissaient la liberté. Les choses malheureusement ne devaient pas prendre cette tournure. Des soldats d'un bataillon de rAUier, cantonné à Mareuil, soldats des plus patriotes et tout dévoués à la nation^ avisent ce convoi qui leur semble extraordinairement suspect ; ils le suivent à la piste, de Mareuil à Ay et d'Ay jusqu'à moitié chemin d'Epernay, et là, tout à coup se découvrant, ils courent sus aux chevaux, et somment au nom de la loi les charretiers de s'arrêter. Puis, l'un des héros, prenant son pas de course sur Ay, va partout semant l'alarme, ameute le peuple, et somme la garde de lui venir prêter main-forte. De là, des scènes indescriptibles, aussi déplorables que grotesques. Une émeute est excitée par cette soldatesque avinée qui menace non plus réconome, désormais à l'abri des violences de la populace, mais la maison abbatiale elle-même, où les patriotes de Mareuil et d'Ay veulent porter l'incendie. Cependant l'autorité sort enfin de son apathie et la force publique, mise sur pied, parvient à protéger et à sauver du pillage le monastère et les pauvres filles de Saint-Benoist. Mais de là aussi une longue et fastidieuse procédure, qui finit par une ordonnance de non-lieu. Nous choisirons dans le volumineux dossier de cette persécution judiciaire quelques pièces significatives, renvoyant les autres à notre Appendice.

Nous avons retrouvé dans nos propres papiers de famille deux lettres de cette pauvre sœur d'Aubigny à l'adresse de M. Arnoult, momentanément secrétaire du district et notre grand-oncle ; on nous perniettra de les reproduire ici^ aussi bien figurent-elles en original parmi les pièces du dossier en question.

A Monsieur Arnoult^ secrétaire du district

à Epernay.

Ce 27 may.

« Je n'ay pu. Monsieur, pendant mon petit séjour dans votre ville, causer avec vous; mais je ne vous dissimule pas toute la peine que j'ai éprouvée et de toutes les manières. L'arrestation de mes effets, de mes livres de comptes qui font ma décharge, et l'envie qu'on avoit de me faire partir bien vite pour ne plus revoir Avenay, m'ont fait faire bien dea réflexions et une peine pire que la mort. Qu'avaisje donc fait. Monsieur, qui put m'attirer toutes ces choses ? Peut-on me reprocher d'avoir rien détourné, d'avoir rien enlevé et de m'étre mal comportée, soit dans ma conduite, soit dans l'administration qui m'était confiée ? Me suis-je mal comportée avec ces Messieurs qui sont venus enlever les titres ? Enfin, que me reproche-t-on ? Celles de nos Dames qui sont sorties (et qui sont depuis au désespoir de l'avoir fait) n'ont éprouvé aucune difficulté. Il n'y a que Madame et moi qui soient inquiétées ! Peut-être quelque jour nous rendra-t-on justice ! Je vous demanderai encore pourquoi M. Gobert paroît être contre nous ? Avons-nous fait quelque chose qui ait pu lui déplaire ? Il avait paru cidevant disposé à nous obliger, il l'a même fait auprès du département, en donnant son avis pour que notre part nous soit conservée; et aujourd'hui il

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va le donner pour qu'on nous l'enlève. Cette privation, quoique grande, ne nous fera pas sortir de nos murs que nous sommes déterminées à ne quitter que pour aller au cimetière. Vous me direz, peutêtre. Monsieur, que nous sommes en petit nombre ! nous sommes onze ; dans huit jours nous serons douze, et six de nos fuyardes sont déterminées à revenir sous peu. La frayeur, que les menaces qu'on leur fait ne s'effectuent, a déterminé leur départ, et elles n'attendent que le moment de rentrer au bercail. Madame sait que le département n'agira que sur Tavis du Directoire : ainsi les privations qu'on nous fera éprouver, nous en aurons l'obligation au Directoire dont nous n'avions qu'à nous louer. Le vin qui est arrêté à Mareuil, est une abomination de la part de Thomme, que vous connaissez aussi bien que moi, et peut-être mieux. Je ne parle pas de l'étain vendu par nos Dames, qui, au désespoir des menaces et dans la crainte qu'elles ne se réalisent avaient perdu la tête au point qu^elles ont vendu à moitié prix le grain que nous avions et qu'il faut, que j'en rachète pour nourrir nos domestiques : le tout sans que Madame en soit informée. Quand je suis arrivée, fax tombé de mon haut en voyant le désordre qui étoit dans toutes les figures. Je me décharge avec vous, Monsieur, et si vous le croyez prudent, vous pourrez en faire part à M. Gobert que je n'estime pas moins, quoiqu'il me fasse bien du mal. — Bien des choses à Mlle Arnoult et à votre chère demoiselle. — J'ai l'honneur d'être parfaitement. Monsieur, votre trèshumble et très- obéissante servante.

< S' d'Aubigny, R". »

Cette lettre, comme on voit, était écrite quelques jours après l'émeute et durant l'instruction de l'affaire criminelle intentée contre l'abbesse et l'éco-

nome. Si quelque chose peut stupéfier l'esprit c'est la lecture de certaines pièces de cette odieuse pro<cédure; Naguère Dames et maîtresses du pays, ayant toute juridiction, haute^ moyenne et basse justice sur toute la contrée, voilà les filles et héritières de sainte Berthe tenues de répondre à d'ignominieuses injonctions de ce genre :

Mandat de comparution contre Jlf™«» d'Bspiés

et d'Aubigny.

De par la loy,

Jean-Baptiste-Louis Merlin, juge de paix et officier de police du canton d'Ay, seconde section du district d'Epernay, dép* de la Marne, dem* à Avenay, mandons et ordonnons à tous exécuteurs de mandemens de justice, d'amener par-devant nous^ en se conformant à la loi, la dame Marguerite de Cossart d'Espiés, ci-devant abbesse de la ci-devant abbaye d'Avenay, y dera*, âgée d'environ 60 ans, taille d'environ cinq pieds, pour être entendue sur les inculpations dont ladite dame est prévenue ;

Et la dame Marie-Madeleine-Catherine d'Aubigny, dite Sainte-Scholastique, économe de la cidevant abbaye d'Avenay, âgée de 61 ans, taille 5 p. 1 pouce environ, pour être entendue sur les inculpations dont ladite dame est prévenue.

Requérons tous dépositaires de la force publique de prêter main-forte en cas de nécessité pour Texétion du présent mandat.

A Avenay, le 21 juin 1792.

Signé: Merlin.

Nous ne savons ce qu'il advint de la comparution de Mesdames d'Espiés et d'Aubigny devant le puissant officier de police Merlin. — Mais nous

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trouvons dans ce dossier cette lettre de Madame d'Espiés aux administrateurs du département de la Marne, qui expliqué de la façon la plus lucide les faits du procès et en fait voir la parfaite innocuité.

A Messieurs les Administrateurs du département

de la Marne.

a Messieurs,

€ Vous remontre la supérieure du monastère d'Avenay qui parait être soupçonnée d'avoir distrait des meubles, effets et titres qui tous appar^ tiennent à la nation, ainsi que des procès- verbaux faits à Mareuil^ à Ay et au district d'Epernay semblent le constater, elle va, Messieurs, dans l'exposé simple qu'elle va faire, répondre à tous les articles de délits qu'on lui impute.

a Depuis le com'mencemens d'avril dernier, on n'a cessé de répandre dans la maison d'Avenay et dans les environs que les bataillons des volontaires de Mareuil et d'Ay, avec quelques mal-intentionnez, se proposaient de venir mettre le monastère au pillage le 5 may, jour de la foire ; qu'on insulterait les Religieuses et que particulièrement l'Econome serait massacrée et son cœur porté au bout d'une pique. EflTrayée avec raison, je l'ai obligée de se retirer à Ëpernay. Là, étant presque dans la résolution de ne plus revenir, je fus contrainte de lui envoyer tous les papiers et registres qui étaient dans son cabinet et dans le mien pour mettre toutes ses affaires en ordre et remettre au district ceux qui pouvaient se trouver leur être nécessaire, quoi qu'ils ne fussent pas titres : ce qui s'est vérifié par la revue de l'inventaire où tous les titres se sont trouvés. Je fis partir en même temps ses meubles et quelques effets à moy et à ma femme de chambre, deux pièces de vin en cercle et des bouteilles de ma

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boisson ordinaire, le tout dans l'intention de le soustraire au pillage. J'eus la précaution d'avertir les officiers municipaux pour faire la visite de ce que j'envoyais, lesquels me firent dire que cela ne les regardait pas : je priai le commandant de la garde nationale de venir, il s'y rendit et ne trouva rien qui fut suspect. Ce sont ces objets que les volontaires d'Ay ont arrêtés et qui ont été reconduits au district d'Epernay et dont l'inventaire a été fait en présence de l'économe, qui a réclamé ceux qui ne sont utiles qu'à elle, à moy et à ma femme de chambre, rien de tout cela n'était compris dans l'Inventaire. Si j'eusse voulu avoir des copies coUationnées de tous les titres essentiels, n'eussai-je pas eu le temps de les prendre depuis le mois de novembre 1790 jusqu'au 17 may 1792 qu'ils sont restés entre nos mains.

€ Quant à l'étain qui a été vendu^ les Religieuses, dans les moments de crainte et on peut dire de désespoir où elles se sont trouvées, persuadées, comme cela est, qu'elles pouvaient reprendre ce qu'elles avaient apporté et entretenu jusqu'à présent à leurs frais, elles ont eu la faiblesse de se débarrasser à un prix très-modique de ce qu'elles croyaient leur appartenir. Le marché était fait, lorsqu'on est venu me le dire ; tout en le désapprouvant, je n'ai pu l'empêcher, mais j'ai retenu les 425 livres en assignats pour les remettre à qui il appartiendra. Cet étain n'était pas caché, comme le dit le procès-verbal» mais était dans la place où il se met ordinairement.

Le vin qui a été et qui est encore arrêté à Mareuil est à Madame de Beauregard, de Paris ; l'économe lui a acheté 7 pièces 1/2 de la dernière récolte chez différents particuliers d'Avenay, et celui en bouteille est le restant de ce qu'elle avait acheté en février 1789 et qu'elle avait prié l'économe de lui mettre en bouteille et lui conserver. C'est ici

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