‹ Histoire de l'Abbaye d'Avenay (volume 2)Chapitre 8 sur 100 · MADAME MARGUERITE D*ESPIES · texte numérisé non relu

MADAME MARGUERITE D*ESPIES

service d'amis ; il a été déposé à Mareuil par I0 voiturier N. Gardet, qui devait le conduire à Paris, et sorti d'Avenay le 30 avril par ledit voiturier ; c'est encore les menaces de pillage qui ont déterminé l'économe à faire partir le vin de son amie dont elle était chargée.

La crainte d'insultes, d'outrages et de massacres et ce qui venait de se passer à Reims, ont déterminé plusieurs religieuses à faire leurs déclarations: elles voulaient qu'on mit dans ces déclarations les réclamations qu'elles faisaient de revenir dans leur maison aussitôt le calme; on leur a constamment refusé, en les assuranf qu'elles pourraient revenir et que cette déclaration ne pouvait les en empêcher; sept de celles qui sont sorties demandent à revenir sous peu, et dans ce moment nous sommes encore douze religieuses, y compris les sœurs converses, et la maison est en état d'en contenir plus de quarante, non compris les bâtiments des pensionnaires.

D'après l'exposé vrai que j'ai l'honneur de vous faire, Messieurs, et la triste situation où nous nous trouvons, qui n'influe en rien à la ferme résolution où nous sommes de profiter du décret qui nous laisse la liberté de rester dans nos maisons, nous vous supUons d'avoir égard à notre malheureuse position et de continuer de nous accorder la protection dont vous nous avez donné tant de preuves jusqu'à présent et d'accorder main-levée des objets saisis et déposés au district d'Epernay, ainsi que du vin de Madame de Beauregard, arrêté à Mareuil.

« S'd'Espiés, ne Supérieure de la Maison d'Avenay. »

Nota, — Tout ce qui concerne la dame de Beauregard est une affaire terminée. Le Département, par son délibéré du 30 juillet 1792, a permis à cette Dame d'emmener son vin,

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La procédure entamée contre Tabbesse et Téconome ne marchait pas au gré des impatiences populaires ; elle semblait même si peu concluante qu'il y avait lieu de prévoir un prochain acquittement. Ce n'était pas Taffaire des meneurs qui voulaient en ânir une bonne fois avec les bigotes^ et qui s'étaient ^ promis le saccagement de leur couvent. Les dernières résolutions de l'Assemblée législative, conformément au vœu du député Lejosne^ prononçaient la fermeture définitive des monastères mâles et femelles : elles arrivaient à propos pour surexciter les émeutiers. Madame d'Espiés, ferme et inébranlable, attendait l'arrêt de ses juges et l'exécution des décrets. Madame d'Aubigny, moins sûre d'ellemême et du sort qui lui était réservé, se décidait à se soustraire une seconde fois à ses ennemis et à gagner au large. Voici sa seconde lettre à M. Arnoult qui ne laisse aucun doute sur ses intentions et sur sa sortie furtive de la maison abbatiale.

A Monsieur Arnoult^ secrétaire du district

d'Epernay.

Avenay, ce 18 août 1792.

« Le décret qui ordonne, Monsieur, la destruction des maisons religieuses a réchaufé les tètes à Avenay et tout se dirige encore contre moi; il parait même qu'on prend pour prétexte de la haine qu'on a conçue, le malheureux' terrier fait par Revel, lequel n'a pas laissé de friponner bien des gens. Comme il ne faut pas m'exposer davantage et qu'il est prudent de prendre des précautions, il faut nécessairement que je m'en aille pour éviter ptas grand mal ; il faut même que je parte secrètement^ Je vous prie donc. Monsieur, de me rendre le ser-

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vice de m'expédier un passe-port pour Paris, et de recevoir ma déclaration de sortir de ma maison pour prévenir malheur, et me faire expédier un passeport. M. Denojeux vous dira le surplus, car je suis hors d'état de vous en dire davantage. Le cœur me crève et je compte sur vous^ Monsieur^ pour me donner le couvert chez vous, incognito, au cas où je sois obligée d'attendre un jour ou deux pour avoir une place à la diligence. Je ne peux m*adresser à la municipalité d'ici, parce que dans l'instant tout le monde en serait informé et je risquerais encore d'être écrasée ou insultée. Il faut me donner le passeport sous le nom de 3/^^« Michelle W, au cas que cela ne fasse point de difficultés, ou sous le mien, si cela ne se peut autrement.

« Signé : S' d'Aubigny, »

Quant à Madame d'Espiés, nous retrouvons d'elle une dernière lettre aux membres du district d'Epernay, afin d'en obtenir la délivrance des meubles et effets à son usage et que lui refusait la municipalité d*Avenay. Cette lettre est trop significative pour que nous la passions sous silence.

A Monsieur le Président et Messieurs du district.

c Comme nous sommes sur le point d'abandonner notre maison et que la municipalité d'Avenay nous fait beaucoup de dificultés pour laisser sortir nos effets, après vous en avoir demandé la permission,.ie vais vous faire le détail du mobilier que je demanae comme cy-devant abbesse, et qu'on a accordé à toutes celles qui sont sorties de leur maison. Je suis bien aise d'avoir l'honneur de vous faire remarquer que quand vous avez fait l'inventaire, vous

(1) Sœur de MM. Arnoult.

m'avez moins favorisée que les religieuses partica* Hères» puisque vous ne m'avez pas laissé môme mon écuelle et mes couverts d'argent ; je vous prie de me laisser reprendre cette écuelle qui m'appartient, six couverts, uixe cuillère à soupe, deux à ragoûts, le tout d'argent. Vos moments étant précieux, j'espère que vous voudrez bien répondre en marge par un oui ou un non.

€ Je demande en outre une batterie de cuisine convenable^ j'entends pour un petit ménage comme le mien et quatre de mes religieuses qui viendront avec moj : un grand buiSet et un petit qui sont dans ma salle ; je les remplacerai par deux à peu près pareils qui sont dans le réfectoire et qui, comme au contraire des miens, ne sont point portés sur l'inventaire.

« Vous m'obligeriez aussi beaucoup, Messieurs, de me laisser les deux vaches pendant les six mois que je resterai au bourg.

c Ayant acheté en commun avec mes religieuses le bois de chauffe pour notre provision, je crois qu'il est de toute justice de le partager ainsi qu'elles le réclament toutes. Je désirerais aussi. Messieurs, ôter les reliques qui sont dans les petits reliquaires, et desquelles sans doute on fera peu de cas : je ne toucherai point aux quatre grandes châsses, que probablement on replacera solennellement dans quelque paroisse.

< J'ai encore l'honneur de vous représenter. Messieurs, que notre linge de table et de lit ayant été mis sur l'inventaire par ignorance de. notre part, j'en ai fait parler à un membre de l'Assemblée qui a répondu que la loi était pour nous, et que sûrement nous n'éprouverions aucune difficulté sur cet article.

€ Quant à la petite récolte que nous avons faite dans notre Breuil et dans notre jardin, tant en froment qu'autres graines, pailles, foins, fruits, lé-

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