‹ Histoire de l'Abbaye d'Avenay (volume 2)Chapitre 97 sur 100 · DUVERDIER · texte numérisé non relu

DUVERDIER

Pour ampliation, Jannet.

i6 mai 1192. — Motion du district d'Epernay touchant le mise en vente des bâtiments de Vabbaye d' Avenay.

Attendu qu'il ne reste plus dans la maison d'Avenay qu'environ six religieuses, d'après les déclarations par nous reçues, nous estimons qu'il y a lieu d'ordonner que la maison d'Avenay el ses dépendances seront mises en vente ainsi que le mobilier : cette maison étant trop vaste, et les enclos et jardins d'une trop grande valeur pour l'habita-

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tion de six individus, sauf dans le cas ou elles tiendraient à finir leurs jours dans ia maison et y vivre en commun, a leur accorder le bâtiment anciennement habité par les divers hommes d'afiaire et les pensionnaires... Délibéré à Epernay le 16 mai 1792, 4' de la liberté.

Signé : Pierre Balseaux, Neveux, Gobert et Abnoult.

Voici maintenant Tenquête ordonnée par MM. du district d'Epernay sur la prétendue culpabilité de Mesdames d'Espiés et d'Aubigny dans celte ridicule affaire que leur suscitait le patriotique bataillon de l'Allier en résidence à Mareuil. Malgré la longueur démesurée de ce fastidieux document, nous avons cru devoir le reproduire intégralement, comme témoignage des aveugles passions et peinture des mœurs du temps.

22 juin 1192. — Information contre les Dames abbesse et prieure accusées d'avoir enlevé subrepticement les meubles et biens de la nation.

Extrait des dépositions faites à la requête du juge de paix

d'Avenay.

Jean Robert dépose que le 7 de may dernier, vers les huit heures du matin, il serait venu à la cy-devant abbaye dudit Avenay pour voir s'il se trouverait quelques choses à y acheter; lesdiles ci-devant religieuses lui auraient répondu qu'elles n'avaient rien à vendre. Lui, déposant, leur aurait réitéré de nouveau si elles n'auraient pas de l'étain à vendre. La Dame Henrionnet lui aurait répondu qu'elle en avait environ six ou sept cent ; lui déposant lui aurait répondu qu'il prendrait le tout : ladite Dame Henrionnet lui aurait dit qu'elle allait en prévenir la Dame abbesse, que lui déposant' lui en donnait 12 s. la livre, et aussitôt lui déposant est entré dans ladite maison à reffet d'y faire peser ledit étain. Il s'en est trouvé sept cent, non compris les quatre au cent, à raison -du susdit prix de 12 s. la livre, plusieurs pièces de cuivre, le tout compris, l'élain moyennant le prix et somme de 459 liv., payé comptant par ledit déposant à ladite Dame Henrionnet, excepté 34 liv. que ledit déposant déclare rederoir. Laquelle Dame Henrionnet a porté ladite somme à la Dame supérieure ; et que, le même jour, vers les G heures du soir, il serait venu audit Avenay avec le nommé Gérard Ninot, avec un cheval et une voilure pour enlever ledit étiin et cuivre. Ce qu'ils ont fait. Et que s'en retournant il aurait été arrêté à Mareuil par. les volontaires en garnison à Mareuil ou les marchandises sont restées en dépôt. Et lui déposant a ajouté qu'au même instant qu'il enlevait ses marchandises il aurait vu en-

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lever et conduire sur une voiture plusieurs pièces de fer et férailles pesant suivant lui environ 8 cent, le tout déposé chez le nommé Bigot, maréchal audit Avenay.

Marie Gagneure, femme dudit Robert, dépose qu'étant aVee ledit son mary, alla à la cy-devant abbaye d'Avenay avec ledit Robert son mary, la Dame supérieure lui aurait dit, présent le sieur Krempt, maire dudit Avenay, qu'elle lui avait vendu de l'élain et du cuivre et qu'elle l'auroit. '

Le nommé Gérard Ninot déclare que le 7 may dernier étant chez lui à Ay, a rencontré ledit Robert revenant d'Avenay, lequel Robert lui aurait dit qu'il venait d'achetter de la cv-devant abbaye d'Avenay un lot d'étain pesant environ six cent, lui déposant lui aurait demandé si lui Robert voulait lui revendre, ce que fait ledit Robert, étant convenu ensemble à raison de 13 liv. 6 s. la livre, lui déposant aurait donné audit Robert 40 liv, d'arrhes, et aussitôt lui déposant prit son cheval et sa voiture, s'est transporté à Avenay, à la cy-devant abbaye, pour enlever laditte marchandise. Ce qu'il a fait : lui déposant aurait acheté d'une cy-devant religieuse de la cy-devaut abbiye un petit réveil matin avec un seau de cuivre à faire chauffer de l'eau moyennant prix et somme de 13 liv., et en s'en retournant il a été arrêté à Mareuil-sur-Ay par les volontaires en garnison : et ont été toutes les marchandises cy-dessus ditfes, saisies et arrêtées et déposées audit Mareuil.

Le sieur Pierre-Joseph Janvier déclare que le 7 may dernier, vers les huit heures du matin, il aurait appris par la femme du nommé Gardot, voiturier par terre, à Mareuil-sur-Ay, qu'il y avait du vin de déposé chez M. Bayart, cy-devant abbé de 1^ ci-devant abbaye de la Charmoye, provenant de la ci-devant abbaye d'Avenay, que d'après, la voye générale des habitants dudit Mareuil il paraissait qu'il s'allait former une émeute : que les volontaires se flattaient qu'ils iraient remplir leurs gourdes du vin dont il s'agit, avant leur départ ; c'est ce qui a .décidé ledit déposant de retirer ledit vin de chez le sieur Bayart et le faire conduire par son domestique et sa voiture chez lui, dans un de ses celliers,, où il est encore aujourd'huy et sous la sauve garde de la ioy. Et à l'instant un déposant a donné à la municipalité dudit Mareuil un réquisitoire pour le transport dans son cellier à l'effet de constater et verbaliser si c'était du vin ou des effets dans les poinçons ou paniers, attendu que cela provenait de la cy-devant abbaye d'Avenay, qui auraient pu appartenir à la nation ; aux offres que fait ledit déposant de représenter les pièces et paniers dont est question, quand par justice il en sera ordonné, réclame les dépens qui lui sont accordés.

Le sieur Jean-Pierre Arnoult déclare (juc le 5 may dernier il est venu chez lui le nommé Périnet, gendarme national, demeurant à

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LouYois ; il aurait dit à lui déposant : que s'il voulait conduire une voiture chargée à la cy-devant abbaye de deux pièces de vin et un panier pour être déchargé chez le sieur Paroissien Ragot, marchand à Ëperniy, qu'elle était toute chargée, qu'il n'y avait qu'à atteler et partir ; ce que ledit déposant a accepté et a aussitôt parti avec la susdite voiture, accompagné dudit Périnet, les nommés Jacques Pauvret et Alexis Girardin, ces deux derniers demeurant à Avcnay, ledit était avec son domestique, conduisait aussi une autre voiture chargée de différents effets : lui déposant et les sus-nommés étant vis-à-vis le moulin à la Planche ils ont repris le chemin appelé le chemin des Meuniers, où ledit Périnet les a quittés et a dit qu'il allait à Mareuil. Etant auprès d'Epernay, plusieurs volontaires à lui inconnus sont accourus après eux pour les faire retourner à Ay. Ce que lui déposant a fait avec ses camarades, étant devant la porte de la maison de la commune de la municipalité d'Ay, s'y est transporté et ont verbalisé des objets contenus sur lesdites voitures. Et le lendemain ladite municipalité d'Ay a fait visitte du contenu, les susdites voitures ont été rechargées et conduittes au directoire d'Epernay par lui déposant et les sus-nommés ; plus lui déposant déclare qu'il était porteur d'une lettre que lui avait donné le sieur Desnoyeur, économe de la cy-devant abbaye d'Avenay, pour être remise au sieur Paroissien Ragot dudit Epernay.

Le sieur Alexis Gîrardin déclare que le 4 may dudit. Madame d'Espiés, supérieure de la cy-devant abbaye d'Avenay, l'a fait appeler pour conduire avec sa voiture les effets de Madame d'Aubigny chez le sieur Paroissien Ragot, marchand à Epernay, ce qu'il a accepté et aussitôt lui déposant est venu avec son domestique et le nommé Jacques Pauvret et la voiture de lui déposant à l'abbaye d'Avenay pour charger différents meubles appartenant s)y disant à la Dame d'Aubigny, et ce sans que la municipilatité dudit Avenay soit appelée à cet elTet : et aussitôt sadite voiture chargée lui déposant est parti et a conduit ladite voiture chez ledit Paroissien, a reçu et fait décharger sa susdite voiture ; et que le lendemain lui déposant a été requis par la susdite Dame Despiés pour recharger de nouveau une autre voiture d'effets pour les conduire encore chez ledit sieur Paroissien Ragot, ce qu'il a fait ; la ]uel!e voiture ledit déclarant dit avoir été chargée par les nommés Périnet et Jouet, gendarmes nationaux demeurant à Louvois ; icelle chargée, lui déposant a attelé ses chevaux à la susditte voiture et partit accompagné de son domestique, Jacques Pauvret, lesdits Périnet et Jean-Pierre Arnoult et qui conduisait sa voiture chargée de vin en cercle et panier. Et étant dms la prairie d'Ay et d'Epernay, arrivé à peu près au pont d'Epernay il fut on ne peut plus surpris de voir accourir plusieurs volontaires assez inconnus, lesquels ont arrêté luy déposant et les sus-nommés ses cama-

rades et les auraient fait retourner à Ay. où étant à la maison commune où était le corps de garde occupé par iesdits volontaires, lesdites voitures sont restées devant ledit corps de garde et les chevaux déposés chez le sieur Royé, aubergiste à Ay, et ont été les sus-nommés conduits chez le sieur Testulat, aubergiste à la Pomme d'Or, audit Ay. Et le lendemain luy déposant et les cy-dessus nommés se sont rendus à la maison commune où étoit la municipalité, lesquels ont fait ouverture des paniers pour visite être faîte de leur contenu, et cela fait, ledit déposant à qui ses chevaux ont été remis, a chargé sa voiture et la conduite au directoire du district d'Epernay, accompagné comme dit est, étant escorté par plusieurs volontaires en garnison à Ay. Et a ajouté ledit déposant qu'il n'avait aucun passeport de la municipalité d'Avenay.

Le sieur Jacques Pauvret, marchand demeurant à Avenay, a déclaré que le vendredy 4 mai dernier, vers qu.itre heures après midy, le nommé Girardin lui aurait demandé s'il voulait venir l'aider à charger une voiture d'effets à la cy-devant abbaye d'Avenay; à l'ordre dudit Girardin, ledit déclarant s'est rendu, et a ledit Pauvret aidé à charger accompagné de p'" Girardin, oncle dudit Girardin et domestique; ladite voiture chargée, ledit Girardin pria ledit déclarant de vouloir bien l'accomuagner jusqu'à Epernay à l'effet de l'aider à décharger, ce que ledit déclarant a accepté ; et sur le champ est parti avec ledit Girardin et l'oncle, domestique dudit Girardin ainsy que le nommé Jouet, gendarme national demeurant à Louvois, et s'est rendu ledit déclarant accompagné comme dessus chez le sieur Paroissien dit Ragot, marchand à Epernay. Lequel Paroissien a reçu et rentré chez lui Iesdits effets composant la voiture dont ledit déc'arant était à la conduite, lequel ignore de quoi elle était composée : et le lendemain 5 dudit mois, le sieur Girardin lui aurait proposé de venir avec lui et raccompagner pour une autre voiture que ledit Girardin devait encore conduire audit Epernay chez ledit sieur Paroissien Ragot; à quoi ledit sieur déclarant a consenti et a ledit déclarant aidé à charger deux voitures à la cy-devant abbaye d'Avenay, dont va être cy-après parlé. Scavoir l'une chargée de 2 pièces de vin jauge Champagne, et d'un panier contenant environ 120 bouteille?;, laquelle a été conduite à Epernay. L'autre voiture appartenant audit sieur Girardin a été chargée de plusieurs pièces de meubles et effets ; et aussitôt lesdites deux voitures chargées ledit déclarant s'est mis en route accompagné comme dessus pour se rendre à Epernay ; mais chemin faisant, arrivé dans la prairie d'Ay et Epernay, environ une ou deux portées de fusil du pont dudit Epernay, il fut on ne peut plus surpris de se voir arrêté par des volontaires à lui inconnus et contraint de rétrograder pour se rendre à Ay : où étant devant la porte de la commune dudit Ay, les chevaux furent dettelés et conduits chez le sieur Royer, aubergiste

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dudit Ay, et lesdites voitures restées à la charge et garde desdits volontaires; et ledit déclarant conduit avec ses associés à la Pomme d'Or audit Ay. Et le lendemain, vers les sept heures du matin environ, ledit déclarant se rendit à la maison de la commune dudit Ay où il trouva la municipalité assemblée, où étant, ouverture des paniers, balots et malles fut faite, dans lesquels s'est trouvé des efTets comme matelas, paillasses, armoires, prie-dieu, livres et autres papiers à lui inconnus ; visite faite d'iceux, ledit déclarant a aidé à recharger lesdites voitures et conduire à Epernay avec les cy-dessus nommés et accompagné d'une garde de volontaires dudit Ay ; lesquelles voitures ont été déchargées au directoire du district d'Epernay.

Le sieur Jean Paroissien, marchand demeurant à Epernay, déclare que le vendredi 4 may dernier il s'est transporté à la cy-devant abbaye d'Avenay à l'effet de. venir prendre la Dame d'Aubigny pour la conduire chez lui déclarant; et ce après réquisition par ladite Dame d'Aubigny à lui faite plusieurs jours auparavant, vu que ladite Dame lui a déclaré n'être pas tranquille dans sa maison; et ledit jour ledit déclarant a conduit ladite chez lui dans»une voiture à lui appartenant. Laquelle est restée chez ledit déclarant pendant le temps et espace d'environ 5 à 6 jours, au bout duquel temps ledit déclarant a reconduit ladite Dame d'Aubigny en sa maison cy-devant abbaye d'Avenay; déclare en outre que ledit jour 4 mai dernier, lui sieur Paroissien, dit Ragot, a reçu chez lui une voiture chargée de plusieurs effets, icelle contenant linge, bardes, livres, bibliothèque appartenant à Madame d'Espiés, cy-devant abbesse et à ladite Dame d Aubigny, comme aussi sucre, caffé; tous lesquels effets, sucre, café, etc., etc., ledit sieur Paroissien dit Ragot offre de représenter à toutes réquisitions, quand et à qui il appartiendra ; dit en outre ledit sieur déclarant que le 7 dudit mois de may dernier,, il a été requis par MM. du Directoire de se transporter à l'effet de signer au procès-verbal conjointement avec ladite Dame d'Aubigny, icelui contenant attestation de deux voitures arrêtées par les volontaires d'Ay et déposées audit Directoire, lequel déclarant dit avoir signé ledit procès-verbal sans connaissance de son contenu, par conséquent ignore de quoi lesdites voitures étaient >;hargées, sinon que ces messieurs lui ont déclaré être de plusieurs pièces de vin, un panier et plusieurs meubles et effets : déclare en outre que le 5 dudit mois de may, il s'est transporté à Mareuil-sur- Ay à l'effet de faire charger plusieurs pièces de vin et paniers appartenant à Madame Beauregard, bourgeoise de Paris, y demeurant, ledit vin déposé chez M. l'abbé Ba/art, demeurant à Mareuil : attendu que plusieurs personnes, en outre les volontaires, se sont opposés à l'enlèvement desd. pièces de vin et panier dont est question, prétendant que ledit vin provenait de la cy-devant abbaye d'Avenay : lui déposant quoique porteur d'une lettre du secrétaire greffier du directoire dudit

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Epernay, s est retiré sans avoir enlevé aucuns des objets cy-dessus dits; ajoute ledit sieur déclarant que ces Messieurs du directoire d'Epernay lui ont dit de signer leur procès-verbal sans crainte, que cela ne rengageait à r\en, ce qu'il a fait comme est cy-devant dit et a signé sa déclaration.

M. Jean-Baptiste-Joseph Bayard, cy-devant abbé de la Charmoye, de présent à Mareuil-sur-Ay, a déclaré qu'étant au parloir de la dame cy-devant abbesse d'Avenay, le 3 mai dernier, la dame d'Aubigny y serait venue et aurait dit audit sieur Bayard qu'ayant été chargée par une dame de ses amies, demeurant à Paris, de lui faire emplette d'une dizaine de pièces de vin ; que devant s'éloigner pour éviter les mauvais traitements dont elle était menacée, elle avait fait avertir le sieur Gardet, voiturier, demeurant à Mareuil-sur-Ay, de venir charger ce vin pour le rendre à sa destination, en ayant commission de cette amie : mais que ledit Gardet ayant sa voiture^chargée en verrerie venant de Nancy pour Paris, et ne pouvant ny décharger ny en relarder la remise, lui aurait dit que ledit sieur déposant avait un cellier dans sa maison à Mareuil ; qu'elle l'aurait prié de vouloir bien consentir que le vin en question y fut déposé pour huit jours seulement, ce qui fut fait le lendemain ; mais que 3 ou 4 jours après ce dépôt, l'on vint dire audit sieur Bayard que des gens d'Avenay et les volontaires de l'Allier, en quartier à Mareuil, se proposaient de venir gaspiller ce vin, il se hâta d'en donner avis à ladite dame d'Aubigny en la priant de prendre les mesures nécessaires pour lui éviter ce désagrément ; que la femme duilit Gardet était survenue sur ces entrefaites, fort éplorée de ce bruit, se regardant responsable des événements qui pourraient arriver pour ce vin ; ledit sieur déposant luy déclara qu'il entendait que dans la matinée même ledit vin serait hors de chez luy : ce qu'elle fit en le déposant chez le sieur Janvier, de Mareuil-sur-Ay, y demeurant : qui est tout ce qu'il a dit sçavoir.

En mnrge est écrit : C'est le 29 ou 30 avril que le vin a été conduit à Mareuil.

Joseph Petitpas, charron à Avenay, a déclaré que le 4 may dernier, il a entendu dire que ladite supérieure a envoyé appeler la municipalité dudit Avenay à l'effet de visiter les elTets qu'elle faisait enlever par le nommé J. -Pierre Arnoult, aubergiste à Avenay : que le 7 dudit mois ladite supérieure avait vendu au nommé Jacques Reneville, meunier de Tauxière, y demeurant, environ 600 livres de fer qu'il avait enlevé sur-le-champ, qui est tout ce qu'il a dit sçavoir. A ajouté qu'il a conduit une voiture d'effets appartenant à Madame de la Bruyère, cy-devant religieuse à ladite abbaye, mais qu'il ignore en quoi consistent lesdits effets, et a signé. *

Le sieur Etienne Soullier, bourlier, demeurant à Plivot, a déclaré

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que, dans le courant de may dernier, il a achetté et enleré de la cydevant abbaye, seize pièces de chevreau que lui a vendu la dame Daubigny. Et a si^mé.

Le siear Charles-Nicolas Hourlier, charpentier, demeurant à Avenay, a déclaré que le 22 et 24 septembre dernier, il est entré dans la maison de la cy-devant abbaye d'Avenay, à l'effet de choisir des bois à bâtir de différentes grandeurs et grosseurs, montant ensemble à 123 solives 23 pouces pour le compte du sieur Vivien d'Avenay, et charié par le nommé Jean-Pierre Arnoult, aubergiste audit lieu, et que le 7 et 8 may dernier, il a acheté de ladite supérieure de ladite cy-devant abbaye, deux portes vitrées moyennant 6 11 v., deux tréteaux 24 sols, deux pièces de bois de chaque 12 pieds moyennant 3 Jiv., et un autre bout de bois de 2 pieds moyennant 20 s. Ce qu'il a payé, et a signé.

Le sieur François Leglère, vigneron à Avenay, a déclaré que le 7 mai dernier, il lui a -été vendu par la dame supérieure de la cydevant abbaye d'Avenay, deux vaches et un veau d'un an et 100 toises de plancher, le tout pour prix et somme de 230 livres qu'il a payé, et a signé.

En marge est écrit : Ce sont des doses de bois blanc.

Le sieur Claude Duplessy, couvreur, a déclaré que dans le courant de mai dernier, il a emprunté à a dame d'Aubigny, économe, 4,000 ardoises dont elle a son récépissé et qu'il offre les remettre quant et à qui il appartiendra, et a signé.

Le sieur Alexandre-Claude Denoyeux, économe de la cy-devant abbaye d'Avpay, a déclaré que ladite supérieure et ladite économe de la susdite cy-devant abbaye d'Avenay attendu le bruit et menaces contre elle faites de venir les snccager, elle a requis la municipalité dudit Avenay à l'effet d'être présent à l'enlèvement de ces effets ; mais comme M. le Maire était à Epernay, on s'est adressé au procureur de la commune qui a refusé ; sur son refus, la dame supérieure aurait envoyé chez le sieur de Warigny, commandant de la garde nationale du bourg d'Avenay qui, sur-le-champ est survenu et a vu lesdits effets et a reconnu leur appartenir. Quant au vin arrêté à Mareuil-sur-Ay, ledit sieur déclirant dit qu'il a connaissance qu'il appartient à Madame Beauregard, bourgeoise i Paris, elle y demeurant, attendu que c'est lui déclarant qui en a (mot surchargé et illisible) la majeure partie chez différents particuliers d'Avenay. Quant au vin en bouteilles, il a pareillement la connaissance qu'il provient d'une cuvée de six pièces, récolte 1788, provenant de la susditte cy-devant abbaye, acheté par ladite dame Beauregard en l'année 1789, laquelle dame pria la dame d'Aubigny de voulojr bien luy faire mettre en bouteilles et de luy garder jusqu'à ce qu'elle trouve à s'en défaire. Lesquels vins étaient dans une eave séparée et déclare ledit sieur Denoyeux pourquoi ces vins ont

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été déposés chez M. Bayard, à Mareuil-sup-Ay, c'est par l'appréhension qu'avaient ces dames que l'on ne vienne les piller comme elles en avaient été menacées quelques jours auparavant ; le voiturier qui a déposé chez mondit sieur Bayard ce vin ne devant les enlever qu'après son retour de Paris, attendu qu'il était chargé de verreries et ne pouvant en retarder la décharge ; déclare en outre ledit sieur Denoyeux quCil a lui-même vendu du raisin provenant d'une pièce de vigne à luy appartenante à ladite dame d'Aubigny, pour le compte de ladite dame Beauregard : îcelle dépouille peut avoir produit environ un demy cacq., et a signé.

Sieur Louis-Eustache Jacta, capitaine des gardes nationales d'Avenay, a déclaré qu'il a vu passer plusieurs voitures devant sa porte en différents temps, icelles chprgées de différents meubles et effets mobiliers, lesquels il croit appartenir à différentes religieuses qui ont fait leur déclaration de vouloir profiter de ce que la loy leur accorde, et vouloir se retirer chez leurs parents ou en leur particulier^ et a signé.

Le sieur Augustin Dalizon, vigneron, demeurant à Avenay, a déclaré que le lundy 7 mai dernier, luy déposant a été prié de la part de la dame d'Espiés, supérieure de la cy-devant abbaye d'Avenay, d'entrer dans ladite maison, à l'efTet d'estimer cinq moyens porcs qu'elle avait envie de vendre, que luy déclarant a estimé valoir ensemble soixante-quatre livres; sur-le-champ serait entré à la salle pour dire à ladite Dame supérieure qu'il les estimait la somme cy-dessus dite, lesquels cinq porcs ont été vendus et livrés sur le moment au sieur Renneville, meunier de Tauxières, qui les a de suite enlevés et payés ladite somme de 64 liv., et sur-le-chimp ledit déclarant serait descendu dans une place appelée la Boucherie, accompagné du nommé Périchon, charpentier, luy déposant, en sa qualité de chaircuitier, aurait vu un blocq qui aurait pu luy convenir, il aurait demandé s'il était à vendre et sur-le-champ laditte dame luy en a fsdt cadeau, qui est tout ce qu'il dit sçavoir, et a signé.

Joseph PÉRICHON, charpentier à Avenay, a déclaré qu'en sa qualité d'ouvrier de la maison il aurait été requis par la dame d'Aubigny, économe de laditte cy-devant abbaye, pour reconnaître plusieurs bois par elle vendus après son estimation faite; scavoir, au nommé Richard, d'Ay, gendre Pierre Lemaître, bois blanc dans le courant de l'année 1791, une grande quantité de solives bois de boule, lesquelles ont servi au pressoir de ladite maison, quantité de planches de sapin et d'orme supportés, plus environ vingt solives hois blanc et environ vingt planches de différentes espèces de bois ; tous les objets cy-d#ssus ont été vendus audit sieur Richard susnommé. Il a connaissance que dans le courrant de la même année 1791 ladite dame d'Aubigny a vendu au sieur Vivien, d'Avenay, différentes espèces de bois à bâtir, k

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raison de 300 liv. le grand cent, qu'il a de même connaissance que ladite dame susnommée a vendu un arbre à moulin au sieur Henry- Vincent Legret, meunier d'Avenay, iceluy portant 17 pouces d'écarrissage sur 17 pieds de long., qu'il a été aussy vendu dans le courrant de mars dernier au sieur Renneville, meunier à Tauxières, deux boetes à meules, 150 cbevilles pour le rouet, sept arcbines,' cinq porcs, plusieurs cent de fer et feraille, iceluy livré par la Dame supérieure, moyennant la somme de 198 liv. Luy déposant réclame trois courbes restantes à ladite cy-devant abbaye, comme à luy appartenant, et a signé.

Le sieur Jacques Renneville, meunier, demeurant à Tauxières, a déclaré que le 7 mai dernier il aurait acheté de la Dame supérieure de la cy-devant abbaye d'Avenay environ six cent et demy de feraille, cinq moyens porcs, moyennant 198 liv., y compris plusieurs pièces de bois à moulin, comme chevilles, boetes et archines, le tout payé comptant à ladite supérieure, et \ signé.

Le sieur Henry- Vincent Legret, meunier à Avenay, y demeurant, a déclaré que la dame d'Aubigny, économe de la cy-devant abbaye, luy a vendu dans le courrant d'avril dernier un arbre à moulin, moyennant la somme de \0 liv., et a signé.

Le sieur Pierre-Marie Fournelat, boulanger à Avenay, a déclaré que le 7 may dernier il aurait acheté d'une dame religieuse de la cy-devant abbaye d'Avenay, huit tourtières de cuivre qu'il a payé la somme de quatre livres. Qu'il a aussy enlevé de ladite maison, par ordre de Madame Darras, aussy religieuse,' un panier d'ozier pris dans le cellier pour être conduit chez le nommé Bigot, d'Avenay, dont il ignore ce qui y était renfermé, et a signé.

La demoiselle Marianne Fagot, servante domestique de la cydevant abbaye d'Avenay, a déclaré qu'elle a vu passer une voilure devant la fenêtre de sa chambre et qu'on lui a dit que c'était une voiture d'étaiu, qui est tout ce qu'elle dit sçavoîr.

Le sieur Jean-Baptiste Gardet, voiturier par terre, demeurant à Mareuil-sur-Ay, a déclaré qu'il a été requis par la dame d'Aubigny, dont il ne se rappelle point l'époque, pour venir charger six pièces et demy jauge Reims, poinçon jauge Champagne, quatre paniers de différentes grandeurs contenant à peu près 75 bouteilles, lesquels vins il a chargé dans ladite cy-devant abbaye d'Avenay et les a conduits chez le sieur Bayard, de Mareuil-sur-Ay, n'ayant point de place pour les déposer chez lui ; que d'ailleurs il n'a conduit ces vins audit Marcuil que «ur la parole de Madame Beauregard, de Paris, laquelle lui avait dit qu'elle avait des vins de différentes espèces déposés à la cy-devant abbaye d'Avenay et qu'elle n'entendait pas que ce fut d'autre voiturier que luy déposant qui les lui amène, et que luy déposant, ne pouvant partir

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sur-le-champ, les a déposés jusque son retour de Paris chez ledit sieur Bayard, de Mareuil ; déclare en outre que la dame d'Aubigny lui a dit qu'elle ne voulait plus garder ce vin, attendu qu'on la menaçait de venir les piller ; que si luy déclarant ne venait l'enlever, elle le ferait conduire par un autre, et que ce n'est qu'après que ledit déclarant n'a pu partir sur-le-champ que la dame d'Aubigny luy a indiqué la maison du sieur Bayard, pour le déposer, ce qu'il a fait. Et a signé.

La nommée Catherine Jacta, veuve Jean Bouly, vigneron à Avenay, a déclaré que dans le courant de novembre dernier elle a vendu à Madame d'Aubigny 5 pièces et demi de vin, de la récolte dernière, moyennant 550 liv. qu'elle lui a payé.

La nommée Nicole de Missy, veuve George Pied, a déclaré que dans le courant de novembre dernier, elle a vendu à la dame d'Aubigny, économe de la cy-devant abbaye d'Avenay, deux pièces de vin, moyennant 150 liv. qu'elle lui a payé.

Le sieur Henry Jagta, vigneron à Avenay, a déclaré que dana le courant de novembre dernier il a vendu et livré à ladite dame d'Aubigny deux pièces de vin qu'elle luy a payé deux cent livres, et a signé.

Le sieur Augustin Rabajoie a déclaré que dans le courant de novembre dernier, il a vendu et livré à Madame d'Aubigny, économe de la cy-devant abbaye d'Avenay, un poinçon, un cacq de vin de la récolte de l'année dernière, moyennant 142 livres 20 s. qu'elle lui a payé, et a signé.

Le sieur Etienne Valet a déclaré n'avoir aucune connaissance des faits portés en la dénonciation, sinon que dans le courant d'octobre dernier, il a vendu à la susdite dame d'Aubigny 3 pièces de vin, récolte de ladite année, moyennant la somme de 228 liv. qu'elle luy a payé.

Le sieur Henry Pied déclare n'avoir aucune connaissance des faits portés en ladite dénonciation, sinon qu'il a été requis par plusieurs religieuses de la cy-devant abbaye d'Avenay pour leur empailler du vin et leur baguer plusieurs paniers, qui lui ont paru être des efTets à elle appartenant : qui est tout ce qu'il a dit sçavoir.

Les Administrateurs composant le directoire du district d'Epernay.

Vu le procès-verbal dressé par Messieurs Gobert et Balaizeaux, le six du présent mois, et l'inventaire fait au directoire le sept en présence de deux officiers municipaux d'Ay, de différents effets et papiers enlevés de la maison des religieuses d'Avenay, le cinq, sans déclaration ni autorisation, suivant l'art. 8 de la ioy du 14 octobre 1790, titre premier: Les procès-verbaux dressés lesd. jours six et sept

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du courant par la municipalité de Mareuil-sur-Ay, desquels il résulte qu'il a été aussi enlevé de lad. maison, sans déclaration ni autorisation, des cuivreries et autres eflels qui ont été arrêtés, et que lad. municipalité a fait déposer en lieu de sûreté :

Après avoir entendu et ce requérant, le procureur-syndic : .nous invitons les officiers municipaux d'Avenay, à Tinstant que Tampliation du présent délibéré leur sera notifiée, de faire placer une garde devant la principale porte d'entrée de la maison desd. religieuses, même d'en augmenter le nombre, s'ils le jugent nécessaire, pour empêcher l'enlèvement et soustraction d'aucuns effets de ladite maison, le directoire s'en rapportant à ^leur prudence à cet égard. Disons au surplus que demain neuf, dans la matinée, deux commissaires du directoire se transporteront à Avenay à l'effet de procéder au récolement des différents objets qu'il a inventoriés les deux, trois, quatre et cinq novembre 1790, et d'y ajouter ce qui n'aurait pas été trouvé alors en évidence dans lad. maison.

Délivré à Epernay, le 8 mai 1792, neuf heures du matin, l'an 4*

de la liberté.

Signé : PlÉTON, GOBERT et Arnoult. '

Pour ampliation : Arnoult.

INTERROGATOIRE DE MESDAMES d'eSPIÉS ET d'aUBIGNY

L'an 1792, le 21 juin, 10 heures du matin, devant nous Jean-Baptiste-Lou s Merlin, juge de paix et officier de justice de la seconde section du canton d'Ay, a été amenée devant nous sur notre mandat de cejourd'huy, signifié ledit, la dame Marguerite de Cossart d'Espiés, supérieure et cy-devant abbesse de la cy-devant abbaye d'Avenay : à laquelle Dame, nous avons exposé qu'elle était prévenue d'avoir vendu différents meubles et effets dépendant de ladite maison, appartenants à la nation, comme étain et ustensiles de cuisine : ladite a répondu que le nommé Robert avait demandé si elle n'avait rien à vendre? qu'elle ^ui a répondu que non ; et qu'elle ne sçait qui l'a fait entrer dans la maison, ny comment il y est entré. La dame Henrionnet, célerière, lui est venue demander si elle pouvait vendre l 'étain qui était à la cuisine et qui appartenait j toutes les religieuses, ayant apporté chacune leur petit contingent en entrant à la dite maison. Il est à notler que cet étain n'était point sur l'inventaire, quoique l'on ait offert à MM. du district de l'y insérer : ces Messieurs devaient sçavoir qu'il y en avait, puisque ces étains ont servi pendant les trois jours qu'ils ont été à la maison à dîner et à souper au réfectoire. Quand l'offre leur a été faite de mettre sur l'inventaire ledit étain et la batterie de cuisine, ils ont répondu à la dame Henrionnet que l'objet était trop mince pour l'y in-

APPENDICK 479

aérer; et quelle était trop aimable pour qu'on lui prit quelque chose!

L'étain n'a jamais été caché ny renfermé, mais hien mis dans un bufTet de croisée qui s'ouvre par en haut et qui n'a jamais été fermé à clef.

Quand ladite dame Henrionnet a eu le consentement desdites dames religieuses pour vendre l'étain, elle en a fait la pesée conjointement avec ledit Robert et sa femme sans témoins : ensuite ladite dame Henrionnet est venue dire à ladite Dame déclarante qu'il y en avait 750 livres ou environ, et lui a demandé s'il n'y avait point de cuivre, attendu qu'elle ne voulait pas que l'on en vende: Indite dame Henrionnet lui aurait répondu qu'il n'y en avait que deux vieilles bassines toutes trouées : ladite d \me a remis à ladite Dame déclarante 425 livres en assignats en disant que ledit Robert était redevable de la somme de 34 liv. Comme l'article de l'étain n'était point porté sur l'inventaire et autre batterie de cuisine, on n'est point tenu d'en répondre : que d'ail- * leurs ces Messieurs du district sçavent que la Dame déclarante n'avait aucune autorité : et quant à la somme de 425 liv. reçue par ladite Dame déclarante pour objets vendus, elle offre de les remettre quand et à qui il appartiendra, et abandonne l'étain dont est question à h nation, si cela peut lui faire plaisir.

A l'égard du cuivre, si cuivre il y a, elle ignore s'il en a été vendu, excepté les 2 bassines, comme il est dessus dit.

Demandé à ladite Dame si elle n'a pas envoyé des effets à Epernay chez le sieur Paroissien-Ragot et si elle en avait prévenu la munici-^ palité de ce lieu ?-^ Ladite Dame a répondu qu'effectivement elle avait envoyé à Epernay son linge, comme chemises, draps, serviettes, mouchoirs et autres à son usage, sa bibliothèque comme à elle appartenante, deux pièces de vin blanc, l'une achetée au sieur Jacta, d'Av nay, dont elle nous a présenté la quittance, l'autre au nommé Flicotau qui l'avait acheté de la veuve Dunand, un panier de cent bouteilles en blanc, n'en pouvant boire de rouge ; une petite caisse remplie de chiffons et linges, en outre deux morceaux d'étoffes, bougie de table et bougie de lanterne, etc., etc., 2 matelats à elle appartenant ainsi que dessus, ^ plus du linge à la dame Voille, existante à la maison. Plus, dans un tonneau, du sucre, du caffé, des livres à son usage, ledit sucre et café appartenant à ladite Dame déclarante, à la dame Voile et à la dame d'Aubigny, ainsy que plusieurs effets à la femme de chambre de ladite Dame déclarante.

Dans le dites voitures arrêtées à Ay, il y avait le bois de lit de la dame d'Aubigny, une paillasse, deux matelats et un tour de lit de drap bleu, une armoire à lin,'e, tant dans son cabinet que dans celui de ladite dame d'Aubigny , lesquels papiers et registres ladite Dame envoyait à ladite dame d'Aubigny pour les visiter et remettre au district ceux qui pouvaient lui être utile : ladite Dame ne sachant ce que

c'était, le sieur Desnoyeux, leur homme d'affaires, lui a écrit sous sa dictée ce qu'elle avance cy-dessus : tous les envoys n'ont été faits quo pour sa propre tranquillité.

Demandé a ladite Dame pourquoy elle n'avait point fait sa déclaration à la municipalité de ce lieu et pourquoi elle avait envoyé ses effets ?

Ladite aurait répondu qu'ayant vu toutes ses religieuses envoyer leurs effets de tous cotés sans appeler ladite municipalité, elle aurait cru avoir la même liberté: aussitôt qu'dle a été instruite du contraire elle aurait, à son dernier envoy, envoyé chercher MM. les officiers municipaux qui lui avaient fait réponse que n'ayant point entre leurs maihs l'inventaire ni aucunes copies, ils ne pouvaient confronter les envoys avec l'inventaire ; à leur refus la Dame déclarante aurait envoyé chercher M. de Warigny, commandant de la garde nationale dudit lieu pour être présent à l'enlèvement desdits effets, après lui avoir rendu compte du contenu, et le priant de voir par lui-même en quoi consistaient lesdits paquets.

La Dame déclarante assure que tout ce qu'elle a envoyé, elle ne l'a fait que dans la crainte d'être pillée, comme elle en a été menacée.

Observé à madite si elle a connaissance des vins saisis et arrêtés à Mareuil-sur-Ay ?

A répondu qu'oui, que le vin en bouteilles est le restant des vins achetés par Madame Beauregard, bourgeoise à Paris, suivant ses lettres, dont l'une du 20 janvier 1789 et l'autre qui eu arrête la vente, icelle dans le registre des vins déposés au district. Quant aux 7 pièces et demy dont 6 et demy de rouge et une de blanc elles ont été achetés par la dame d'Aubigny pour le compte de la dame Beauregard qui ont été payées avec les deniers k elle envoyés par ladite dame Beauregard, le 20 octobre dernier. Dans les paniers saisis audit Mareuil-sur-Ay, il doit s'y trouver cinq paires de bas neufs de coton, dont quatre paires sont marquées M. N. en coton rouge et une paire de plus fins marqués comme dessus en les travaillant même coton blanc. Qu'elle est surprise que le procès-verbal de 'Mareuil n'en déclare que 4 paires : que d'ailleurs ladite déclarante est surprise qu'ouverture des deux paniers ait été faite sans y avoir appelé les personnes intéressées. — Et attendu, qu'il est midy sonné, nous sommes retirés pour la présente déclaration être recontinuée à cejourd'huy 2 heures de 'relevée, et a ladite déclarante consenty et a signé et notre greffier avec nous.

Et ledit jour 21 juin 1792, 2 heures 1/2 de relevée, nous, juge susdit, assisté de notre greffier ordinaire, avons continué la déclaration en la forme qui suit cy-après.

Avons demandé à ladite Dame supérieure de la cy-devant abbaye d'Avenay si elle avait connaissance des bois vendus à plusieurs particuliers.

A répondu qu'oui et a dit :

Que si la dame économe a vendu des bois à tels particuliers quel* conques, elle a cru y être authorisée par la permission verbale de ces Messieurs composant le directoire du district, lorsqu'ils étaient en la cy-devant abbaye, dans le courant du mois d'aoust dernier, après avoir fait visite dans les bois de Bœufs ; et après que ces Messieurs eurent réglé les bâtiments, qu'ils voulaient vendre au profit de la nation, ladite Dame et son économe leur représentèrent que n'ayant point de chambre à donner à leur confesseur ny à leurs parents, lorsqu'ils viendraient les voir, elle les priait de vouloir leur permettre de faire élever un petit bâtiment dans leur cour du dehors ; M. Morel, procureursyndic, après avoir réfléchy, se retourna vers ses confrères et leur dit : je croy. Messieurs, qu'il faut abandonner à ces Dames tous leurs matériaux, elles ne nous demanderont rien pour bâtir et nous ne leur demanderons rien de leurs matériaux. La dame économe leur fit cette objection : Si on venait à nous rechercher pour ces matériaux ! — ces Messieurs lui répondirent : Bon, bon, quand vous serez morte, qui vous recherchera?

La Dame déclarante ayant cru que des magistrats n'avaient qu'une parole et que leur honneur dépendait de la maintenir, s'est jugée avec raison libre de vendre du bois et autres matériaux pour faire de l'argent, afîn de payer la main-d'œuvre de la bâtisse qui lui était nécessaire, ces Messieurs lui ayant refusé tout autre secours. Quant à ce qui a été vendu de bois, la dame économe en rendra compte quand on voudra et à toute réquisition.

Demandé à ladite Dame sj elle n'a pas vendu du fer ou de la feraille ?

A répondu qu'oui, mais que c'était des vieilles ferailles dont son carosse était chargé et qui le rendait si lourd qu'à peine 6 chevaux pouvaient le traîner ; vieilles ferailles propres à acheter des cerises ou des harengs, vieilles ferailles qui n'étaient pas sur l'inventaire, dont la Dame supérieure ne se croit point obligée de rendre compte à ces Messieurs, et que cela lui appartient directement.

Demandé à ladite Dame si elle a distrait du linge porté audit inventaire, vu qu'il se en trouve suivant le recensement fait le '9 et 10 may dernier par MM. du directoire? {sic.)

Ladite Dame nous a répondu que l'inventaire fait par MM. du district les 2, 3, 4 et 5 novembre 1790, suivant iceux, il y avait :

Trente paires de draps de maître, cy 30 p.

Douze paires d'autres draps, cy . 12

Onze draps ensemble font 5 1/2 ) 109 p. 1/2

Plus trente-six paires de domestiques supportés 36 Vingt-six autres paires de draps de maîtres. . . 26

Ladite Dame déclare que si tous les draps ne sont pas trouvés en place au moment du recensement, c'est qu'il y en avait au salle, et dans

482 ABBAYE d'AVENAY

tous les lits, tant du dehors que du dedans, pour les domestiques et autres personnes : excepté 5 paires de draps que ladite Dame a déclaré à M. Neveux au mois de septembre dernier (lorsque le district fat demandé par la communauté) avoir eu la faiblesse de donner à M. Chevalier, pour lors confesseur de la maison, dans la vue d'obliger la communauté de ses dames : Mondit sieur Neveux aurait répondu à ladite Dame déclarante, en présence de MM. Coltier et Malot, qu'elle avait bien fait. Si c'était un bien au moi^ de septembre de Tannée dernière, pourquoi serait-ce un mal au mois de may de la présente année ? D'ailleurs elle répette encore qu'un magistrat n'a que sa parole, mais, que pour éviter toute discussion, elle consent de payer les 5 paires qu'elle a données. Il y manque à ce que déclare ladite Dame 3 autres draps dont deux ont été employés tant à panser des vésicatoires pour les plaies d'une sœur qui existe encore, et l'au/re pour un suaire pour la sœur Rabatjoye. Suivant ladite Dame, il ne doit rester que 103 paires qu'elle offre de représenter, sitôt la lessive finie. Quant aux serviettes et autres linges, ladite Dame offre de même de les représenter suivant ledit inventaire. Ladite déclare qu'elle observe que celui qui a écrit l'inventaire a mis ô douzaines d'essuie-mains et trois douzaines de torchons et ensemble huit douzaines. La virgule ayant été mise après torchons, il semblerait qu'il y a 8 douzaines 11 draps très-suportés destinés aux malades ; pourquoy dans le même article changer de dénomination? a-t-on jamais compté les draps par douzaines ? quand à la ligne au-dessus ils sont dénoncés par paire ; selon ce compte, il y aurait 48 paires de draps qui n'ont jamais existé.

Ladite Dame fait encore remarquer à ces Messieurs du district que lors de l'inventaire on a présenté à ces Messieurs la boëte où étaient les deux encensoirs : que ces Messieurs n'en ont posé qu'une sur ledit inventaire; déclare ladite Dame que peut-être elle pourrait être soupçonnée en avoir raporté un : elle offre la preuve suivant l'inventaire donné à la municipalité où il y en avait deux de portés.

Déclare en outre ladite Dame que dans ledit inventaire il s'y trouve un faux article des lits à l'infirmerie, où il est inscrit qu'il y a un oreiller à chaque lit. Toute la communauté peut rendre témoignage qu'il n'y en a jamais eu et qu'elle était obligée de porter celui dé leurs lits lorsqu'elles étaient malades.

Demandé à ladite déclarante si elle n'a pas distrait, ou connaissance qu'il y ait été distrait dans les liasses concernant les titres ou autres papiers appartenant à la nation, iceux marqués sous différentes lettres?

Ladite Dame déclarante proteste qu'elle n'a jamais eu n'y l'intention, ny la volonté, ny le fait d'enlever ny faire enlever aucun papier quelconque et qu'elle n a aucune connaisance que quciqu'uns aient été distraits, et ajoute à cette déclaration, qu'elle a vu de ses yeux la manière dont ces Messieurs ont fait l'inventaire, qu'ils ont été si distraits

qu'il n'est pas possible qu'ils ne se soient trompés, et que c'est par erreur, attendu qu'ils avaient à lire et à répondre à des lettres qui leur arrivaient et à des personnes qui venaient leur parler.

Est aussi comparue Madame Madeleine-Catherine d'Aubignt, dite Sainte-Scholastique, économe de la cy-devant abbaye d'Avenay, y demeurant, amenée devant nous en vertu de notre mandat de cejourd*huy, signifié ledit jour, laquelle dame a été interrogée sur les faits cy-après, après lui avoir dit qu'elle était prévenue d'avoir diverti différents meubles et effets, titres et papiers appartenant à la nation.

Demandé à ladite dame d'Aubigny si elle n'a pas vendu ou si elle a connaissance qu'il eut été vendu de l'étain et cuivre de leur maison?

A répondu qu'elle n'a aucune connaissance attendu que lors de cette ▼ente elle était à Epernay, où elle s'était réfugiée pour se soustraire aux menaces dirigées contre elle.

Demandé à ladite dame si elle n'a pas fait conduire des meubles et effets à Epernay ?

A répondu que non. Que c'était la Dame supérieure qui lui avait envoyé ses effets, conjointement avec partie des siens et une partie de ceux de Madame Voille.

Demandé à ladite Dame si elle a connaissance du vin saisi et arrêté à Mareui-sur-Ay ?

A répondu que oui. Que celui en bouteilles est de la récolte 1788, qu'elle a fait tirer et pour le compte de Madame Beauregard de Paris. Que celui en cercles, est pareillement à ladite dame Beauregard, de la récolte dernière, comme l'a déclarée ladite Dame supérieure et qu'elle ne la fait conduire à Mareuil que parce que le nommé Gardet qui était chargé de le conduire n'a pu l'y mener sur-lechamp, veu qu'il était chargé de verrie pour Paris et l'a conduit et déposé lui-même chez le sieur Bayard, de Mareuil, en attendant son retour pour pouvoir l'enlever.

Demandé à ladite dame pourquoy elle a demandé ses effets à ladite Dame supérieure, attendu qu'elle n'avait pas fait sa déclaration qu'elle voulait sortir ?

A répondu que si elle avait demandé à la Dame supérieure ces effets, c'est pour éviter le pillage dont elles étaient menacées, et que lors de son départ d'Avenay son intention était de revenir après la foire passée, jour où elles étaient menacées d'être pillées. Que si elle a fait sa déclaration au district de vouloir quitter ladite maison, c'est que ces Messieurs du district lui ont inspiré encore plus de terreur que l'on ne lui en avait fait à Avenay : que, par réflection, ne voulant pas être soupçonnée et voulant remettre elle-même les papiers au district qui deVait aller à la cy-devant abbaye d'Avenay le lendemain^ elle prit le parti d'y

484 ABBAYE d'aVENAY

retourner et fit des protestations contre sa déclaration faite la veille audit district. *

Demandé à ladite dame si elle n'a point vendu des bois à plusieurs particuliers ? A répondu que oui : Qu'elle a cru y être authorisée par 1 abandon verbal que lui en avait fait MM. du district ainsi que de tous les matériaux existant dans leur maison, et qu'elle est preste à en rendre compte, toutefois en lui faisant état de la dépense par elle faitte tant pour la couverture en thuilles des murs du bâtiment neuf que d'une écurie pour mettre leurs bestiaux.

Demandé si elle n'a pas vendu de ferraille et autre fer ?

A répondu que non, attendu qu'elle était à Epernay.

Demandé à ladite dame si elle n'a pas distrait du linge, comme draps, serviettes et autres portés en l'inventaire fait par le district ?

Ladite dame nous a répondu que 'non.

Demandé à ladite dame déclarante si elle n'a pas aussi distrait différends titres et papiers appartenant à la nation, iceux marqués de différentes lettres ?

A répondu que non. Qu'elle n'avait jamais distrait aucuns papiers, quelques petits qu'ils soient : qu'elle n'a défait aucune liasse cottée par MM. du district.

Que dans les papiers qui lui avaient été demandés par le district le 24 janvier 1791, concernant les affaires de Suippe, elle s'est aperçue qu'en cottant l'on avait sauté de 120 à 122 ; qu'elle en avait fait les observations en les renvoyant.

Qu'elle est étonnée d'être soupçonnée d'en avoir distrait, vu que ces Messieurs peuvent justifier de la manière avec laquelle ladite dame s'est prêtée à l'inventaire desdits papiers ; qu'il ne lui a pas été possible de pouvoir les compter, attendu qu'il y avait quelquefois cinq et six boëtes ouvertes, elle a été obligée de les remettre à leur place, qu'elle est encore prête pour éviter à MM. du district de l'embarras et à leur réquisition de faire elle-même et faire faire par leur homme d'affaire les cuillerets pour les droits seigneuriaux qui ont démandé à ladite dame beaucoup de temps et beaucoup de peine.

Déclare en outre ladite dame que dans le procès-verbal de recensement fait par MM. du district le 10 may dernier que tant à ladite sacristie qu'à l'infirmerie, iceluy porte que ces Messieurs ont été accompagnés par la Dame supérieure et par la dame d'Aubigny, ce qui est faux ; ladite dame d'Aubigny déclare ne les avoir accompagnés que dans le chartrier et que ladite Dame supérieure était restée à sa place. Déclare en outre ladite économe qu'il est encore faux qu'elle se soit chargée de rechercher le linge prétendu manquer, qu'elle n'a signé ledit procès-verbal qu'après que ladite dame d'£spiés l'a eu signé, ladite dame d'Espiès n'en ayant pas requis la lecture, croyant ces Messieurs d'aussi bonne foy qu'elle.

Quant à la commode et à l'armoire manquant aux pensionnaires, elles sont l'une et l'autre dans des chambres du dortoir, et ces dames offrent de les représenter à toute réquisition.

Quant aux chaises elles ont été, par les domestiques, emportées et distribuées dans différents endroits de la maison, que ces Dames représenteront. Qui est tout ce que ladite dame a déclaré avoir à nous répondre sur toutes les demandes par nous à elle faites, sinon qu'il est encore faux que l'on lui ait donné une décharge, ainsy que l'annonce le procès-verbal des papiers qu'ils ont enlevés ; qu'elle a renvoyé le 8 juin au directoire la pièce cottée LLLL, qu'elle a retrouvée dans une boete de Mutigny, dont on ne luy a point donné de décharge quoiqu'elle l'ait demandée.

Déclare en outre ladite dame d'Aubigny que s'il s'est trouvé au recensement le plan des bois de Saint-Martin et celui de Mont-Saincien qui était dans les pièces renvoyées à ladite dame pour les remettre au district, c'est qu'ils étaient dans les mains de l'homme d'affaires de ladite maison et a signé.

Nous a encore requis ladite Dame d'Espiés, supérieure, de vouloir l'entendre sur sa déclaration cy-après.

A déclaré ladite Dame supérieure qu'elle a oublié de faire remarquer à ces MM. du district qu'ils avaient inventorié seulement la cuisine de l'infirmerie et non celle de la communauté ; et répette encore qu'elle n'est tenue de représenter que ce qu'il y a de vray de posé sur l'inventaire, vu les erreurs qui ont été faites par ces MM. du directoire du district:

Déclare encore qu'il est faux qu'elle fût, elle ladite Dame supérieure, présente au recensement fait par les sieurs Piéton et Balézeau, comme le déclarent ces Messieurs par leur procès- verbal du 9 et dix may dernier : lequel, faute à elle d'avoir pris communication, ny qu'on lui ait fait lecture d'iceluy, déclare avoir eu le tort de le signer, ce qu'elle n'aurait pas fait si ces Messieurs avaient eu l'honnesteté de lui en faire la lecture. Qui est tout ce que ladite Dame supérieure a dit avoir à nous répondre sur les demandes à elle faites par nous cejourd'huy, et a signé avec nous. Ladite Dame supérieure déclare n'avoir vendu ny distrait pour un sol de meubles ny autres choses quelconques.

De tout ce que dessus nous avons fait et dressé le présent procèsverbal pour servir et valoir ce que de raison : et a ladite Dame supérieure, dame économe de laditte cy-devant abbaye d'Avenay, et notre greffier signé avec nous, cejourd'huy vingt et un jnin 1792.

Examen et confrontation faite des dépositions et de l'exécution du mandat d'amener, nous croyons que l'art. 30 du titre 2 de la loy

du 14 octobre 1790, concernant les religieux et religieuses, qui ne prononce point d'autre peine que pécuniaire est une exception nominatif à la loy générale du 27 novembre 1789 et que Tart. 19 de la loy du 29 septembre 1791 doit être appliqué dans cette circonstance, pourquoi nous dirons qu'il n'y a lieu à mandat d'arrêt.

En conséquence nous renvoyons M. le procureur général syndic du département de la Marne, poursuitte et diligence de M. le procureur syndic du district d'Epernay, de sa dénonciation en date du six du courrant, à se pourvoir par la voie civile.

Ainsy jugé et signé par nous, officier de police du canton d'Ay, à Avenay, l'an 4«de la liberté, le 22 juin 1792.

Signé : ViViENT.

Le Directoire du département de la Marne à MM. les membres

du district d'Epemay.

Châlons, ce 8 juillet 1792, 4" de la liberté.

Nous avons reçu, Messieurs, la lettre que vous nous avés fait l'honneur de nous écrire le 5 de ce mois concernant la soustraction faite dans l'abbaye d'Avenay d'effets appartenant à la nation.

D'après les preuves consignées dans l'information, cette soustraction parait constante, et nous nous croyons forcés de continuer à remplir le devoir rigoureux que la loi nous impose.

Les variations du juge de paix de la section d'Avenay, section d'Ay, ne peuvent et ne doivent pas nous servir de règle. Il y a plus, au moment même où il décide que cette affaire doit être civilisée, il met M. le procureur général syndic dans l'impossibilité de le faire, puisqu'en ordonnant le soit communiqué au directeur du juré, il revient à la voie criminelle qu'il avait abandonnée par la radiation du mandat d'arrêt précéiemment décerné. Vous savés, Messieurs, quelle attention notre constitution et nos loix ont apportée à séparer le pouvoir judiciaire et le pouvoir administratif. Ainsi puisque le pouvoir judiciaire est toujours saisi de cette affaire par le soit communiqué au directeur du juré, il ne nous est pas possible de la lui soustraire, et nous devons regarder comme non avenu le renvoi à fin civile que ce juge de paix avait signé le même jour, mais précédemment.

Le défaut de délivrance ou la radiation du mandat d'arrêt n'étant suivant l'art. 20 du titre 5 de la loi du 29 septembre 1791, section de la police de sûreté, qu'une décision provisoire de police, M. le procureur syndic peut se pourvoir ultérieurement. Il doit donc le faire, puisqu'il s'agit de l'intérêt public. Le refus du juge de paix de délivrer un mandat est suffisamment constaté par la radiation qu'il a faite de celui

qu'il avait déceroé et de l'acte de cautioimement donné en conséquence.

M. le procureur syndic du district doit remettre les pièces que vous nous avés communiquées et que nous vous renvoyons à cet efTet au directeur du juré d'accusation, le prier de les examiner et de vérifier si l'inculpation est de nature à être présentée au juré, conformément à à l'art. IV du titre 1"* de la loi du 29 septembre, section de la justice crim'nelle, se concerter avec lui pour dresser Pacte d'accusation, et veiller à ce que cette procédure soit suivie conformément à la loi.

Nous nous réservons, Messieurs, de nous expliquer avec vous sur ce qu'il conviendra de faire pour mettre à couvert les intérêts pécuniaires de la nation, dans le cas où il serait jugé que l'accusation n'est pas de nature à être suivie par la voie criminelle.

Le directoire du département de la Marne.

Suivent les signatures de : Vallin, Prieur, Delacroix, Jeannet, Deyille, a. L. Grojean et deux autres illisibles.

EXPROPRIATION DES BATIMENTS DE L'aBBAYE.

Aux termes de la motion du district d*Ëpernay, du 16 mai 179â, que nous avons reproduite plus haut (p. ), les bâtiments des hôtes et de Thomme d'affaires, avaient été expressément réservés pour Thabilation de Tabbesse et des quelques religieuses qui avaient déclaré vouloir flnir leurs jours dans la maison ; mais la motion du citoyen Lejosne, demandant la suppression immédiate et définitive des monastères mâles et femelles, ayant prévalu, Texpulsion des religieuses ne pouvait être longtemps différée; et pour ne laisser de ce côté aucun espoir à Mesdames d Espiés et ses compagnes, ce furent précisément ces mêmes bâtiments qui leur avaient été assignés qui les premiers furent mis en adjudication : cette expropriation précéda même Tinventaire définitif dont nous allons donner le texte. Voici d'abord le sommaire de la mise en vente des bâtiments en question.

procès-verbal d'enchères et adjudication des domaines

nationaux.

De par la nation, la loi et le Roi.

Cejourd'hui, quinzième jour du noois de juillet mil sept cent quatrevingt-douze, en vertu des décrets de l'Assemblée nationale des 1 no-

488 ABBAYE d'aVEISAY

vembre, 19 et 21 décembre 1789, 17 mars, 14 mai, 25, 26 et 29 juin et 6 août, sanctionnés par le Roi, les 3 novembre 1789, janvier, 24 mars, 17 mai et 25 juillet 1790.

Pardevant Nous administrateurs composant le district d'Epernay, réunis au lieu ordinaire de nos séances, heure de huit, avant midi,

II a été, en présence des commissaires, et sur les offres de la somme de huit mille neuf cent quarante-neuf livres neuf sols, qui ont été faites par M. le procureur syndic, conformément à l'évaluation et liquidation faite d'après estimation, procédé à la réception des enchères sur les biens nationaux dont la déclaration suit :

Les bâtimens servant au logement des directeurs, de l'homme d'affaires et des étrangers, avec une bergerie derrière, provenant de l'abbaye d'Avenay.

Et le onzième jour du mois d'août 1792, sur la dernière enchère de la somme de huit mille neuf cent quarante-neuf livres, neuf sols trois deniers,

Sur laquelle enchère par M. Bouda père, de huit mille neuf cent soixante-quinze livres, avons adjugé à ladite somme.

Enregistré à Epernay, le 3 septembre 1792.

Recollement du mobilier de la maison conventuelle — Expulsion

des Dames,

Cejourd'huy vingt-trois septembre 1792, l'an IV de la liberté, 1" de l'égalité, 8 heures du matin, nous Jean-Baptiste Roger, administrateur et commissaire du district d'Epernay, nommé par délibéré du conseil général dudit district du jour d'hier, et pour son exécution nous sommes transporté en la chambre du conseil de la municipalité d'Avenay pour nous concerter avec la municipalité dudit lieu pour faire opérer la sortie des religieuses qui sont encore dans le couvent de Saint-Pierre d'Avenay, leur faire la délivrance des meubles que la loi leur accorde, recoler l'inventaire de ceux laissés à la garde de la dame d'Espiés, pourvoir à leur garde en y établissant un ou plusieurs gardiens, faire transportera Epernay l'argenterie et métaux propres à la fabrication des monnaies : — où étant, nous avons trouvé MM. les maire, officiers municipaux et notables de ladite paroisse en permanence. Leur ayant fait part de notre mission, et leur ayant communiqué, M. le maire nous a dit que le conseil général de la commune ayant été instruit de notre arrivée, s'est assemblé aujourd'hui et a, par délibération inscrite sur ses registres, arrêté qu'il nous sera représenté qu'il existe quatre chasses dans l'abbaye d'Avenay renfermant les reliques de différents saints ; que la nature de ces chasses est de cuivre, dont quelques

parties sont argentées ; que ces chasses sont en grande vénération dans le pays, qu'il a été arrêté qu'il nous prierait de faire déposer ces chasses dans leur église paroissiale ; qu'il a été arrêté en outre que deux officiers municipaux nous assisteront dans le recolement que nous nous proposons de faire, pour nous donner les renseignements nécessaires. Au même instant, M. Le Prest, curé de cette paroisse d'Avenay et plusieurs citoyens dudit lieu, se sont présentés et ont fait la même réclamation concernant les chasses.

En conséquence, nous avons arrêté que les quatre chasses en question seront transportées en Teglise de la paroisse dudit Avenay avec toute la solennité que peut exiger une pareille translation ; et ce pour y rester provisoirement jusqu'à ce que Messieurs du département aient statué définitivement sur cet objet.

Et d'après le vœu exprimé de Messieurs les officiers municipaux et citoyens dudit Avenay, il a été arrêté que la translation desdites chasses se fera aujourd'huy, vers les trois heures, attendu que c'est un jour de fête et que tous les citoyens d'Avenay y assisteront. Et ont Messieurs les Maire et officiers municipaux, notables et curé d'Avenay, signé avec nous.

Signé: Leprest, curé; A. Krempt, maire, Blanchard, officier municipal, Trésain Salles, Jacques Jagta, officier municipal, Val- LET, assesseur, J. Forboteau, officier municipal, Richard, procureur de la commune, de Bermondes, notable, Follias, secrétaire greffier et Roger.

Et ledit jour, onze heures du matin, nous commissaire susdit, sommes transportés en la demeure de dame Marguerite de Cossart d'Espiez, cydevant abbesse d'Avenay, l'ayant trouvée, nous luy avons fait lecture de notre commission et de la délibération de la municipalité et de notre arrêté. En conséquence, elle nous a dit qu'elle est prête à nous représenter les meubles et objets qui ont été laissés à sa charge et garde par Messieurs les commissaires du district le neuf may dernier, et qu'elle consent à ce que les chasses soient transportées dès cejourd'huy en l'église paroissiale d'Avenay et a signé avec nous.

Signé : Sœur d'EspiÉs, Roger.

^ Et ledit jour, trois heures après midy, les cloches de la paroisse ayant annoncé que le clergé se transportait, nous commissaire, accompagné de Messieurs les Maire, officiers municipaux, notables d'Avenay, 1 avons joint, lequel était entre deux rangs de garde nationale; sommes transportés ensemble en la cy-devant abbaye d'Avenay, les quatre chasses s'étant trouvées à l'entrée de l'église, M. le curé ayant entonné un psaume, les chasses portées par des citoyens du lieu furent conduites par le clergé, la municipalité, la garde natioqale et un graqd

ABBATE DAVENAY

nombre de citoyens, et Nous commissaire, en l'église paroissiale d'Avenay, où le Te Deum fut chanté ; ensuite les quatre chasses ont été posées sur des tréteaux au milieu du chœur de l'église, et un petit saint appelé saint Treizain, de la grandeur de huit pouces de métail de cuivre, fut déposé dans l'armoire de la sacristie. De tout quoy nous avons dressé le présent procès- verbal, et ont messieurs les Maire, officiers municipaux, notables, sieur curé et commandant de la garde . nationale, signés avec nous.

Signé : Blanchard, officier municipal, Trésain Vallet, officier municipal, Yallet, assesseur, Jacques Jagta, officier municipal, J. Forboteau, officier municipal, de Bermondes, notable, Jesson, CuiLLiER, J. Robinet, notable, Krempt, maire, Jean V. Trighet, Valentin Hébert, Le Prest, curé, Follias, secrétaire-greffier, A. Varigny, commandant de la garde nationale, et Roger.

Et le lundy vingt-quatre septembre mil sept cent quatre-vingt-douze, l'an quatre de la liberté, nous, commissaire susdit, accompagné de M. Krempt, maire, Blanchard, officier municipal d'Avenay, et assisté des sieurs Guillaume Hermonville et Vincent Hébert, citoyens dadit Avenay, qui tous ont été présentés par Messieurs du Conseil général dudit Avenay pour garder les meubles et effets dont madite dame d'Espiez était chargée ainsi que ceux qui auraient pu ne pas être portés à l'inventaire.

Nous sommes transportés en la ci-devant abbaye dudit Avenay, où étant, madite dame d'Espiez nous a conduits dans la sacristie et nous a représenté les objets qu'elle renferme et dont est chargée, suivant l'inventaire du deux novembre mil sept cent quatre-vingt-dix, et en procédant au recollement des meubles et effets portés audit inventaire.

Nous a représenté Mad. dame d'Espiez, premièrement, un support à quatre colonnes surmonté d'un dôme, un ostensoir surmonté d'une couronne avec le soleil doré, une grande croix d'autel, quatre calices avec leurs patènes, un ciboire, deux bras, quatre paires de buirettes et quatre plats, une boîte pour mettre les pains, deux assensoirs. A l'instant MM. le maire et Blanchard , officier municipal , nous ont présenté l'encensoir de leur paroisse et nous ont dit qu'il pesait autant qu'une de celle de Tabbaye, que la commune désirerait qu'il soit fait un échange de cet encensoir avec un de la ci-devant abbaye, nous, commissaire, ayant fait peser l'un et l'autre, ayant reconnu qu'ils étaient à peu près de pareil poids, même celui de la paroisse un peu plus pesant, avons pris en échange l'ensensoir de la paroisse contre un de la ci-devant abbaye. M. Le Prest, curé, s'est à l'instant présenté et a dit que sa paroisse possède un plat et des buirettes d'argent et une navette de formes antiques, qu'il nous priait tant en son nom qu'en celuy de ses paroissiens de faire un échange contre de pareils de l'ab-

baye ; les ayant mis dans un plateau de balance et ayant pareillement mis un plat, deux buirettes et une navette de l'abbaye dans l'autre plateau, il s'est trouvé que ceux de la paroisse pèsent quinze francs de plus que ceux de l'abbaye, pourquoy nous avons consenti à un échange desdits objets provisoirement, dans le cas où le conseil général du district l'approuvera à qui il en sera référé.

Item une croix de procession, un réchau, deux grands chandeliers, une petite croix d'autel, un buste représentant le chef de sainte Berthe, une patène carrée servant à la communion de ces dames, une petite sainte Vierge, quatre petits reliquaires, un saint représentant saint Benoît, une petite croix, saint Jean monté sur un pied d'estal de bois, deux aiguières, trois écuelles, trois bassins, trois tasses à anses, trois goblets à pieds de différentes formes, deux biberons de différente structure, une grande cuillière, un missel dont les couverts sont revêtus d'une feuille d'argent doré, une autre cuillière à ragoût et une à bouche, deux moyens chandeliers. — Tous les objets cy dessus désignés sont en argent et ont été mis dans une grande boite de bois blanc, laquelle a été à l'instant clouée, et les reliques que renfermaient lesdits objets qui ont été retirées avant de les mettre dans la boite, ont été mises es mains de Madame dEspiez, à l'exception de celles qui renfermaient les bras de sainte Berthe et de saint Trézain, qui ont été remis à M. le curé d'Avenay pour être transportés dans l'église paroissiale.

Item un reliquaire représentant saint Roch, un autre sainte Marguerite, un autre saint Charles, sainte Appolin, un autre saint Pierre, un autre saint Antoine, un autre saint Joseph, une petite croix, le tout d'argent et cuivre doré. Item une grande lampe, deux grands chandeliers, deux moyens, deux petits, un chandelier à trois branches, un grand et un petit bénitier, une sonnette, le tout de cuivre. Après que les reliquaires que renfermaient quelques-uns des objets cy dessus désignés ont été remis es mains de Madame Despiez, lesdits objets ont été renfermés dans un panier d'osier, lequel a été fermé et sur lequel ainsy que sur la boite de bois blanc il a été apposé le cachet de M. le maire d'Avenay représentant une tête, sur cire rouge, posé sur toile ; et lesdits panier et boite ont ensuite été mis sur une voiture pour être conduits au district d'Ëpernay par le sieur Claude Bigot, maréchal audit Avenay, qui s'en est chargé : et est à l'instant parti accompagné de six fusiliers que M. le maire d'Avenay lui a donnés pour l'escorter. — De tout quoi nous avons dressé le présent procèsverbal et ont mesdits sieur le maire, sieur Blanchard, officier municipal, Madame d'Espiez, M. le curé d'Avenay, signé avec nous après lecture faite.

Signé : A. Krempt, maire, Blanchard, officier municipal, Lç- PREST, curé, Roger, sœur d'EsPiÉs.

492 ABBAYE D'aVENAY

Elle mercredi 26 septembre mil sept cent quatre* vingt-douze, l'an quatre de la liberté, première de l'égalité, nous commissaire, accompagné dudit sieur Pierre Richard, procureur de lu Commune, du sieur Jean Forboteau, officier municipal d'Avenay, en présence desdits sieurs Guillaume Hermonville et Vincent Hébert, citoyens dudit Avenay, commissaires que nous avons pris pour garder les meubles et effets qui se trouvent en ladite cy devant abbaye d'Avenay, avons continué le recollement desdits meubles et effets portés sur l'inventaire du deux novembre mil sept cent quatre-vingt-dix, ainsi qu'il suit :

Sacristie.

Premièrement dans la sacristie de l'église, compris les objets détaillés dans notre procès-verbal du vingt-quatre présent mois, nous avons trouvé tout ce qui est compris en l'inventaire dudit jour deux novembre; Et en outre un surplis, deuxamicts, deux nappes, cent corporaux à purificatoires, dix-huit accolalle, vingt-sept lavabo, onze enveloppes de toile pour aubes, un drap mortuaire, une chasuble, un tapis violet, une housse de fauteuil de damas, deux chandeliers de cuivre. Les tableaux sont au nombre de treize.

Chartrier et hibtiothèque.

Dans le chartrier servant en même temps de bibliothèque, à l'exception des titres et papiers qui ont été enlevés par Messieurs Balaizeau et Piéton, administrateur du district d'Epernay, suivant le recollement qu'ils ont fait le neuf mai dernier et de ceux qui n'ont pas été représentés audit sieur administrateur lors dudit recollement, ainsi qu'ils l'ont constaté, se sont pareillement trouvés les objets portés à l'inventaire sus rapporté : en outre cent cinquante et un volumes de différentes grandeurs, et encore différentes boîtes renfermant beaucoup de papiers dans le nombre desquels il peut s'en trouver de très-intéressants pour la conservation desquels nous avons apposé notre cachet portant pour empreinte une tête.

Salle du chapitre.

Dans la salle du chapitre nous avons . trouvé huit matelas, quatre lits, onze traversins, onze couvertures, deux courtepointes, le tout pour domestiques, dix lits de pensionnaires, composés d'une paillasse, d'un matelas, un travers, un tour de lit, d'un tapis ou courte pointe, un bois de lit chacun, un mortier de mette, deux tables à Jouer, six lits de maître composé chacun d'un matelas, d'un lit de plumes, d'un travers, d'une courtepointe, d'une couverture, un tour de lit de serge ou autre étoffe de laine, un autre tour de lit, trois armoires étroites, sept petites armoires, deux commodes, cinq petites tables, trois tables de nuit, deux prie-Dieu, une banquette, quatre morceaux de tapis- $;erie, une tente de tapisserie en papier velouté, une tapisserie de Ber*

At>PENDlCË 493

gama, oeuf paires de chenets et une paire de marmouzets et cinq pelle à feu, six pincettes.

Observe Madame d'Espiés que tous les objets proviennent des ahambres et places qui ont été vendues depuis Tiaventaire.

Salle commune.

Dans la salle commune se sont trouvés les objets portés en Tinventaire et en outre soixante-quinze chaises, six fauteuils, le tout couvert de paille, trente fauteuils et chaises de tapisserie, huit tableaux, une paire de chenets, une tenaille, quatre tables et deux petites armoires, une commode.

Infirmerie,

Dans l'infirmerie se sont trouvés les objets portés en l'inventaire et en outre un buffet en deux morceaux, et les tables au nombre de quinze.

Dans les deux chambres hautes se sont aussi trouvés les objets désignés en l'inventaire, une pendule de (le reste de la ligne est laissé

en blanc).

Pharmacie.

Dans la pharmacie les drogues et objets portés audit inventaire à

l'exception de trois petits goblets, leurs bassins d'argent, trois tasses,

deux cuillères, deux biberons, trois vieilles écuelles et deux aidières

d'argent qui avaient été apportés à la sacristie et qui ont été envoyés

à Epernay.

Cuisine.

Dans la cuisine, les effets portés audit inventaire, excepté deux chaudières, mais il s'est trouvé de plus cinq chaudrons, tant grands que petits, une écumoire, une fourchette de fer, une cuillière de cuivre, trois soupières, une écuelle, vingt-trois assiettes en étain.

Dans la chambre des pensionnaires ne s'est rien trouvé, attendu que les objets ont été portés à la salle di chapitre que nous avons reconnu et détaillé.

Descendus dans une grande cuisine s'est trouvé dix chaudrons de cuivre jaune, tant petits que grands, dix bassins tant petits que grands, quatre casseroles de cuivre jaune, trois passettes, deux écumettes de cuivre, deux poêlons, dix bassines, cinq grandes poêles à frire, deux pots de fer, un pot de tôle, cinq pots de fer tant petits que grands, un poêle à rot, huit couverts de fer blanc, un coquemart de cuivre rouge, une paire de chenets, une pelle à feu, une pincette, deux tenailles, une grande table de cuisine, un moulin à poivre, une autre table, une grande armoire, une lanterne, deux couperets, un pezon, quinze assiettes d'étain.

Dans la salle de Madame d'Espiés les objets portés audit inventaire.

494 ABBAYE d'aVENAY

Argenterie.

Les objets ont été pareillement représentés.

Dans le clocher de la chapelle Sainte-Berthe, Madame d'Espiés nous a déclaré que la cloche a été envoyée au district^et que quant à l'horloge il est au cellier.

Dans un emplacement donnant sur l'intérieur et ayant ses jours sur une cour du dehors, Madame d'Espiés et MM. les officiers municipaux nous ont déclaré que les objets qu'ils renfermaient ont été vendus par ordre du directoire du district, par M. La Chapelle.

Basse- cour.

Il en est de même que pour l'art, cy dessus.

Dans les caves et celliers.

Tous les objets renfermés dans ces places ont été vendus par M. de La Chapelle, suivant déclaration de Madame d'Espiés.

Cabinet et chambres.

Dans un cabinet au-dessus de la salle de Madame d'Espiés s'est trouvé une couchette, une paillasse, un matelas, un lit de plume, une housse de serge rouge que Madame d'Espiés a déclaré venir d'une chambre des appartements du dehors.

Dans une chambre haute près l'église, occupée actuellement par le sieur Desnoyeux, se sont trouvés les mêmes objets que ceux désignés dans l'inventaire dans la chambre qu'il occupait au rez de chaussée dans l'appartement des pères, à l'exception de deux armoires qui ont été inventoriées dans la salle du chapitre, de deux fusils qui ont été donnés à la municipalité, du fauteuil de cuir qui est dans l'intérieur ainsi que le bureau.

Parloirs.

Le parloir du premier étage n'existe plus dans les bâtiments étant vendu, mais les meubles et effets ont été inventoriés dans la salle du chapitre ainsi que ceux des places du corridor et dans l'ancienne tribune audit cabinet de la tourrière et de la chambre au-dessus, de la chambre des servantes et de la chambre a coté, près le ruisseau, excepté un buffet qui reste.

Dans un parloir d'une chambre haute, deux lits garnis, une table, quatre chaises, deux chenets, une tenache, une pincette, un fauteuil et une chaise couverte d'étoffe, une pelle à feu, deux tables, une autre pelle, six chaises couvertes de paille, une autre de tapisserie, une autre paire de chenets, un soufflet.

Et attendu qu'il est six heures du soir, nous avons remis la continuation du présent recollement à demain neuf heures du matin; et lODt les meubles et effets portés en la présente vacation laissés eo la

APÏ^ENDICË 495

charge et garde desdits sieurs Guillanme Hermonville et Vincent Hébert qui ont déclaré les avoir tous tus et reconnus et s'en sont chargés Tolontairement, promis les représenter à toutes réquisitions; et ont mesdits sieurs Richard Forboteau, Dame d'Espiés, Hermonville et Vincent Hébert signé avec nous, après lecture faite.

Signé : Richard, P. de la commune, J. Forboteau. officier municipal, Hermonville, Claude-Vincent Hébert, sœur d'Espiés, Roger.

Et le jeudi 27 septembre 1792, 1" de l'égalité, neuf heures. Nous commissaires susdits, accompagnés de M . Krempt, maire et M. Jacques Jacta, officier municipal d'Avenay, et en présence desdits sieurs Hermonville et Vincent Hébert, avons continué ledit recollement des meubles, eflets dépendants de la ci devant abbaye d'Avenay sur la représentation d'iceux faite par madite Dame d'Espiés, ainsi qu'il suit :

Lingerie.

En y procédant sommes avec tous les sieurs et dame susnommés transportés dans un cabinet tirant son jour au nord, nous avons reconnu tous les linges compris en l'inventaire, à l'article où il est dit : dans les armoires tant en l'infirmerie^ que celles placées dans les autres lieux de la communauté, à l'exception de cinq paires que Madame d'Espiés a données à M. l'abbé Chevalier, et deux paires qui ont servi tant à panser les mouches qu'à ensevelir la sœur converse Marie Joyeux,

Nous a été observé par ladite Dame d'Espiés que dans toutes les maisons religieuses les draps et serviettes ont été partagés d'après les décisions de l'Assemblée nationale entre toutes les religieuses : qu'elle réclame la même faveur, même pareille justice.

Sur cette réclamation, ayant dit à Madame d'Espiéz que j'avais demandé une décision à ce sujet, au district, qu'il a répondu -que les lois ne s'expliquant pas assez clairement, sur ce qu'il ne voyait pas d'inconvénient d'abandonner à chacune des religieuses deux paires de draps, pour leur tenir lieu de ceux qu'elles ont apporté lorsqu'elles ont fait profession, Qt quatre pour Madame l'abbesse ; que quant aux serviettes, que le conseil district n'ayant rien décidé, je croyais pouvoir leur accorder à chacune une douzaine, et deux à Madame l'abbesse : qu'en conséquence je lui en faisois l'offre. Madite Dame d'Espiés m'ayant répondu que le besoin urgent où elles se trouvent de ce linge la détermine à accepter cette 'oiTre, tant pour elle que pour ses religieuses, sous la réserve toutefois de tous les droits qu'elles se proposent de faire valoir auprès de la Convention nationale.

Au même instant, il a été par nous commissaire compté le nombre de religieuses qui se trouvaient au couvent d'Avenay et qui ont fait

leur déclaration lors de l'inventaire. Il s'est trouvé le nombre de vingt-cinq, comprise Madame Tabbesse, et non comprise Madame Gossart qui était absente, ce qui fait vingt-six.

Nous avons pareillement reconnu qu'il existe encore cinq sœurs converses : pourquoi nous avons de suite délivré à madite Dame d'Espiés, qui le reconnaît, cinquante paires de draps de dames : plus vingt-sept douzaines de serviettes et vingt-sept moyennes nappes : en outre dix paires de draps communs, et cinq nappes, pour être distribués auxdites Dames et sœurs converses. Mais Madame d'Espiés ayant donné cinq paires de draps à M. l'abbé Chevalier, en a remis quatre paires seulement, prétendant qu'elle doit avoir plus de moitié que les autres religieuses.

Et attendu qu'il est une heure de relevée, nous avons clos la vacation et remis la continuation du présent inventaire et recjlement à trois heures après midi : et ont madite Dame d'Espiés, sieurs Crème (Krempt) et Jacta, Hermonville et Hébert, signé avec nous. Et sont les restants du linge porté en ladite vacation, à la charge et garde desdits Hermonville et Hébert, qui s'en sont ehargés pour représenter à toutes réquisitions.

Ainsi signé : Jacques Jacta, officier municipal, Claude-Vincent HÉBERT, Hermonville, Krempt, maire, sœur d'Espiés, Roger.

Et ledit jour, trois heures de relevée, nous commissaire, accompagné et en présence de Madame d'Espiés, M. le maire, officier municipal sus-nommés et desdits sieurs Hermonville et Hébert, avons continué le recollement ainsi qu'il suit :

Cours, bûchers, hangars.

Transportés dans la cour et les bûchers, il nous a été observé par madite Dame d'Espiés, qu'ayant loué le Breuil, elle a fait valoir, ainsi que les autres Dames le terrein partie en froment, chenevière et prez, quelle a fait faire des faguettes dans le taillis dudit Breuil, et du bois d'anneau avec quelques arbres qui périssoient ; pourquoi elle réclame tant pour elle que pour les autres Dames, tout le bois qui se trouve façonné. Ayant examiné lesdits bois, et reconnu que les fagots provenaient des bois de nos montagnes, ainsi qu'un tas de bois de quartier contenant environ trois anneaux, appartenoit auxdites Dames, nous leur avons permis de les enlever. Quant aux falourdes et au tas de bois d'anneau, contenant environ cinq à six anneaux, ayant reconnu qu'ils provenaient du parc, nous avons cru devoir nous opposer à leur enlèvement jusqu'à ce qu'il soit vérifié si ces Dames avaient eu la permission de faire du bois dans le Breuil, sauf dans le cas où elles ne pourraient l'enlever, à leur en payer les façons.

Item, dans les cours et hangars, se sont trouvés différents morceaux

A^PENDICE 491

de bois de charpente, desquels il n'a pu être fait le relevé. Dans les écuries se sont trouvés deux vaches que madite Dame d'Ëspiés a déclaré appartenir a la nation : plus deux vaches, l'une rouge et l'autre noire; plus un cheval sous poil noir.

Ce fait et attendu qu'il est six heures du soir, nous avons remis la continuation du présent inventaire à samedi prochain, neuf heures du matin : et sont les meubles et effets compris en la présente vacation, laissés en la charge et garde desdits Hermonville et Hébert, qui s'en sont chargés et promis les représenter à toutes réquisitions .

Ainsi signé : Sœur d'Espiés, Hermonville, Claude- Vincent Hébert, Jacques Jagta, officier, Krempt et Roger.

Et le samedy vingt-neuf septembre mil sept cent quatre-ving-douze, nous commissaire dénommé des autres parts accompagné de Messieurs Jacques Jacta, officier municipal, et de Pierre Richard, procureur de la commune d'Avenay, en présence desdits sieurs Hermonville et Hébert, gardiens, avons continué le recollement ainsi qu'il suit :

Basse-cour, écurie.

Dans la basse-cour se sont trouvées deux voitures sur quatre roues à l'usage de madite Dame d'Espiés^

A déclaré madite Dame d'Espiés qu'il y a une charrue appartenant à la maison d'Avenay qui se trouve actuellement chez le sieur Xavier Siret, à Oiry. «

A déclaré madite Dame d'Espiés que les chevaux et autres bestiaux ainsi que des voitures et autres attirails de labourage autres que ceux portés dans la séance précédente ont été vendus par le directoire pourquoy nous en avons parfaict la vérification. Il en est de même pour les objets renfermés dans les celliers, caves et pressoirs qui out pareillement été vendus.

Rentrés dans la salle de Madame d'Espiés, madite Dame nous a représenté qu'il existe deux vieilles voitures qu'elle a achetées de son argent pour son usage particulier, qu'elle a aussi joui pour son usage particulier d'une écuelle d'argent, de deux cuillères à soupe, quatre autres à ragoût et douze couverts aussi d'argent qu'elle réclame en vertu de la loi du quatorze octobre mil sept cent quatre-vingt-dix.

Sur ses observations, nous commissaire, nous avons cru devoir accorder provisoirement, sauf à obtenir par la suite l'approbation de M" du département l'écuelle d'argent, les deux cuillers d'argent, deux à ragoût et six couverts, le tout sans préjudice aux droits de ladite Dame qu'élte |era valoir quand elle avisera : au moyen de quoi lesdits objets ont été remis à ladite Dame et les six couverts et les deux cuillères à ragoût restant ont été remis auxdits sieurs Hermonville et Hébert qui le reconnaissent.

498 KUUYît d'avrnay

Le Breuil.

Ensuite nous ayant transporté dans le Breuil, nous avons reconnu qu'il y avait environ quatre à einq arpents -de 'bois taiHis et coupé, ayant observé qu'ils n'avaient pu être coupés que d'après un ati^té -du département, nous avons prié Maditte Dame d'Ëspiés "àe nous le représenter, a répondu qu^le en avoit oblenu la permission -de MM. du district verbalement et singulièrement <en marge, d'tfn inémoire tqui leur -a été présenté; auquel ils ont répondu par ouy «t mm, qu'elle ne peut pour le présent le représenter, attendu ^ue hi I>Bme d'Aubigny qui^est absente l'a emporté dans ses papiers, toquelle permission leur a été accordée tant pour leur usage particulier que pour couvrir des étans, que n'ayant pas employé le tout, il leur en restoit un certain nombre : qu'il Juy restoit aussy quelque peu .de bois d'anneau provenant des .taillis du Breuil, et aussy des fagots .et du Imîs d'anneau qu'elles ont acheté avec les autres dames dans les ventes des montagnes: qu'ayant appris que quelques citoyens d'Avenay tenoient

es propos il c^st^jet^mais que pour éviter toutes difficultés, elle consent dà laisser tous ses bois tant ceux provenant du Breuil que des montagnes, cependant à l'exception d'environ sept anneaux de bois et sept ^nts de fagots qui revienuent à aqpt reMgieuses dans le parts^ qu'ils ont commencé de faire de ces bois.

N'ayant pu vérifier à l'instant la vérité des observations de noaditte Dame Despiés, nous l'avons engagé de ne faire enlever aucims .)ie ces bois jusqu'à ce que^ d'après un examen nouveau, que le district puisse luy rendre justice, ceà>quoi.ellea consenti.

£t attendu qu'il n'y a ;plus rienà vérifier, nous -avons clos et fini ledit ^eoUement, et sq)rès avoir laissé les meubles et effets compris en la (présente vaccation en la charge et garde desdits sieurs Heriaoaville et Hébert, nous avons déchargé madite Dame d'Ëspiésde la garde de tous ceux constatés dans le présent procès-verbal, et dont «Ueétoit chargée par l'inventaice du deux novembre et jour suivant de l'année. mil «ept cent (quatre-vingt-dix .et du recollemeut d'ieeu\, fait par les sieurs Balaizeaux et Piéton, administrateurs du directoire du district, le neuf may dernier.

De tout quoy nous avons dressé procès- verbal x}ue maditte .Despiés, sieurs Richard, Jocta, Hermonville et Hébert ont signé avec nous t^près lecture faite. Et >ont déclaré leadits sieoirs Hermonville et Bébeot avoir reconnu tous les objets portés au. présent recolleunent, se /charger de la garde d'iceux et se sont obligés solidairement sans «diviaioa ni discussion les représenter à toute réquisition.

Et toutes les Dames qui étoient restées sont sorties au même îjstant de ladite maison.

SoEAur d'Espiés, Jacques Jagta, Krempt, Hermonville, Richard, P* de la commune, Claude- Vincent Hébert, -Rooer.

APPfimieE 499

n92, '20 décembre, — Etat des tabte^ux de Cahbaye.

J^i^l de^ tab.le^.x jeinls à la garde du .citoyen Guill^na^ Hermenville, .gardien de ^a ci-devant abbaye d'Avenay, par les cQiiimissaires soussignés du département de la Marne.

y Une descente de Çroi;c, d'après Iç Pp^ssin.

2« Une Présentation au Temple, par Verdier.

3* Une Adoration des Mages, tableau devant d'autel.

4* Un Exi'voto du même auteur, aussi devant d'autel.

.^*> U,n «utre £^-voto fi la Vierge, du même autour, et {dus i^cand que les précédents. — Çfis cinq tableau^ étaient daps réglisse.

Plus un portait de îemnjte, par R|gaud, qui était dans la c^aitd)re à coucher de l'abbesse.

Plus deux portraits, 4'un du maréchal de Bouftlers, peint par Bourigp^Bg,.quj étoi€iQt,daQ8 le parlttr de l'abbesse. Ces tableaux sont ovales .et vOrués de ieur cadrée.

L'autre portrait et la Présentation ^au Temple opt s^v^si jf^ur ç^re.

A Avenay, le 20 décembre 1792, l'an l" de la République française.

Batllbt, J.-C. Poterlet.

^ifè sont dey^iHies <^s dernières épaves de noire abbaye ? Nous ne saurions le dire. Aucune de ces toiles ne se retrouve parmi les tableaux r^fugi^s dans J[*église paroissiale, tableaux qui pour la plupart proviennent -de f^bbaye. Nous avons quelque raison de croire que \e portrait de femme, de Rigaud, était celui de Madàqje de Sillery, qui, nous dit-on, flgure îiujQwd')iu| (3m^ Je iCalitoet de M. £d. de B., notre érudit cooipatriole : nous iregreltODs d'avoir «onnu trop tard cette circonstance : nous eussions eu plaisir à le reproduire dans notre Uvre, et Fobligeance ordinaire et si .<ionfiue de M. de B., nous est un sur garant (|u*il se serait bien volontiers prêté à .cette communication.

La découverte que nous avons faite aux Archives de la Marne, d'un pian figuratif du bourg d'A.venay, avec i'indication de ses rues, des bâtiments de l'abbaye, de son parc et de ses jardins, plan dont nous sommes heureux d'orner notre volume, nous a donné Tidée de reproduire ici le tableau des diverses contrées dont se compose le territoire d'Avenay, — dressé officiellement en 1791, — dans lequel on retrouvera un grand nombre delieuxdits cités dans l'histoire de l'abbaye. Il y aurait sans doute une étude à faire sur ces dénominations si anciennes, pour la plupart, et parfois assez bizarres, et qui, chacune, ont sans doute leur raison d'être. Mais c'est une tâche que nous laissons à d'autres, mieux placés que nous pour ce travail ; tel qu'il est, le tableau que nous présentons ne semblera pas à quelques-uns de nos lecteurs dénué de tout intérêt.

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