‹ Histoire de l'Abbaye d'AvenayChapitre 33 sur 42 · MADAME DE LEVIS-VËNTADOUH · texte numérisé non relu

MADAME DE LEVIS-VËNTADOUH

d'Aven^y, Guillemette des Ortyes, Jehanne Darcenay, Symonne Josseteau, Marguerite de Saint-Privé, Charlotte de Gand, Elisabeth Maugerard, Marie Vathier, Marie de Baudier, Loyse de Noirfontayne, Claude Domballe, Ënonne de la Chaussée, Jehanne Aubert, Catherine de Saint-Blaye^ Aymeé de Gand, Marie Gauchon, Elizabeth Laignelet, Marie Rolland, Apoline Mimy, Charlotte du Biez, Loyse de la Barcquerie, et Catherine de Joyeuse, toutes religieuses professes de ladite abbaye et elles faisant et représentant la plus grande et saine partie de leur couvent d'une part,

Et noble homme Nicolas de Reumont, écnyer, seigneur du Ban-Sarazin et de Mutry en partie^ et damoiselle Philippe d'Aroenay, son espouse, demeurant à Fonteyne d^autre part, ladite damoiselle licenciée et autorisée quant ad ce dudit Reumon d'autre part,

Disant lesdites parties mesme lesdits sieur de Reumon et damoiselle d'Arcenay que leur estant apparue damoiselle Anne de Reumon, leur allé, avoir cest noble espoir et désir en la vie future, et que pour y parvenir elle auroit pour les meilleurs moyens et conditions partys et portions, prina et choisi Testât et degré de religion dont joîn<5t les bons effects et tesmoignages assurez de ses senSi volontés, discrétions et Tolontez, ont désiré entendre à iceulx et par effect pour la bonne vie sin* cerité de meurs, société et reformation salutaire qni est audit monastère Sainct-Pierre d*Avenay ils auroient requis icell es Dames Prieure et Religieuse» vouloir recepvoir et accepter ladite damoiselle Anne leur fille pour Religieuse novisse en leur couvent,

la maintenir en bon et convenable estât de religion, luy bailler l'habit selon l'ordre d'icelle et conséquemment y faire profession après le temps de sa probation : à quoy s'estant icelles Dames accordé et promis de la recepvoir, iceux sieur de Reumon et d'Arcenay prévoyant les grandes chargea affaires et fortune adverse que ladite abbaye a à supporter tant pour l'entretenement des église, clouaistre, bâtiments, édifices d'icelle recognoissent, volontairement avoir promis et par ces présentes promectent rendre et payer, par chacun an, la vie durant de ladite damoiselle Anne de Reumon, leur fille, la somme de trente livres de pension et rente viagère payable au jour de feste Saint-Martin d'hiver à prendre et recepvoir par chacun an sur une maison accise et bâtiments en dependans, assis audit lieu de Fontayne et sur ledit Ban-Sarazin, tenant d'une par à la veuve Loys Le Varnier, sieur de Fregnicourt ; d'autre part, aux sieurs Fournier, dudit Fonteyne ; item sur une pièce de boys contenant sept arpens ou environ assis sur la terre dudit Fonteyne lieudit le Lut, tenant d'une part aux sieurs d'Aut... à Loys Caillet, d'un bout au sieur et dame, aux usages dudit Fonteyne. Et semblablement sur tout et chacun les aultres biens héritages auxdits sieur de Reumon et damoiselle d'Arcenay apartenant; sans que la généralité desroge à la spécialité ni la spécialité à la généralité, lesquels pour cest efiect ils ont liez, afiectés et hypothéqués aux payement cours et continuation de ladite rente : dont le premier paiement de ladite rente et pension viagère pour la première année sera et eschéera au jour de feste Saint-Martin d'hyver prochain

HIADàMË de LÉVld-VIlNtÀDOUn d29

venant et de la d*an en an, la vie durant d'icelle

Damoiselle Anne de Reumon^ après le décès de laquelle sera ladite rente esteinte et les biens desdits

sieur et damoiselle déchargés et comme le pro*

mecttent icelles Dames, soubs le vœu de religion et obligation des biens temporels de ladite abbaye tenir et entretenir ce de présent à leur regard : — et les

sieurs de Renon et d'Arcenay payer et obligent

biens l'un pour l'aultre et chacun d'eux seul pour le tout, sans division ny discussion, renonçant au bénéfice de division et de discution. — Ce fut faict et passé audit Avenay en ladite abbaye icelles Dames congrégées en la salle de leur maison sorial, le douziesme jour de novembre l'an mil six cens neuf et ont signé :

N. DE Reumont, p. Darcenay, S' Jeanne de Laval, S^ Simonne Joseteau, S"f Janne Darcenay , S'^ Gujllemette Desortyes , S"^ Charlotte de Gand, S»^ Mongerard, S' Marie de Baudier, S"* Loyse de Noirfontaine, S'^ Émonne de la Chaussée, S'^ Jehane Aubert, S' Aymée de Gand, S"^ Marie Cauchon, S^ Marie Roland, S' Laignelet, S' A. MiMY, S' Charlotte DU BiEZ, S"* Anthoinette Braux, S' Loyse de la Bergueri, S' Catherine de Sainct- Blaise, S' m, de Sainct-Prive, S^ Marie Vathier, S' Catherine de Joyeuse.

Camuset aîné, L. Caillet.

1609^ 13 novembre. — A la constitution de trente livres qu'on vient de lire est jointe la cédule qui sait, portant supplément d'une rente de 20 livres

àSÔ à&BàYB D^AVENAV.

que les sieur et dame de Remon font à leur allé A^ne pour subvenir, est-il dit, à ses affaires particulières et nécessitez...

< Comparurent en personnes noble homme Nicolas de Reumon, escuyer, seigneur du Ban-Sarrazin et de Mutry en partie, et damoiselle Philippe d'Arcenay, son espouse, licentiée dudit de Reumon, demeurant à Fonteyne, recognurent que oultre la somme de trente livres de rente et pension viagère de damoiselle Anne de Reumon, leur fille et par eu^ constitué le jour d'hier au proufit du couvent ^t abbaye Saint-Pierre d'Avenay et espérant que ladite damoiselle Anne fera vœu et profession en icelle abbaye avoit promis et par ces présentes promectent et en la présence de Madame Jehann^ de Laval, Prieure et ayant la charge et administration de ladite abbaye et de Madame Jehanne d'Arcenay religieuse en icelle et tante de ladicte damoiselle^ stipulant pour icelle damoiselle de payer à icelle damoiselle Anne, par chacun an et sa vie durant^ la somme de vingt livres de rente et pension, par eux volontairement accordé à icelle damoiselle leur fille pour subvenir à ses afi^aires particulières et nécessitez, et a commencer à courir ung an après le décès dudit de Reumon ou de damoiselle Philippe d'Arcenay et a prendre par espécial sur une pièce de terre contenant vingt septiers assis au terroir dudit Fonteyne, lieudit la Perte, tenant d'une part à ladite Perte, d'autre au sieur dudit Fonteyne; et genérallement sur tous et chacuns leurs autres biens héritages à eux appartenant et sans que la généralité desroge à la spécialité, ni la spécialité à la géi^éra^

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iitéy lesquels ils ont pour cest efiect lié^ obligé» affecté et ypothequé au payement côme sont tenus d'icelle ; après le décès de laquelle sera ladite rente estaincte et les biens desdits sieur de Reumon et de ladite damoiselle deschargez, si comme est droit; promettant leur payer et fournir ladite rente.

Faict et passé audit Âvenay par devant les no-* taires et le treiziesme jour de novembre Tan mil six cens neuf et ont signé :

N. DE Reumont, p. Darcenay.

Camuset aîné, Caillrt.

Il nous reste à dire quelques mots du dernier acte que nous fournisse l'étude notariale. C'est une vente ou transport que, comme légataire universel d'un sieur Eustache Bouyon, Messire Michel Champenois, chanoine d'Âvenay/ fait à vénérable et discrète personne Jehan Lebesgue, prêtre docteur en théologie, chanoine et pénitentier de l'église Nostre-* Dame de Reims, de divers contrats de rentes provenant de ladite succession. Messire Michel Champenois, l'un des plus notables personnages qui aient été attachés à l'abbaye d'Avenay, était prêtre et chanoine, curé d'Ay, doyen du doyenné d'Epernay : son nom figure dans plusieurs actes importants de l'époque comme jurisconsulte et comme procureur chargé des intérêts de l'abbaye. Son goût pour les livres l'a rendu cher aux bibliophiles. Nous avons retrouvé plusieurs curieux volumes avec sa signature à la Bibliothèque nationale ainsi qu'aux bibliothèques communales de Reims et d'Epernay. Celle de Reims, notamment, montre avec orgueil un magnifique exemplaire du Saint-Pélerinage de

âSâ ÀâfiAYï d^avëhaV

la cité de Hiérusalemàe Beydenbach, superbe ia4^ rempli de cartes et de curieuses iSgures, incunable fort rare et fort envié des bibliophiles.

Nous finirons notre notice de Tabbatiat de Madame de Ventadour par ces quelques lignes que lui consacre le Gallia Christiana à l'article de Tabbajre de Saint- Pierre de Lyon.

Maria III de Levis de Ventadour» filia Ann» ducis de Ventadour et Margaritse de Montmorency, soror autem Ânnse Bituriensis archiepiscopi et Ludovici HerculiSy prœsulis Mirapicensis, primum fuit sancti monalis apud (3alam (Chelles) tum coadjutrix Avennaci, ac deinde sancti Pétri Lugdunensis abbatissa, ex permutatione cum prsecedenti, quam Paulus V approbavit buUa data vidus Martii, anno 1610. — • Rexit ad annum 1632, quo circiter tempore ablata cura monasterii patribus S. Illidii Lugdunensi archiepiscop. . . cessit. Obiitan. 1649, yell650 cum jam pridem abbatiam pro prioratu de Poûillé commutasset

XXXVIII* Abbesse.

Hadame FRANÇOISE DE BEAVVIIililEBS

DE SAINT-AieiïAJV.

(De 1609 à 1625.)

Madame de Beauvilliers chez sa sœnr, abbesse de Montmartre. — Maison de Beauvilliers. — Abondance de documents pour l'histoire de cette abbesse. ~- Rëformation et restauration de Tabbaye d^Avenay. — Ouverture des châsses de l'abbaye. — Miracles. — Le cure de Mutigny député aux Etats-Généraux de 1614. — Madame de Beauyilliers à Nancy, à Polangi, chez les Bernardines de Ferva ques. — Fondation du prieuré de Saint-Joseph, ft Châlons.

— Le duc de Nevers, gouverneur de Champagne. — Naissance d*Anne de Gonzague. — Henri de la Tonr, vicomte de Turenne. duc de Bouillon. — Vol des pierreries de Tabbaye d'Avenay. — Le duc et la duchesse de Nevers. — Les princesses Anne et Bénédicte de Gonzague, vouées au cloître. — Octroi par le pape Paul Y de pxécieuses reliques. — La victoire de Lépante et la fête du Saint-Rosaire.

— Confrérie dans Téglise paroissiale. — Entrée en religion de Nicole Caillet. — Le chevalier de Ventenas . Recherche de Tabbaye de Fontevrault pour Anne de Gonzague. — Peste au pays de Reims. — M aladie de Madame de Beauvilliers. ^ Prise d*habit de Bénédicte. — Rappel à Avenay d'Anne de Gonzague. — Lettres de Tabbesse de Saint- Etienne de Reims et de Madame de Beanvilliers. — Les bâtiments de Tabbaye restaurés. — Imprimerie â Avenay.

— La Praiicque spirituelle et le Refectoir spirituel. ^M,ori de Madame de Beauvilliers. — Son épitaphe.

Au mois de jaillet 1599 le roi Henri IV donnait le brevet de l'abbaye de Saint-Pierre de Lyon à M. de Fresne, beau-frère de Mesdames de Beau-

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milliers de Saint- Aignan : celui-ci l'offrait d'abord à Madame Marie de Beauvilliers, pourvue déjà de Tabbaye de Montmartre. Sur le refus de cette dame, il la donnait à sœur Françoise, alors âgée de 19 ans, la plus jeune des filles du comte de Saint-Aignan, dont Talnée, Claude, était elle-même pourvue de l'abbaye du Pont-aux-Dames^ près Meaux.

Madame Françoise de Beauvilliers se trouvait donc abbesse de Saint-Pierre de Lyon, quand, ainsi que nous l'avons dit, elle permuta avec Madame de Ventadoup 0).

Mais avant de venir à Avenay, elle se rendit à Mpntmartre près de sa sœur. Madame Marie de Beauvilliers, célèbre abbesse de ce monastère, c qui, dit Madame Bouette de Blémur, lui apprit les règles d'une parfaite conduite. Elle avait en sa compagnie la Mère Marguerite d'Arbouze, sœur de Saint- Pierre de Lyon, qu'elle contribua à faire recevoir religieuse de Montmartre. > Madame Françoise séjourna deux mois auprès de sa sœur, alors oc-

(1) Void ce qu*à Tarticle de Tabbaye Saint-Pierre de Lyon, le Gallia Christiana dit de notre Jeune abbesse :

Franscisca de Beauvilliers de Fresne Claudii comitis de Saint-Aignan Proregis Andium, ex Maria Babou de la Bourdaisiôre filia cujus sorores Maria Montis-Martyrum, juxta Parisios, et Claudia Pontis-Dominarum abbatissa, ex moniali Belli-Montis prope Turones, nominatur abbatissa & Pétri Lu g. 3 janusrii an. 1600.

Hœc anno 1605 sacras B. Gabini reliquias, ab ube allatas et collegio societatis Jesu traditas, theca argentea inclusit. Et quoque frequentiorem monastérii aditum Eleonorse Robertsd viduse Francisci de Mandelot regii quondam in agro Lugdun. Qubernatoris atque adeo primariis orbis matronis nterdiiit. — Denique posito hujus Parthenonis regimioe, Avenaci , disecesi Remensis, administrationem suscepit, secum abducta N. d*Arbouze pietatis eximise sancti-monialii

cupée de la réforme de son monastère, tâche fort difficile en raison du désordre qui y régnait depuis longtemps et de la vie mondaine des religieuses. Quoiqu'il en soit, Marie de Beauvilliers, à laquelle les chroniqueurs et les pamphlétaires ont attribué des aventures et des intrigues qui tombent à faui et s'appliquent bien plutôt à sa devancière, travailla sans relâche à rétablir l'ordre, la discipline et la piété parmi ses filles, tâche dans laquelle elle fut puissamment secondée par Madame d'Arbouze et révêque d'Ârchidal, Gabriel de Sainte-Marie, dont notis retrouverons le nom et Tinâuence dans le cours de cette notice.

€ Du reste, ajoute M™« de Blémur, rien n'est plus plus illustre que la famille dont cette dame est issue, puisqu'étant sortie de la maison de Saint-Aignan, elle peut se vanter d'appartenir à plusieurs têtes couronnées tant de l'état ecclésiastique que séculier. En effets on la voit en alliance avec les maisons de Bourbon, de Courtenay, de Nevers, de Naples, de Sicile^ de Savoie, de la Trémoille, de Glermont, de Sourdis et autres. Madame de Sourdis, morte abbesse de Saint-Paul, proche Beauvais, était sa cousine germaine.

Nous avons sous les yeux, de 1610 â 1625, durée de l'abbatiat de Madame de Beauvilliers, une soixantaines d'actes concernant son administration ; mais en dehors des pièces qui touchent au temporel, qu« nous ne pourrons qu'indiquer, nous avons â y ajouter et à mettre en lumière une série de lettres originales que nous ont fournies les manuscrits de la Bibliothèque nationale, qui touchent au personnel, nous font entrer dans la vie intérieure de la

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la communauté, et par cela même donnent un véritable intérêt à l'histoire de notre abbaye.

Nous ne pouvons manquer cependant, en commençant cette notice, de relater un acte d'une haute importan<^e pour les intérêts temporels de la maison. Dès les premiers temps de l'abbatiat de Madame de Beauvilliçrs^ et durant son séjour à Montmartre, les affaires de la communauté étaient restées sous la direction de Madame Jeanne de Laval. C'est à cette époque qu'eut lieu le décès de Messire Pierre Briquet^ chanoine, qui, par son testament, léguait à l'abbaye vingt-quatre pièces d'héritage, sises, deux à Avenay, quatre à Bisseuil, une à Tauxières, et dix-sept à Mutry. A ce testament^ ouvert et reconnu par deux notaires jurés, était jointe la notice descriptive de ce petit domaine^ écrite de la propre main du testateur. L'inventaire de 1667 reproduit cette notice et l'acceptation au nom des Dames religieuses^ par ladite Dame de Laval, prieure, < ayant pour lors )^, dit l'acte, < l'administration de toute la communauté et intendance sur tous les biens spirituels et temporels d'icelle, en l'absence de Madame Tabbesse. »

Nous reproduirons ici ce que le Manuscrit d'Avenay nous dit de l'état de l'abbaye au moment de la prise en possession de Madame de Beauvilliers et des réformes qu'à l'instar de celles de Montmartre elle se hâta d'y introduire.

€ La fuite des Religieuses hors de leur maison, la licence des guerres civiles, avoient sans doute introduit quelque relâchement dans Avenay et les choses n'étoient plus sur le pied où Mesdames Françoise et Marguerite de la Dieppe les avoient laissées. Madame

de Beaayilliers, ayant pris le gouvernement de l'abbaye en une saison favorable et après que les mouvements de la Ligue furent appaisés, songea à rétablir la discipline qui s'étoit relâchée dans sa maison et à y faire observer dans toute sa rigueur la règle de saint Benoîst. Pour en venir là, il fallut pourvoir à la clôture : on posa des grilles, on asseura les parloirs, et l'on ferma toutes les anciennes à la licence; l'on remit en pratiques les jeûnes, les oraisons, les austérités.

ce Ordinairement l'esprit de réforme est accompagné de je ne sais quelle austérité qui va quelquefois jusqu'au chagrin : mais Madame de Beauvilliers étoit fort éloignée de ce défaut ; sa douceur et sa charité avoient peu d'égales. Elle aimoit tendrement, ses allés spirituelles et en étoit tendrement aimée. Enfin elle n'étoil sévère que dans l'observance de sa règle, partout ailleurs fort indulgente. »

Ses actes et ses transactions pour le temporel se ressentaient de son affection au bien-être de ses chères filles. Nous trouvons entre autres travaux qu'elle fit exécuter sous ses yeux, la construction d'un pavillon avec perron, chambre et garde-robe, que, dit l'acte, « Madame entend faire dedans icelui pavillon. » Le marché, sous la date du 15 septembre 1612, est passé entre révérende et puissante Dame et Abbesse d'Avenay, à ce présente, et Jacques Oudiette et Guy François, maîtres charpentiers, demeurant à Avenay, moyennant prix et somme de six vingt livres et douze boisseaux de bled seigle^ outre les bois qui seront fournis par ladite dame et l'abandon des matériaux provenant des démolitions de l'ancienne construction.

< Elle avait beaucoup de vénération pour la corpft des saints qui reposent dans l'église de son abbaye : c'est ce qui l'obligea à prier le cardinal de Guise, alors archevêque de Reims de permettre que Ton ât l'ouverture des châsses de saint Gombert^ de sainte Berthe, de saint Trésain, et de quelques-unes des onze mille vierges, affin d'envelopper ces saintes reliques en des étoffes plus précieuses et plus décentes que celles dont elles etoient couvertes. Le procès- verbal de cette ouverture est du 5 novembre 1612 et se garde dans les archives de l'abbaye d'Avenay. »

On voit que ne date pas de nos jours la fâcheuse manie de restaurer et remettre à neuf la forme des monuments de l'antiquité. Si riches et si convenables que pussent être les objets substitués en 1612, les anciens, qui dataient certainement de l'époque de l'entrée de ces reliquaires en l'église du monastère, étaient plus vénérables et par cela même plus précieux au point de vue de l'art chrétien et de la piété.

Voici, quoi qu'il en soit, cette pièce que nous fournissent nos propres archives :

Ludovico Xin Gallis imperante, Ludovico à Lotharingia Remensium archiprsesule decernente, Melchior de Marconnay episcopo Briocensi actionem dirigente, Francisca de Beauvilliers abbatissa postulante, eademque cum suis monialibus praesente, spectantibus Avenaii oppidi Parocho canonicis et prsecipuis quibusque civibus, has sanctorum variovum Reliquias ex argentatâ techâ in quâ continebantur, religiosô eductas, Guiiielmus Parent decanus et canouicus ecclesise remensis, Jacobus Dorât ejusdem ecclesise canonicus, Michael Champenois, decanus sparnacensis, et Bartholomaeus Jacquinotius societatis Jesu sacerdos, accurate recensuerunt, prsecipuas nuUius certo nomine insignitas repererunt, altéras ex altéra capsà in eadem cçenobio posità

Banctarum undecima millium virginum reliquias addidd^ runt omneSy in duos primarios fasciculos colligerunt, ac in eadem priore illà techà, reponi curaverunt ; — 7 novemb. M.DO.xiiy — M. de Marconnay episc. Briocensi : Dorât, B. Jacquinotius, de Beauvilliers; abb., Parent, et M. Champenois.

Cette piease cérémonie fut^ au dire d'un de no3 hagiographes l'occasion d'un signalé miracle.

Le lecteur pourra s'étonner, en effet, que nous trouvions si rarement l'occasion de parler des mi* racles opérés sur le tombeau de sainte Berthe, à l'intercession de laquelle la tradition attribue tant de merveilleuses guérisons. Nous savons pertinemment qu'aux archives de l'abbaye existait jadis le registre des cures opérées au monastère, registre qu'un zèle indiscret et téméraire a fait disparaître au moment de la Révolution, Mais cet acte du scepticisme philosophique n'a point étouffé la tradition populaire qui, à travers les saturnales révolutionnaires a conservé sa croyance à l'intercession de la bienheureuse fondatrice et à la vertu miraculeuse des eaux de la Fontaine- Sainte-Berthe.

Du reste, il convient de le dire, la foi robuste en la puissance de leur sainte more n'empêchait pas les Dames d'Avenay de recourir aux moyens curatifs dont la prudence humaine fournit les indications. Dès qu'un malade se présentait aux grilles de l'abbaye pour y implorer sainte Berthe, comme au temps de la guérison de Hugues, comte de Champagne, les portes de l'inârmerie s'ouvraient pour lui ; il était soumis à un régime préparatoire et les soins charitables des sœurs commençaient le traitement que les mérites de la sainte fondatrice dévoient couronner. Une neuvaine de prières^ était

commencée durant laquelle avaient lieu les ablutions à la fontaine miraculeuse. « Et, dit un des biographes de sainte Berthe, nous voyons à sa gloire, à la consolation de ceux qui la réclament et à Tédification des fidèles, que d'une infinité de personnes malades, ou troublées dans leur esprit, que de nos jours on amène encore de tous côtés en l'église de son monastère où reposent ses saintes reliques, pour implorer la divine miséricorde et obtenir la guérison de leurs maux, il y en a très peu qui, après leur neuvaine accomplie ne s'en retou)*nent sains de corps et d'esprit W. »

€ On voit, ajoute le même auteur, dans une déposition autentique qui se garde dans les archives de l'abbaye d'Avenay, que l'an 1612, un nommé Beulot, d'Arcy-sur-Aube, amenant en pèlerinage à Sainte-Berthe sa fille, âgée de vingt-trois ans, qui avait perdu la parole et la raison depuis quelques années, ne fut pas plutôt à la vue du bourg d'Avenay, qu'elle recouvra l'une et l'autre. Son père, agréablement surpris et comblé de joie d'une guérison si miraculeuse et si prompte, résolut, sans passer plus avant, de retourner chez lui, comme le lépreux de l'Evangile. Mais à peine eut-il fait quelques pas que sa fille retomba dans son premier état, dont il fut extrêmement affligé ; et reconnaissant sa faute, et que c'était une punition visible de son ingratitude, il continua son voyage : étant à Avenay, il fit faire la neuvaine ordinaire à sa fille, qui fut guérie parfaitement au huitième jour ; et

(1) La vie de Sainte Berthe. — Reims, François Jeune^ homme, i743. — p. 77.

après de grandes actions de grâces à Notre-Seigneur et à sainte Berthe, il la ramena pleine d*esprit et de santé en sa maison.

1614. — Il nous faut dire ici quelques mots d'un fait qui, quoique étranger à l'histoire de l'abbaye, a occupé une trop grande place dans l'histoire générale du royaume pour que nous puissions le passer sous silence, puisqu'aussi bien notre pays y prit sa petite part. Nous voulons parler des célèbres Etats- Généraux de 1614, où furent convoqués les représentants des trois ordres de l'Etat. On sait que cette assemblée avait été indiquée à Sens pour le 10 septembre, mais que des considérations politiques en en transférèrent la tenue à Paris, où elle entra en séance le 10 octobre suivant. Nous trouvons parmi les minutes du notaire Gaillet, le procès-verbal de l'élection de l'ecclésiastique chargé d'y représenter les curés du doyenné d'Epernay, et Ton n'est pas peu surpris de voir le choix des électeurs tomber sur le prêtre de la plus infime de nos paroisses, sur M® Guillaume Adnet, curé de Mutigny, village de moins de 80 habitans. Vingt-un curés prennent part à cette élection, ce sont les curés d'Avenay, de Louvois, de Vraux, de Condé, de Bisseuil, de Mareuil, de Mutigny, d'Ay, d'Epernay, de Saint-Julien, de Chouilly, de Cramant, de Cuis, de Oiry, de Plivot, des Isles (sur Suippe), de Isse et Ambonnay, de Germaine, de Tauxières et de Fontaine. On trouvera aux Pièces justificaii'oes cet acte qui donne les noms de tous ces curés, avec leur procuration.

Vers ce temps. Madame de Vaudémont ayant dessein de bâtir à Nancy un couvent de bénédictines, sous le titre de Notre-Dame de la Compas-

àiâ ABBAYE D*AYENAV

stoUy cette princesse pria Madame de Beauvilliers de la venir assister de ses conseils^ croyant ne pouvoir réussir dans son entreprise sans les avis de cette grande maîtresse de la réforme.

De retour à Avenay elle envoya aux religieuses de Polangi, au diocèse de Langres^ quelques-unes de ses filles pour y jetter les fondements de l'observance régulière.

Il y avait effectivement à Polangi des religieuses bénédictines et qui jouissaient autrefois de singuliers privilèges : toutes filles de qualité et, comme des chanoinesseSy elles vivaient chacune en leur particulier, avec une femme de chambre pour les servir. Sans être tenues par la clôture, elles allaient et venoient à leur plaisir. Elles apportaient une dot ou pension à leur entrée dans la maison et recevaient de l'abbesse pour leur entretien, du bois, du bled, du vin et de l'argent. Tout leur vœu de pauvreté consistait en ce que tous les ans, le Jeudi- Saint, elles étaient tenues de présenter à l'abbesse la clef de leur argent, et qu'elles ne pouvaient dépenser plus de deux écus sans permission. — On conçoit qu'avec un tel régime quelque sérieux désordre ait pu se glisser dans la maison. Réunies plus tard à l'ordre de Citeaux, elles furent soumises à l'abbesse du Tard, qui avait droit de visite et de correction à Polangy. Toutefois il est vraisemblable que la discipline et la régularité laissaient fort à désirer puisqu'à sa prise de possession comme abbesse, en 1618, Madame Françoise Damas de Saint-Rivan, eut recours à Madame de Beauvilliers, réputée la grande réformatrice. Nous pouvons croire que la visite des religieuses d' Avenay et les sages instruc-

IIADÀIÉE ^ANÇOISfi DE BfiAUViLUERÔ 343

lions de notre abbesse rétablirent l'ordre, la discipline et la piété dans le monastère de Polangy.

€ Tant de beaux règlements acquirent bientôt à Madame de Beauyilliers la réputation d'une supérieure de grande régularité. Aussi les maisons de son ordre animées de l'esprit de réforme avoient recours à elle et la supplicient de les favoriser de ses pieux enseignements. C'est pour cela qu'elle se transporta chez les Bernardines de Fervaques, en Picardie. Elle leur enseigna les premiers éléments de la vie réformée et demeura parmi ces saintes filles jusqu'à ce qu'elle eust été témoin du progrès qu'elles avoient fait dans la vertu. >

Nous arrivons maintenant à Tune des œuvres importantes de Madame de Beauvilliers, à la fondation du prieuré de Saint-Joseph de Chàlons, succursale en quelque sorte de son abbaye, et qui, en ces moments de troubles et de désastres si fréquents encore à cette époque, pouvait devenir une maison de refuge pour ses pauvres religieuses.

« Comme toutes ses pensées ne tendoient qu'à ressusciter dans son ordre l'esprit de saint Benoît, elle établit une nouvelle colonie de filles à Chàlons sous le titre de Saint-Joseph ; elle acheta le fonds de ce monastère, contribua beaucoup à ses bâtiments

et y introduisit la grande réforme que l'on y observe présentement, car les supérieures y sont triennales, et personne ne parvient à cette dignité que par son mérite. >

Un pieux et savant abbé, M. Lucot, dignitaire de l'église de Chàlons, dans un excellent travail sur le culte de saint Joseph, a bien voulu paraphraser en ces termes la mention de notre Mémoire historique :

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Ici vient se placer un monument d*un autre genre érigé à la mémoire de saint Joseph. Je yeux parler du prieure conventuel des Bénédictines de Saint-Joseph de Ghâlons. Il fut commencé en 1614. C'était la maison propre de Saint- Joseph, et où il fut spécialement honoré. Par sa fondation, Madame Françoise de BeauvilUers de Saint-Aignan, abbesse des Bénédictines de Saint -Pierre d'Avenaj, au diocèse de Reims, avait voulu affirmer sa dévotion envers notre saint et la perpétuer autant qu'il dépendait d'elle^ en la versant dans le cœur des filles de saint Benoit : âme vraiment religieuse, elle avait mis la réforme à Saint-Pierre d'Avenay» avec autant de courage que l'avait introduite sa sainte sœur, Marie de Beauvilliers, au célèbre monastère de Montmartre, près Paris. L'abbosse d'Avenay le fit plus rapidement que sa sœur, mais aussi avec un succès moins durable. Toutes deux aimaient tendrement saint Joseph. Ce culte devait être comme Tapanage des abbesses d*Avenay et un trésor qu^elle se transmettraient Tune à Tautre... Cette piété de Saint- Pierre d'Avenay pour saint Joseph, piété que nos Bénédictines avaient reçue de leur fondatrice, et puisée à leur berceau, on la retrouve à chaque page de leur Cérémonial, et en maints papiers de leurs archives. Le nom de Joseph était vénéré parmi elles comme celui de Marie, sa virginale épouse ; sa fête prenait rang parmi les principales fêtes de Tannée !

Il nous faut parler ici des relations de Tabbesse d'Avenay avec la maison de Nevers, relations qui allaient jeter un nouvel éclat sur le monastère.

Dans la querelle des princes avec la cour à propos de la faveur exorbitante du maréchal d'Ancre; Charles de Gonzague> duc de Nevers, avait pris part aux mécontentements des princes et fait cause commune avec eux. Gouverneur de la province de Champagne, comme Tavait été son père^ Louis de Gonzague, il avait, à ce titre, levé des troupes dans le Rethélois, fortifié ses places, visite dans Sedan

HADàHE rAANCOiSfe! t>B àâAtfViLUBIlâ S45

le duc de Bouillon, Tun des chefs du parti , et ces démonstrations avaient obligé le ministère à prendre contre lui quelques précautions surtout dans la Champagne. Madame de Nevers, femme d*un haut mérite^ chez qui la piété n'excluait point une certaine virilité de caractère, s'était dirigée sur Reims où elle entendait s'établir et y attendre, disait-elle, le terme de sa deuxième grossesse et y faire ses couches. M. de la Yieuville, gentilhomme ardennais et lieutenant du Roy en ce bailliage, homme acquis à la cause de la reine mère et de Concini, lui en fit fermer les portes. L'injure était grande. Le duc de Neyers se vengea immédiatement de cet outrage en faisant investir le château de Sy, domaine de la Vieuville (près de Vouziers), qu'il saisit et fit mettre au pillage, le tout « à titre de saisie féodale e^j>OKr faute dChonneur et devoirs auxquels celui-ci itoit obligé envers son seigneur »; — Après le refus de Reims, la duchesse alla à Troyes, puis se retira à Nevers où bientôt, effectivement, elle allait donner le jour à Anne de Gonzague, la deuxième de ses trois filles.

Nous avons retrouvé la lettre de félicitation que la reine-mère écrivit à cette occasion à la duchesse de Nevers. En présence des événements du jour on s'expliquerait difScilement un pareil témoignage d'intérêt si l'on ne faisait la part des roueries de la politique et peut-être aussi du désir que pouvait avoir Marie de Médicis de ramener le duc à son parti. Voici cette curieuse lettre que nous mettons ici parce qu'elle intéresse une des célébrités de notre histoire, la grande princesse palatine, dont la jeunesse devait éclore et se développer à l'ombre

des murs du monastère d^Avenay, sous Taile protectrice de Madame de Beauvilliers.

La Reine-mère à Madame de Nevers.

Ma niepce, ayant sceu tostre heureux accouchement et que vous ayiez mis au monde une belle figle^ je n'aj point youllu attendre à m'en reajouip avec tous. G^est ung accroissement de grâces et bënëdittions qu'il a pieu à Dieu dftfpartir en vostre maison; et me ferez plesir de croire qu'en toutes celles qui j pourront arriver je y prendray , et en tout ce qui est de yostre bonheur et contentement, la part que mérite Taffettion et bonne yolontë que tous me portez; aussy dësîray-je tous ayez toute assurance de la mienne en yostre endroit et que y ous croyez que je suis yotre bonne tante,

Marie.

A Tours, le 13 mars 1616. — • Au dos : A ma nièpce la duchesse de Nevers (1).

Nous venons de parler du duc de Bouillon. Qu'on nous permette, à son sujets une courte digressiour tJne lettre que nous possédons d'une de ses filles et que nous voulons reproduire ici^ en raison d'un curieux passage qui s*y trouve sur notre abbaye^ noua oblige à dire quelques mots de ce personnage. Elevé dans la religion catholique sous les yeux du connétable de Montmorency, son grand-père, Henri de la Tour, vicomte de Turenne, avait embrassé le calvinisme longtemps avant d'épouser Théritière de Bouillon et de Sedan^ Charlotte de la Marck, nièce de notre précédente abbesse. Devenu l'un des plus

(1) Marie de Médicis, comme fille de François de Mëdicis, grand-duc de Toscane, n'était point tante, mais alliée et proche parente des Gonzague, princes de Mantoue, et cette proximité explique l'intérêt que Marie ne cessa de porter .lux trois filles du duc de Nevers.

ttAbAMte ^A^OOISE DE ÀEÀÛVlLLlÉHÔ â4l

lélés partisans de la réforme^ il entrava plus d'une fois la politique d'Henri IV à qui il devait sa fortune, et trempa dans la conspiration de Biron. Après la mort du Roi, le duc de Bouillon, rentré en gràce> fit partie du conseil de régence et joua un rôle encore assez équivoque dans les troubles de cette époque. Remarié dès 1595 à Elisabeth de Nassau, âile de •Guillaume d'Orange et de Charlotte de Bourbon- Montpensier (l'abbesse transfuge du monastère de Jouare), il va sans dire que ses enfants furent élevés dans la haine du catholicisme. Toutefois la maison de Bouillon ne pouvait avoir perdu le souvenir de Françoise de la Marck qui s'était démise de sa part d'héritage e)i faveur de sa nièce Charlotte : la lettre qui suit ep est comme la preuve, elle est écrite durant les troubles de la régence et à l'adresse du duc de Bouillon, par Marie de la Tour qui, jeune alors, devait épouser quelques années plus tard Henry de la Trémoille, duc de Thouars.

A Sedan y ce 29 avril 1616.

€ Monsieur, — Nous recevons d'un costé un extrême contentement de l'espérance que la pais s*en va bientôt estre faite, et de l'autre un grand desplaisir de ce que nous n'orons point l'honneur de vous revjoir si tost que nous pensions à cause du yoy.age que vous croyez faire en Limousin. Je crains, bien qu'il ne soit plus long que nous ne désirerions. Je voudrois bien. Monsieur, vous pouvoir mander quelleq. nouvelle qui fussent digne de vous: mais nous ne savons rien. Je me contenteray donc seullement de vous dire que raercredy Madame ma mère fut voir les ouvrages qui s'avance tousiours bien : nou3

â48 ÂB^ÀtE D*AVËNAV

n*eumes pas bien le loisir de les regarder, à caose de la pluye qui nous prist lorsque nous y estions. -— Nous avons esté ce matin sur le rempart et avons vett ce grand trou qui est près de la grosse tour que Ton commence bien à remplir, car il y va force bottées. — Madame ma mère aprit bier au sortir du précbe qu'il s'estoit fait un grand vol à Tabaye d'Ayenay, de force piereries et quelque vaisselle d*argent : Madame ma mère a le bordereaux de tout ce qui a esté pris. — Je ne say. Monsieur, si vous avez sceu un meurtre qui se fit y a quelque temps en cette ville d'un soldat du cbasteau, nommé Massieu, qui fut tué à huit beures du soir : on n^a encore sceu savoir qui avoit fait le coup ; ou en avoit soupçonné un soldat de sa compagnie qui a tousjoUrs esté en prison depuis, et cependant n*a rien confessé. Dès que ce soldat fut tué, Faucbeux demanda d'être remis soldat au cbasteau en sa place et par la prière que M. le duc et Madame la comtesse de Roucy en firent à Madame ma mère, après avoir fait force difficulté, elle permit qu'il y fut receu. Et vous me ferez Tbonneur de me croire toute ma vie. Monsieur,

Votre très-bumble et très- obéissante fille et servante,

Marie db la Tour.

A Monsieur^ Monsieur le duc de Bouillon.

Revenons à la maison de Neyers. Catherine de Lorraine, ducbesse de Ne vers, dont nous venons de parler, femme éminente par ^es vertus et sa piété, était morte en 1618, à peine âgée de trente-deux ans, et peu de temps après la naissance de sa troi-

sième fille qu'elle avait dès ce moment destinée à la Yie religieuse. Ecoutons un instant son panégyriste. < Il y a peu de maisons réformées que Madame de Nevers n'ait enrichies de ses aumônes, et si la mort n*eut avancé ses jours avec tant de haste, on eut bien veu d'autres effets de sa piété, car elle s*étoit proposé de bâtir et fonder un grand couvent de bénédictines à Paris, où elle avoit desdiée sa dernière fille, dont elle estoit accouchée à I^evers, ayant eu ce désir tant à son accouchement que pour les peynes où elle se trouva par le malheur des guerres civiles, ce qui lui avoit fait donner à cet enfant le nom de Bénédicte : laquelle fut tenue par des pauvres à son baptême, comme déjà fille de ce grand saint Benoist, patriarche de tant de reli* gieux. »

Charles de Gonzague, le célèbre fondateur de Charleville, avait eu de Catherine de Lorraine deux fils, Charles, duc de Rethelois, et Ferdinand^ duc de Mayenne, tous de.ux morts avant leur père, et dont les biographes disent peu de chose. L'histoire' s'est beaucoup plus occupée de ses filles, Marie, Anne et Bénédicte. La première, Louise-Marie^ fut cette célèbre beauté qu'épousèrent deux rois de Pologne, Vladislas et, après lui, son frère J^an- Casimir : — la seconde, Anne, connue plus tard sous le nom de Princesse palatine, qu'on vit prendre une part si active aux troubles de la Fronde et dont la vie orageuse finit dans la retraite et la pénitence, ce qui lui valut les éloges de Bossuet et à notre littérature Tun de ses plus beaux morceaux oratoires. — Sauf les quelques mots que lui accorde

Bossue! dans VOraismi funèbre de la Princesse palatine, nous ne voyons pas qu'on ait beaucoup parlé de la troisième, Bénédicte. Les pièces que nous avons recueillies nous mettent à même de la mieux faire connaître et de donner sur elle et sur sa sœur cette même Anne quelques détails que l'on ne saurait trouver ailleurs.

Au milieu des préoccupations politiques qui absorbaient son existence, le duc de Nevers, privé d'une femme adorée, eut été heureux d'inspirer à ses deux dernières filles le désir du cloître que leur mère en mourant avait souhaité pour elles. Une fois les intentions du duc connues, on comprend les rivalités que fit naître, dans les monastères de Bénédictines, l'espoir de conquérir les deux jeunes princesses. L'honneur et la dot qu'apporteraient avec elles Mesdemoiselles de Nevers étaient effectivement da nature à éveiller quelque convoitise. Les abbesses de Fontevrault et de Montmartre, de Saint-Etienne de Reims et de Saint-Pierre d'Avenay, se disputèrent le prix. De hautes influences, la duchesse de Lon* gueville. Madame de Nemours, le cardinal de la Rochefoucault, le père Joseph, le cardinal de Richelieu, et la reine Anne d'Autriche elle-même, intervinrent au début. C'était s'y prendre de bonne heure, surtout pour la princesse Bénédicte, à peine âgée de deux à trois ans.

1620. — Mais avant d'entrer dans le détail des faits relatifs aux deux sœurs, nous achèverons le récit des affaires de l'abbaye et de l'administration de Madame de Beauvilliers.

Nous avons vu précédemment la cérémonie de l'ouverture des châsses de saint Gombert, de sainte

MADAME FRANÇOISE DE BEAUTILLIEHS 3ol

Berthe et de saint Trésain, et à cette occasion Tacte de libéralité de notre abbesse. En 1620 une autre cérémonie du même genre, non moins imposante^ vint remuer pieusement les filles de Saint-Pierre. d'Avenay. Le Souverain Pontife Paul V, à qui la catholicité doit l'institution des Ursulines, la congrégation de rOratoire, et de la Visitation, voulut, la dernière année de sa vie, donner une marque de son estime à notre vertueuse abbesse.

« Paul Y fit à Madame de Beauvilliers présent des corps dd saint Ântonin, de saint Eusèbe, de sainte Justine, martyrs, lesquelles reliques luy furent présentées par le Père Vignon, minime, accompagné de deux religieux de son ordre. Le procès-verbal de ce précieux dépôt est de Tan 1620 : il est au-, thentique et revêtu de toutes les formalités que semblables actes peuvent recevoir. » Notre inventaire de 1667 relate le fait en ces termes :

4i Attestation de deux notaires apostoliques touchant les trois corps saints apportés à l'abbaye d'Avenay par le R. P. Vignon, religieux minime, durant le règne de ladite dame abbesse de Beauvilliers, laquelle fit venir pour les recevoir Mons"" d'Archidal, sufiragant pour lors, et depuis archevêque de Reims : ce qu'il fit après l'attestation authentique que lui présenta ledit Père, de la part du pape Paul V, duquel il les avoit impétré. — Et fut la réception desdites reliques faicte avec grande pompe et solennité, tous les peuples circonvoisins y ayant accouru, et plusieurs chanoines de la cathédrale de Reims. — Ladite réception signée desdits notaires des sceaux de leur office, l'année qu'elle fut faite, qui fut Tan 1620. »

Nous placerons encore ici une autre pieuse fondation de Madame de Beauvilliers, mais cette fois-ci

dans l'église paroissiale d'Avenay. C'est rérection de la Confrérie du Saint-Rosaire . Rappelons en quelles circonstances fut instituée la fête dite du Saint" Roaaire.

Le farouche Sélim II, dont le nom n'hélait prononcé qu'avec terreur dans toute la chrétienté, menaçait Venise et Rome du poids de ses armes. Pie V prêcha la croisade. C'était en 1571, à une époque où les rois d'Europe, occupés de divisions intestines, devaient rester sourds à cet appel. Philippe II seul courut au secours de TEglise menacée. Don Juan d'Autriche commandait sa flotte. Chrétiens et mahométans s'étant rencontrés dans le golfe de Lépante, après d'horribles chocs, la mer fut couverte des débris de la flotte turque. Les résultats de cette grande victoire fut pour les musulmans la destruction presque totale de leur marine et la ruine Je leur suprématie dans la Méditerranée. C'est en mémoire de cette glorieuse affaire, qui délivrait la chrétienté d'un ennemi toujours menaçant, que Grégoire XIII institua la fête du Saint-Rosaire qui dut se célébrer et se célèbre encore le premier dimanche d'octobre.

Madame de Beauvilliers établit donc la Confrérie du ^aint' Rosaire en l'église paroissiale et en l'église abbatiale par indivis : de telle façon que le premier dimanche de chaque mois, et aux jours de feste de la Vieige, le curé de l'église Saint-Trézain, suivi de ses paroissiens, se rendait processionnellement de l'église paroissiale en celle de Saint-Pierre de l'abbaye, en la chapelle destinée à cette dévotion. Instituée en 1622, cette confrérie se maintint jusqu'à la Révolution.

Nous saisissons volontiers l'occasion de faire con*

naître le personnel de Tabbaye aux diverses époques

de son existence. L'acte suivant nous en fournit

le tableau à peu près complot, sous la date du 8 fé-

Trier 1623. Il s'agit ici de l'entrée en religion de la

fille du maire d'Avenay -et de Rengagement que,

suivant la coutume, les parents contractent à cette

occasion vis-à-vis de Tabbaye.

€ M' Pierre Caillet, mayeur en lajustice d'Avenay, et damoiselle Nicole, sa femme, ayant assurance de la ferme résolution et fervente affection que Nicole Caillet, leur fille, a de vivre et mourir en Testât et degré de religion et vie contemplative au service de Dieu, sainte Eglise apostolique et romaine, au mespris, contemnement des vanités de ce monde, et estre inspirée d'une ardeur, zèle et désir, consentent à sa prise d'habit et lui constituent iine rente viagère de 80 livres, afin qu'elle ne soit point à charge à la maison abbatiale, qu'ils s'engagent sous l'hypothèque de tous leurs brans à payer annuellement à Mesdames l'abbesse et religieuses qu'ils prient de vouloir bailler à ladite Nicole, déjà novice en leur abbaye, l'habit de l'ordre de leur religion, sitôt après le temps de sa probation et vœu par elle de vivre et mourir audit état de religion... »

(/et acte est signé de la meilleure partie des sœurs professes, congrégées et assemblées à cette occasion au parloir de l'abbaye. Ce sont :

l^ Sœur de Beauvillier, abbe. d'Avenay. — 2® S' Louyse de Noirefonteyne, prieure. — 3* S'Emonne de la Chaussée, sous-prieure. — 4® S' Simonne Josseteau. — S^S' Charlotte de Gand. — 6« S"" Claude Domballe. — ?<> S' Marie de Baudier. — 8** S' Marie Vathier. — 9^ S"^ Catherine de Saint-Biaise. — 10« S^ Aymée de Gand. — IP S' Marie Cauchon. —

12« Sr Catherine de Sablon. — 13^ S' Apolline de Mymin. — H^ S' Charlotte du Biez. — 15** S' Anthoinette de Braux. — 16** S' Catherine de Joyeuse. — 17o S' Anne de. Reumon. — 18** S- Catherine de Civel. — 19° S^ Françoise de Crécy. — 20** S' Catherine de Baradat. — 21o S' Louyse de la Berquerie. — 22^ S>- Louyse de Bar. — 23^ S' Elisabeth Ougnon. — 24° S** Jehanne Cocquebert. — 25° S'f Agnès de Dompmartin. — 26<' S' Elisabeth Martinet, et 27^ Marie Langraye, omise dans le protocole, mais signataire en Tacte. En ce non comprises les novices et les suppliantes non admises à ces sortes de congrégations.

Nous ne savons à quelle sorte d'excès un gentilhomme du voisinage d'Avenay s'était porté contre les gens de Tabbaye ; madame de Beauvilliers n'était point de caractère, malgré son humilité chrétienne, à supporter impunément une offense. Elle en demanda justice au duc de Nevers, gouverneur de la province. Informé de la tournure que prenait l'affaire, le chevalier de Ventenas s'exécuta et fit ses excuîr^es. Voici la lettre que nous fournit à ce sujet la Bibliothèque nationale, et qui montre qu'avant même les arrangements pris pour l'entrée au couvent de Mesdemoiselles de Nevers, Madame de Beauvillers était en très-bonne position auprès du duc.

Madame de Saint -Ai giian an duc de Nevers,

Monseigneur, Notre-Seigneur vous donne ses saintes grâces! Vous me faites trop d'honneur de voulloir prendre quelqu'intérèt à ce qui me touche :

MADAME FRANÇOISE OB «bAUVILUEllS 38t(

je VOUS en remercie très humblement. Notre-Sei* gneur me face la grâce de vous rendre les services très-humbles que je vous doibtz. Le sieur chevalier de Ventenas m'est venu trouver, qui m'a tesmoigné avoir du regret des excetz qu'il a exercé sur mes gens et a recogneu avoir failly et m*en a demandé pardon en présence du sieur chevalier de La Chapelle, que vous m'avez fait l'honneur de m'envoyer. J'ay subject. Monseigneur, d'être satisfaicte dudit sieur chevalier de Yentenas : c'est pourquoy l'hon-* neur que vous m'avez faict de vouloir prendre cognoissance de cest affaire, m'oblige à vous importuner de la satisfaction que j'en ay reçue et vous offrir aussi la continuation de mon très-humble servit^e et le désir que j'ay de vivre et mourir. Monseigneur, vostre très-humble et très-affectionnée

servante,

Sainct-Aignan, Abbesse d^Avenay.

Ce XV aoust 1622.

(F. fr. 4727, f> 95.)

Nous n'avons pas dit toutes les difficultés que Madame de Beauvilliers rencontra dans l'accompliseement de son œuvre à Châlons. Il existe aux archives conservées de la maison un volumineux dossier des procédures qu'elle eut à soutenir à ce sujet, non-seulement avec les particuliers dont elle avait acheté les terrains, mais encore avec l'administration communale et provinciale. L'œuvre sans doute était louable et digne d'encouragement, mais l'édilité châlonnaise n'avait pas été consultée et (en ce temps, c'était déjà comme cela) on sait que l'on ne peut rie)i faire à son insu et sans son concours. Dès lors commencèrent des formalités sans

â56 ABBAYE D*AVBNAY

fin, des enquêtes tracassières, des insinuations mal- Teillantes, des déboires de tout genre bien capables d'arrêter et de refroidir un zèle moins ardent, une volonté moins ferme que celle dont était animée Tabbesse d'Avenay. Madame de Beauvilliers dut recourir à l'appui de quelques personnes puissantes : le duc de Nevers, gouverneur de Champagne, devait naturellement lui venir en aide. La passion que mettait alors celui-ci à faire agréer comme coadjutrice sa fille Bénédicte, l'obligeait à user de son crédit pour soutenir l'œuvre de Saint-Joseph. Il n'y épargna ni l'argent ni les sollicitations, comme on le verra par les quelques pièces qui suivent.

€ La vertu et la piété de Madame de Beauvilliers, nous dit le Manuscrit d^Avenaj/^ étaient efiectivement si connues, que le duc de Nevers n'hésita point à la prier de se charger de l'éducation de la princesse Anne et de la princesse Bénédicte, ses filles, sachant bien qu'il ne pouvait les mettre en plus sainte échoie. Et elle s'acquitta si bien de cette charge, qu'elle fit naître dans le cœur de la princesse Bénédicte le désir de se donner à Jésus-Christ et de prendre le sacré voile de la religion. »

Mais il ne faut pas croire que cette affaire de la coadjutrice allât d'elle-même. On imaginerait difScilement toutes les démarches du duc de Nevers et toutes les négociations qu'il fallut entamer pour assurer à sa jeune fille la succession deMadamede Beauvilliers. La correspondance que nous fournissent à ce sujet les papiers de la maison de Nevers prouve a quel prix s'achetait l'honneur d'être abbesse d'Avenay.

lUbJLim nuNçoisB de bëaùVilliirs. d8l

Les deux lettres qui suivent sont de la duchesse de Longue ville^ sœur du duc de Nevers (i). Après avoir rendu compte de sa démarche à la cour^ elle presse le duc de hâter la prise d*habit de sa fille pour prévenir les tentatives d'autres solliciteurs, parmi lesquels il faut compter les propres parents de Tabbesse qui^ à Tinsu de celle-ci, avaient jeté leur dévolu sur sa future succession.

La duchesse de Longtceville à M. le duc de Nevers.

Monsieur, je Tiens de recepToir la letre que tous m*ayei fait Thonneur de m'écrire et celle de Madame d'Ayenet. Sur quoi je tous diraj que mon avis est d*obtenir» le plus tost quMl sera possible, la réserve de cette abbaye du Roy, et pour cella j'iray demin, sll plaist à Dieu« à Saint-Germin et en parleray à Messieurs les cardinaux de la Rochefoucault et de Richelieu et au Père Sigu^ran pour parer A toutes les difficultés qu*il y pourroit apporter ; car vous savez que le Roy suivra en cella entièrement leur avis. Mais il eut este bien ce me semble, que vous leurs en eussiez aussi escrit, et au Roy mesme. Et sera bon que vous envoyez vos lettres en diligence. — Pour le mémoire de Madame d^Avenet, je suis d'avis que vous ne le montriez à personne, ft cause qu'il y a beaucoup de choses dedans que je croy que vous ne serez pas conseille de faire ; bien qu'en la voyant, je croy qu*il sera à propos que vous lui accordiez tout, et assuriez de suivre entièrement son intention, sans monstrer faire aucune difigulté de choses qui y sont, car autrement elle se piqueroit et ses religieuses aussy, et alors ses parents ne^perdroient pas tems, car desjà Madame de Fresne y va, et croy quelle est partie de Fresne où elle etet. Ce qui vous presse aussy fort est de faire prendre Tabit & Mademoiselle vostre fille ; et cependant je feray A

(1) Catherine de Gonzague, fille de Louis de Gonzague et d'Henriette de Clèves, avait ëpousë, le 25 février 1588, Henri d'Orléans, duc de Longueville et gouverneur de Picardie, tué le 29 avril 1595, d'un coup de mousquet, devant Dourlens,

S)S8 AfifiAVs D^AVENAY

la court tout ce qu*il faudra, ayant à très-grande Joye dé trouver les occasions de tous rendre, mon cher frère, le service très-humble que je tous dois, estant vofttre trôshumble seur et servante.

Bibl. nat. fr. 4712 f» 49.

Dans la lettre suivante^ Madame de Longueville raconte les difficultés qu'elle éprouve à joindre les personnages qui peuvent aider au succès de Taffaire d'Avenay ; puis elle fait part au duc des bruits qui courent de la disgrâce prochaine de M. de la Vieuville.

Madame de Longueville à M. le duc de Nevers.

Monsieur, je n'ay point manque selon votre commandement dealer & Sain t-6er min, pour parler à ces Messieurs les Cardinaux et père Sigveran de Taffaire d'Avenet ; mais i'e malheur a voulu que celluy de La Rochefoucault éstet aie chés lui, à huit ou dix lieues d'isy : celluy de Richelieu se diset malade, et ne se voioit point. Le Roy estet aie à Ruel veoir la Reyne, sa mère ; et tout le reste du Conseil estet telement embarassës et sëparës que je n'en ay jamais pu voir pas un, & cause que Ton tenoit assurément que Monsieur de La Yieuville auret aujourd'huy son congé (1) ; et de fait il Ta tellement creu luy-mesme quHl a suivy le Roy à Ruel et là luy a demande permission de ce retirer : qu'il voioit bien qu*il avet, en le servant, fait trop d'ennemis, et qu^il ne pouvoit davantage subfister; et mesme avet fait partir sa femme pour s*en retirer à Paris. Mais le Roy ne luy a point voulu permettre de 8*en aller ;

(1) Par ce qu'on a vu précédemment des hostilitës survenues entre La Vieuville et le duc de Nevers, on pense que la chute du premier, devenu après les troubles surintendant des finances, ne pouvait être qu'agréable À la maison de Gouzague ; son crédit portait d'ailleurs ombrage au cardinal de Richelieu qui, dans ce voyage de Ruel, l'accusa de plusieurs crimes qui motivèrent son arrestation quelques Jours après les paroles rassurantes du Roi.

ItAbAME rnANçoiât: bË fiËAUviLLiËRd âSd

il luj a dit qu'il n'avoit point de mécontentement de luy. Touttefois Ton croit que cella n'est retarde pour deux ou trois jours. Entre ci et là, je ne manqueray de faire poursuivre nostre affaire, et de yous rendre en toutes choses, le service très humble seur et servante.

Ce Lundj au soir.

Bibl. na^Ms, 4712^51.

Pendant que le duc de Nevers cherchait à assurer à sa plus jeune fîlle la survivance d'Âvenay^ ses amis et des agents officieux travaillaient à lui ménager, pour Mademoiselle de Rethelois, sa seconde fille, celle de l'illustre abbaye de Fonte vrault, à laquelle Madame Marie de Bourbon, comtesse de Soissons, venait de renoncer pour épouser le prince de Carignan^ de la maison de Savoie. Là lettre suivante de Marescot, l'un de ses hommes de confiance, nous donne à ce sujet de curieux détails.

Marescot à M. le duc de Nevers.

Monseigneur, Je croy que vous aurez receu celle que je vous aj escripta touchant Tabbaje de Fontevrault, de laquelle on retire la fille de Madame la Comtesse après la mort de Mademoiselle sa sœur. J'ay estime que c'estoit une occasion pour Fune de Mesdemoiselles vos filles pour la mettre en la prettiôre dignité du royaume pour une femme de ceste profession. J*en ay faict la proposition âMons. le duc de Longueville (1) qui en a parlé à Madame la comtesse qui s'y trouve disposée : et attendons la venue de Madame de Longueville qtif eat encore à Coulommiers, & présent en bonne santé aprètf le mal qu*elleaeu, pour à son retour advançer l'alTaireavée

()) Le propre fils de Catherine de Gonzague et de Henri d'Orléans, duc de Longueville. Né le 27 avril 1595, il était, dès rage de dix-huit ans, gouverneur de Picardie, et, dès Tannée 1617, marié à Louise de Bourbon, comtesse de Soissoos. Il était du parti des princes, et malgré cela fort bien en cour.

3â0 ABBAYE dVvBNAV

Madame la Comtesse. Cependant j*en parle continu ellement à Mons. de Longneyille pour tenir Taffaire en estât en attendant yre retour, pour y mettre la dernière main On cherche une religieuse de bonne maison et de qualité pour, pendant le bas-âge de Mademoiselle yre fille, faire la charge qui est de très grande importance, comme chef d ordre. J^ai lieu do penser que Madame d'Avenay seroit bien aise de ceste occasion et qu'elle auroit bien agréable ce&te dignité qui luy seroit très honorable et, ce pendant, tous laisser son abbaye pour Tautre de Mesdemoiselles yos filles. Je n*ay point faict cette proposition que j'ay cru debvoir estre réservée à yostre retour et mériter vostre présence, etc.

(Extrait d'une pltts longue lettre du rec/de la Bibl. ncUm 9,296, /»» 97.)

Cependant Madame de Beauvilliers était tombée gravement malade. Il faut dire que vers ce temps une fâcheuse épidémie ravageait le pays de Reims, qui pensa, dit Miirlot, faire déserter toute la ville : « car soit que l'air fût infecté par quelque funeste constellation, ou que la mauvaise nourriture eût disposé les corps à cette maladie, la pluspart des habitants en receurent des atteintes, et n'y eut ni famille, ny maison religieuse ou laïque qui ne portât le deuil pour la perte de quelqu'un des siens, de sorte que pour apaiser Tire de Dieu, justement irrité par les péchés des hommes, on eut recours aux saints tutélaires de la ville par une procession solennelle, où fut porté le corps de saint Remy avec les autres dignités, et la maladie diminua sensiblement, après avoir réduit plus de six cents personnes au tombeau. »

Malgré sa maladie, dont elle cherche â dissimuler la gravité, Madame de Beauvilliers n'en pressait pas moins la solution de son procès et l'affermissement de son prieuré. Dans la lettre qu'on va lire.

MADAME FRANÇOISE DE BBAUVILUERS â6l

elle remercie le duc de ses bons encouragements et de Tappui qu'elle espère trouver en lui, contre les tracasseries et persécutions dont elle est l'objet. Elle y fait allusion aux secours d'argent qu'elle en a reçus et se plaint de l'insolence dont usent envers elle les avocats de sa partie adverse. On remarquera aussi ce qu'elle dit de sa petite pensionnaire, qui se fait extrêmement jolie et aspire après le moment où elle sera digne de prendre l'habit. Il y a là de charmants détails d'intérieur.

M^ de Beauvilliers à M. le duc de Nevers.

Monseigneur,

Je supplie Nostre-Seigneur yons donner Taugmentation de ses s^«' grâces.

Je TOUS supplie très humblement me pardonner si j'ay tant mis à faire response & celle qu'il vous a pieu me faire l'honneur de m'escrire, mais la longue maladie dont il plaist à Nostre-Seigneur me yisiter depuis trois mois que je suis contrainte de garder le lict avec de grandes douleurs m'en ont empeschëe, tous remerciant trôs humblement, Monseigneur, de Thonneur que m^avës faict des trois propositions qui m'ont este faictes de yre part par le s' Pinart. J'ay tousjours en la Tonluntë de tous obéir et faire en tous vos commandements, c*ost pourquoy, Monseigneur, je les sujvrë exactement désirant en tout me gouverner par yceulx ; pour ce qui est de Taccomplissement du contract de fondation du prieuré de Saint-Joseph sa tousjours esté mon intention de l'accomplir et de fournir ce qui est portée et espère de le faire sous le bénéfice de cinq années qu'il vous a pieu de me donner et aussy de ce qu'il vous plaist de me faire l'honneur de vouloir contribuer, dont je vous remercie trôs humblement, espérant dans ce temps de fournir la somme de huict mille livres comme il est portée, et aussy de faire voir ce que j'ay fourny pour le prieuré de Saint- Joseph, mais que j'ay les mémoires des

â62 ABBAYE dVvENAY

papiers que les filles ont en leurs mains, ne pouvant autrement : TOUS suppliant très-humblement de trouver bon que les affaires soyeàt mises en surcëance et de m'en faire un commandement auquel j'obejrë. S'il vous plaist» Monseigneur, faire les mesmes commandemens à ces Messieurs et qu'ils laissent leur poursuite qu'ils ont intente à rencontre de moy. Permettez-moi, Monseigneur, de vous dire que j'ay bien du subjet de m'ombrager §i je m'arestais à tous les discours que tiennent ces Messieurs de Bar et Dommangin depuis leur retour et de leur insolence, car il ne se peut esire plus offencëe qu'ils cherchent par leurs discours de m'ofiTenser. Gela me fâche de voir qu'ils me trayttent de la façon. Le sieur Pinart vous escrit de ce qu'il a reconnu de mes intentions, lesquelles je soumettre toujours à vos commandements n^ayant autre résolution que de vous obéir.

Mademoiselle se fait extrêmement jolie et tesmoigne avoir un extresme désir à la religion. S'il vous plaisoit, Monseigneur, me fayre Phonneur de me croyre vous luy donneriez

le saint habit de religion, car je vous assure qu'elle y a du tout l'inclination. Gest sepmayne je luy ay faict porter Thabit qui est l'octave de st. Benoict : elle a faict les vercets à Tesglise où elle a assisté à Toffîce avec un grand tesmoignage de désirer de demeurer tousjours de mesme. J'espère que Nostre*Seigneur la rendre digne de la vocation où il l'a appellée et qu'il la dispose à de choses grandes pour son service, selon que nous en pouvons juger et qu'elle vous donnera toutte sorte de contentement, et moy. Monseigneur, qui désire mériter par mes sumissions et obéissance la qualité

Monseigneur de

Vre très humble et obeisante servante,

De Beauvillibrs, Abb® d'Avenay.

D'Avenay ce xxe juillet 1624.

D^une autre main : Lre. de Made d'Avenay escripte, le xx* de juillet. -^ R. le 29 & Gharleville, 1624.

Bm. nat. vol. 4727 fo 119.

Dans cette autre lettre Madame de Beauvilliers le remercie de s'informer de sa santé qui est meilleure ; au sujet de la petite princesse Bénédicte qu'il

ilADAitE Françoise bE sËAùViLUËtls 363

veut voir novice, ce qui est le plus ardent déêir de sa fille ; elle le supplie d'assister à la cérémonie des vœux.

Madame de Beauvilliers au duc de Nevers.

Ce 25 août.

Monseigneur, Nre Seigneur tous donne ses sainctes grâces. J*aj eu une grande consolation d'avoir apris de vos nouveUes par Mons' de HédouviUe, lequel vous m'avef faict rhonneur de m'envojer. Je vous remercie trôs humblement de rhonneur que m'avës faict d'avoir soing de ma sanctë, laquelle, grâce à Dieu, est beaucoup meilleur qu'elle n'a este ; Nostre Seigneur me lessant encore en ce monde^ pour que je vous rende le très humble service que je voua dojs et m'acquiter des obligation que je vous ay. J'espère qu*il m'en donnera la grâce. — Ledit sieur de Hédouville m'a iaict entendre que vous désirés de rendre Mademoiselle novice ; qui m'est un contentement extrême, désirant de la voir du tout consacrée à Dieu, puisquelle tesmoigne ne respirer aultre chose. Touts ceux qui la voyent le congnoiasent, car ce sont ses discours et ses entretien, et si Thonneur et le respect quelle vous porte ne la retient, lorsquelle aura l'honneur de vous voir, elle levons fera paroistre. — 11 m'a dit aussy que vous ne désiriez de vous y trouver. Je vous asseure. Monseigneur, que ce sera de la douleur à Mademoiselle, ai vous ne luy faite sest honneur, et que je croy quelle n'en aura pas tant de bonheur, si vous ne luy donnés vostre bénédiction auparavant. Je vous supplie donc très humblement, Monseigneur, luy faire cest honneur que d'y assister, et Mesdames tantes et Messieurs ses frères et Mademoiselle sa sœur (1). C'est Taction la plus célèbre quelle fera en toute sa vie, et en cela, vous m'obligerez très parfaitement, désirant de procurer à ma dite Damoiselle tout le bonheur qui me sera possible. Ledit sieur de Hédouville m'a dit que vous désiriés de savoir ce qu'il faut pour ceste action. Je

(1) La duchesse de Longueville et son âls; Charles et Ferdinand de Gonzague, qui vivaient encore à cette époque, et la princesse Marie, sœur aînée d'Anne et de Bénédicte*

364 ABBAYE dVvENAY

luy ay dict ce qa'il me semble à propos, selon la qualité de Mademoiselle. Vous en ordonneras. Monseig**, comme il vous plaira, voulant, Monseigneur, dépendre en tout de vos voluntés. Mais pour estre privée de Thonneur de vostro présence en cette action, il m'est impossible de le digérer', et ce nous serait un extrême desplaisir. Si vous avez agréable que ces t sainte action se face le premier dimanche d'octobre, qui est de dimanche en six sepmaines, Mademoi- Belle le désire grandement pour la dévotion particulière quelle a àia benoiste Vierge. J'ay dit à Mons' de Hédouville que si vous avés pour agréable je me cliargeré de faire avoir le tout, afin de vous rendre le très humble service que je vous dois. Vous me ferés Thonneur de me faire entendre par ledit sieur ce qui sera de vos volontés, à cause que si vous prenés le premier dimanche d'octobre, le temps est bref. Faytes moy l'honneur. Monseigneur, de croyre que vous avés toute puissance de me commander et tant que je vivre, je seré Monseigneur,

Vostre très humble et très aifectionnée servante, De Bbauvillier, Abbesse d'Avenay.

Bibl. nat. f. fr. 4727, fo 132.

1624^ 7 septembre. — Mais, en raison précisément de l'épidémie qui n'avait point encore pris fin dans le pays de Reims, Charles de Gonzague avait manifesté le désir de rappeler ses fîlles près de lui : or se séparer de leurs jeunes pensionnaires n'était l'affaire ni de Madame d'Ayenay ni de Madame de Saint-Etienne qui redoutaient quelque refroidissement dans leurs relations avec le duc. Madame de Beauvilliers crut nécessaire de rassurer le duc.

Madame de Beauvilliers au duc de Nevers.

Monseigneur, je supplie Nostre Seigneur vous donner l'accroissement de ses sainctes grâces. Vous me faictes trop d'honneur d'avoir tant de soing de ma santé laquelle est

fort bonne, Dieu merci, ne me restant que la d^ilit^ laquelle est encore trôs-grande. J'espère que mes forces reviendront avec le temps. J'ai fait tout mon possible pour disposer Mademoiselle à tous obëir et à vous aller trouver, mais il m'a este impossible, ayant trouve tant de répugnance en ce petit esprit, pour se résoudre à sortir, que j'ay crint, si je la forçois davantage de la rendre malade ; car la plupart des maladies de cest année viennent de fascherie : et craindrois que cela ne luj fit plus de mal quelle n'auroit. C'est pourquoi je vous supplie très-humblement. Monseigneur» d*avoir agréable que nous atendions encore quelque temps, car j'espère que le mal cessera, d'autant qu'il diminue fort et n'y en a plus que fort peu en ce lieu. La maladie n^est point dangereuse, car toutes nos filles qui Tout eu se portent maintenant bien, n*y en ayant pas une, Dieu merci^ qui soit morte. Pour mademoiselle, je vous supplie trèshumblement de croire que je ne manquerè d'avoir du soing autant que le sauriez désirer. Elle est dans un corps de logis à part, où j'espère quelle n'aura point de mal. Si j'i VOIS tant soit peu de danger, je vous supplie très-humblement, Monseigneur, d'avoir agréable qu'alors je la vous face conduyre à Cbarle ville, je croy qu*avec la grâce de Dieu nous sommes toutes hors de danger, et qu'il n'i aura plus de mal. Vous suppliant. Monseigneur, me faire l'honneur de croyre que j'obéiré toute ma vie à vos commandemens et que vous avés un pouvoir absolu sur moy qui serai sans fin,

Monseigneur, vostre très-humble et obéissante servante. Ce vu* septembre.

F. DE Beauvilliers, Abbesse.

Au dos, d'une autre main : Lettre de Mad* Tabbesse d'Avenay, du 7 septembre. Receue le 9 dudit mois, & Charleville.

Il n'était pas difficile à Madame de Beauvilliers de mettre la petite Bénédicte dahs ses intérêts. La lettre suivante de la chère enfant est un témoignage de l'empire qu'exerçait sur elle la bonne maman. Charmante lettre, dont le style enfantin peint bien

866 ABBAYE d'aVENAY

la naïve candeur de la future abbesse. On y voit que son nom en religion était Sœur de l'Incarnation.

Bénédicte de Gonzague à Af . le duc de Nevers.

JÉSUS — MABIA

Monsieur mon Père,

Jà TOUS supplie très humblement de ne poinct trouver mauyais si je n'obëis à vos commandements, m'estant du tout inxpossible de jamais quitter ma boue maman, et de sortir de ceste maison et croyrais en cela faire contre i^inspiration que Dieu me donne tous les jours d*y demeurer toute ma yye. Ma bonne maman a plus soing de moj que d^elle-mesme : elle m'a mis dans un corps de logis où j'ay chambre et antichambre, cabinets, et du lieu pour me promener, et ne peut pas prendre de mauvais air en ce lieu : je vous en assure, et suis si contente ici que je ne peux pas désirer estre mieux. Faicte moy Thonneur, je vous supplye trôs humblement que je vous demeure, Monsieur,

Yostre trôs humble et trôs obéissante fille, BÉNÉDicTB, de rincarnation.

Monsieur, j*ay creu vous donner advis comme j*ayme mieux estre prisonnière dans la bastille que de jamais sortir d*icy. J'ay ung petit panier que je peut par mes fenestre : sy il vous plaist de faire Taumosne, au pauvre prisonnière pour Tamour de Dieu !

Suscription ': A Monsieur, à Charleville ; avec scel.

Et d^une autre main^ à la marge : Lettre de Mademoiselle Bénédicte, du 7 septembre 1624. (Bibl. nat. 9549, f> 103) .

Le duc de Nevers^ agréant les raisons de Madame de Beauyilliers^ si ingénuement appuyées par sa petite fille, se mit en mesure de se trouver à Avenay pour y assister à la prise d'habit de son enfant.

Sur l'insistance de Madame de Beauvilliers et le désir du duc de Nevers, Madame de Saint-Etienne

s'était, non sans dépit , résignée à laisser partir Anne de Gonzague, enchantée de changer de place, d'assister à cette belle cérémonie et aussi peut-être d'échapper aux obsessions de Madame de Yilliers. D'ailleurs la Reine elle-même, disait-on, devait honorer de saprésence la prise d'habit de la future coadjutrice : le moyen de refuser la sortie de la jeune princesse. La lettre suivante nous édiâe à ce sujet :

Madame Marie de Villiers Saint-Paul, abbesse de Saint'B tienne y à M. le duc de Nevers.

Monseigneur, J'ay este bien fort ayse de celle dont il a pieu à Vostre Grandeur m'honorer, tant pour estre asseurëe de vostre disposition comme de Tavis qu'il yous plaist me donner lequel m'a relevée d'un doubte où j*étojs, si la Royne ne serait point désireuse de voir Mademoiselle vostre chère fille dans Sainct'Pierrej le temps qu'elle y séjournera ; a quoy je ne pouvois résouldre, ne jugeant pas à propos de le faire, sans votre permission, aussj à raison que nous n'avons personne pour l'accompagner. Nous apporterons tout le soin possible pour la rendre agréable en une telle visite et vous donner un nouveau contentement. Les chaleurs passées ne lui rande pas le visage si bon à présent comme nous le désirerions bien : cela luy est ordinaire : elle vous salue très humblement et moy en qualité.

Monseigneur, de Vostre très humble servante en Nostre-Seigneur,

Sr Mabib de Yilliers S^-Paul,

Abb® indigne.

(Fr. 472, f^ 77.)

Ce n'était point en vain que s'alarmait Madame de Saint-Paul : à peine était-elle échappée des murs étroits de Saint-Etienne de Reims, que Mademoiselle de Rethelois^ retrouvant les beaux jardins du Breuil, les caresses de sa sœur et Taccueil em*

368 ABBAYE d'aVENAY

pressé de Madame deBeauvilliers, supplia Monsieur son père de la laisser à Avenay en attendant le sort qu'on lui destinait ailleurs et qu'on la séparât pour toujours de sa petite sœur si tendrement aimée. Madame de Saint-Etienne avait le pressentiment de sa disgrâce, cependant elle crut devoir dissimuler et paraître attendre avec confiance le retour de sa jeune pensionnaire. Elle écrivit au duc de Nevers :

Monseigneur,

Ayant eu assurance de vostre arrivée & Ayenaj par MM. les dëputës de cette Tille qui ont Thonnear de vous aller trouver laquelle m^estoit fort incertaine, je prends cette bonne occasion de vous randre aussi ce mien petit devoir pour TOUS supplier très humblement de crojre qu*il nous tarde beaucoup que nous n'ayons Thonneur de scavoir de vos nouvelles, n*en ayant point receu depuis que Mademoiselle est partie d'avec nous : Madame d'Àvenay m*ayant toutefois faict asseurer qu'elle vous avoit faict tenir celle que nous TOUS avons escript, sur le déclin des maladies de ceste ville, qui n^étoit à aultre fin que pour recevoir Thonneur de vos commandemens sur le retour de mademoiselle que nous espérions plus tost. Laquelle, ayant envoya deux fois voir & Avenay, nous a mandé quelle estoyt en très bonne affection de revenir en reste petite maison et communauté et quelle n'attendoit que vostre commandement come nous faisons pareillement, avec entier dësir et affection de lui rendre tousjours le très humble service que nous lui debvons, et de la chérir cordialement plus que toute autre que nous pourrions avoir de sa qualité, pour Thonneur et estime que nous faisons particulièrement de votre grandeur et mérite et de son naturel. Estant à jamais. Monseigneur, etc.

De Saint-Etienne, ce 23 décembre,

S' Marie de Yillibrs S*-Paul, Abb* indigne.

Mademoiselle de Rethelois, nous le répétons, n'entendait plus retourner à Reims ; elle n'eut pas

d6 grandâ efforts à faire pour se faire seconder de Madame de Beauvilliers qui ne manqua pas de représenter humblement à M. de Nevers que, puisqu'il n'avait jamais été question de faire de Mademoiselle une abbesse de St-Ëtienne, il valait mieux qu'elle attendit sa destinée dans Tenceinte du monastère d'Avenay, près d'une sœur chérie et de compagnes déjà connues. Le duc se laissa toucher. Peut-être avait-il d'autres motifs que nous ignorons pour rompre avec Madame de Villiers ; toujours est-il que ce fut à Madame de Saint-Ë tienne de s'exécuter^ et sur l'instance, en forme de prière, du duc> à renvoyer au monastère de Saint-Pierre tous les meubles et besognes de Mademoiselle de Rethelois.

Madame de Villiers en conçut un vif dépit et un véritable ressentiment contre notre abbesse. Ces sentiments se manifestent dans la lettre qui suit :

Madame de Saint-Paul à M. le duc de Nevers.

Monseigneur,

Trôs humble salut en Nostre-Seigneur. Monsieur Linage m*ayant fuit entendre que Totre intention estoit que nous envoïassions les meubles et besognes de Mademoiselle de Rethelois à Àvenay, nous n'avons pas voulu manquer à vostre commandement, bien qu*avec beaucoup de regret de ce que nous n'avons este jugée digne et capable de lui continuer l'éducation. et le très humble service que nous lui devons et que nous avions commencé et taché de tout nostre petit pouvoir de luj rendre. Madame d'Avenay nous ayant mandé quelle (Mademoiselle) suit de bien loing de Tadvancement de Mademoiselle sa petite sœur, et quelle demeure avec elle, pour voir sy elle pourra se former sur elle, cela me fait estimer à la vérité que nous n'étions pas propre pour son gouvernement, selon son bon jugement, ce qui me

370 ABBAYE d'aVENAY

donne plus de sujet de supplier trôs humblement Nostre Seigneur,

Monseigneur,

Vostre très humble et trôs obéissante servante en Nostre-Seigneur,

Sr Marie de Yillibrs St-Paul,

Abbesse indigne.

Ce 21 janvier 1625.

Au dos : Lettre de Mad« l'abbesse de S*-Estîenne de Reims, du 21 janvier 1625. — Reçue à Gharleville le 22 du même mois.

Cependant les sollicitations suivaient leur cours â Rome et à Paris pour le titre de coadjutrice : faveur tout à fait inusitée à l'égard d'une enfant de six à sept ans qu'avait alors Mademoiselle Bénédicte. Les deux sœurs réunies allaient grandir sous la sage et pieuse direction de Mesdames de Baradat et de Treslon, l'une après l'autre chargées de leur éducation.

Revenons aux pièces originales que nous avons recueillies. Toutes celles relatives aux affaires de Madame de Beauviliiers et à la coadjutorerie en projet^ trouveraient utilement leur place ici> mais pour ne point excéder les limites déjà excessives peut-être de cette notice, nous ne donnerons que les lettres essentielles à notre récita renvoyant les autres à V Appendice.

C'est d'abord une lettre du duc de Nevers au célèbre jurisconsulte de Tépoque, Antoine Loisel. Il lui recommande le procès de l'abbesse. Il s'intéresse vivement à son succès^ en raison des bons soins qu'elle donne à l'éducation de ses deux jeunes filles. Cette lettre nous parait d'un très bon style.

Charles de Gonzague à M. Loisely avocat.

Monsieur, je tiens à beaucoup de bonheur, pour Madame d^Avenet, que vous ayez esté choisy pour son rapporteur, dans Taffaire qu'elle a pour ce procès de Chaalons, cognoissant^ comme je fais vostre loyauté, et pour ce qu'elle sçayt que vous me faittes cette faveur de m'aymer, elle a dësir^ que je vous tegmoinasse la part que je prends dans i'heu* reux succès de son affaire : ce que je fais aussy très- volontiers, lui estant mesmement obligé, pour la bonne nourriture et instruction qu'elle donne à deux de mes filles qui sont en son monastère; et bien que je sache que la renommée de sa vertu aura facillement volée jusques à vous, et que la justice de sa cause n'aurait besoing d'autre recommandation que d'elle-même^ sy ne pizis-je, pour les raisons susdites, m'empescher d'y joindre mes très-affectionnées intercessions, que je vous conjure de faire cognoistre qu'elles ne luy ont point esté inutilles, et en rescom pense je rechercheray soigneusement les occasions de vous tesmoigner combien je suis, Monsieur,

Vostre très- affectionné à vous servir^

Ms. 4712, f» 62, vo. L. G.

Dans celle qui suit, au duc de Nevers, Madame de Beauvilliers, quoique atteinte d'un mal qui la conduira prochainement au tombeau, s'étonne qu'on la dise si malade ; elle n'éprouve plus qu'une sorte de deshilité qui lui permet de quitter le lit et de lui écrire de sa propre main. Elle continue à s'occuper, non point des affaires de l'abbaye dont elle a laissé la gestion à madame de Treslon, mais de l'issue des négociations entamées au profit de Mademoiselle Bénédicte : suivant les exigences de la règle bénédictine, elle va tirer des religieuses assemblées conventuellement le consentement à, l'accession de la jeune novice. Quant à l'affaire de

872 ABBAYE d'aVENAY

Saint-Joseph, elle implore à nouveau l'assistance et la protection du duc contre les odieux procédés de ses adversai)*es qui excitent chez elle une véritable indignation. Puis en post-scriptumun mot sur Madame de Saint-Etienne, qui s*obstine à retenir le meuble de Mademoiselle de Rethelois.

Madame de Beauvilliers au duc de Nevers.

Monseigneur,

Nostre Seigneur tous donne un accroyssement de Bes sainctes grâces et bénédictions ! J*ay esté aultant estonn^ que jojeuse, lorsque j'ay yeu le sieur du Mousset : estonnëe que Ton vous aye faict mon mal plus grand qu*il n'a este; et grandement joyeuse d'avoir apris, par luy. Testât de vostre santé, que je supplye Nostre Seigneur vous accroistre tous les jours, aussy bonne et heureuse que à tous les Princes de la terre. Le mal que j'ay heu, puisque tous daignez en prandre du soucy, a este une assez fâcheuse fiebyre tierce, dont j'ay heu seullemant quatre accetz qui ont esté fort viollens ; et est maintenant passée, ne me layssant plus que une très grande desbilité, que toutes fois ne m'anpesche point de quiter le lict et vous escrire de ma main.

J'ay retenu la forme de la protestation defoy et procuration de mon couvant, pour le consentemant â Taccetz de nosire petite Religieuse pour nostre Abbaye. Je la ferè fore et la vous envoyerè, encores que Ton m*aye assurée n'estre pas maintenant nécessaire, parce que il ne s'obtient que iing Bref d^accetz, et nom des Bulles de coadj utorerie. Je m'en estoîs dèsjà informée au notaire apostolique qui a dressé la myenne. Sy; ledict notaire heust esté icy, je Taurois faict expédier, et le sieur du Mousset vous Tauroit portée ; mais il n'est pas icy et il fault que l'envoyé quérir à Reims. Je l'envoyeré quérir demain, désirant par toutes les veoyes et en toutes occasions vous témoygner la fidélité de mon trôs humble service.

Mais» Monseigneur, je prands la hardiesse de vous supplier très humblement de ne poinct me priver de vostre faveur et assistance, en ce meschant affaire de Sainct

Joseph. G*est nng affaire où il faut que je confesse avoir une telle affection, que je m'en saurois retirer, sans me fayre une tr«a grande viollence ; et suys marrie d'avoir tant de courage que je ne veuille pas que mes ennemis triomphent, m 'estimant estre obligée à conserver Thonneur de ceste majson qui est intéressé dans le mien. Mes parties se vantpnt que vous n*avës aulq*un mescontencement de leurs procédés contre moy ; mais que vous leur avés témoygné plus de bonne vollunté, despuis se temps là, qu'auparavant, particulièrement les sieurs de Bartz. Et se vantent qu^ils sont bien assurez que voas ne ferés jamés rien pour moy. C'est la vérité que sy je crolois tous ces contes là, sela m'affligereoit grandement ; mes vostre bonté et Thonneur que vous m'avés faist m'assure du contraire. Monsieur du Mouy vous aura peu dire que ma cause n'est point tant mauvayse; et, pour tout, je n'estime pas devoir donner à ces filles plus de huict mille livres, qui est peu de chose par devers moy. Si je vous entretiens de ces facheulx discours, je suys et serô toute ma vie.

Ce 14 février 1625. Monseigneur,

Vostre très humble et très obéyssante servante. De Beauvillibb, Abbesse d'Avenay.

Madame de Montmartre m'a mandé que Madame d'Armorentin est partie pour Fontevrault. Madame de Sainct- Es tienne n'a point envoyé le petit meuble de Mademoy selle de Rethelois, et je ne say se quelle a ou n'a pas, pour y pourvoir. Faictes-moy entendre, sy vous plaist, vostre vollunté, — Ellecommance ung peu à se dresser; j'espère, avec le temps, qu'elle se portera au bien ; sa seur luy est ung puyssant motif.

Adresse : Monseigneur le duc de Nevers, à Mésiers. Au dos : Lettre de Madame d'Avenay, du 14 de février 1615. — Receue à Charleville, le mesme mois.

La lettre qui suit^ Tune des dernières de Madame de Beauvilliers, est très curieuse pour l'histoire de nos deux jeunes sœurs dont elle dépeint le naturel si différent. Dans les expressions de Madame de Beauvilliers ne préjuge-t-on pas déjà le caractère

â14 àbbÀVb d*avenaV

impétueux et passionné de celle qui devait être un jour la princesse palatine que Ton sait ?

Madame de Beauvilliers à M. le duc de Nevers.

Monseigneur,

Nre Seigneur tous donne son S* Esprit. Je ne laysserâ passer ceste occasion sans vous témoygner le ressantiment des obligations que je tous aj de ce qu'il vous piaist de prendre soing de conserver nos terres ; toute ceste mayson est obligée à continuer leurs prières pour vostre très heureuse prospérité et vous rendre leurs très humbles services. Nre Seigneur vous donne les moyens de le pouvoir bien faire.

Mesdemoyselles se portent fort bien et sont bien sages. J'espère quelles vous donneront du contentement. Mademoyselie de Rethellois se forme un peu à la religion, et reco* gnois sa voUunté s'affermir pour être religieuse : il fault que pour quelques années et jusques à ce que sa résolution soyt bien fortifiée quelle soyt esloignée des objects qui luy peuvent faire gouster le monde : car cela a une fort grande puissance sus son esprit qui se faict admirer et qui fera des merveilles si jamais elle peut se porter au bien. Pour ma petite héritière elle est toute à Dieu et entièrement bonne car elle est sans malice. J'espère que ce sera une grande religieuse. Je ne manquerai de prendre tout le soing pour l'instruction de l'une et de l'autre pour la rendre selon votre désir ; je n'ay regret que de mon incapacité ; mon zèle et mon affection très grande suppléra s'il vous piaist à mes défauts. Obligés moy de me faire part des nouvelles ; sy le Roy a heu agréable ma procuration et si vous en avez obtenu le brevet. Je ne scaurois rien scavoir qui me réjouisse davantage puysque je suys et seré toute ma vie Monseigneur,

Yre très humble et très obligée servante. De Beauvillieb, Abb* d'Avenay.

4 mars 1625.

Au dos : De Mad^ d'Avenay, à Charleville. Conservée seulement pour mémoire d'elle.

Bibl. nat. f. fr. vol. 4727, f» 93. — 4 mars 1625.

teADAUË PRANÇOISB DB ÔEAUViLLIEHÔ â15

Dans cette nouvelle lettre^ Madame de Beauvilliers s'attache, comme dans chacune de ses précédentes^ à démentir les bruits de sa maladie et à affirmer que sa santé est infiniment meilleure : la pauvre abbesse s*abusait et courait à sa fin. Elle parle ici principalement de Mademoiselle de Rethelois, à laquelle, malgré son peu de penchant pour la vie cloîtrée, on s'occupait de trouver une abbaye digne de sa naissance. A défaut de Fontevrault que Ton n'espérait plus, il est ici question de Faremoustiers.

1«' avril 1625.

Madame de Beauvilliers à M. le duc de Nevers.

Monseigneur,

J*ay bien heu de la joie de voir la dame Salaberi pour avoir apris d'elle Testât de vostre santë qu^elle m*a asseurë estre bonne, suppliant Nostre Seigneur vous la continuer et accroistre journellement. Elle a veu Mes damoy selles quelle a trouvées grâces à N'^ S' en bonne santë après avoir faict toutes deux carême et bien mange du poysson ce que Mademojselle de Rethelois n'avoit point encore faict. Ladite dame de Salaberi me fait croire quelle est fort changée et quelle a profite auprès de sa petite sœur^ ce que je ne peulx crojre par la crainte que j'aj qu'elle ne se rande dans la perfection que vous luy désirés. Elle a dict son petit santiment et désir , mais je vous asseure, Monseigneur, qu'elle n*est point capable encore de faire un choix : il la fault faire fortifier dans le désir de la religion quelle commence un peu à gouster. Pour mon opinion^ je lay dict à ladite Salabery qui vous le dira très particulièrement et n'y a rien de si certain que si Madame de Fare-le-Moustiers luy veut donner son abbaye quelle n'est point à rejecter, estant une très belle et très bonne seigneuriale abbaye, proche de Paris où elle peut faire quantité d'amis et dans la court ; il f au droit faire trouver bon à ladite Dame quelle n'y allast encore de quelques années à cause de son âge et Texample de Mademoyselle sa sœur est fort puyssant sur elle. Madame

376 AttftAYE D^AVENAV

de Longueyille peut bien avec prudence gouyerner cest affaire. A votre retour de Paris, si vous nous faictes Thonneur de passer par îcy, j'auray Thonneur de tous en parler. En attendant ce bien, je ne manquerai à tout ce qui sera de mon pouvoir pour Tinstruction de Tune et de Tautre. Je n'ay que regret de mon impuyssanee : mon affection sera tousjours toute entière ay«3C le dësir de me califier du tiltre de

Monseigneur,

Yre trôs humble et très obligée servante.

De Beauvilliers, Abbesse d'Avenay.

!•' ayril 1625.

Dans cette dernière lettre^ Madame de Beauvilliers, tout en se défendant encore d'être si malade qa*on le dit, ne se dissimule pas qu'elle a be oin de repos et le meilleur remède pour elle serait la an de son procès de Châlons, dont elle ne voudrait pas laisser l'embarras à sa jeune héritière. Elle tiendrait surtout à obtenir sa réintégrande, c'est-àdire sa rentrée dans sa maison dont ses adversaires avaient fait prononcer le séquestre.

Madame de Beauvilliers à M. le dtic de Nevers.

Monseigneur, Nostre S>^ ramplisse vre ame de ses s^^ grâces.

Nous voylla encore dans la playdoirie de quoy j'ay ung extrême desplaysir ne désirant rien tant que le repos qui m^est meame très nécessaire pour Tentrecien de ma santé qui, grâce à Dieu, s'accroyst tous les jours : se sera pour plus longuement vous randre le très humble service que TOUS doibs et nourrir eteslever ma petite héritière jusqu'à ce qu'elle soit en âge de posséder Avenay. Faictes-moy rhonneur de me mander sy vous avez obtenu du Roy vre brevet car mon esprit ne sera point contant que cela ne soict. J'envoye donc mon receveur pour soliciter nostre réintégrande, car c'est par ou il fault que nous comencions, estant une chose très asseurée que si nous l'obtenons que

pour le pëtitoyre nos parties nous rechercheront aceort : qu* vous pourrez faire Monseigneur de la façon qu'il tous plaira et aultant avantageux pour ceste mayson où nostre bonne petite sœur Bénédicte a plus ^'intérest que moy, car tous les plus grands procès et contentions Tiendront à celle qui me succédera : et maintenant que tout est en désordre il sera fort aysé d j remédier entièrement et pour toujours. Je vous supplie très humblement de nous assister de vra faveur pour obtenir ceste réintégrande le plus promptement qu'il se pourra. Ce me fera de nouvelles obligations de continuer mes très humbles services que je me forceré de vous randre avec toute sorte d'affection.

Nos petites novices se portent fort bien grâces à Dieu* J'espère que l'une et Tautre vous donneront du contente* ment par leur vertu et quelles se rendront bonnes religieuses et bien dévotes : elles vous offrent leur très humble obéjssance et moi qui vous supplie très humblement me permettre de médire jusqu'à la fin, Monseigneur,

Yostre très humble et très obligée servante,

S'^ F. DE BSAUVILLIKRS,

Abbesse d^Avenay^ Ce 11 avril 1625.

Madame de Beauvilliers ne devait pas survivre longtemps à cette dernière lettre, — Suivant son épitaphe, travaillée depuis longtemps par la maladie^ elle mourait le 3 mai suivant, âgée seulement de quarante-trois ans.

Nous ne résumerons pas les actes dé la vie de Madame de Beauvilliers, qui trouveront leur com« plément dans notre Appendice. Nous insisterons ici sur la part qu'elle prit aux travaux de construction qui devaient achever et remettre en leur premier état les bâtiments de l'abbaye ; effec* tivement, outre le traité de 1612 que nous avons cité en son lieu, nous savons qu'elle s'appliqua surtout à rendre à Téglise abbatiale son ancien

caractère architectural que lui avaient fait perdre les ravages des huguenots. Nous tenons de la tradition, et notre Mémoire historique nous ap-

prend qu^elle mit ses soins et fit « travailler à c rembellissement de son église, qu'elle y ajouta

< deux croisées de la même architecture que les

< précédentes, et qu'elle auroit entièrement achevé « ce bel édifice, si sa vie avoit eu plus de durée. »

Mais, à nos yeux, un autre genre de gloire dont aucun historien ne lui a tenu compte, et qui pourtant lui assure le souvenir et la reconnaissance des hommes lettres, c'est Tinstallation d'une imprimerie à Âvenay, imprimerie dont les produits, devenus fort rares, il est vrai, excitent la convoitise et l'espoir des bibliophiles. Nous lisons en effet dans \Almanach historique^ de la ville de Reims pour Vannée mdccxc, p. 161, à l'article Avenay, la mention suivante : < En 1622 il y avoit à Âvenay une imprimerie tenue par Jean Charpentier. Il existe à l'abbaye des livres de prières avec de belles vignettes en taille-douce qui sont de cet imprimeur. »

Il nous faut dire cependant que, malgré notre ardent patriotisme et le dire de l'almanachde Reims, après longues et vaines recherches des produits de cette imprimerie, nous en étions venu à douter singulièrement de l'existence de cette imprimerie, quand, il y a quelques années, un des anciens de notre bourg, nous arrêtant au passage, nous offrit un vieux bouquin imprimé, nous dit-il, à Avenay ! Nous avouerons bien ingénuement la surprise et le plaisir que nous éprouvâmes en ouvrant le volume; il avait pour titre :

)f ADAME FRANÇOISE DE BBAUVILLIERS 379

.Pbatioqub spirituelle, utile et profitable, à Vàme religieuse^ qui désire s^advencer à la perfection. Tirés la pl}4Sf>art des exercices de sainte Gertrude. — Imprime à Ayenay par Jean Charpentier, 1662.

Livre orné de quatorze charmantes vignettes signées du nom de Hugues Picart et qui rappellent avantageusenient le burin de Thomas de Leu et le faire de Léonard Gautier : livre précieux, dans lequel, en vue de ses filles de Saint-Pierre d'Avenay et de Saint-Joseph de Cbâlons, Madame de Beauvilliers a semé les effusions.de la. plus douce piété et les accents d'une touchante maternité. Sur la communication que nous leur avons faite de. ce petit monument, les bibliophiles n*ont pu manquer de témoigner leur surprise et leur avide convoitise. M» l'abbé LuGot, pour ^on Etude historique, précédemment citée, en a tiré une Prière à. Saint-Joseph, qui peut donner une idée du style plein d'onction de Madame de Beauvilliers, et M. Menu; bibliophile distingué, soUs le titre de V Imprimerie rf'At?^way,.afaitsur le livre lui même une étude à laquelle nous renvoyons pour l'appréciation matérielle et artistique de l'œuvre. Nous en citerons seulement la description du frontispice^ dont nous donnons, ici la reproductioù : a Sur un élégant péristyle, occupé au centre par le titre de l'ouvrage, on voit . le Christ tenant de la main gauche le globe du monde appuyé sur son cœur, heurter à la porte de son épouse mystique qui l'attend. Au fond, lever, du soleil sur la campagne. On lit au bas de ;là scène : Vox dilecti mei pulsantis : Aperi mihi, soror.mea^ CO" tomba mea. — Cant, 5. -^Aur dessous,. à. gauche, sainte Berthe est agenouillée, les mains jointes : la

38ft ABBAYE d'aVENAY

face du pilastre porte gravé : E cce elongavi fugiens et mansi in solitudine, p. 54. — A droite, la Vierge agenouillée montre son cœur ouvert, avec ces mots au socle du pilastre qui la porte : In meditatione mea eœardescet ignis^ ps. 38, et plus bas : H. Picart, incidit. »

Dans ces deux figures agenouillées, face à face, nous verrions plus volontiers, dans la pensée du des* sinateur. Madame de Beauvilliers elle-même, et dans la seconde la pieuse sœur, l'abbesse de Mont-, martre, qui s'était si vivement intéressée aux choses de notre monastère.

Madame de Beauvilliers n*a pas laissé que ce témoignage de son zèle pour les études monastiques : elle accueillait avec empressement et bienveillance les artistes dont elle s'aidait pour la décoration de son église et de sa maison^ et les gens de lettres qui lui dédiaient leurs livres. Comme Madame de La Marck, elle enrichissait la bibliothèque d'un certain nombre de volumes, dont quelques-uns, échappés au désastre de 1754, se retrouvent aujourd'hui à la bibliothèque communale d'Ëpernay. A propos des lettrés dont elle aimait à s'entourer, nous rappellerons M* Claude Godmé, d'une famille ancienne de la bourgeoisie d'Avenay, qui lui dédiait, en 1621, un livre d'un ascétisme qui ne le cède guère en ce point à la Praticque spirituelle. Il avait pour titre : Le Réfectoire spirituel, des œuvres du R.P. Loûys du Ponty de la Compagnie de Jésus. — Paris, Jean Levesque, 1621. Ce volume, aujourd'hui fort rare et qui nous semble avoir échappé aux recherches des bibliographes, est orné d'un charmant fleuron, en manière de frontispice.

€ Qui ne croiroil, dit notre Mémoire historique , que Madame de Beauvilliers a eu besoin d*un grand nombre d'années pour achever tant de choses ! Toutefois elle n'avoit que quarante-cinq ans lorsqu'il plut à Dieu de l'appeler à soi et do lui faire part' de sa gloire.,. Mais les âmes d'un ordre supérieur font tout avec rapidité et l'on diroit qu'elles n'ont pas besoin du temps pour l'exécution de leurs desseins.. Elle mourut le cinq may 1624. » — Voici l'épitaphe qui se lisait autrefois sur le monument que la piété reconnaissante de son héritière lui éleva dans l'église abbatiale.

€g jgtdt trrd tUudtrr Bamr îRaiamt ixancom ht jBrauoiUietd, ideue be la nobU matdon itB Comtes ^e Satnt«-2tgnan laqurlU a (Mé xi and abbrdsr de Saint^pirrre it iTgon, pute be ctlte tnateon xiii ane, vu mots a eetabli U ^xxtuvi it^ ifiUrd be Satnt'^Soerp^ d €l)â:lone, Kefotmatnre tt granbe obetroatrirr bt^la régularité en eette maison et en b^autred monaetèred quelle a xHotmh : estant abmtrée et aimée bans ci)acun par eon zèle, 0a bouceur^ don rouragei 0a ptété^ 0a béootton 0a libéralité : et surtout a embellir et enrtel)tr les auteU. €0t iictii le 3 Htat 1625| âgée be 45 an0, avi granb regret be toutes ses fiUe0 et rcltgteu0es

flequtescat in pare.

3res l)aute et très illustre |lrtncesse Htabame iSéne'bicte be (Bonsaguet fille be très Serentssime JIrtnee, (ïl)arles 1", Bue Souverain be Htantouef a fait Dresser ee monument pour tesmotgnage be son aSeetton envers labite 9ame«

XXXIX« ÂBBBSSE.

K»d»me BEIVEDICTE BE CSONZAC^IJE.

(De 1625 à 1637.)

Le duc de Nevers à Ayenay. — L'archevêque de Reims met ordre au monastère d'Avenay. — Prise de possession de Madame Bénédicte. — Lettre de Madame de Faremoustiers. — Madame de Montmartre & Ayenay. — Lettre de Madame Bénédicte de Tlncarnation. — Madame de Trcslon, gouvernante de la jeune abbesse. — Insoumission des Dames officiôres à Tautorité archiépiscopale. — Testament de Jacques Galloteau, chanoine. — Accord pour les redevances de Vadenay. — Voyage à Spa de Madame de Faremoustiers et d'Anne de Gonzague. — Mademoiselle de Rethelols redevient pensionnaire à Avenay. — Ce que Bossuet écrit du séjour d*Anne de Gonzague à Avenay. — Mort de Guillaume Giffort. Henri de Lorraine lui succôde. — Historiettes de Tallemant des Réaux sur Anne de Gonzague. — Citation de Lévesque La Ravalliôre. -^ Historiettes de Tallemant des Réaux sur Madame Bénédicte et réfutation. — Invasion des Espagnols. Jean de Wert. — Eloge, mort et épitaphe de Madame Bénédicte. — Notice et mort du duc de Nevers. — Sonnet sur la mort du duc de Nevers et de Madame Bénédicte.

Quand vint la nouvelle de la mort de Madame de Beauvilliers, quoique les bulles et provisions du Saint-Siège ne fussent point arrivées, le duc de Nevers se hâta de se rendre à Avenay pour assurer la position de sa chère enfant.

Son premier soin fut de donner avis à l'archevêque de Reims de son arrivée à Avenay » et de le prier

de venir au plus tôt pour régulariser par lui-même les choses, constater l'état dans lequel Madame de Beauvilliers laissait le monastère, et pourvoir au choix de la sœur professe à laquelle seraient conâées Tinstriiction et la conduite de la future abbesse. C'est que, malgré les bonnes intentions de Madame de Beauvilliers, de nombreux abus s'étaient glissés dans le monastère : la discipline y était médiocrement observée^ la mésintelligence et la discorde régnaient parmi les sœurs et l'on allait jusqu'à parler de malversations commises par les Dames revêtues^ en ces derniers temps, des principales fonctions.

Guillaume Giffort (en religion Gabriel de Sainte- Marie), évêque d'Archidal, puis archevêque de Reims, était un prélat dont l'histoire a justement loué les grandes qualités et l'excessive charité. Libéral, ami des arts et des lettres, comme tous les successeurs de saint Rémi, il était toutefois d'une vertu rigide, et, quoique humble avec les Grands, il savait faire respecter en lui le titre d'archevêque et les privilèges de sa dignité. Du reste, il devait trop au duc de Nevers pour ne pas déférer à ses instances et refuser une visite qui, d'ailleurs, était dans ses attributions et les devoirs de sa charge.

Nous donnons ici le texte même du procès-verbal dressé à cette occasion (i). Cette pièce, mieux que tout ce que nous pourrions dire, fera connaîtra l'état des choses et des esprits dans cette maison, dont un enfant de sept ans allait avoir la conduite.

(1) Bibl, nat. f. fr. 4727 f ' 89, anc, 9549,

Ordre mis au monastère d'Avenay par Monsieur VArcheoéque de ReimSf après le décès de Madame de Beauvilliers, abbesse,

GABRIEL» par la divine ProYÎdeace, Archeyesque et Due de Reims, premier Pair de France, Lég&t-^né du Saint-Siège apostolique, à cous prësens et & yenir, salut, savoir fai* ' sons que :

Sur Tadvis qu*avon8 reçu du décès de feu illustre relil^euse personne Dame Françoise de Beauvilliers vivante abbesse du monastère et abbaye de Saint-Pierre d^Avenaj, ordre de Saint-Benoist de nostre diocèse de Reims, affin que icelui monastère, à cause de la vacance, d^icelluy par la mort de ladite dame, ne vint à encourir quelque dommage et interest au spirituel et temporel dHcelluy, nous nous serions transporté audit monastère, assiste de M* Claude Dorigny, prebstre, docteur en droict, chanoine et trésorier de nostre église de Reims et Tun des officiers de nostre cour spirituelle et métropolitaine de Reims. Et y estant, se seroit présenté à nous très haut et puissant prince Monseigneur Duc de Nevers, gouverneur pour le Roy ès-province de Champagne et Brye, qui nous auroit faict entendre comme il auroit plu à Sa Majesté très chrestienne, sur la procuration de ladite dame deffuncte et le consentement de toutes les filles religieuses de ladite abbaie, nommer et présenter à Sa Sainteté, damoiselle Bénédique de Gonzague, sa fille, religieuse de ladite abbaye^ pour estre pourveue par forme de coadjutrice, ou acceds, de ladite abbaye, avec droits de future succession : ce que Sa Sainteté avoit admis et accordé, et en attend ledit seigneur tous les jours bulles et provisions, cependant désiroit estre par nous pourveu aux nécessités, ordonnances et conduitte de ladite abbaye, tant au spirituel qu'au temporel, comme il nous appartient, à cause de nostre qualité d'archevesque de Reims, supérieur et directeur Je ladite abbaye.

Pour ce est-il qu'avons faict assembler au chapitre de ladite abbaye la prieure et les religieuses professes de ladite abbaye et après leur avoir fait une remonstrance requise en tel cas, nous serions informés de toutes en général et de chacune en particulier de Testât de ladite abbaye, des dé-

portements vies et mœurs de ladite dame prieure, dëpositaire, cel^rière et autres officiôres de ladite abbaie, lequelles ont exerce pendant la vie de ladite defuncte dame leur charge : après leur avoir permis de nous dire ingénuement et en vérité 8*ils avoient quelques plainctes & faire contra elles et ayant entendu d'elles ce qui s'ensuit :

Quelles sont d'advis que la dame prieure, dépositaire, celérière et aultres officiôres, lesquelles ont exercé pendant le temps de feu ladite dame, soient continuées, quanta présent ; et n*ont point de plaintes à faire contre elles. Toutefois il leur semble que les officiôres doivent appeler les anciennes et prendre leur advis en la conduite et administration de leurs charges ; que ladicte dépositaire doibt rendre compte et qu'il seroit à propos faire inventaire des meubles de Tabbaje : mesmes quelles nous ont prié de venir faire la Visitation de Tabbaje, au plus tôt qu'il se pourra, et ont trouvé bonne et capable la personne de sœur Elizabeth Langnelette pour la conduite et gouvernement de Madame leur future abesse : ce qu'ayant bien pesé et considéré mesme ouies sur le tout lesdites dames, prieure soubs prieure dépositaire, celerière et aultres officiôres de ladite maison.

Nous avons ordonné et ordonnons que par provision, et jusqu'à ce qu'autrement par nous en soit ordonné, lesdites dames prieure, soubs prieure, dépositaire, cellerière et aultres officiôres de ladite abbaye continueront les exercices et fonctions ; et, pour ce faire, avons pris d'elles le serment de bien et fîdôlement se conduire auxdites charges et offices conformément à la rôgle et statuts de ladite abbaye. Ce quelles ont promis faire ; et, ce faict, avons enjoint à toutes lesdites religieuses de leur rendre l'obéissance à elles deues suivant ladite règle et statuts, vivre en bonne paix, charité et union par ensemble. — Et où ilarriveroit quelqu'occasion de différent, que Dieu ne veuille, elles envoleront par devers Nous, pour y donner Tordre et remède nécessaire, sans entrer en aucune contention, noise ou débat : ce que leur defifendons très expressément et sur les peines des saincts canons.

£t cependant, et faisant droit sur les remonstrances desdites religieuses, avons enjoint à ladite déposit^re de dresser un estât du revenu et despense, en recette et mise de ladicte tbbaye et uous les présenter dans trois mois et plus tost si

886 ABBAYE d'AVENAY

faire se peult; et rendre ses comptes au temps de caresme prochain, pour estre par nous veus et examines, clos et arreatez, pris sur iceux, Tadvis desdites religieuses et garder la forme des bureaux anciens ;

Et en outre, avons enjoint ft ladite dame prieure, et dépositaire, appeller avec elle sœur Charlotte de Gand et Catherine de Baradas ; et M'«* Michel Champenois et Jacques Galoteau, presbtres chanoines de ladite abbaye, auxquels, pour cest effect seulement, permettons entrer audit monas* tère(l) pour faire et dresser un bon et fidôle inventaire de tous les meubles joyaux, ornemens tant de Tëglise que servant à ladite abbaye, et icelui faict et signe d'eux, nous l'envoyer clos et scelle pour estre par nous gardé, au bien et soulaigement de ladite abbaie.

Ce fut faict, arrestë et ordonné par nous, Ârchevesque duc de Reims, assisté comme dessus en ladite abbaie de Saint-Pierre d'Avenay, ce mardi treizième jour de may mi^ six cent vingt cinq, environ les neuf heures du matin : — et avons le tout fait rédiger par écrit et signer par M^ Nicolas Bernard, chanoine de nostre Eglise de Reims, nostre proto. notaire et ausmonier, qu'avons pris pour secrétaire en cesta part. Et avons signé et faict signer avec nous lesdits sieur officiai et apposer nostre scel, les jours et an que dessus. Ainsi signé : Gabriel, ârchevesque de Reims, Dorigny. Et plus bas : Par le commandement de Monseigneur, Bernard (et scellé).

Au dos : Ordre mis à Avenet par M. Varchevesque de Reims, 1625.

(1) On reconnaît par ce qu'il est dit de la mission donnée aux chanoines Michel Champenois et Jacques Galloteau auxquels il est permis pour cet effet seulement d^entrer au monastère^ Tobservation stricte de la règle bénédictine qui interdisait rentrée du couvent à toute personne étrangère à la communauté. L'accès de Téglise abbatiale n'était pourtant point fermé au public. Au sanctuaire se tenaient les chanoines et clercs chargés du seivice divin; au chœur et dans les tribunes les Oames religieuses; dans le bas de la nef les fidèles et habitués de la paroisse; dans les chapelles latérales les jeunes pensionnaires, les pèlerins et visiteurs. Telle était, supposons-nous, Téconomique distribution de Téglise et des * assistants, * ^

L'ordre établi dans le monastère par Mons' Giffort ne pouvait précéder que de quelques jours la remise par le légat des bulles et provisions si impatiemment attendues.

Rien ne fut plus magnifique que la prise de possession de la jeune princesse succédant à Madame de Beauvilliers Saint-Aignan. On savait que par une faveur inusitée elle avait été créée coadjutrice avant d'avoir fait vœu. Ce que la Cour avait de plus illustre s'y était fait représenter. L'archevêque de Reims et l'abbesse de Montmartre^ dans leurs attributions respectives, présidaient à la cérémonie (^). La princesse Marie, réservée à de hautes destinées, y faisait l'office de mère, et près d'elle la duchesse de Longueville, sœur du duc de Nevers, avait sous sa tutelle Mademoiselle de Rethelois, Anne de Gonzague, à laquelle on pensait pour la

(1) « Lorsque Madame Marie de BeauvillierSi abbesse de Moatmartre et sœur de Madame Françoise, abbesse d^Aveaay, fut priée par le ducde Mautoue (*) et par la princesse Marie de se trouver à la bënëdiction de la princesse B($nédicte qui succédoit à Madame Françoise, avant de s'y trouver, elle leur ût promettre que dans la cérémonie il n'y auroit point de dais, ni d'autre marque de la vanité du monde; ce qui édifia tellement ces princes qu'ils la pressèrent avec plus d'instance de faire le voyage ; espérant que la jeune abbesse proflteroit de ses conseils. Toute la communauté d'Avenay la regarda comme une sainte et lui déféra des choses qui sont sans exemple, comme de tenir le chapitre des offices en leur maison, et y faira les fonctions d'abbesse; et elles témoignèrent tant de douleur à son départ qu'on ne pouvoit les consoler. Depuis la princesse Bénédicte passa quelques années auprès d'elle pour y apprendre les véritables maximes de la vie religieuse. »

(*) A cette époque le duc de Nevers Q*était point duc de Mantoae ; il 09 le fut qa*en 1636.

succession de Madame de la Ghastre^ abbesse de Faremoustier.

Aprèi sa prise de possession, la jeune abbesse parait être restée quelque temps encore sous la direction et tutelle de Madame de Baradat à qui Madame de Beauvilliers Tavait confiée. Quant à la princesse Anne, Mademoiselle de Rethelois, revenue depuis peu à Avenay, comme on Ta dit, Madame de Longue ville, sa tante, sans trop consulter les sentiments de la jeune fille (alors dans sa neuvième année)^ se hâta de la conduire à Faremoustiersy près de Madame de la Ghastre, qui toute heureuse de posséder celle qu'elle espérait attacher à sa maison, lui fit le plus grand accueil. Voici, au surplus, la lettre de remerciement qu'elle s'empressa d'adresser au duc de Nevers pour la marque de confiance qu'elle venait d'en recevoir.

Madame de Faremoustiers à M: le duc de Nevers

Après l'arrivée de Mademoiselle de Rethelois en son monastère.

A Faremoustiers, ce 20 mai 1625.

JHS t M^ Bndictus Para,

Monsieur,

Je supplie nostre triomphant Roy Jésus vous faire part de ses victoires.

Gejourd'huy nous est un jour d'honneur et de joie, ayant eu celluy de vre lettre, de voir Madame de Longueville, et recevoir de ses mains Mademoiselle vre fille. Yëritablement, Monsieur, cette petite princesse a la bonté paincte sur le visage, et j'espôre que nostre bon Dieu la rendra une grande Reine dans le ciel, pour le mespris quelle fera de toutes les choses de la terre. Nous Tavons reçue toutes nos filles et moy à bras ouverts, comme une sacrée victime dédiée au Roy des Roys et Seigneur des Seigneurs, et luy rendront

tout Tamour, le soin et le service que vous scauriés désirer. Je vous supplie très humblement de le crojre, et que je suis y

Monsieur,

Vre très humble et très obéissante servante^

S' F. DE LA Ch ASTRE,

Indigne Abbesse*

Nous voici donc édifiés sur un point important, la résidence de la princesse Anne chez Madame de la Chastre qui espère bien en faire prochainement sa coadjutrice.

Nous voudrions pouvoir également suivre pas à pas les faits et gestes de notre jeune abbesse, surtout fixer répoque de ce séjour de deux années qxxe, suivant VAnnée bénédictine^ elle passa chez Madame de Montmartre ; nous étions disposé à croire qu'elle Pavait suivie immédiatement après la céré-^ monie de la bénédiction, mais la lettre qui suit nous prouve qu'elle ne quitta point sitôt Avenay, et qu'elle y resta sous la conduite de Madame de Baradat jusqu'au départ de celle-ci pour Pont-de- Vaux et même quelque temps après. Dans cette lettre toute enfantine, Bénédicte ne prend point encore le titre d'abbesse ; elle est en tutelle et n'ose, surtout auprès de son père, se prévaloir de sa dignité.

Jésus. — Maria.

Monsieur, Je me suis resjouje que nostre révérende mère Prieure et toute ceste honorable compagnie envoyé nostre receveur pour avoir l'honneur de prendre Testât de vostre santë et pour vous asseurer, et moj aussi avec elles, de la continuation de nos très humbles services. — Je tasche tous les jours de porter tout mon possible & bien aprendre, afin de me

rendre capable de servir Dieu en la sainte religion en laquelle j'ay tant de contentement que je n*en peux souhaiter davantage» ave^ rhonneur que je vous supplie me permettre de me dire sans un Monsieur,

Yre très humble et très obéissante fille pour vous servir,

Sr BÉNBDiCTB, de V Incarnation.

Ce 13 juillet 1625.

Suscription : A Monseigneur, à Charleville.

Aussitôt le départ de Madame Baradat^ le duc de Nevers avait exprimé à Tarchevêque de Reims le désir de voir Madame de Tresloa lui succéder comme directrice et gouvernante de la jeune ab* besse. C'est en conséquence de ce vœu que le prélat écrit ce qui suit :

Monseigneur,

J*ay mise Madame Trellon au lieu de Madame Barada pour la conduite de Madame votre fille, selon qu*il vous a pieu de me commander. J'ai trouvé bon de mettre Madame Bro (de Braux) dépositaire, et Madame (de) Biez boursière, et autres officiôres, ainsj que j'ay creu en conscience bonnes, utiles et nécessaires, pour le bien de la irai^on, et pour conserver celui de Madame vostre fille, voyant la dilapidation qui a esté faicte au temps de Madame. Je vous supplie de trouver bon que devant (q.)j'admôte quelqu'une à la profession dans ceste maison, que je veoie Testât par le dernier compte, selon que le concile de Trente me commande, ne voulant point surcharger la maison. Je suis, Monseigneur,

Votre trôs humble serviteur,

Gabriel, archevesque de Reims.

Atenay, 5 avril 1626.

Les temps de minorité des rois dans un état monarchique sont toujours des temps de trouble et d'agitation. Il en va de même dans un monastère^ surtout dans un monastère de femmes, en temps de

MADAME BENEDICTE DE 60NZA6UE 391

vacance du siège, ou d'une abbesse que l'âge n'a pas suffisamment mûrie. Â défaut du gouvernement légitime qui maîtrise et domine la situation, il s'éta* blit une autorité de seconde main que des compétitions, des rivalités battent en brèche et ne cessent de contester : de là troubles^ discorde et abus de tout genre. L'intervention archiépiscopale devient alors urgente, mais reste parfois impuissante. Il n'est pas facile, dans une communauté de femmes qui se dit de fondation royale^ d'avoir raison de toutes les prétentions, de toutes les résistances et de toutes les insoumissions. L'archevêque Gabriel de Sainte-Marie en fit la mortifiante épreuve. La lettre qui suit témoigne des inutiles efforts du prélat pour le rétablissement de l'ordre et de l'autorité hiérarchique. Il y laisse déborder toute l'amertume de ses sentiments, en avouant l'impuissance de ses efforts pour dominer l'esprit de révolte dont sont animées Mesdames les officiàres contre son autorité (^).

V Archevêque de Reims à M. le duc de Nevers.

Monseigneur, J'aj receu ceUes qu'il vous a pieu m*e3cripre par le filz de MoDS^' de la Chapelle : je vous supplie très humblement de croire que je choisirois plutost mil fois la mort que de vouloir diminuer nj alte'rer vos droits nj ceux de Madame vostre fille. Vous scavez aussi bien que moy par expérience que tout ce qu*escrivent les religieuses n'est pas tousjours évangile. Tout ce que j'ay faict en ceate affaire a esté pour soutenir et augmenter vos droicts et pour contenir la juridiction affectée k la dignité que Dieu et le Roy m*ont donné. Je vous feray donc entendre la vérité de ceste affaire, qui est qu*ayant reconnu que toute la maison d'Avenay estoit gouverné, du temps de Madame et depuis sa mort, par deux

(1) BihU nat. 4727 ^ 126, anc. 9549.

oa troys, au mécontentement de toute Tabbaye, et quelles disposoient du bien de la maison en cachette et suivant leur volonté, j'ay ordonné, suivant que j'ay jugé à propos en conscience, que deux des antiennes qui seroient choisies par toutes les religieuses, capitulairement assemblées, entendroient les comptes des mois et de Tannée de la part du couvent, afin que le tout pût venir en vre cognoissance, et signeroient lesdits comptes. — L'autre est que j'ay institué Madame de Brauz, qui est sœur d'un trésorier de France, dépositaire, pour Tavoir recognu très capable de ceste charge très vertueuse et très grant esprit, contre laquelle Madame la prieure et sa faction ne peut rien opposer, sinon quelle est de très bonne vie et très capable de ceste charge. Je vous supplie, Monseigneur, de considérer si en la qualité que je suis, je doibve estre gourmande et bravé par deux ou trois filles passionnées pour leur propre intérest et non pas pour le vostre. Permettez moy de vous dire que je souffriray plus tôt'toute autre indignité que celle là, principalement de Madame la Prieure, pour laquelle j'ay faict autant que pour personne du monde et ne le recognoit aultrement que par ingratitude et désobéyssance. Je vous supplie de prendre garde que le revenu de Tabbaye d'Avenay consiste en quatre articles ; le premier en redevance, tant de grain comme d'argent, montant à six ou sept mil livres de rente : le second, en ménage de la basse court qui est bon ; l'autre en vignes et terres, et le dernier en pensions de filles qui monte à plus de deux mil livres. Faictes vous rendre compte de tout, autrement elles retiendront tout le plus secrètement qu'il leur sera possible et ne vous en donneront jamais la cognoissance, sinon que du premier article. Je vous supplie de croire que vous n'avez point un plus fidèle serviteur en campaigne que moy ; et quand vous considérez ce qu'a fait Madame la Prieure contre moy, sa déso* beyssanceet sa faction quelle a publiée à tout le monde, et le mespris quelle fait de ma qualité, je me promects que vous estimerez et approuverez mon procédé, qui n*a esté que pour vous tesmoigner que je suis.

Monseigneur,

Vostre très humble serviteur, Gabriel, archevesque de Reim», A Reims, ce 17 avril 1626 •

ItADAME BENÉDIGTB DE GONZAOUE 39â

On comprendra que nous ayons peu d'actes éma"* nés de notre jeune abbesse maintenue durant plu* sieurs années sous la tutelle, soit de Madame de Braux, soit de Madame de la Chaussée, et nous avons été tout heureux de retrouver dans les minutes notariales le testament de ce même chanoine Jacques Galloteau, à la suite duquel nous voyons la signature de Bé.iédicte, le seul autographe qui nous reste de la jeune abbesse, si nous en exceptons ceux que nous fournissent les manuscrits de la Bibliothèque nationale.

Voici ce testament en date du 22 mars 1627 :

« Vénérable et discrète personne Messire Jacques Galloteau, prêtre chanoine de Téglise et abbaye Saint- Pierre d'Avenay, gisant au lit, malade^ néantmoins sain d'esprit en d'entendement » fait coucher et rédiger son testament dont voici extrait :

< Item déclare qu'il veult que son âme estant séparée de son corps, iceiuy soit inhumé dans le chœur des chanoines de ladite abbaye d'Âvenay^ proche la chapelle du Saint-Rosaire...

« Item a déclaré qu'il donne et laisse volontairement à ladite abbaye d'Âvenay ung jardin fermé de murailles sis hors l'enclos dudit Âvenay^ lieudit la Porte-de-Mareuil, tenant d'une part à Louys Garé, d'autre à Lazare D..., d'un bout au chemin, d'autre à la terre de la Congrégation Nostre-Dame de Reims, pour en jouir du jour de son décès à per* pétuité, à charge que lesdites Dames seront tenues chanter et célébrer un obit perpétuel et vigiles haultes, par chacun an, à pareil jour qu'il aura esté décédé et le lendemain une messe haulte qui sera célébrée par l'un des chanoines de ladite abbaye

394 ABBAYE b'aVENAY

avec diacre et sous-diacre, dans la chapelle da Saint- Rosaire érigée en ladite abbaye...

< ...Item veult estre donné à Marie Michels six livres françois, choisis en son estude, au choix de la dite Michels, en récompense de la peine qu'elle a pris à l'assister durant sa maladie et afin de l'exciter à prier Dieu pour le salut de l'âme dudit testateur, outre qu'elle soit recompensée à la discrétion de ses héritiers.

Ledit testament ainsi signé : Galloteau (d'une main tremblante)^ Frontart, N. Draveny et M, Champenois, témoins, Caillet, notaire.

A cette pièce est jointe la suivante :

< Cejourd'hui douzième jour de juillet mil six cent vingt-sept, pardevant les notaires soussignés ont comparu en personne, honorable homme M*" Ni* colas Masson, recepveur de l'abbaye d'Avenay, lequel a dict et déclaré qu'il avoit entendu (dire) aux vénérables Dames religieuses, Abbesse, et couvent de l'église et abbaye Saint-Pierre d'Avenay, comme defunct M'' Jacques Galloteau, prebtre chanoine de ladite église, leur avoit légué par le testament cy« dessus ung jardin mentionné en Tarticle dudit legs, chargé de vigiles et messes y mentionnées ; attendu lesquelles charges, recognoissant la pauvreté de Catherine Galloteau, héritière dudit defunct, elles avoient unanimement résolu de ne prendre ny accepter ledict legs, lequel elles entendoient retourner par charité à ladite Catherine Galloteau, pour en jouir par elle, comme si ledit legs n'eust esté faict; et l'ont à cest efiect remis et remettent à icelle, ce acceptant en personne, qui a volontairement accepte ladite remise; et moyennant ce, ladite Galloteau s'est chargée de faire chanter et célébrer à ses frais et despens l'obit porté par ledit legs par chacun an, par Messieurs les chanoines, maistre d'eschoUe et escolliers de ladite chapelle du Saint- Rozai re. .. Et ont

MADAME B^NÉDICTB Dfi GONZAGUE S95

lesdites Dames et ledit s' Masson signée ladite Oalloteau déclare ne scavoir escrire ne signer : ainsi signé :

BiNéDiCTB DE GoNZAOUB, Abbe. d'Avênay ; S' Emonnb DE LA Chaussée, prieure; ^^ Charlotte de Gand, dé' positaire; S' Elizabeth Laignelet. souprieure ; S' Al, DE Baudier; Sr Marie Roland, hourcière\ S' Marie de Treslon ; Masson et Caillet.

On se rappelle que rarchevêque, usant de son autorité hiérarchique^ avait institué Madame de Braux, dépositaire^ et Madame de Biez, boursière. On ne voit pas, par les signatures qui se trouvent au bas de cet acte, que Madame la prieure, qui conservait la haute main^ ait en rien modifié son personnel : ni Madame de Braux, ni Madame de Biez n'ont pris le rang qui leur était assigné^ d'où l'on peut conclure que, sous le nom de la jeune abbesse^ Madame Emone de la Chaussée continuait à gérer les] affaires de la maison. Les pièces nous manquent pour que nous puissions dire si ce fut au préjudice ou au bien-être de l'abbaye.

Cette môme année ^ sous cette administration intérimairoj nous voyons s'entamer une affaire qui ne reçut, il est vrai, sa solution définitive qu'en 1631 • L'abbaye jouissait dès la fin du xiii* siècle, ainsi que nous Tavons dit précédemment, de certaines redevances et de droits divers au village de Vadenay,']dont la seigneurie lui était disputée par un M. Godet, se disant lui-même seigneur en partie dudit lieu. Après divers compromis pour la défense de leurs droits respectifs, un accord entrei le bailly des Dames d'Avenay et ledit sieur Godet mit fin à cette longue contention.

396 ABBAYE d'aVENAY

Nous allons voir s'écouler quelque temps sans avoir l'occasion de parler de notre jeune abbesse. Peut-être est-ce cette époque de sa minorité qu'elle alla passer chez Madame de Montmartre « pour y apprendre les véritables maximes de la vie religieuse. » Nous pouvons, en attendant, et sans trop nous écarter de notre sujets revenir un instant à ce qui concerne sa sœur, Mademoiselle de Rethelois.

Nous l'avons laissée en 1625 à Faremoustiers^ sous la conduite et direction de Madame de la Chastre ; c'est là que nous la retrouvons en 1627. Elle est dans sa onzième année. Au dire de Madame de Faremoustiers, elle fait toujours l'édification de la communauté. Les médecins ayant conseillé les eaux de Spa à Madame Tabbesse^ atteinte de nous ne savons quel mal, Anne de Gonzague, ardente en ceci comme en toutes choses, manifeste le désir d'être de la partie, et le duc de Nevers, informé de ce projet, loin d'y mettre obstacle, fournit les chevaux et le carrosse de voyage. Tel est le sujet de la lettre qui suit :

Madame F. de la Chastre y abbesse de Faremoutiers à M. le duc de Nevers.

JHESU t Ml.

Benedictus — Fara, Monseigneur, Dieu TOUS conserve en très parfaite santd ! 11 lui plaist nous tenir en la croix de maladie, jusqu^à ce que les médecins nous ont ordonne d'aller aux eaux minérales de Spa. Nous ayons bien plus d'obligation à Fougues, d*aultant que nous les ayons prise deux fois avec grand secours. Mademoiselle vostre fille sera la bénédiction de nostre voyage, nous faisant l'honneur de nous ajmer tant

qii*elle ne veult point nous laisser aller sans quelle soit de la partie : et Tërîtablement, Monseigneur, je ne pourrois pas m'en départir, tant elle m'est chère et précieuse : vous suppliant très humblement de croire qu'en quelque lieu que nous allions, elle sera toujours devant mes yeux, et vivrons là comme icj, Dieu ajdant. Il est bon que l'équipage qu'il vous plaist nous donner soit icj, le 10* de ce moys. Nous aurons assez de quatre bons chevaux et un homme de cheval pour nous conduire. Sur tout cela, Monseigneur, nous attendons vostre ordonnance et vostre secours. En revanche, nous prierons Dieu pour vous, et suis, Monseigneur,

Vostre très humble et très obéissante servante,

S. F. DE LA ChASTRB^

Indigne abbesse.

A Faremoustiers , le 3 juillet 1627.

Nous n'avons pas trouvé les motifs de la rupture de M. de Ne vers avec Madame de Faremoustiers : on a prétendu que la princesse Marie, nous ne voyons pas dans quel intérêt, n'aurait point été étrangère à ce revirement : quoi qu'il en soit, à peu de distance du voyage de Spa, nous voyons le duc donner ses ordres pour que sa seconde fille soit reconduite près de sa jeune sœur, Tabbesse d'Avenay, où, sous la direction de Madame de Treslon, 66 devait continuer l'éducation de Tune et de Tautre, C'est à cette époque et à cette réunion des deux sœurs que fait allusion Bossuet dans son admirable oraison funèbre de Madame la princesse palatine.

Nous ne pouvons résister au plaisir de reproduire ici le début de ce chef-d'œuvre oratoire. On nous trouvera sans doute bien téméraire de placer à côté de nos récits terre- à-terre la prose si majestueuse et si poétique de l'illustre panégyriste : mais d'un autre côté il nous est bien difficile de rappeler l'bis-

toire des premières années de la princesse Anne et de sa sœur Bénédicte et de passer sous silence ce qu'en a dit Bossuet lui-même. Entre les deux récits des mêmes faits, il se trouve de notables différences : le lecteur appréciera et saura faire la part du rigoureux et froid statisticien, et du poétique et bienveillant panégyriste :

€ Jamais plante ne fut cultivée avec plus de soin, ni ne se vit plus tôt couronnée de fleurs et de fruits que la princesse Anne. Dès ses plus tendres années elle perdit sa pieuse mère Catherine de Lorraine. Charles, duc de Nevers, et depuis duc de Mantoue, son père, lui en trouva une digne d'elle, et ce fut la vénérable mère, Françoise de la Châtre, d'heureuse et sainte mémoire, abbesse de Faremoustiers, que nous pouvons appeler la restauratrice de la règle de saint Benoit et la lumière de la vie monastique.

€ Dans la solitude de sainte Fare, autant éloignée des voies du siècle, que sa bienheureuse situation la sépare de tout commerce du monde ; dans cette sainte montagne que Dieu avait choisie depuis mille ans, où les époux de Jésus- Christ faisoient revivre la beauté des anciens jours, où les joies de la terre étoient inconnues, où les vestiges des hommes du monde, des curieux et des vagabonds ne paroissoient pas, sous la conduite de la sainte abbesse, qui savoit donner le lait aussi bien que le pain aux enfants, les commencements de la princesse Anne étoient heureux. Les mystères lui furent révélés : l'Ecriture lui devint familière; on lui avoit appris la langue latine, parce que c'est celle de l'Eglise, et l'ofSce divin faisoit

ses délices. Elle aimoit tout dans la vie religieuse,

jusqu'à ses austérités et ses humiliations ; et durant douze ans qu'elle fut dans ce monastère on lui

Yoyoit tant de modestie et tant de sagesse, qu'on ne savoit à quoi elle étoit le plus propre à commander ou à obéir. Mais la sage abbesse qui la crut capable de soutenir sa réforme, la destinoit au gouyernement, et déjà on la comptoit parmi les prin* cesses qui avoient conduit cette célèbre abbaye, quand sa famille trop empressée à exécuter ce projet le rompit.

€ Nous sera-t-il permis de le dire ? la princesse Marie, pleine alors de l'esprit du monde, croyoit, selon les coutumes des grandes maisons, que ses jeunes sœurs dévoient être sacrifiées à ses grands desseins. Qui ne sait où son rare mérite et son éclatante beauté, avantage toujours trompeur, lui firent porter ses espérances ? Et d'ailleurs, dans les plus puissantes maisons, les partages ne sont-ils pas regardés comme une espèce de dissipation, par où elles se détruisent d'elles-mêmes, tant le néant y est attaché !

« La princesse Bénédicte, la plus jeune des trois sœurs, fut la première immolée à ces intérêts de famille. On la fit abbesse, sans que, dans un âge si tendre, elle sût ce qu'elle faisoit; et la marque d'une si grave dignité fut comme un jouet entre ses mains. Un sort semblable étoit destiné à la princesse Anne. Elle eût pu renoncer à sa liberté, si on lui eût permis de la sentir, et il eût fallu la précipiter dans le bien. C'est ce qui renversa tout-à-coup les desseins de Faremoustier. Avenai parut avoir un air plus libre, et la princesse Bénédicte y présentait

400 ABBAYE d'aVENAY

k sa sœur une retraite agréable. Quelle merveille de la grâce ! Malgré une vocation si peu régulière, la jeune abbesse devint un modèle de vertu. Ses douces conversations rétablirent dans le cœur de la princesse Anne ce que d*importuns empressements en avoient banni. Elle prêtoit de nouveau Toreille à Dieu qui Tappeloit avec tant d*attraits à la vie régulière; et l'asile qu'elle avoit choisi, pour défendre sa liberté^ devint un piège innocent pour la captiver. « On remarquoit dans les deux princesses la même noblesse dans les sentiments, le même^agrément, et si vous me permettez de parler ainsi, lès mêmes insinuations dans les entretiens : au-dedans les mômes désirs^ au-dehors les mêmes grâces , et jamais sœurs ne furent unies par des liens ni si doux ni si puissants. Leur vie eût été heureuse dans leur éternelle union, et la princesse Anne n'aspiroit plus qu'au bonheur d'être une humble religieuse d'une sœur dont elle admiroit la vertu. En ce tempslà, le duc de Mantoue, leur père, mourut : les affaires les appelèrent à la Cour. La princesse Bénédicte, qui avoit son partage dans le ciel, fut jugée propre à concilier les intérêts différents de la famille. Mais, ô coup funeste pour la princesse Anne ! la pieuse abbesse mourut dans ce beau travail, et dans la fleur de son âge ! Je n'ai pas besoin de vous dire combien le cœur tendre de la princesse Anne fut profondément blessé par cette mort. Mais ce ne fut pas là sa plus grande plaie : maîtresse de ses désirs, elle vit le monde, elle eu fut vue ; bientôt elle sentit qu'elle plaisoit, et vous savez le poison subtil qui entre dans un jeune cœur avec les pensées. Ces Idéaux desseins furent oubliés ! ... »

Le lecteur, édifié par notre récit et par les pièces qaejious donnerons plus loin, trouvera peut-être excessives les louanges que l'illustre orateur prodigue aux dispositions d'Anne de Gonzague pour la vie religieuse. Ce sont là les exagérations ordinaires du panégyrique. Nous verrons par les pièces qui nous restent à produire que les austérités et les humiliations claustrales n'étaient guère dans les habitudes et le caractère de la jeune princesse.

La mort de l'archevêque, arrivée cette année (1629), apporta dans les choses de l'Eglise de Reims de notables changement, oc Le grand âge et les maladies de Guillaume Giffort (en religion Gabriel de Sainte-Marie) ayant donné temps au duc de Guise de procurer le brevet du siège de Reims à son fils, la mort n'eut pas si tost fermé les yeux de ce bon prélat, que Henri de Lorraine prit le titre d'Eleu de l'archevêché. >

Henri de Lorraine, second fils de Charles, duc de Guise, et d'Henriette-Catherine de Joyeuse, était alors dans sa quinzième année et étudiant en philosophie au collège des Jésuites de Reims : il demeurait en l'abbaye de Saint-Remy dont il était abbé, lorsqu'il y fut salué par tous les corps de ville comme archevêque de Reims. Mais n'ayant encore reçeii aucun ordrCy à cause de son bas àge^ le pape Urbain VIII nomma pour administrateur au spirituel et temporel de l'archevêché, le révérend Henri Clausse, évêque comte de Châlons, qui en eut désormais la charge...

< Â quelque temps de là, > dit Marlot, « Henri de Lorraine qui avoit esté privé jusqu'ici de Tadministration de l'archevesché^ pour son bas âge, obtint

402 ABBAYE D^AVSNAY

un bref de Rome portant dispense avec pouvoir d'ordonner du spirituel et temporel comme s'il en eut eu le caractère : il le fit aussitôt signifier à révêque de Châlons, Cosme Clausse, qui administrait en son nom, le remerciant de ses peines par un présent qu'il lui fit d'un caresse attelé de quatre cheyaux blancs, conduit dans sa maison de Sarrj ; et ainsi jouissant de ses droits, il mit en sa place révêque de Tarse, nommé en l'évêché d'Avranches, qu'il fit venir pour être son vicaire général et faire les fonctions et visites dans le diocèse. »

Nous avons tenu à présenter cet exposé des débuts de Henri de Lorraine, débuts assez peu édifiants et qui annoncent plus ceux d'un homme du 'monde que d'un homme d'église, avant d'aborder Thistoire de ses visites au monastère d'Avenay , visites auxquelles ses étourderies (qu'on nous passe le mot) et la malignité publique ont donné tant de retentissement. On voit que nous faisons allusion aux anecdotes étranges que Tallemant des Réaux nous a données sur les sœurs de Gonzague^ et que probablement, supposées pour la plupart, il tenait de son ami le chanoine Maucroix, cet autre indiscret conteur dont nous avons ailleurs rappelé la vie. Si méséantes que soient ces anecdotes, on y trouve eôectivement une certaine saveur de terroir qui dénote chez leur auteur une connaissance de seconde main des lieux et des personnes mises en scène.

Constatons toutefois, non point comme circonstance atténuante, mais comme raison justificative d'une certaine familiarité, l'étroite parenté qui rapprochait les Guise des Gonzague : Mesdemoiselles

.de Nevers étaient cousines issues de germaines d'Henri de Lorraine.

Ce qui n*est pas discutable, à part même les Historiettes de Tallemanl, c'est la liaison d'Henri de Lorraine avec Anne de Gonzague, qui prit certainement naissance, il faut le reconnaître, en l'abbaye Saint-Pierre d'Avenay. Ceci dit, il ne nous semble pas possible de dater cette liaison de l'année 1629, époque encore rapprochée de l'entrée de Mademoiselle de Rethelois au monastère d'Avenay, et des examens de philosophie et de théologie de l'adolescent prélat. D'ailleurs, Anne de Gonzague n'avait alors que treize ans et Henri de Lorraine • quinze. Laissons-les donc quelque peu grandir pour prêter une ombre de vraisemblance aux indiscrets racontages du chroniqueur. ,/

Les registres paroissiaW^'' l'état civil nous fournissent divers témoignages de la résidence des deux sœurs à Avenay. Nous les voyons, par exemple, tenir sur les fonts baptismaux plusieurs enfants du village. Ici se présente une question : la sortie du cloître était-elle donc licite et la cérémonie de ces baptêmes avait-elle lieu dans l'église paroissiale ou dans l'église abbatiale ? C'est ce que dans leur regrettable laconisme les registres en question ne disent point.

Voici quelques-unes de ces mentions : € Le 21* aoust mil six cent trente-cinq fut baptizé Anne, fille de Jean Mangin et de Jeanne sa femme. La marine, Madame la Princesse Anne de Gonzague ; le parin M'* Jacques Duval, sieur de Montfort. »

La même année, nous trouvons encore ; < Le 12*

404 ABBAYE d'aVENAY

de ce mois de décembre fut baptizé Armand-Philippe, fils de M. Nicolas Camuzet et de Jeanne Thibaron sa femme. Le parin Philippe de Grignant; la marine madame la Princesse Anne de Gonzague. >

L'année suivante, c'est le tour de Madame l'abbesse à honorer de son patronage un enfant du pays, mais cette fois-ci, d'une famille distinguée. Le parin lui-même est d'une grande maison. < Le 3P août 1636 fut baptisé Claudo-Louis fils de Claude du Pré et de Marie sa femme. La marine, Madame Bénédicte de Gonzague, princesse de Mantoue, abbesse de Saint-Pierre d'Avenay; le parin, Louis d'Anglure, comte de Bourlemont (l).>

Pour en dire notre opinion, il nous semble plus convenable de repc^^ter à cette année 1636, les Historiettes de Talle d^iS^ A cette époque, Henri de Guise est affranchi ue la tutelle de l'évêque de Chàlons : incapable de gérer par lui-même son archevêché, attendu qu'il n'est revêtu d'aucun ordre sacré, il en remet le soin à l'évêque de Tarse. Il entre alors dans sa vingt-deuxième année ; Mademoiselle de Rethelois en a vingt et Madame Bénédicte dix-huit.

Nous donnerons plus loin un écrit d'Anne de Gonzague elle-même qui est l'évidente confirmation de notre opinion.

Maintenant laissons parler notre indiscret conteur, qui va donner une physionomie nouvelle aux personnages dont nous nous occupons.

(1) Registre des baptêmes, pour la paroisse dCAvenay^ commencé au mois d'octobre 1634, escript et recueillis par moi Pierre François, maistre cTescolle dudit Avenay, pour de* meurer à ladite paroisse ,

UàDAUB BENEDICTE DE GONZAGUE 405

€ La princesse Anne fut quelque temps à Âvenet, et ce fut là que Mons' de Guise en devint amoureux ; il y a fait bien des folies : quelquefois il avoit jusqu'à soixante bouts de plume à son chapeau, tout archevesque qu'il estoit. Un jour, comme on lui eut apporté une houppe pour se friser, il la trouva belle : Faisons -en, dit-il à la princesse Anne et à sa sœur. — Faisons-en, respondirent -elles. On envoie à Rheims, on n'y trouve point de soye platte, — Envoyons à Paris. On crève un cheval et on apporte pour cent escus de soye : mais quand elle arriva, cette fantaisie leur étoit passée. > —

Pour le surplus de Yhistorietle qui concerne Mademoiselle de Rethelois, nous renvoyons le lecteur au livre même, notre conscience d'historien nous obligeant à reconnaître que nous trouvons la confirmation de quelques-unes des gaietés de notre héros dans cet extrait des manuscrits de Lévesque de la Ravallière :

€ An. 1636. — L'archevêque qui estoit à Paris eut ordre du Roi de se retirer à Reims^ parce qu'il menoit à Paris une vie peu exemplaire : l'assemblée générale du clergé qui s'y tenoit en etoit fort scandalizée... Le 29 juillet Mons' de Reims estant en son chasteau de Courville, reçut lettres du Roy, portant ordre de sortir de Reims, et de se retirer en son abba'ie de Fescamp... On le soupçonnoit d'estre dans les interests de Mons' de Guise, son père, disgracié et retiré à Florence... L'on dit aussi qu'il alloit trop fréquemment, et mesme déguisé à l'abbaïe d'Avenai, et qu'il faisoit l'amour à la princesse Anne, fille du duc de Mantoue, et sœur de l'abbesse (0... >

C'est l'année même où, dans le feu de sa passion

pour sa jeune cousine, il lui signait une promesse

(1) Bibl. nat.> col. de Champ. 32, f« 190.

406 ÀBBAVE D*AVENAV

de mariage, réalisable dès que sa famille, consentant à leur union, lui aurait assuré un revenu qui lui permit de résigner au profit d'un de ses frères les bénéfices ecclésiastiques dont il jouissait lui-même. Nous suspendrons ici ce qui concerne Thistoire de Mademoiselle de Rethelois, qui trouvera son complément sous l'abbatiat de Madame de Treslon, et nous arrivons aux contes pour rire du moderne Lucien sur notre chère abbesse.

« Madame d'Avenay, sœur de la reine de Pologne, étoit morte avant que sa so3ur fût reine. On dit qu'elle étoit la plus belle des trois et que, pour ses belles mains, elle eut permission de porter des gants. M. de Guise, alors archeves.que de Reims, lui en conta, aussi bien qu'à la princesse Anne, sa sœur. Quelquefois elle sortoit par la porte des bois, déguisée en paysanne et portoit du beurre au marché d'Avenay. Le bon archevêque Tattendoit dans les bois. Je ne sais pas ce qu'ils y faisoient avant que d'aller ensemble au marché. >

Il y a plusieurs observations à faire sur cette première partie des Historiettes de Tallemant. D'abord les gants étaient-ils interdits aux religieuses? Sous quel spécieux prétexte? et à quelle autorité eut recours Madame l'abbesse pour obtenir la permission d'en porter ? — L'archevêque de Reims ne s'appelait point M. de Guise ; il ne prit ce nom qu'en 1640; à la mort de son frère aîné et quand il quitta l'état ecclésiastique pour se jeter dans le parti du comte de Soissons. Quant à la jolie histo-' riette des rendez- vous de la petite marchande de beurre, il ne faut, pour en démontrer l'invraisemblance, que voir la configuration des lieux. Les bois qui avoisinent le village sont suffisamment éloignés

MADAME BErféoiGTE DE GÛNZAGUË iOl

du couvent, et dans une direction telle et si opposée qu'il est impossible de songer aies prendre pour se rendre au marché.

A ces facétieuses anecdotes l'auteur ajoute celleci beaucoup plus grave :

€ Une fois qu'on trouva à propos de la faire retirer avec ses religieuses dans une ville, à cause des ennemis, elle se retira à Châlons où elle se lia avec le comte de Nanteuil. Cela ât scandale : on la mena dans Tabbaye d'une de ses tantes (?) et de là à Paris, où elle mourut. >

Nous ne chercherons point à réfuter ceci : les éléments nous manquent pour le contrôler. Nous savons seulement qu'effectivement en 1636, le pay» de Reims et les campagnes environnantes, ravagés déjà par une maladie contagieuse, se virent me-> nacés d'un autpe fléau non moins redoutable, l'invasion des Espagnols sous les ordres du farouche Jean de Wert. Jamais panique ne fut plus générale. Paris même, à la nouvelle de l'approche de l'ennemi, ressentit une épouvante réelle. Les cruautés commises par les Espagnols et dont on citait d'affreux témoignages remplissaient d'effroi nos campagnes : les paysans se réfugiaient dans les villes, tandis que les moines et les religieuses cherchaient au loin un abri plus sûr que leur monastère. C'est en ces circonstances que les Dames d'Avenay se retirèrent dans leur prieuré de Saint-Joseph de Châlons. Nous n'en pourrions dire davantage et nous nous contenterons d'opposer 2^.ux propos de Tallemant le doute et l'incrédulité qu'inspirent naturellement des imputations dénuées de vraisemblance et de toute espèce de preuves.

En réparation des grosses médisances d^ l'auteur des

408 ABBAYE d'aVENAY

HistoiHettes sur notre pauvre et si intéressante abbesse, nous ne pouvons mieux faire que de reproduire la notice que lui consacre notre Manuscrit dAvenay, < Madame Bénédicte de Gouzague se vit abbesse avant que d'avoir fait profession : c'était une princesse 06 grande espérance, douée de toutes les grâces du corps et de l'esprit, dévote, humble, charitable ; mais ce fut une belle fleur qui ne produisit point de fruit et qui sécha dans son printemps, car étant allée à Montevilliers^ par malheur, le mal contagieux s'j alluma : elle en sortit pourtant et se retira à Paris dans l*hôtel de Nevers ; mais, soit que cet air infecté eust meslé quelque malignité à ses humeurs ou pour quelque autre cause qui n'est pas connue, elle y mourut le 20 novembre 1637, après s'être entièrement résignée à la volonté du Souverain Maistre et avoir reçu tous les secours de l'Eglise pour la fortifier dans un passage si difficile. Son corps fut porté au Val-de-Grâce que la reine Anne d'Autriche fil bâtir depuis avec une si grande magnificence. La pieuse et jeune abbesse voulut que son cœur fut porté à Avenay qui avoit esté toujours l'objet de ses plus tendres affections. Longtemps après, Madame de Sillery, étant abbesse, fit enchâsser dans un cœur de marbre noir le cœur de cette illustre princesse, avec cette épitaphe.

3rg rtpo0e U nrur b'tUuetre prbtceese

filU b( CIjarU» prince be (Bontague, bue be SHanXmt^ laquelle fut abbeeee be réan0 aprée ittabame be damt'^ SlignaUi n'agant que ix ane, et à xxi ane, le rtel Ta ravg be la terre le 21 JPécrmbre 1637 W. ittabame de dillerg, abbesee be cette mateon a fait breeeer cette ept^ taplje pour tesnmtgnage be eon respect. — 1668*

(1) Il y a ici une double erreur chronologique que nous avons eu déjà roccasion de relever. Pour rendi'e moins difii-

MÀt)ÂMB BE7ŒDIGTB DE ÔONZAÔÙË 40Ô

Avant de clore cette notice il nous reste à dire quelques mots de Charles, duc de Nevers, père de nos trois sœurs. Nous avons mentionné sous la date de 1627 qu'il avait hérité de Monsieur de Gonzague d*Italie^ son cousin, des duchés de Mantoue et de Montferrat. Mais la guerre qu'il lui fallut soutenir contre l'Empereur, qui lui en refusait l'investiture, avait achevé d'épuiser sa fortune déjà bien ébranlée par les grandes entreprises de toute sa vie. On disait de lui en cette occasion et en souvenir de Tacquisitiou du Porcien, de la coûteuse fondation de Charleville et du train somptueux de sa maison, qu'eu France, où il était sujet, il s'était toujours-montre en souverain magnifique, et qu'en Italie, où il était souverain, il n'avait plus que la tenue d'un sujet. — Un de' ses généalogistes fait sur lui cette étrange remarque : € Ce fut un très grand prince dont la peau formait une atmosphère, ou tourbillon de feu, à la moindre friction. » Nous livrons à Messieurs de la science cette observation pour ce qu'elle vaut. Charles de Gonzague, duc de Nevers, de Mantoue et de Montferrat, mourait à Mantoue le 21 septembre 1637, un mois précisément avant la mort, à Paris, en l'hôtel de Nevers, de la plus jeune de ses filles. Madame Bénédicte, abbesse d'Âvenay.

A propos de cette double mort, L'Hermite de Vouzelle, frère de Tristan L'Hermite, deux poëtes

elle le choix de Bënëdicte comme coadjutrice, iô duc n^avait Jamais parlé que des huit à neuf ans que pouvait avoir sa allé quand elle n'en avait effectivemeat que six à sept. Née en 1618. comme nous l'avons dit, elle n'avait que sept ans en L625, date de la mort de Madame de Beauvilliers, et seulement dix-neuf en 1637, quand elle mourut elle-même ; fait qui n'avait jamais été constate, mais que l'ëtat-civil établit péremptoirement.

4l0 ÂfeÔAYfi D*AVfiNAV

assez médiocres, pensionnés de la maison de Nevers^ adressait à la princesse Marie le sonnet qui suit :

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