SONNET
Cesse de souspirer Princesse, dont les charmes Se font voir sans exemple et sans comparaison, Et ne murmures plus contre cette saison, Qui de tes chers parens a fîny les allarmes.
Contemple d*un œil sec les matières de larmes Qui depuis quatre mois affligent ta maison Laisse avec la nature esclater la raison Et parmy tant d'assauts reprens enfin les armes.
Regarde sans soucj le throne ou sans ennuy Et ton père et ta sœur sont assis aujourd'huy, Voy comme runiyers leur offre des louanges,
Et regrette leur perte avec moins de douleurs Puisque le ciel t'apprend que les saincts et les anges Veulent plustôt de nous de Tencens que des pleurs.
Lermite de Vouzelle.
La Chette de Phaéton, tragédie, par Monsieur de Vozelle (frôre de Tristan THermife). — A Paris, Cardin Besongne. 1639. —Pet. in -80.
XL^ ÂBBESSE.
Hadame HARIE CAVCHIIIV DE TRESIiUM
(De 1638 à 1666.)
Maison de Cauchon de Treslon. — Qualités de Madame de Treslon. — Nouveau procès avec les chanoines. — Mort du duc de Guise. — Lettre de condoléance à la duchesse de Guise. — Le jeune duc de Guise se jette dans le parti des princes révoltés. — Mademoiselle de Rethelois le ra joindre à Sedan. — Après un grand accueil il la congédie durement. — Il gagne Bruxelles; épouse la comtesse de Bossut qu*il abandonne presqu'aussitôt. — Irritation et dépit d'Anne de Gonzague. — Déportements du duc de Guise. — Anne de Gonzague épouse le prince palatin de Bavière. — Sa vie agitée. Sa mort édifiante. — Haute Jq8<« tice de Madame d'Avenay. — Sentence contre les chanoines. — Marché pour les fournitures de boucherie. — Troublés de la Fronde. — Exactions et violences des troupes de Bina et d'Erlac. — Fuite des Dames d'Avenay. — Chapelles du Saint-Rosaire et de Saint-Joseph. — llort et épitaphe de Madame de Treslon.
En rannée 1638, dit notre Mémoire historique» Madame Marie Cauchon de Trelon succéda à Ma* dame de Gonzague. Maria Cauchon de Trelon abbatiam capessivit anno 1638 tam schedula regia qiiam bullis Pontificiis. — Denedicta eodem anno, V cal, junii. — Obiii non, mai anno 1666. (Gai. Christ.) Elle était d'une des meilleures et des plus anciennes maisons de Champagne, et nièce du chancelier de Sillery, du côté de sa mère.
4iâ ÀbfiAVfi D^AVENàV
— La maison Cauchon, de Champagne, ne semble pas remonter si haut que le fait entendre le Mémoire historique. Selon Juvénal des Ursins, leur premier auteur connu était un simple vigneron d'un des Tillages de la montagne de Reims. Quoi qu'il en soit, dès l'année 1348, on trouve un Remy Cauchon, commandant les milices du pays de Reims, pour le roi Philippe de Valois. Les généa« légistes prétendent que le trop célèbre Pierre Cauçhon, évéque de Beau vais, le juge inique de la Pucelle, était le troisième fils de ce Remy Cauchon, dont les deux autres frères^ Jean et Jacques, formèrent les branches des Cauchon de Gueux et de Sillery, de Maupas, de Treslon et de Condé. On trouve encore les branches des Cauchon de Verzenay^ de Muison, de Léry, de Vigneux, de Dugny, de Neuflize, d'Unchair et d'Avize, toutes issues du même tronc. Laurent Cauchon de Condé, sieur de Treslon et de FaveroUes, père de notre abbesse, était maître des requêtes et conseiller d'Etat. Il avait épousé eu 1587 sa cousine Anne Bruslart, fille du pré^dcnt au Parlement et de Marie Cauchon de Sillery.
€ Madame de Treslon, dit encore notre Mémoire^ étoit une fille d'un grand exemple, aussi Madame de Beauvilliers s'était-elle reposé sur elle de la conduite des jeunes princesses de Nevers. > Nous avons vu que ce fut moins Madame de Beauvilliers que l'archevêque G.ffort qui, appréciant les qualités de Madame de Treslon^ alors Dépositaire, la substitua à Madame Baradat dans la direction dès deux jeunes sœurs. Elle méritait en efiet cette distinction. Nous trouvons à la Bibliothèque nationale (f. latin 12661
i^ 126) une notice qui confirme ce que dit d'elle notre Mémoire historique. € Madame de Treslon estoit toujours la première au chœur, aux veilles, aux jeûnes, à l'oraison. Elle ne se pardonnoit riea et étoit fort indulgente aux autres. Le service de Dieu étoit son unique soin ; tout le reste ne lui pa« roissoit point considérable. Elle ne négligeoit pourtant point les affaires de sa maison... »
Nous trouvons la preuve de sa sollicitude sur ce point dans les actes qui nous restent de son administration et dans les minutes dii notariat d*Avenay. L'on a vu d'ailleurs comment, durant la minorité de Madame Bénédicte, elle avait déjà géré les affaires de la communauté
Le premier document dont nous ayons à nous occuper est au sujet d'un nouveau conflit entre Madame de Treslon et Messieurs les chanoines. Renouvelant d'anciennes prétentions, ces derniers affirmaient qu'à eux appartenait le droit d'administrer les sacrements aux Dames religieuses et à leurs domestiques ; tandis que l'abbesse et ses sœurs soutenaient qu'à elles compétait le droit de faire choix de tel prêtre que bon leur semblait, suivant les anciens privilèges donnés à leur maison par le Saint-Siège. Sur quoi, sentence en l'offlcialilé de Reims intervint le 26* mars 1639, qui déclarait les Dames de Saint-Pierre d'Avenay maintenues dans leur droit, et Messieurs les chanoines déboutés.
Nous renvoyons à V Appendice l'analyse de quelques actes des premières années de Madame de Treslon pour donner place à des souvenirs d'un autre genre : car ce n'est point, selon nous, interrompre l'histoire de son abbatiat que de mêler à
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notre récit les faits relatifs à la sœur de Madame Bénédiéte. Les cérémonies funèbres auxquelles donna lieu la mort de la jeune abbesse^, devaient ramener à Avenay Mademoiselle de Rethelois et avec elle la princesse Marie, fille ainée des Gonzague. Précédemment brouillées, les deux sœurs, réconciliées par la force des événements, rapportaient de Paris en réglise de Saint-Pierre, religieusement enchâssé dans un précieux reliquaire le cœur de l'abbesse regrettée.
Quoique son âme fût profondément touchée de la double perte qu'elle et sa sœur Marie venaient d'éprouver, Anne de Gonzague ne put se défendre d'une autre impression. La mort de son père l'affranchissait. Dans les épanchements que dut provoquer leur rapprochement, Anne ne put taire à sa sœur les sentiments qu'elle avait inspirés à Henri de Lorraine qui voulait l'épouser, résolu depuis longtemps, disait-elle, à quitter l'état ecclésiastique et à rentrer dans le monde. L'histoire ne dit point comment la future reine de Pologne accueillit cette confidence imprévue, mais en plein accord sur ce point avec l'abbesse. Madame de Treslon, elle n'eut point de peine à décider Mademoiselle de Rethelois A la suivre en Nivernais, où, par suite de la mort de leur père, de graves intérêts étaient à régler entre elles et nécessitaient leur présence.
Les deux princesses ne firent pas long séjour dans le Nivernais, car nous les retrouvons dès l'année suivante à Paris, installées dans l'hôtel de Nevers, la maison paternelle. C'est là sans doute qu'Henri de Guise, tout à sa passion, renouvela ses visites et ses instances^ auxquelles ne devait pas longtemps
MADAMB MARIS DS TRESLON 4i&
résister la belle et imprudente Anne de Gonzague. € Maltresse de ses désirs, a dit Bossuet, elle vit le monde, elle en fut vue, bientôt elle sentit qu'elle plaisoit, et vous savez le poison subtil qui entre dans un jeune cœur avec les pensées ; ces beaux desseins furent oubliés. >
Cependant le duc de Guise, père de notre problématique archevêque y venait de se brouiller avec le cardinal de Richelieu à propos de l'amirauté du Levant et de 3on attachement aux intérêts de la reine-mère. Retiré d'abord à Florence avec sa famille, il mourait à Côni, dans le Viennois, le 30 septembre 1640. — Par cette mort, notre jeune prélat^ devenu l'ainé et le chef de la maison de Guise (son frère, le prince de Joinville, étant mort lui-même quelque peu avant son père), se hâtait de renoncer à ses nombreux bénéfices, de quitter l'état ecclésiastique pour lequel il avait peu de vocation et de paraître dans le monde sous le brillant litre de duc de Guise. A cette époque, les liens plus ou moins réguliers que les grilles du parloir avaient vu naître entre le prince lorrain et Mademoiselle de Rethelois, étaient restés secrets, même et surtout pour le duc et la duchesse de Guise, alors en Italie. La mort du duc fournit à Aiine de Gonzague l'occasion de se rappeler au souvenir de sa cousine, sans cependant oser encore rien révéler de sa position, que Henri s'était réservé le soin de faire agréer. Nous avons sous les yeux la lettre de condoléance qu'elle écrivit d'Avenay à la duchesse. Le style en est des plus remarquables et n'a plus rien de l'enfant.
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Madame,
J*oso espérer que vous serez desia persuadée de tous les ressentiments que j'ai deu avoir de vostre extresme douleur et que sachant toutes les obligations que j*aj à vos boutez que vous n'aurez pas besoing de ceste lettre pour crore la part que j'ay prise à votre malheureuse perte de laquelle Madame je n'ozeray pas parler davantage de peur d'en renouveller vostre desplaisir. Je me contentera donc de la plaindre avec vous et de prier Dieu qu'il vous donne les consolations nécessôres à de si grans maux et à moj les aucasions de vous tesmoigner par mes très humbles services que je suis avec toute sorte de passion et de respect, Madame,
Vostre trôs humble cousine et servante, Anne de Gonzagub.
A Madame Madame la duchesse de Guise.
(Avec cachet aux armes, cire rouge et lacs de soie jaune.)
Ardent, impétueux, impatient de jouer un rôle, mécontent surtout de celui que lui voulait imposer le cardinal de Richelieu, le nouveau duc de Guise s'était joint aux ennemis de Richelieu et avait gagné Sedan, souveraineté indépendante, que le duc de Bouillon avait ouverte au comte de Soissons et aux seigneurs de son parti. De là le duc, encore dans Tardeur de sa passion, écrivait à Mademoiselle de Rethelois qu'elle eût à le venir joindre» ayant le ferme désir de faire ratifier et solennellement -célébrer leur mariage quelque peu clandestin. Anne de Gonzague, retirée à Neverj, avait reçu du roi Tordre d'y attendre son bon plaisir. Mais, pressée par le duc, notre héroïne partit à la dérobée et sous un déguisement d'homme, s'achemina vers Sedan. Averti de son approche le duc vint audevaut d'elle, à deux journées de Sedan, et l'accueillit
avec toutes les démonstrations de joie et de tendresse. Mais ce fut là aussi^ parait-il, le terme fatal de cet amour. En pleine possession de celle qu'il avait si ardemment souhaitée, le duc pressentit les embarras, les soucis qu*une personne de son sexe, de son âge et de son rang lui seraient dans les conflits auxquels l'exposerait son séjour parmi les princes révoltés. Bientôt sa présence lui devint à charge, et il n'eut point de repos qu'il ne l'eût déterminée à quitter Sedan, et à reprendre, à son choix, le chemin de Nevers, d'où elle s'était échappée, ou d'Âvenay, où elle était assurée d'un honnête et convenable refuge. Dès ce jour l'imprudente Anne put comprendre le sort de son amour. Elle reprit tristement le chemin d'Avenay.
Cependant, le duc de Guise, aussi inégal dans ses affections qu'irrésolu dans ses idées politiques, Tesprit toujours plein de chimères, n'avait point attendu Tissue de la bataille de Marphée, où périt le comte de Soissons, pour quitter Sedan et les princes ligués. Déjà nous le trouvons à Bruxelles pour y négocier, disait-il, un traité avec les Espagnols afin de mieux combattre le cardinal ministre. C'est là, qu'oubliant ses engagements avec Anne de Gonzague, il devint éperduement épris de la comtesse de Bossut, qu'il épousa effrontément \e 11 novembre 1641. Honorée de Glimes, veuve depuis peu, était effectivement d'une beauté remarquable : mais elle n'en devait pas moins, à quelques mois de là, être oubliée de son épouseur qui, toutefois, ne la quitta qu'après l'avoir entièrement ruinée.
A la nouvelle de l'infidélité, de la trahison de celui dont elle se prétendait la légitime épouse, on
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juge du dépit et de l'irritation de la sœur de Madame Bénédicte. C'est alors qu'outragée et méconnue, elle écrivit le récit qu'on va lire. C'est une protestation contre le mariage de son infidèle avec la comtesse de Bossut. Malgré son étendue, cette pièce est trop curieuse et trop mêlée à l'histoire de notre pays pour que nous ne la donnions pas ici. Il est certain qu'elle fut écrite sous les voûtes du monastère d'Avenay où s'était réfugiée la pauvre délaissée, après cet aventureux voyage de Sedan U>.
Protestation de la princesse de Gonzague contre le 'prétendu mariage du duc de Guise et de la comtesse de Bossu.