MADAME DE SILLERY
qualités les plus aimables : son âme était aussi belle que son corps ; elle avait la physionomie heureuse, le port grave et religieux, l'air noble et les manières aisées, et possédait en un mot Fart de plaire et de charmer. Une fois admise à prononcer ses vœux, dès rage de dix-neuf ans, elle fut un grand modèle et un fameux exemplaire de la plus haute perfection pour ses anciennes et pour ses égales. »
Un caractère si rare décida Madame de Treslon à la demander au roi comme coadjutrice. Elle accepta cette charge avec obéissance et soumission. Elle eut besoin, en effet, en ce nouvel emploi, de toutes les vertus dont elle avait fait l'apprentissage, car elle fut éprouvée par les endroits les plus sensibles et les plus délicats. L'auteur de VOraison funèbre ne nous fait point connaître le genre ni les motifs de la persécution qu'elle eut à subir en ce temps : sa foi surmonta tout, dit-il, et elle pria pour ceux qui la persécutaient.
Il serait difficile aujourd'hui de préciser les causes de cette persécution. On suppose que les grâces, la beauté, les manières aisées de la jeune coadjutrice, en lui gagnant les sympathies générales, éveillèrent aussi quelques critiques. Les visites au parloir de parents et d'amis qui tous n'étaient pas d'une vie irréprochable donnèrent lieu à des médisances, à de malins propos que la haute vertu de Madame de Treslon et la oonfiance illimitée qu'elle avait en sa coadjutrice ne suffit point à conjurer. De fâcheuses impressions restèrent dans le public, et Madame de Sillery en eut beaucoup à souffrir.
« Cependant, ajoute Je P. Floriot, loin de s'animer ou de s'emporter contre ses adversaires, elle
excasa leur faux zèle et ne permit jamais qu*on en parlât mal en sa présence, et je dirais volontiers de notre jeune coadjutrice, qu'elle fut éprouvée de toute manière, et que cette persécution ne rendit que plus éclatantes ses grandes qualités et sa vertu. >
Madame de Treslon, on l'a vu, mourut plus accablée de ses travaux que du nombre de ses années. Madame de Sillery, qui était sa coadjutrice depuis 1645, c'est-à-dire depuis plus de vingt années, n'eut qu'à continuer sous le titre d'abbesse le gouvernement que lui laissait Madame de Treslon et dont elle avait partagé le fardeau.
Nous devons à l'obligeance de M. ûuchesnois, de Beims, la communication d'une pièce fort importante que lui ont fournie les archives de l'ancienne officialité métropolitaine.
7 mai 1666. — C'est l'acte de prise de possession de Tabbaye par notre coadjutrice alors dans sa 40* année. On y trouve tout le cérémonial observé en cette circonstance, cérémonial dont pour aucune des abbesses qui précédent nous n'avions pu parler avec certitude. On lira volontiers cet intéressant procès-verbal :