INTERRÈGNE
C'est après cette époque, et sous les abbesses dont on ne nous a pas conservé les noms, que se produisirent la plupart des miracles par lesquels, au dire des légendaires, Dieu voulut bien manifester la gloire et le mérite de la sainte fondatrice.
Nous placerons en premier lieu le récit de la translation des restes de l'époux de sainte Berthe ; mais il nous faut avant rappeler ce que devint le pieux Gombert après la fondation du monastère Saint-Pierre, en la porte coUatrice ou bazilicaire de Reims. Enflammé d'un saint zèle, et ayant entendu qu'une nation qui habitait bxlx conûns d' A Itissol, qu'on croit proche du pays d'Ecosse, était viciée et tout adonnée à l'idolâtrie, Gombert, assuré de la sauvegarde de Jésus-Christ, se rendit aux lieux en question, et, par sa prédication chrétienne et ses actes vertueux, parvint à convertir bon nombre d'infidèles et d'idolâtres. C'est qu'effectivement il joignait aux enseignements les actes d'une fervente charité, ultra vires dabat Pauperibus. Sous l'inspiration de Dieu et de ceux de sa compagnie qui le suivaient en cette cruelle et barbare nation, il fit édifier un autre monastère qu'il dota et enrichit du surplus des trésors qu'il avait apportés avec lui. Mais ceux qu'un si saint exemple ne sut toucher, s'étant mutuellement excités et animés de courroux contre le contempteur de leurs dieux, entreprirent de le chasser de leur île. Ce à quoi ne pouvant arriver, « un jour entre les autres, ainsi qu'il faisoit prière et oraison en sondit monastère, advint qu'il fut environné des cruels et mescréans idolâtres, par lesquels fut traité inhumainement , le flagellant et bastant ignominieusement, lui faisant endurer des
SB ABBAYE D^AVENAV
maux innumérables, et non se contentans de ce^ l'ont durement et estroitement lié de grosses cordes et dures chaînes... Et voyant qu'il estoit si ferme et stable, et qu'il persévéroit ainsi en ses prières, vint un d'iceux idolâtres en grande furie et témé-»rite le charpenter et trancher de son glaive tranchant, et de son glaive le transperça au travers du corps, et ainsi lui donnèrent lesdits idolâtres la palme du martyre. »
Or, parmi les filles de la communauté et dans la monastère même où était inhumée la sainte fondatrice, vivait encore, après quelques années, cette malheureuse Muncie, la cause première de la mort de Berthe. Une nuit donc que la coupable dormait, lui apparut la sainte abbesse qui lui dit : « Muncie, si tu veux pardon de ton détestable crime, il te faut transporter aux lieux où gist le corps de mon époux et maître, et faire diligence pour l'apportep ici et le placer près du mien. » — A cette vision, Muncie, toute troublée et se sachant ^i coupjable, dit : « 0 dame et vénérable mère, comment me sera si grand péché pardonné ? Je me soumets bien volontiers à vos ordres; mais comment saurais-je inon pardon? — Tu le connaîtras, lui dit la sainte, par ce moyen qu'aussitôt la réunion du corps de mon époux au mien, tu jetteras du sang par le nez et la bouche. > Ce qu'ayant Muncie entendu, s'est levée en grande joie pour se préparer à l'accomplissenien^ de sa mission. Ayant donc déclaré sa vision ethum^ blement demandé congé, elle partit en diligence pour le lieu où reposait le corps de saint Gombert et obtint facilement des idolâtres ce qu'ell^ voulait et rapporta avec joie et grand honneur au monas?^
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tère d*Avenay le corps de saint Gombert, qui fut mis avec toute pompe et solennité près de celui de Madame sainte Berthe.
Or Toulant Muncie connaître si son crime lui était pardonné^ alla vers le tombeau de sainte Berthe et tenta d*en soulever la pierre, mais aussitôt le sang lui sortit par le nez et par la bouche, et elle connut que son péché lui était remis, et depuis vécut très-saintement.
Flodoard assure que, dès ce temps^ il s'opéra d'autres miracles par l'intercession de la âainte martyre, mais qu'on a négligé d*en conserver le souvenir par écrit.
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II« ÂBBESSE.
Hadame BBRTHfi II.
Titres piimitifs de Tabbaye, perdus. — Madame Berthe, deuxième du nom, ÛUe de Tempereur Lothaire I^r. — Lettres d*Hincmar à Madame Berthe, à rimpératrice Irmengarde.
Dans les procès que, pour la défense des droits et privilèges de leur maison, las abbesses eurent parfois à soutenir, il est arrivé que, dans la chaleur des débats, la partie adverse aitnaii a mettre en doute le titre de fondation royale dont les dames d'Avenay se prévalaient pour la justification de quelquesunes de leurs prétentions. Il est bien certain que le titre même de la fondation ne s'est point retrouvé et que les cartulaires de l'abbaye, dont le plus ancien titre connu ne remonte qu'à l'année 1050, ne le fournissent point. Mais la lacune même qui existe entre l'époque de la mort de sainte Berthe et, après elle, le règne de la première des abbesses connues, nous autorise à croire que le monastère eut beaucoup à souffrir des divisions, des guerres et de l'anarchie qui signalèrent l'époque mérovingienne, et que les titres primitifs de l'abbaye, avec la meilleure partie des legs et donations de Gombert et de Berthe, furent engloutis dans ces premiers désastres. Puis, il ne faut pas perdre de vue la haute naissance des deux époux fondateurs et le crédit