‹ Histoire de l'Abbaye d'AvenayChapitre 5 sur 42 · MADAME BERTHE II · texte numérisé non relu

MADAME BERTHE II

dont ils jouissaient l'un et l'autre à la cour des rois mérovingiens. L'auréole de sainte Berthe était encore, au ix« siècle, si resplendissante, et le gouvernement de son monastère si ambitionné, que nous voyons des princesses du sang royal continuer à briguer l'honneur de lui succéder et à se dire abbesses de Saint-Pierre d'Avenay.

La première que nous puissions citer est Madame Berthe, deuxième du nom. Flodoard n'hésité pas à la dire fille de l'empereur Lothaire P'. Il n'y a pas de diflSculté qu'lrmengarde, fille deBozon, comte de Tours, ne fût femme de l'empereur Lothaire I®', qui l'avait épousée dès l'année 822. Il est également certain qu'ils eurent une fille que les historiens de l'époque disent avoir été mariée au comte Bérafiger. Si cette union eut lieu, il est vraisemblable qu'après la mort de celui-ci, la fille d'Irmengarde et de Lothaire prit le voile et fut instituée, vers 849, abbesse de Saint- Pierre d'Avenay.

La lettre à l'abbesse Berthe n'est rapportée par Flodoard qu'après celle que l'archevêque de Reims écrivit vers le même temps à Timpératrice Irmengarde. Ces lettres ne sont pas datées, mais il nous semble que toutes deux furent écrites de 850 à 855, et que la priorité appartient à celle destinée à notre abbesse, puisqu'il y est fait allusion à sa prise de possession dès son arrivée en France ; ce qui implique l'opinion que cette princesse, avant son élection, vivait à l'étranger, sans doute dans une des villes d'Allemagne, de Lorraine ou d'Alsace, encore soumises, malgré les troubles de l'époque, à la domination de l'empereur Lothaire.

S'il faut s'en rapporter à la tradition, atant d'être

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pôuryaè de Tabbaje d'Âvenny elle avait èiÀ iliariée au comte Béranger et n'aurait pris le voile que du consentement ou après la mort de celui-ci. La lettre d'Hincmar fait allusion à son séjoilr horâ dé France. Elle est relative aux vexations c^xie depuis son arrivée dans le royaume» postqutxm in koô regmim illa deveneret, dit Flodoard/ leâ hommes de i'abbesse faisaient souffrir aux moines et aux serviteurs du monastère d'Hautvillers et des autres villages de l'Eglise de Reims. Hincmar la prie en conséquence < de donner toute sa vigilance et tous ses soins à ce que TÉgKsé de Reims n'ait pas i souffrir des préjudice^ si grands et si incro;f ables de son voisinage, qui devrait être pour cette Eglise une source de joie et de consolation à cause de sa bonne vie et de sa sage conduite : de quâ solamen et gaudhtmprotpsius bonaviiaet sobria conversor tione habere debebat. En agissant ainsi, ajotite révèque, elle se rendra Dieu propice, elle se conciliera la Sainte Vierge et âaint Rémi, et obtiendra de lui-même la bienveillance épisco{)ale. Si, au contraire, elle néglige de punir ses gens, il sera forcé d'en instruire le roi : et si le mal s*aggràve, il sera dans la nécessité de déployer contre elle et les siens la sévérité du ministère ecclésiastique^ conformément aux saintà canons. »

A quelque temps de là, les rôles semblent changés : ce ne sont plus les intérêts de l'Eglise qui sont mis en souffrance par les hommes de I'abbesse, mais bien les domaines de Saint- Pierre d'Avenay qui sont en butte aux exactions, aux violences des hommes d'Hincmâr, et c'est la mère de Berthe, l'impératrice Irhlengarde elle-taiémè,> qxii

ItADAMB fiERTHB U. 31

m adresse ses plaintes à rarchevèqne de Reims.

En réponse à la letti^e de ^impératrice, qui lui mande avoir reçu l'avis que, par ses propres ordres, on atait commis de grands dégAts sur les biens du monastère d'Areiiay appartenant à sa fille Bei^the, Hincmar af&rme 4: que c'est le démon qui, en sa qualité de père du mensonge, a pu mentir ainsi par la bouche de ses accusateurs. Que quelques-uns de ses homnies, ajoute-t-il, aient agi injustement envers ce inonastère^ il ne lé nie pas, mais il affirme l'avoii^ ignoré et n'y avoir jamais consenti, et que tout s'est fait contre sa volonté. >

< Quant à la manse que l'impératrice dit avoir été injustement distraite de ce monastère, il proteste que jamais, autant que sa conscience lui en donne le témoignage, il n'a enlevé une manse à qui que ce soit : qu'au contraire, il a demandé au roi et en a obtenu qu'il envoyât ses délégués pour examiner l'aflFaire avec soin et prononcer avec impartialité entre l'Église de Reims et le monastère d'Avenay ; qu'ayant, pour ce qui le regarde, abandonné ses biens à Jésus-Christ, il n'a ni la volonté, ni le besoin de ravir le bien d'autrui. Toutefois, il ne voudrait pas non plus, par sa négligence, abandonner sans motifs et sans loi les biens qui lui sont confiés. »

Le surplus de la lettre d'Hincmar est très-curieux. On y voit que, dès ce temps, des faits répréhensibles, des désordres fâcheux s'étaient produits dans l'intérieur du monastère. Ce relâchement dans la discipline s'expliquerait assez naturellement par rétat social de l'époque et peut-être aussi par le défaut de surveillance et de direction de la supérieure, car s'il étaitglorieux pour la maison d'avoir

8â ABBATB 0'A\'E2fAT

une princesse du sang royal pour abbesse, il faut bien admettre qae la résidence n'était point pour celle-ci d'une rigueur absolue.

€ Au surplus, » écritHincmarà l'impératrice, < il existe au sujet du monastère d'Âyenay plusieurs points à propos desquels il abesoin de l'intervention de rimpératrice et de sa fille. Il la prie en conséquence d'envoyer un messager fidèle et habile qui, joint à celui de Tabbesse, auront à s'entendre avec lui sur les réformes à effectuer^ et qu'ils voient ce que leur suggérera l'état des choses pour éviter à l'avenir tout inconvénient ou danger pour elles et pour lui. Il la prie d'être toujours sur ses gardes, afin de ne pas accorder facilement sa confiance aux rapports d'autrui, surtout quand il s'agit des prêtres de Jésus-Christ. »

IIP Abbesse.

Hadame TEIJTBERC^E.

Teutberge, impératrice, répudiée. — Hincmar, légat du pape, chargé par le Saint-Siège de réviser TafFaire de Teutberge. — Lothaire excommunié. — Soumission de Lothaire. — Teutberge réhabilitée, puis répudiée de nouveau, — Abbesse d'Avenay. — Dénombrement des biens et revenus de Tabbaye. — Incertitude sur les dernières années de Teutberge. — Vol du trésor de Tabbaye.

L'histoire a consacré les malheurs de la reine Teutberge : nous ne dirons seulement que ce qui est nécessaire à l'histoire qui nous occupe.

L'empereur Lothaire I®' avait partagé ses états entre ses trois fils, Louis, Charles et Lothaire. Vers l'an 855, celui-ci, à qui était échu le pays situé entre la Meuse et le Rhin, pays qui , du nom de son père et du sien, fat appelé la Lorraine^ avait pris pour épouse, vers l'an 851, Teutberge, fille du comte Bozon et sœur d^Hubert, duc de la Bourgogne transjurane; mais, peu après son mariage, entraîné par de folles passions, Lothaire répudiait Teutberge pour épouser la belle Walrade, sœur de l'archevêque de Cologne, et, voulant (légitimer son divorce, il accusait Teutberge d'un commerce honteux avec son propre frère Hubert , que nous venons de nommer. Puis, ayant acheté la connivence de quelques évêques lorrains, il obtint d'une assemblée, tenue à Aix-la-Chapelle, où ces derniers

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l'appuyèrent^ la consécration de son divorce et la légitimation de son union avec Walrade. L'opinion publique se souleva contre cette inique résolution, et Teutberge, échappée à ses persécuteurs, en appela au Saint-Père. Nicolas !•' chargea Hincmar d'examiner TafiFaire, de prendre, s'il y avait lieu, la défense de Teutberge et de combattre l'iniquité de ses persécuteurs : ce que fit Tarchevêque^ dans un Mémoire rempli des plus pressants témoignages de l'Écriture et des saints Pères. Voy. Marlot. Le résultat de ces nouvelles informations fut l'excommunication de Lothaire et des évèques qui l'avaient approuvé et soutenu dans ses déportements ; mais l'affaire n'en prit pas moins de nouvelles et inquiétantes proportions, et faillit troubler TÉglise entière. Le concile d'Aftigny, tenu en 865 par Arsène, légat du pape Nicolas P', condamna Lothaire et le contraignit de reprendre Teutberge. Lothaire n'en continua pas moins sa résistance et son inconduite. Adrien II, parvenu au pontificat avant l'extinction du scandale, enjoignit à l'archevêque Hincmar, dont il connaissait l'incorruptible fermeté, de tenir la main aux conséquences de l'excommunication, le créant son légat dans les Gaules jusqu'à l'entière soumission de Lothaire et de ses adhérents. Eclairé sur les diflScultês de sa position, plutôt qu'amélioré et convaincu, Lothaire se rendit à Rome en suppliant, et obtint de la modération du Souverain Pontife la remise de sa peiné. Teutberge rappelée, puis bientôt après répudiée de nouveau, eut à subir toutes sortes d'avanies et de misères auxquelles elle n'échappa derechef qu'en se réfugiant près du roi Charles-le-Chauve, qui,

MÀDAHB TEUTfiERQB. 35

après la mort de Berthe II, lui donna, selon ses vœux, pou^r asile, l'abbaye d'Avenay. Le P. Daniel ajoute : € c'est-à-dire le revenu de ce monastère, car rien â'était plus commun alors que de voir des abbesses et des abbés séculiers et mariés. » La lettre d'Hincmar à Tabbesse Teutberge prouve que cette princesse prit au sérieux la charge que, dans son infortune, elle avait sollicitée, et qu'elle se fit, du moins pour un temps, un devoir de là résidence. En eflfet, cette lettre si précieuse pour l'histoire de notre abbaye au ix* siècle, nous apprend que la reine Irmentrude, femme du roi Charles-le-Chauve, et sœur de Teutberge, en vue de la prise d'habit de celle-ci, et de la charge qu'elle allait prendre, ne dédaigna pas de s'occuper du monastère d'Avenay, et, de concert avec l'archevêque de Reims, d'en préparer l'utile réformation.

Hincmar y dit qu'il à fait le dénombrement des biens de l'abbaye, des terres dont les revenus doivent servir à l'entretien du personnel de la niaison. Ces biens se composent de onze cent cinquante manses^ maisons ou fermes, à l'aide desquelles il pourvoit à la subsistance et aux besoins des clercs et des nonnes dont, d'un commun accord avec la reine, il a fixé le nombre : les clercs à vingt et les nonnes à quarante. Ils ont également pourvu aux choses du saint ministère, du luminaire et des autres objets nécessaires à la direction du monastère.

Hincmar apprend ensuite â Teiitbisrge que Nivard, archevêque de Reims, et frère de saint Gombert, a fait construire aux frais de son église le monastère d'Hautvillers, tandis que Gombert lui-même, époux

36 ABBAYE d'avENAY.

de sainte Berthe, élevait celui d'Avenay de ses propres revenus et aidé des donations de quelques geûs de bien ; qu'il l'a donné à FÉglise de Reims^ ce qui, ajoute-t-il, se voit clairement par les chartes du temps; mais que, depuis longtemps, ce monastère, comme d'autres propriétés de la même Eglise, était^ en vertu de donations royales, possédé par des étrangers.

Telle est l'analyse, donnée par Flodoard, de la lettre d'Hincmar à la reine Teutberge prenant possession de rhéritage de sainte Berthe et de saint Gombert, L'histoire ne dit pas précisément combien d'années elle le gouverna. On croit seulement savoir que, rappelée sur le trône par la volonté souveraine de son époux, elle en fut de nouveau repoussée, et alla finir ses jours à Metz, dans un monastère dont on ne nous a pas donné le nom.

Mabillon, dans ses Annales bénédictines ^ t. III, p. 3, dit que, du temps de Teutberge, un voleur s'introduisit dans le monastère et en déroba le trésor. « Bjus tempore furto abstractus thésaurus hujus loci : unde Hincmaras scripsit pro quodam preshitero Avenaci monasterii^ qui dénotabatur super thesauro ipsius ecclesiœ dudum perdito, »

IV* Abbesse.

Hadame BERTHE, 8* du nom.

Berthe III honorée des lettres du Souverain Pontife. — Son voyage à Rome.

Nous n'avons rien recueilli sur l'origine de cette troisième Berthe, dont fait mention le catalogue des abbesses d'Ayenay ; suivant Flodoard et le Mémoire historique déjà cité, elle était Toccasion d'une correspondance entre le pape Formose et Foulques, archevêque de Reims^ successeur d'Hincmar, et elle était souvent honorée des lettres du Pontife souverain. € Or, ajoute le Mémoire^ pour avoir entretenu un commerce aussi illustre, il faut qu'elle ait été d'une grande naissance ou d'un mérite extraordinaire, et peut-être tous les deux. Il paraît qu'effectivement elle entreprit, en 893, le voyage de Rome, qu'elle y fut reçue avec grands honneurs : que le pape Formose la chargea de lettres de consolation pour l'archevêque Foulques, et que, suivant le Gallia Christiana, par ces mots : Lettres de consolation^ on doit entendre la confirmation ou restitution des droits sur l'abbaye d'Avenay, qui avaient été conférés à l'Église de Reims par saint Gombert lui-même : droits qu'elle avait perdus déjà depuis longtemps, et qui avaient été exercés par des étrangers, ainsi qu'on l'a dit à l'article de Berthe II.

Ile INTERRÈGNE.

Vide dans Thistoire de Tabbaye. -*- Ârtalde indemnise de la perte de son archevêché par le don des abbayes de Saint-Basle et d'Avenay. —Lutte des grands vassaux contre la couronne. — La maison de Roucy. — Mareuil fortiâë. — Mort de Renaud de Roucy. — Translation de9 reliques de sainte Berthe et saint Gombert. — Guërisons miraculeuses d*Almain. — Incendie du bourg d'Avenay. — Renommée de son pèlerinage.

Pe l'époque de Berthe III au temp$ de Mar d^pie Aeiis, il existe une lacune d*envirpii 150 an9 qu'on ne sait comment remplir. Le manmerit (TA-venay qi|e nous ^vcps cité parle d'un vide de 160 ans. < II ne faut pas s'en étonner^ ajoute notre chronique, car il y £i apparence qu'en ces temps-là^ on s'emparait (l^s biens du monastère d'Ayenaj, comme de beaucoup d'autres abbayes, puisque Ârtalde, archevêque de Reims, ayant été chassé de son siège, on lui donna, pour le dénomma* ger de sa perte, l'abbaye de Saint-Basle avec celle d'Aye^ay (i), et Louis-le-Débonnaire, longtemps

(1) Hugo Princeps fllius Roberti Junctis sibi quibusdam episcopis tam Francise quam Burgundise cum Heriberto comité et Willelmo Normanorum principe, Remenseqi obsidet urbem, sextaque obsidionis die deserente omni pêne militari manu Artoldum episcopum et ad Heribertum transeunte, idem comes Heribertus urbem ingreditur. Artoldus prœsul ad sanctum Remigium, evocatione procerum et episcoporum profectus persuasus est^ vel conterritus a principibus, episcopii se procuratione vel potestate abdicare, concessaque sibi abbatia sancti Basoli et Avennaco monasterio, ad sanctum Baaolum commoraturus abscessit post annos octo et menses septem in episcopatu exactes. (Flod., lib. IV, ch. 28.)

U* INTBRB£6N8. 09

auparavant, avait donné en dot à sa ôlle Alpha'ide l'abbaye de Saint-Pierre de Reims, fondée, comme nous avons dit, par saint Gombert, car ia plupart des grandes abbayes se donnaient alors pour récompense aux grands seigneurs^ et aux enfants des rois pour apanage, en sorte qu'elles faisoient partie de leur succession et passoient à leurs enfants. »

C*est précisément durant cet interrègne qu'il faut placer les luttes des grands vassaux contre l'autorité royale, et notamment les violences et les usurpations de ceux de la maison de Roucy. On sait le rôle bruyant que jouèrent plusieurs de ses membres dans l'histoire de notre Champagne. Rappelons que c'est au premier de cette race, à ce Renaud qui, entre autres titres, prenait ceux de comte de Reims et de vicomte de Mareuil, que sont dues la construction du château de Roucy et les premières fortifi-r cations de Mareuil. Les généalogistes qui nous donnent le sommaire de la vie de ce belliqueux personnage, nous disent qu'en ce château de Roucy, il soutint, en 948, un siège en règle entre Hugues-le- Grand, duc de France et de Bourgogne, qu'il en-^ toura Mareuil de fortifications, prit Châtillon, fit trêve, au nom de Louis-d'Outremer, avec Hugues, en 949, rebâtit Mareuil, pris et brûlé par les par-: tisans de Hugues, fourragea le territoire de Vitry, fortifia Pontyon en 952, reprit Roucy qui avait été surpris par Herbert III, comte de Vermandois, lui enleva le fort de Montfélix, près d'Epernay , l'an 954, fut excommunié par Adalric et tué dans une bataille près Péronne, par Régnier III et Lamr bert I«r, comte de Mons-en-Haynaut, le 19 mars 973. Renaud de Roucy fut inhumé dans l'abbaye de

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Saint-Remi de Reims, comme portait son épitaphe. Il avait épousé Albrade de Lorraine, fille de Gilbert, duc de Lorraine, et de Gerberge de Saxe. Nous avons tenu à rappeler ces faits du premier des Roucy, dont quelques-uns des descendants ont marqué dans l'histoire de notre abbaye.

C'est encore à cette période d'années, au temps de Tarchevêque Artalde, qu'il faut rattacher le récit suivant, autant, il est vrai, du ressort de la légende que du domaine de l'histoire.

4c Nous devons raconter encore comment eut lieu la dernière translation du corps des bienheureux époux, car il est à savoir que longtemps après leur mort, ils étaient restés ensevelis près de la chapelle de la vierge Marie, désignée plus tard sous le vocable de Notre-Dame-des-Neiges, àAvenay, où n'était célébrée d'eux qu'une faible mémoire et non grande comi.aémoration, comme il convient à si grands saints; et leur sépulcre était rempli d'eau. Une nuit donc qu'un nommé Bernard, homme pieux et pratiquant les bonnes œuvres, prenait son repos, il eut en apparition saint Gombert et sainte Berthe, qui lui dirent : « Bernard, va en diligence trouver l'archevêque Artolde, et dis-lui qu'il lève noscorps dulieu où ils sont en sépulture et si peu vénérés! » Quoique fort ému de cette visif»n, Bernard voulut attendre que Dieu se révélât à lui de nouveau avant d'aller trouver l'archevêque, ce qui bientôt arriva, car saint Gombert lui apparut derechef, lui faisant reproche de son peu de foi, ce qui détermina ledit Bernard qui, dès le lendemain, se levant de grand matin, alla au lieu où se tenait alors l'archevêque Artolde ; mais étant arrivé non loin de sa résidence,

11^ INTGHHÈGNË. 41

il commença à retomber dans le doute, ne sachant s'il devait avancer ou reculer, et en cette perplexité, s'en retourna sans rien déclarer. Or, un mois après, il advint que ledit Bernard étant en l'église où reposaient les corps de saint Gumbert et de sainte Berthe, subitement lui apparurent dans une grande lumic^re les bienheureux saints susdits^ lesquels^ la face couronnée, lui dirent : Pourquoi as-tu douté de faire ce qui t'était commandé ? A cette nouvelle apparition, l'homme pieux épouvanté vint à tomber si malade, qu'on pensait ne jamais pouvoir le sauver. Ayant enfin raconté sa vision, on la fit connaître à l'archevêque, lequel vint audit lieu, leva les saints corps, et les transféra en grande pompe au vénérable monastère de Saint-Pierre d'Avenay (i), où grand nombre de miracles vinrent bientôt signaler leur puissance : desquels^ par négligence et faute d'historiographe, on n'a tenu écrit, ce qui est cause du petit nombre dont toutefois nous parlerons.

€ Quelque temps après cette translation, un jeune garçon nommé Almain, privé de raison et d'entendement, fut amené au tombeau de sainte Berthe et de saint Gombert. Se mirent aussitôt les vierges et religieuses en dévotes prières, et cependant la doyenne ou trésorière du couvent vint jeter de Teau bénite sur le pauvre malade et incontinent l'esprit immonde qui le possédait cessa de le tourmenter et le jeune enfant se trouva guéri.

(1) Domînus vero archipresul Artoldus ad locum eumdem venit et sancta eorum corpora à loco in quo jacebant levavît, et in monasterio beati Pétri cum magoo honore transtulit.

42 ABBAYE d'aVENAY

« Puis un jour advint au dit lieu d'Avenay, par la singulière et infernale machination de l'esprit malin, un terrible incendie qui avait déjà consumé la plus grande partie de la ville et menaçait de se prendre es maisons de Tabbaye. Ce que voyant, nos pieuses sœurs prirent en diligence le corps de leur bonne mère, Madame sainte Berthe, et allèrent au devant des flammes qui, à rapproche des saintes reliques, furent incontinent éteintes.

« Il nous faut citer encore ce miracle-ci : Un nommé Sigebaut, du village de Tours-sur-Marne, à raison de ses démérites, était possédé de l'ennemi. Il fut amené par ses parents au monastère, lié et chargé de grosses chaînes. Et ainsi qu'on l'amenait^ tout au moment d'entrer en ladite maison, le mauvais ei^prit se mit à crier par sa bouche, disant qu'il n'osait approcher près de l'église et du temple, auquel il savait qu'était un trésor caché, à savoir les corps de saint Gorabert et de sainte, Berthe ; puis se mit à crier et rugir comme un lion, siflier comme un dragon, puis à beugler comme un bœuf, et contrefaire la voix des plus horribles bêtes, et ne laissait reposer le pauvre patient ni jour ni nuit. Ce que voyant, la mère abbesse et sa congrégation se mirent à jeûner et à prier. Et vers les neuf heures, après la sainte messe, assembla ses filles et commanda d'emplir un muid d'eau, laquelle elle fit bénir avec dévote indication. Après quoi fut ledit patient plongé dans le vaisseau d'eau bénite. Et quand il fut lavé et bien baigné, et que longtemps il eut travaillé en se. plongeant dans ce vaisseau, il tomba comme mort, tant le malin esprit dont il était possédé l'avait tourmenté ; mais l'abbesse et sas

Il* INTERRÈGNE. 48

filles étant allées dîner, envoyèrent au pauvre patient chacune une petite portion de leurs mets par la doyenne et trésorière. Cette trésorière, alors dame de grande vertu, étant arrivée vers le malade couché et les mains liées derrière le dos, lui mit le pain et le potage dans la bouche, en invoquant le nom de Dieu, de saint Gumbert et de sainte Berthe. Et incontinent sortit le malin esprit qui, tout exténué, laissa le pauvre homme, qt(0 eœeunte (ajoute la 8® leçon de l'office), tanins fœtor remansit, ut viœ ibi aliqtiis morari potuisset. Et fut le malade entièrement guéri, et s'en retourna en sa maison, louant le Seigneur et les mérites de Madame sainte Berthe, »

C'est sans doute de ces miracles que date la grande renommée du pèlerinage au tombeau de sainte Berthe et la commune opinion, si pieusement accréditée au Moyen-Age et de nos jours encore, que, par son. intercession, s'obtient la guérison de tous les genres de folie. Une chanson satirique du temps du diacre Paris et de l'abbé Rousse y fait cette allusion : nous la reproduirons à sa date, en notre appendice.

V« Abbesse,

madame AlilX r% oa AÈMaK».

Origine dd Madame Alix. — Les domaines de Tabbaye usurpas. — Restitution àTabbaye de la dime de Vauciennes. — Les autels de Suippe.

La maison d*où sortait Âélis est restée ignorée ; mais, succédant à des princesses du sang royal, elle ne pouvait être que de haute lignée. Nous trouvons qu'elle dut occuper le siège l'espace de trente-six ans, de 1050 à 1086, sous le règne des rois Henri !«' et Philippe 1", et sous la prélature de Guy de Chastillon, frère de Milon, sire de Chastillon-sur- Marne, de Gervais de Chasteau-du-Loir, de Manassès de Rameru et de Renaud du Bellay, tous les cinq successivement archevêques de Reims. Il est également à noter que, vers ce temps, vivait, chanoine et écolâtre de l'Église de Reims, saint Bruno, le célèbre fondateur de Tordre des Chartreux, dont le grand peintre Leseur a reproduit et glorifié les saints travaux.

Ici commence Tère historique de la propriété et de la juridiction des Dames d'Avenay.

Il est certain qu'en raison de l'apport des saints fondateurs de l'abbaye et des illustres abbesses qui succédèrent à sainte Berthe, le monastère, dès les premiers siècles de son existence, possédait de riches et nombreux domaines. Le fait est attesté par

Hincmar lui-même, dans sa lettre â Madame Teutberge ; mais rinvasion des Normands, les troubles et les perturbations des ix* etx® siècle^ ayant ouvert la voie aux violences, aux usurpations des Grands, Aélis, à son arrivée à Avenay^ trouva les domaines de l'abbaye extrêmement réduits. Se voyant dépouillée de la meilleure partie de ses revenus, non-seulement dans les pays lointains, mais encore dans les dépendances du Val- d'Or, Aélis mit tout en œuvre pour recouvrer au moins ceux des biens de son monastère que détenaient injustement les seigneurs du voisinage. Le cartulaire d'Avenay nous en fournit une preuve dans une charte qui, bien que sans date, ne peut s'appliquer qu'au temps d'Aélis. Elle est de Géraud, évêque de Soissons, qui confirme la restitution que fait à l'abbaye d'Avenay le vicomte Gilbert {vice-cornes Basula^ rum) (1) de la dîme de Vauciennes qu'il reconnaît avoir injustement possédée et qu'il prie le prélat de restituer à Madame Aélis en témoignage de sa reconnaissance de l'entrée et de la prise d'habit de sa fille au monastère d'Avenay. Aveniacensi Eccle siœ in quam ejus filia sub monachali habitu Deo militabat dari postulavit. Cette charte qui> pour la première fois, établit le principe de la dot que devaient apporter les aspirantes au noviciat, est malheureusement inachevée^ mais elle est suivie d'un autre acte non moins important et revêtu de tous les caractères d'authenticité : c'est une lettre de Guy de Chastillon, l'archevêque de Reims^ datée

(1) Pent-ôtre le vicomte de Basle? ou de Bazoches. —Basilic.

de 1053, la douzième année du règne du roi Henri !«', et la dix-huitième de son épiscopat. Guy concède à Madame Âélis et à toutes les abbesses qui lui succéderont^ et ce, en considération des saints qui reposent en l'église du monastère, les deux autels de Suîppes et de Somme-Suippe, l'un sous rinvocation de saint Pierre, et l'autre sous l'invocation de saint Martin, au cas, toutefois, que les curés desdits lieux viendraient à décéder sans résignation, ou seraient destitués pour cause de crime. L'archevêque aflSrme cette donation par son seing manuel, outre son scel en cire blanche pendant. Ont ratifié et signé comme témoins : Guy, archidiacre de l'archidiaconé de SuippeetdeSomme- Suippe ; Odon, autre archidiacre ; Odalric, prévôt ; Richard, doyen; Odon, chantre ; Albert, trésorier; Gérard, sous-trésorier, et plusieurs autres prêtres; et comme laïques, Harduin, Hugues, Etienne, Gobert et Odalric, chancelier.

VI« Abbesse.

Hadanie AGIVES.

Nous n'avons encore qu'un acte du temps de Madame Agnès, que nous trouvons énoncé en ces termes dans Gallia Chrisiiana.

« Agnes oui Rainaldus I , archieptscopus ec" clesiam S, Hilarii de MaroliOj prœsentibiis epis^ copis multis concessit anno 1086 , anno poiitifi^ catus sui tertio. »

L'archevêque Raynold du Bellay succédait, en 1034, à Manassès de Rameru. 11 est expressément dit, dans la charte qui nous a été conservée, que c'est à l'instance et prière de Madaroe Agnès qu'il lui donna à elle et aux dames qui lui succéderoient, le droit de présentation à la cure de Sai.nt-Hilaire de Mareuil. En reconnaissance de ce privilège, les dites abbesses et leur couvent sont tenus de célébrer l'anniversaire de ce prélat avec le même cérémonial et les mêmes solennités que le cérémonial propre aux dites abbesses.,. Religiosam hanc conventionem interposiiimus^ ut cwn ad vocem putsaniis Deicamis tiniversœ viapi ingressifuerimus^ anniversariumnostrum quot annis eodem officio quo et abbatiœ onniversaritim sorores ejusdem loci concélèbrent. Et en confirmation de ce privilège, Rayuold signe de sa main sa donation et la fait signer par Henri, évêque de Soissons; Elinand,

évéque deLaon; Roger, évêque de Châlons ; Ursin, éyêque de Senlis; Gérard, évêque de Cambrai; Rabaud, évêque de Noyon ; Gérard, évoque de Morinie ; par Henry, abbé de Saint-Remi ; • Ar- Dolphe et Roger, tous deux archidiacres ; Manassès, Prévost de l'Eglise de Reims; Leuvin, doyen ; Richer, chantre, et par un grand nombre d'autres dignitaires, chanoines et prêtres de ladite Église.

Le texte de cette belle charte se retrouve dans le cartulaire de l'abbaye. Nous le donnons à Vap^ pendice. Nous ne savons si les Dames d'Avenay possédaient déjà à cette date, 1086, quelque chose à Mareuil, mais^ comme on le verra bientôt, elles ne tardèrent point à y acquérir des rentes, revenus, cens, surcens, et autres droits seigneuriaux.

C'est ici le lieu de dire quelques mots du village de Mareuil, Marolium super Matronam. On sait que c'est une localité fort ancienne, à égale distance d'Ay, de Bisseuil et d'Avenay, d'une date antérieure à répoqùe romaine, et dont le sol, composé de terre (jl'alluvion et de craie, offre fréquemment des vestiges de véritable antiquité. Il est de tra* dition dans le pays, que Jules César, venant à Reims, passa la Marne un peu au-dessus d'Épernay, vers Mareuil, et Ton assure que, dans le temps des eaux basses, se voit encore au fond de la rivière le pavage qu'il ât faire à cette partie de la route, dite le Cheminet^ qui de la Marne monte à Mutigny, Montflambert, et conduit à Montchenot, entre Villers-Allerand et le Petit-Fleury. Les archéologues de la contrée supposent, par erreur, croyons-nous, que l'ancien château, détruit au xvii® siècle, n'était autre que la célèbre forteresse de Causoste^

MADAME AGNÎS. 40

dont il est fréquemment question dans les guerres qu'eut à soutenir au x® siècle rarchevéché de Reims. Nous aurons à revenir sur ce point. Ce qu'il 7 a de certain, c'est que Mareuil possédait encore pour église, il 7 a quelques années, un édifice en st7le roman, précédé d'un porche d'une haute curiosité, dû sans doute à notre abbesse Madame Agnès, et que les hommes d'art de notre époque ont impito7ablement jeté bas pour le remplacer par une façade moderne, imitant le st7le du xv* siècle, mais dont la contestable beauté ne dédommage pas sufSsamment des chapitaux et bas-reliefs si remarquables du XI* siècle.

VIP Abbesse,

Hftdame FRIBEBIJRCÏE.

Synchronismes. — Tentative de meurtre contre Hugues, comte de Champagne. —Guërison miraculeuse d'Hugues. — Donations de Hugues à Tabbaye.

Agnès laissa le siège à Madame Fridebourg ou Frideburge, qui ne gouverna guère l'abbaye que l'espace de huit années, de l'an 1103 à 1110, de la fin du règne de Philippe P"" au commencement de Louis-le-Gros. Manassès de Châtillon , parent du pape Urbain II, occupait alors le siège archiépiscopal ; mais , en ce court espace de temps, eut lieu un événement extraordinaire, fort glorieux pour l'abbaye d'Avenay et dont une charte bien précieuse nous a conservé le souvenir.

Vers la fin de cette année (1102-1103), dit M. d'Arbois de Jubainville, ou au commencement de la suivante, Hugues, comte de Champagne , fut blessé d'une manière très-grave, soit dans une bataille, soit par accident. On a supposé qu'il aurait pris part à une expédition que l'empereur Henri IV fit contre Robert II, comte de Flandres (i). La vérité

(1) «Dans aucun des documents qui parlent de cette guerre, ajoute en note M. d*A. de Jubainville, nous n*avons trouvé le nom de Hugues. D*ailleurs cette expédition eut lieu en 1102, et c'est de Tannée 1104 que datent les pièces où il est question des blessures du comte. » (Histoire des ducs et des comtes de Champagne, t. 2. p. 82.)

MADAME FR1DEBUR6E. 51

est que son état sembla presque désespéré, et quand enfin la guérison se fit, Hugues crut devoir l'attribuer moins au talent de son médecin qu'à l'action immédiate de Dieu. Pour témoigner sa reconnaissance^ il multiplia plus que jamais les donations envers les établissements religieux. « Moi, Hugues, comte de Troyes, par la grâce de Dieu 0) , j'avais été ai&igé de blessures dont la guérison était bien difficile y et Dieu a été le médecin qui m'a sauvé ; alors j'ai réfléchi que beaucoup de mes actes avaient blessé la bonté divine^ que ces blessures avaient été un châtiment mérité et rendu, pour ainsi dire, nécessaire par mes péchés et que j'étais digne d'une punition bien plus rigoureuse; que cependant le Seigneur m'avait accordé un grand bienfait puisqu'il m'avait rendu la santé; pour lui en témoigner ma reconnaissance, j'ai résolu d'accorder à mon tour des bienfaits à quelques églises, etc. »

H était réservé au cartulaire d'Avenay de nous renseigner d'une manière précise sur la nature de la blessure du comte Hugues. La belle charte dont nous allons donner la traduction prouve que ce ne fut ni par accident , ni dans une bataille que ce prince faillit perdre la vie.

« Ici commencent les chartes et instruments relatifs aux donations et acquisitions octroyées à l'Église d'Avenay par les comtes de Champagne d'heureuse mémoire,

« Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Au temps que le très-noble comte Hugues régnait en son pays , et que, par Texcellence de ses vertus, il secourait tant de malheureux, il arriva que Tauteur de la mort, le dëmon,

(1) V.la charte citée par M. d*A. de Jubainyilleetdontroriginal est aux archives de TAube.

qui a la haine des bonnes œuvres^ poussé par le venin de Tenvie, tenta de le faire përir par les mains d'un traître • Tandis que le noble comte se vouait le plus dévotement au service de Dieu en obtenant la délivrance des captifs, soit par ses prières, soit par ses largesses, il recueillit dans sa propre maison un malheureux nommé Alexandre , lequel était venu d'outre-mer. Cet homme était traité avec tant de bonté par le noble comte et par les siens qu'il mangeait et souvent dormait en sa présence. Une nuit donc que le comte se trouvait en sa villa de Dontrien (^), ce misérable, qui épiait l'occasion et l'heure propice, profita de son sommeil et tenta de lui couper le cou de son épée ; mais la clémence divine , qui ne fait jamais défaut à ceux qui l'invoquent, vint en aide au prince qui, bien qu'à demi-mort, put échapper au meurtrier. Ainsi que d'ordinaire il arrive, quand il s'agit de la maladie des grands, une foule de médecins accoururent et lui donnèrent leurs soins ; mais si habiles qu'ils pussent être, nul d'entre eux ne put opérer la guérison de ses graves blessures. C*est alors que, par inspiration divine, il fut conduit à Avenay, afin que ces plaies que les médecins n'avaient pu guérir, fussent fermées par l'intercession des saints qui, par la bonté divine, sont conservés et honorés en ce lieu. L'excellent comte Hugues y séjourna longtemps , c'est-à-dire environ trois mois, non sans y ressentir de cruelles souffrances ; alors il comprit qu'il devait sa guérison bien moins à l'habileté des médecins qu'aux glorieux mérites et à l'intercession des saints de l'Église d'Avenay et à la sainte miséricorde de Dieu. Aussi résolut-il, en témoignage de sa guérison et pour le salut de son âme et de l'âme de ses parents, de donner à cette Église deux manses'et demie de terre avec tous leurs droits qu'il possédait en cette ville, et cela du consentement de son neveu Thibault. 11 donna, en outre, une femme avec ses enfants qui habitait le village des Loges et qui était l'épouse d'un nommé Gilboud. Plus, au terroir de

(1; Dontrien, sur la Suippe , à égale distance de Reims et de Châlons, succursale de Saint-Martin- l'Heureux (canton de Beine^ arrondissement de Reims.)

MADÂtfE PRIBEBÛRGE 53

Plëyy (Plivot), une autre femme avec ses enfants, la femme d*un nomme Constant. Enfin ^ inspire de Dieu, Texcellent prince, par une faveur plus grande encore, dëclara que toute personne tenant fief de lui , Toulant donner ce fief à ladite Eglise^ serait libre de le faire. Laquelle concession a 4iié ratifiée à sa prière par son neveu Thibault et par toute sa famille. Cette donation, rédigée par écrit Tan de Tlncarnation de Notre-Seigneur mil cent trois, indiction xi, le jour des calendes de Mars, sous le règne de Philippe, roi de France , Manassès étant archevêque de Reims et Fredeburge abbesse de ce monastère, Thibault, neveu du comte ; André (Comitis ?) ; Geoffroy, sénéchal ; Guinebert, échanson; Eudes, pannetier; Payen, prévost de Mareuil ; Hernand , maire; Gilbert, Albéric, Aubry, Béranger et Guy, clercs ; dames Emeline, doyenne ; Agnès, chantre ; Marthe, célerière; Gilbert, villain (paysan) d^Avenay ; Hugues, doyen. Ensuite est encore écrit : Que celui qui enfreindra cette charte subisse Tanathôme et soit comme Judas précipité dans l'enfer. >

Nous avons un autre témoignage de la reconnaissance du comte Hugues envers Tabbaye d'Avenay : c'est une charte par laquelle, après avoir reconnu en principe que si ceux des hommes de cette Église qui vivent sous son autorité et sous sa protection Tiennent à commettre un acte ou délit contre ses droits ou contre ses agents, ils ne peuvent être contraints à réparation par force ni par citation avant que la plainte n'ait été déférée à la dame abbesse. Or, il arriva qu'un particulier de Plivîs (Plivot) , nommé Bayon , homme de l'église Saint-Pierre d'Avenay , fut poursuivi par le prévost Hiltrand et l'intendant Hernand, agents du comte Hugues, pour comparaître par devant eux et répondre aux faits articulés contre lui, ce qui excédait le droit et les justes traditions. La dame abbesse Frideburge^ informée du fait, vint humblement et les

larmes aux yeux implorer la justice du comte et le supplier de ne point permettre qu'une telle injustice fût tolérée de son vivant, scie)is hoc domna ahbatissa nomme Fredeburgis, humilis et lacrimosa eœpetivit misericordiam comitis, ne pâteretur taie quid fieri in diebus mis. Le comte Hugues, blâmant ses ministres, confirma le droit de Tabbesse, leur défendant de le violer à l'avenir, puis, pour le salut de son âme, il décréta qu'à l'avenir, s'il arrivait qu'un homme de l'Eglise de Saint- Pierre, possédant terre ou maison sur son fief, fût cité pour Tacquittement de quelque cens ou redevance, et qu'il refusât par ignorance ou par orgueil de satisfaire à la réquisition, il ne pourrait être arrêté ou mis en prison avant que Tafiaire n'eût été déférée à la dame abbesse, qui pourra toujours arranger l'affaire à l'amiable. A son refus seulement, les agents du comte pourront aviser au mieux de ses intérêts. Cette lettre est signée de Geoffroy, maître d'hôtel; de Jean, fils de Dudon, vicomte; Adon, Hugues, Roger, Maugis, Jean Gauthier, Le Huron, puis d*Heltrand, prévost , Hernand, intendant de Rainaudet autres clercs d'Avenay, de Silbert, doyen ; enfin munie du seing du comte Hugues lui-même avec la formule comminatoire : Que celui qui violera cet acte soit excommunié !

VIII« Abbesse.

Madame CÉClIiE.

Raretë des documents historiques. —Les titres de propriété sont l*histoire des petites localités. — Confirmation du don de la cure de Somme-Suippe.

A défaut de faits historiques qui pourraient jeter quelque intérêt sur notre récit, et que nous refusent les archives de la maison, nous devrons souvent nous borner au dépouillement des actes qui ont échappé aux incendies, aux désastres politiques, et à l'action dévorante du temps. A la vérité, ces actes ne concernent guère que le domaine utile, les titres de propriété du monastère, ses acquêts et les donations qui l'enrichirent, toutes choses dont les étrangers au pays se soucieront médiocrement ; mais en entreprenant ce travail, nous avons dû surtout songer à l'histoire locale. Or , l'histoire d'une petite localité et de ses habitants est avant tout l'histoire delà propriété. En étudiant l'origine des biens dont jouissait l'abbaye d'Avenay, et qui lui apportèrent l'aisance et la prospérité, nous aurons occasion d'étudier la nature de ces revenus, leur provenance ; et d'examiner ce qu'il peut y avoir de vrai dans l'opinion si généralement accréditée de l'illégitimité détente possession monacale. Nous croirons d'ailleurs rendre service à l'histoire locale en montrant par quelles mains, avant d'arriver aux propriétaires

56 ABBAYE D*AVENAV

actuels^ passèrent ces terres^ ces bois , ces vignes, qui font la richesse et l'ornement du sol et qui, au- ^efois reunis dans un petit nombre de mains, sont aujourd'hui si divisés , si morcelés et la part d'un si grand nombre.

L'abbesse Cécile parait avoir exercé sa charge de 1110 à 1136, c'est-à-dire durant l'espace de vingtcinq ans. Nous avons peu de marques de son gouvernement ; et, comme pour plusieurs autres de ces siècles éloignés, nous n'avons rien trouvé qui nous renseignât sur son origine. Nous devons toutefois la supposer illustre, succédant à des abbesses de naissance si élevée ; nous savons seulement qu'occupée du soin de sauvegarder les intérêts de sa maison, elle s'étudia pareillement à maintenir l'étroite observance de la règle bénédictine.

Voici le seul acte de son temps qui nous soit parvenu ; il a son importance :

C'est une confirmation par RaouHe-Verd , archevêque de Reims, du don de présentation à la cure de Somme-Suippe. Cette lettre est de l'année 1110, c'est-à-dire de la première de Tentrée en fonction do Madame Cécile, la troisième du règne de Louis YI^ et la quatrième de Raoul-le-Verd.

Ce droit de présentation à la cure de Somme- Suippe, que nous avons vu Guy de Chastillon concéder à l'abbesse Aélis, avait été violemment interrompu durant les troubles causés par l'intrusion de Manassès de Rameru, prélat excommunié, déposé, et qui n'en occupa pas moins le siège archiépiscopal de 1074 à 1082.

Le premier soin de Cécile , en prenant possession de l'abbaye^ fut de revendiquer près de Raoul-le-

MADAME CECILfi 6?

Verd les droits qui avaient été retirés à son abbaye. Raoul, par sa lettre de 1110, ratifia la donation de la présentation aux autels de Somme-Suippe à Ma* dame Cécile, abbesse, et à toutes celles qui lui succéderont, lequel droit, est-il dit , ayant été interrompu pour être retourné es mains de ses prédécesseurs arche vesques , il le rétablit à ladite dame et à ses suivantes sous la foi de son seing manuel, avec le témoignage des abbés pareillement soubsignés de Saint- Remy, d'Hautvillers, de Saint-Basl'e, de Saint-Thierry, de Mouzon, deSaint-Nicaise, des archidiacres, prévost, chantres et autres prostrés, diacres et sous-diacres de TÉglise de Reims. Voici, au surplus, la traduction de cette charte, dont le texte sera publié ailleurs :

< Nous croyons faire chose utile à ceux qui s'avancent dans la voie de perfection, en distribuant des biens à ceux qui en manquent, et en prenant aux riches leur superflu pour en soulager l'indigence dés petits. Pourquoi, Nous, Raoul , chef indigne de rÉglise de Reims, voulant que les bienfaits de n os prédécesseurs aient leur entier eflet et accroître les nôtres, à la prière de dame Cécile, vénérable abbesse du monastère d'Avenay, nous avons concédé en propriété perpétuelle et imp ersonnelle audit monastère, deux chapelles du lieu appelé Suippes, Tune sous le titre de Saint-Pierre, et l'autre sous celiii de Saint-Martin, que nos prédécesseurs avaient, par une louable générosité, données à cette maison, à titre personnel, et qui étaient revenues en nos mains par le décès du titulaire. Cette lettre, signée comme nous venons dç îe dire, est donnée à Reims l'an M. ex. > Voy. à l'Appendice,

IX* ET X* Abbesses.

nadame ABELIS, AÉIil», ou AliVlDIf».

(De 1130 à 1170.)

Incertitude sur les noms et personnes d*Alyidie et d'Adelis. — Le flef de Bouy objet d'un combat singulier.— Accord entre les parties. — Autre procès à l'occasion du moulin de Bouy. — L'archevêque Samson. — Dot et pension viagère des religieuses. — Bulle d'Eugène III en faveur de Tabbaye. —Dénombrement des biens de l'abbaye. — Des chanoines de IMglise d'Avenay. — L'archevêque Samson confirme le droit de patronage à la cure de Mareuil. — Époque présumée^ suivant le Gai. Christ., de Tabbatiat d'une autre Aélis. — Accord entre Tabbesse et Guy le Tort au sujet de Taleu de Bouy. — Aëlis de Mareuil donne huit septiers de grains à Tabbaye.

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