‹ Histoire de l'Abbaye d'AvenayChapitre 40 sur 42 · LOUISON CATO · texte numérisé non relu

LOUISON CATO

Cato, le charmant voyage, Vraiment la chose est jolie,

Jamais on ne Ait si gay ! D'Avenay vous revenez!

Vive le pèlerinage, On y va pour la folie,

Vive le saint d'Avenay ! Est-ce que vous en tenez ?

Et allons ma Tourlourotte, etc. Et allons ma Tourlourotte, etc.

Cette chanson a trente couplets ; nous les donnons à VAppendice, Toutefois loin de nuire au péleri*

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nage, elle ne fit que réchauffer le zèle des croyants, et les choses en vinrent au point que l'autorité ecclésiastique procéda à rencontre de la chapelle Saint-Anne d'Avenay comme on avait procédé, à Paris, à rencontre du cimetière Saint-Médard. « Nous avons appris avec une extrême douleur, dit le mandement archiépiscopal du 29 août 1727, que plusieurs personnes de l'un et de l'autre sexe, animées d'un zèle indiscret... s'ingèrent depuis un certain temps de faire dans la chapelle de Sainte- Anne de l'église paroissiale d'Avenay, sur la tombe du feu sieur Gérard Rousse, prêtre, vivant chanoine dudit Avenay, réputé appelant et réappelant de la constitution UnigenittiSy des pèlerinages et des neuvaines à l'occasion de prétendus miracles dont on voudrait honorer sa mémoire... Considérant... que ces observances sont réprouvées par les conciles, qu'elles tendent à établir un culte public indu, faux, superstitieux, et contraire aux règles de l'Eglise... A ces causes, Nous avons interdit et interdisons les susdits pèlerinages et neuvaines, sous peine d'interdiction de ladite chapelle, d'excommunication majeure... etc. >

Ce mandement resta impuissant^ et les miracles se continuaient comme devant, et avec un mépris affecté des molinistes et de l'acte archiépiscopal. Il fallut recourir aux grands moyens : la chapelle fut mise en interdit, et la force publique, sous figure de la maréchaussée, fut dirigée sur Avenay pour défendre l'entrée de Téglise ; et ce ne fut pas sans bruit, sans rumeur populaire que l'autorité parvint à faire prévaloir l'interdiction. Enfin, après mainte collision, force resta à la loi, et, comme à la porte

du cimetière de Sâint-Médard, on put lire au fronton de réglise d'Avenay :

De par la loi, défense à Dieu, D'opérer miracle en ce lieu.

Depuis cette époque désastreuse pour les âdèles de la petite église^ la chapelle de Sainte-Anne a perdu son prestige. La pierre tumulaire de Tabbé Rousse a été violemment arrachée et il ne restait, en ces derniers temps^ d'autre souvenir de cette ère miraculeuse que le tronc dans lequel se versaient les offrandes des pèlerins : et, bien que l'autel eût subi les purifications voulues, et de nos jours encore celle d'un de nos derniers curés, l'abbé Trubert, on n'avait pas souvenir de messe ou d'offices célébrés à cette chapelle sur laquelle semblait peser encore les foudres de l'interdiction archiépiscopale. Ce n'est que très récemment et sous le ministère de M. le curé actuel, que cette chapelle a été réellement rendue au culte, sans que l'autorité ecclésiastique en ait changé le vocable.

Pour en revenir aux guérisons attribuées à l'intervention et aux prières de l'abbé Rousse, on nous demandera ce qu'en pensait Madame l'abbesse d'Avenay, religieuse gardienne dés reliques de sainte Berthe, de saint Gombert et de saint Trésain, jusque-là en possession exclusive de la confiance des malades incurables ? L'imprimé de la Relation du miracle arrivé à Avenay le 8 juillet 1727 ^ nous donne à ce sujet un curieux renseignement. < Le bruit, y est-il dit, de la guérison d'Anne Augier de Mareuil, s'étant répandu à l'instant dans Avenay, Madame l'abbesse fit dire à cette fille, qui était encore dans l'église, qu'elle vouloit la voir. Elle y

alla aussitôt après la messe et ât à pied le chemin qui est depuis IVglise de la parois^^e jusqu'à Tabbaye et qui est d'environ deux cents pas. Comme elle ressentoit encore beaucoup de faiblesse, elle fut soutenue dans ce chemin par deux personnes, qui l'aidèrent à marcher. Elle monta l'escalier du parloir de Madame l'abbesse, et marcha en sa présence. Madame l'abbesse l'interrogea sur tout le détail de ce qui venoit d'arriver. Anne Augier lui en rendit compte très-simplement. Madame l'abbesse lui ayant demandé à qui elle se croyait redevable de sa guérison, elle lui répondit qu'après Dieu elle ne s'en croyait redevable qu'aux prières de M. Rousse. Madame l'abbesse^ qui était fort prévenue contre M. Rousse, voulut lui persuader qu'elle l'avait obtenue par l'intercession de sainte Gombert et de sainte Bertbe, fondateurs de l'abbaye. Anne Augier répondit qu'elle avait beaucoup de vénération pour saint Gombert et sainte Berthe et qu'elle ne doutoit point de leur crédit auprès de Dieu, mais que son intention particulière avait été d'invoquer M. Rousse, et'de lui demander le secours de ses prières, Madame l'abbesse voyant qu'elle persistait toujours dans la même déclaration, lui ferma la grille et se retira. »

Nous voici arrivés à une époque où les affaires de ]a communauté des habitants vont fréquemment se mêler à celle du couvent ; et, si nous sortons quelque peu de l'enceinte du monastère pour parler des choses extérieures^ c'est qu'à cette époque de ce xviii* siècle qui a tant remué la société, les faits de la vie publique réagissent forcément sur la vie mo«

nastique qui en subit fatalement la mondaine influence. Quant à préijent, il ne s'agit encore que de bienveillants rapports entre les deux églises. La pièce qui suit est le procès-verbal du' baptême des cloches de la paroisse.

< L'an mil sept cent vingt-neuf, le neuvième jour du mois d'août par moi, Nicolas Fendillon, prestre, bachelier en droit, curé de la paroisse et chanoine de rabbaye royale de Saint-Pierre d'Avenay, furent baptizées quatre grosses cloches dans l'église paroissiale d'Avenay> dont les pareins et mareines ont été :

De la première : Messire Louis-François de Cauchon, chevalier, seigneur marquis de Lhéry, capitaine commandant pour le Roy dans la ville de Reims ; haute et puissante dame. Madame Charlotte-Julie de Boufflers, abbesse de Tabbaye 'royale de Saint- Pierre d'Avenay. (Elle pesait 2,885 livres et son battants?.)

De la seconde : Messire Toussaint Le Maitre, seigneur de Paradis, prêtre, docteur en droit, abbé commendataire de l'abbaye de Toussaint-en-l'Isle de Chaalons, chanoine et doyen de l'église cathédrale, ancien conseiller et avocat du Roy au bailliage et présidial, vicaire général et officiai du dio* cèse dudit Chaalons. et prévost d'Ambonnay; et damoiselle Albertine-Thérèze d'Arye. (Elle pesait 2,115 livres et son battant 63 livres.)

De la troisième : Monsieur Philippe Denizet, conseiller du Roy, subdélégué de Monseigneur l'intendant de Champagne au département d'Ëpernay ; et dame Marie-Anne-Ursule Denizet, épouse de Mons. Alexandre-Firmin de Làtre, seigneur d'Aubigny, conseiller du Roy, président lieutenant général au bailliage d'Ëpernay. (Elle pesait 1253 livres et son battant de 38 livres.)

De la quatrième : Jean Geoffroy, escuyer, conseiller secrétaire du Roy, et dame Elizabeth-Mar-

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guérite Valois, vefve de M. Pierre Geoffroy, vivant conseiller du Roy, receveur du grenier à sel d'Epernay . (Elle pesait 1 ,540 livres et son battant 46 livres). Lesquelles cloches reçurent les noms des pareins et mareinnes susnommés : la première, celui de Char lotte-Julie' Louise ; la seconde : Marie-Toussaint ; la troisième, Marie-Anne Ursule-Philippine ; la quatrième, Elizabeth-Marguerite- Jeanne, qui ont signé les jour, mois et an susdits ; ainsi signé : Charlotte-Julie de Boufflers, abbesse d'Avenay; Louis- François, marquis de Lhéry ; Albertine-Thérèse de Arye; l'abbé Le Maistre ; Denîzet d'Aubigny; Geoffroy; Denizet; Vabois Geoffroy; L.-N. Fendillon ; J. Francard. >

1129. — M. Jean-Baptiste Gérard, prêtre, chanoine de Tabbaye, est élu par la communauté aux fonctions et déserte de la prestimonie, fondée par feu M. Berrant, au lieu et place de M. Drouet, à condition que de Pâques à la Saint-Remy les messes seront commencées entre 4 et 5 heures du matin, et depuis la Saint-Remy jusqu'à Pâques entre 6 et 7 heures du matin. M. Gérard déclare accepter lesdites fonctions et remercie de l'honnenr qu'on lui fait et promet d'acquitter religieusement toutes les charges portées à l'acte de fondation.

1730, — Nous mentionnerons en cette année quelques travaux de restauration à l'église paroissiale, aux bâtiments de l'école et au presbytère. L'entretien de Téglise n'était pas exclusivement à la charge des paroissiens. MM. les chanoines, comme curés décimateurs^ étaient tenus principalement des restaurations du chœur et du sanctuaire. Nous ne voulons citer ici de ces travaux que ceux exécutés devant la chapelle des cloches, dite de Sainte- Anne,

dont le pavé avait été écrasé par la chute et la casse des cloches ; puis le rétablissement du banc de pierre, dit banc des pauvres, et du grand vitrail de cette chapelle. On refit également le pavé de la chapelle Saint- Joseph ^ du côté de la porte du clocher et de la porte latérale à Tusage de MM. les chanoines. Puis, bien que cette dépense incombât à ceux-ci, celui du chœur pareillement écrasé sous le tréteau qui, lors de la cérémonie du baptême, avait suspendu les nouvelles cloches. Enfin les réparations exécutées derrière la chapelle des fonts, chapelle qui n'existe plus aujourd'hui, à droite en entrant dans réglise, devant laquelle se trouvaient les fonts baptismaux, que M. le curé actuel a transférés à droite de l'entrée de l'église.

Nous trouvons pour Tannée 1731 un état nominatif de la population d'Avenay^ fourni par MM. les syndics à M. de Montfort, inspecteur des travaux de voirie. Cet état, avec le nombre des chevaux, bœufs et bêtes asines propres au service, nous donne les noms, prénoms et professions de 280 habitants ou chefs de famille soumis ou non à la corvée, c'est-à-dire aux travaux d'entretien des routes et chemins vicinaux; On y voit figurer en première ligne et en nom collectif les Dames d'Avenay^ puis le curé, les chanoines et quelques gentilshommes exempts du service, ainsi que MM. les chevaliers du noble jeu de l'arquebuse, et ceux de la population qui par leur profession ou état de fortune pouvaient constituer la bourgeoisie du pays ; enfin les gens de métiers, ouvriers laboureurs et vignerons plus spécialement soumis à la prestation ou service de la corvée* Ce chiffre de 280 habitants, nous n'avons

pas besoin de le dire, n*6st pas celui de la populatioDy puisque les femmes, les enfants, les domestiques et les forains, population flottante, n'y figurent point. Toutefois, il nous a paru intéressant de re« produire cette nomenclature où les survivants d'aujourd'hui pourront retrouver les noms et professions de leurs ancêtres, souvenirs de famille dont trop de gens de nos jours perdent si facilement la trace. Nous donnons cet état à l'Appendice.

En cette année 1735 paraît chez François Jeime^ homme y imprimeur-libraire à Reim^^ un livret de 16 pages in-32, ayant pour titre : Les Litanies et prières de sainte Berthe^ de saint Gombert et saint Trézain. — Le pèlerinage de sainte Berthe est en Vahhaye de Saint-Pierre d'Avenay, ordre de S^'Benoisty diocèse de Reim^. Ces lignes mises en sous-titre, indiquent que ce petit recueil est principalement à Tusage des pèlerins qui viennent honorer et implorer l'assistance de nos saints. Il est tout en français, sans un mot de latin, et ne contient en effet que les litanies qui pouvaient se dire en approchant les saintes châsses. Voici queN ques invocations toutes spéciales et toutes personnelles, d'abord à sainte Berthe :

Sainte Berthe honneur de la noblesse de France,

Femme forte,

Femme portant son pain,

Vous qui avez été droite en vos intentions.

Vous qui avez été visitée de la Vierge,

Vous qui avez été conseillée par un ange, \ p-;^ -,„„-. «^n,

Vous qui avez été consolée par saint Pierre, r ™^ ^^^ °*'^'-

Vous qui commandez aux eaux.

Vous illuminatrice des aveugles,

Vous qui rendez la parole aux muets.

Vous qui redressez les boiteux,

Vous martyrisée par les impies,

MADAME GtlARLOtTE DE 60tIFFLEtld 50l

Suivent après Tautienne et l'oraison, les litanies de S. Gombert :

Saint Gombert, glorieux martyr, Homme très-approuvé, Homme décore des armes de France, Homme divin dans le mariage.

Soldat de Jésus-Christ, V p^e^ pour nous.

Chasseur de démons, ' *«■ i*" * "»'"»•

Pampre de la vraie vigne, Provigneur de la vie sainte, Planteur de la vraie foi.

Magnifique prédicateur.

Les litanies de saint Trézain sont plus modestes :

Saint Trézain, la douceur des pauvres,

Homme sans tache.

Le serviteur fidèle.

Le serviteur vigilant, \ p •

Mépriseur du monde, / *^"^ P^""^ '*®^*-

Grand amateur du culte divin,

Soulagement des Indiens (I),

Vaisseau de charité,

A la suite des litanies de saint Trézain se lit cette réclame :

« Dans ce chef enrichi d*une inanité de pierreries, est renfermée la tète de sainte Berthe, qui ayant fait un généreux divorce avec le monde et avec elle-même, pour se consacrer éternellement à Jésus-Christ, présenta cette même tête au bourreau, qui enlevant par ce coup son âme dans le ciel, lui procura la couronne du martyre. »

Puis en explicit cette fort belle oraison :

« Grande sainte, que vos mérites ont élevée jusqu'à la participation des grandeurs de votre divin époux, souvenez-vous en sa présence de cette religieuse communauté de allés qui vous reconnoissent pour leur mère. Que votre puissance s'étende jusqu'au soulagement de tous ces misérables qui vous demandent un prompt secours dans leurs besoins. — Patrone et protectrice de ce dévot monastère que la noblesse de votre sang royal a rendu

aussi illustre que Téclat de votre vertu le rend recommandable, regardez d*un œil de miséricorde les présens qui vous sont offerts de la part de vos fidelles servantes, et pour reconnaissance de leur dévotion, obtenez par vos puissantes intercessions que la porte du Paradis soit ouverte à des àraes qui pour vous y faire compagnie se sont universellement sur la terre dévouées au culte de vos autels. 0 très généreuse et très charitable Bertbe, qui, par vos saintes et précieuses prières, donnez des remèdes salutaires aux malades, priez le âls de Dieu pour nous!...

Ï737. — Nous ne doutons pas que de tout temps il ne fût tenu registre au secrétariat de l'abbaye de toutes les conclusions et résolutions du chapitre des Dames religieuses. La règle bénédictine prescrivait formellement l'usage de deux grands livres dont l'un devait contenir les conclusions importantes du chapitre et des assemblées générales de la communauté, l'autre les articles relatifs à l'entrée, à la sortie des Dames et aux visites ^ont il était bon de prendre note. Dans toutes délibérations sérieuses, les avis étaient recueillis par voie de scrutin ; la conclusion était formulée à la pluralité des voix, et l'abbesse en ordonnait la transcription sur l'un des livres en question. Les conclusions ainsi rédigées, le secrétaire en faisait lecture à l'assemblée et elles étaient signées, suivant leur degré d'importance, soit parla communauté tout entière, soit seulement par Madame et la sœur faisant les fonctions de secrétaire. (Voir à V Appendice .)

II faut qu'il y ait eu dans les monastères quelque négligence dans ce service du secrétariat, et que les entrées en religion n'aient pas toujours été régulièrement constatées. Une ordonnance, ou plutôt

une déclaration du Roi, donnée à Versailles, le 9 avril 1736, enjoignit aux supérieurs des maisons monastiques la tenue de deux registres cotés et paraphés par premier et dernier feuillet, ou seraient désormais régulièrement inscrites les vétures et professions de chaque abbaye.

Voici un premier extrait du registre des vêtures . de l'abbaye d'Avenay :

4L Nous soussignées les prieure, célerière, dépositaire et autres oflScières et communauté de l'abbaye royale de Saint- Pierre d'Avenay, assemblées capitulairement pour nous conformer à la déclaration du Roy concernant la forme de tenir les registres des vêtures et professions, donnée à Versailles le 9 avril 1736, nous avons prié notre illustre abbesse. Madame de Boufilers, de coter les deux registres par premier et dernier, et de signer les actes de vêtures et professions. Ce qui fut fait en notre abbaye le 22* décembre 1636. — Signé Sœur Morel, S' de Montfort, S*" Benoît, S"" de Baisiés, S»^ Dubut, S' Rohard, S' 'Grenier, S»^ Renard, S' Saubinet, S' Benoist, S' Desnoyers, S** Droaet, S' de Morovelle, S"" Le Philipponat, S"^ de Sac-Espée, S'^ Rouillé, S' de Bonnières, S' Daguin, S' de Beaufort, Sr de Fleury, S-" Reu, S' Brunet, S»^ de la Touche, S' de Longsaut, S'^ de Seneschal, S'^ Voille. >

Et immédiatement se lisent les inscriptions qui suivent ; nous citerons seulement la première, renvoyant à Y Appendice toutes les autres vêtures prises du vivant de Madame de Boufflers :

« Le 15« janvier de Tannée 1737, Mademoiselle EléonoreJoseph Daguin de Beauregard^ fille de feu M. Pierre Daguin, seigneur de Longsart, subdélégué de M. l'intendant de Hainault, et de Dame Marie-Eléonore-Joseph du Forest, demeurant à Va«

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lencienneSy son année de noviciat révolue, a fait sa profession en notre abbaye à laquelle aucun de ses parents n'a assisté. »

1738. — Nous avons vu qu'une chapelle dite des Fonts existait au bas de l'église paroissiale. Nous croyons qu'elle était sous l'invocation de la sainte Vierge, et entretenue en partie aux frais des membres de la confrérie. Voici une pièce que nous fournissent les archives de la paroisse, et qui inté* resse cet autel, aujourd'hui supprimé.

< L'an de grâce ITSS, le 16^ du mois de novembre, a esté bénite par ordre de Son Altesse Monseigneur le prince de Rohan, archevêque duc de Reims, par M. Abraham, prêtre chanoine de l'abbaje royale de Saint-Pierre d'Avenay et curé dudit lieu, assisté de ses confrères, savoir : Messieurs Fetizon, Baulmont et Discret, chanoines de ladite abbaye et des paroissiens les plus qualifiés, portant chacun un cierge allumé, l'image de la sainte Vierge qui a été transportée au bas de Téglise par le i^oin et dévotion de François Collin, marguillier de la confrérie de la Sainte- Vierge, dans la paroisse dudit Avenay, le tout par ordre dudit seigneur Archevêque, témoins aussy toute la paroisse présente le jour et an que dessus.

€ Abraham. »

1744. — Nous avons à signaler en cette année 1744 une nouvelle et définitive interdiction de la chapelle de notre pauvre hôpital. En vertu d'une commission du vicaire général de M. l'archevêque de Reims, adressée à Madame Tabbesse, M. Jean Dardenne, curé de Bi^seuil, doyen rural d'Ëpernay, certifie qu'il s'est transporté au bourg d'Avenay pour faire la visite de la chapelle de l'hôpital et

Madame CHARLOTtE de BourFLeRô 505

qu'il a remarqué que les murs du dehors sont en bon état, mais que les murs intérieurs sont entièrement dégradés et noircis par le découlement des eaux : que ceux du côté du bâtiment menacent ruine prochaine, de même que le plafond, et qu'il y attrait grand inconvénient à y célébrer les saints mjs- tères, attendu que ladite chapelle n'est en partie fermée que par une grille de bois, et que le vent pourroit emporter la sainte hostie : que d'ailleurs le célébrant est distrait et interrompu par le bruit des voitures qui passent journellement, la chapelle étant sur la rue et qu'elle est d'ailleurs dépourvue de calice et de cloche. Fait et dressé le présent procès-verbal en présence de M. Henry Luyer, curé d'Àvenay, de M. Arnoult, maire, et de MM. Etienne Goblet, procureur âscal^ et Louis Berrant, marguillier, et ont signé : Ghoblet; Luyer, curé ; Berrant, marguillier; Arnoult^ maire, et Dardenne, curé de Bisseuil et doyen rural d'Epernay.

 la suite le texte de l'interdiction ainsi conçu :

€ Nous, Vicaire général de Son Altesse Monseigneur l'Archevêque, duc de Reims, premier pair de France, vu le procès- verbal ci-dessus. Nous interdisons par ces présentes la chapelle énoncée audit procès-verbal : En conséquence nous défendons expressément au sieur curé d'Avenay, et à tout autre prêtre, sous les peines de droit, d'y célébrer les saints mystères. Et sera notre présente ordonnance publiée au prône de la messe paroissiale d'Avenay. Donné à Reims le 24* jour du mois de juillet de l'année mil sept cent quarante-quatre.

€ Ainsisigné : Langlois, vie. gén., et, par ordonnance^ Gobreau^ secrétaire,

1744-1748. — Passer du culte de sainte Berthe et de rhistoire de ses pieuses filles aux faits et gestes de^ Mademoiselle de Navarre, le contraste est grand et la transition un peu brusque! Peutêtre trouvera-t-on que cette personnalité tapageuse pouvait trouver sa place ailleurs ; mais la spirituelle et très-mondaine créature a fait tant de bruit en son temps» et a si bien contribué, à sa manière, à Tillustration de notre modeste village, qu'on nous pardonnera d'arrêter un instant sur elle l'attention du lecteur. Car bien que de célèbres écrivains se soient particulièrement occupés d'elle, et qu'elle ait été l'objet d*une comédie sur l'un des théâtres de Paris (^), son nom et sa notoriété n'en sont pas moins restés dans l'ombre. Nous allons, essayer ici de la remettre quelque peu en lumière.

♦ Aux xvii* et XVIII® siècles les vins d'Avenay partageaient avec ceux d'Hautvillers la gloire de le disputer aux meilleurs d'Ay. Avenay^ les bons rai^ sins, telle était le dicton populaire inscrit sur la bannière des chevaliers de l'Arquebuse, lors de la grande revue de cette milice bourgeoise, convoquée à Reims le 15 juin 1687, dont nous avons précédemment rappelé le souvenir.

Les bons raisins font le bon vin,

Amis il faut en boire.

Il nous montrera le chemin

Qui conduit à la gloire.

(1) Mademoiselle Navarre, comédie-vaudeville en un acte, par M. Hippolyte Lucas, représentée pour la première fois ft Paris, sur le théâtre du Vaudeville, le 25 janvier 1847. — PariSt Michel Lévy, in-12, 1847. -— C'est ce même Hippolyte Lucas, dont les Journaux annonçaient tout derniôrement la mort. Il était depuis plusieurs années bibliothécaire à TArsenal.

MADÀltE GHARLOTtE Dfi BOUF'FLERS 507

La Bruyère, Saint-Evremont, Boileau lui-même, Coulanges^ Latteignant et bien d'autres, avaient célébré les vins tendres et délicats de nos vignei^, et celui de Madame Tabbesse notamment avait ac<» quis une telle réputation que plusieurs grandes grandes familles, étrangères à la localité, tenaient i honneur de posséder un vendangeoir à Avenay et de venir passer dans le renommé Val-^d*Or, une partie de la belle saison.

Par acte notarié du 5 mai 1727, Dame Gabrielle Regnault, veuve de Jean-Baptiste Hénin de Na-^ varre, passe procuration au sieur Jean-Baptistd Adam, pour reprendre la suite des affaires de soti mari, et le cautionne jusqu'à concurrence de quinze mille livres, à la sûreté desquelles elle affecte et hypothèque entre autres biens deux grandes matsons à portes cochères^ Tune située à Châlons, rue Saint-Jacques, et Tautre i Avenaj, rue de THô* pital.

C'est dans cette dernière maison U), devenue sans doute par la mort de madame Regnault la propriété de M. de Navare de Bruxelles^ que nous trouveromi bientôt installée notre intéressante héroïne^ Voidi un autre acte qui certainement la concerna et qui nous fait connaître ses nom et prénoms :

€ L'an de grâce 1743, le 27 octobre, est né de légitime mariage et a été baptisé par moi, prêtre curé chanoine d'Avenay, soussigné, le âls de Louis

(1) Après plusieurs mutations dd propriétaires, cette mai*- ■on, quelque peu modifiée dans sa forme, n'a pas changé de destination : elle est aujourd'hui possédée et occupée par un riche négociant en vin de Champagne, M. Hugti^rs Homl^, Vwûi des ûl« de T&ssocië dé la maison Bwîmiart d€ Brimmt*

Regaault et de Marie Jeanne du Sausset, son épouse, de cette paroisse ; auquel on a imposé le nom de LouiS'Oabriel-Emond. Son parein a été M. Emond Yvernel d'Eterpigny, et sa mareine Mademoiselle Marie- Oubrielle- Antoinette de Navarre, qui ont signé avec nous ce présent acte, les jour et an que dessus. Yvernel^ De Navarre, Abraham.

L'espace nous manque pour reproduire ici tout ce que nous ayons recueilli sur Mademoiselle de Navarre dont la romanesque existence pourrait fournir la matière d'un volume. Il nous suffira de dire qu'aimée et recherchée tour à tour du maréchal de Saxe, qui la connut chez son père à Bruxelles, puis de Monnet, le directeur de TOpéra- Comique, dont elle fut Tune des plus brillantes élèves, de Marmontel qui l'adora, de l'abbé de Lat« teignant qui la chanta, elle finit, après l'existence la plus agitée, par épouser un Riquetti, frère de Mirabeau Vami des hommes et oncle du célèbre orateur, et mourir marquise de Mirabeau. Grosley, sans être un de ses adorateurs, en parle ayec enthousiasme. Nous renvoyons à notre Appendice les curieux détails sur ce sujet que le défaut d'espace, et peut-être aussi les convenances, nous empêchent de donner ici.

Passons maintenant à un autre personnage. Il nous serait également difficile de ne pas faire paraître, au moins une fois dans notre récit^ le nom du président Bertin du Rocheret, Thomme du monde qui s'est le plus passionné pour l'histoire de nos contrées et dont les recherches et les appréciations sont semées de si piquantes anecdotes. Yoltai-

rien dans l'âme, Bertin du Rocheret laisse partout Tempreinte de son esprit caustique : ses études gé« néalogiques, qui sont allées enrichir le Cabinet des Titres de la Bibliothèque du Roi^ attestent ce goût prononcé pour la satire qui Ta rendu le fléau de la plupart des familles dont il a recherché les origines. Ajoutons que les volumineux recueils inédits qui restent encore de lui à la bibliothèque corn* munale d'Epernay, sa ville natale, justifient amplement la réputation que lui ont faite ses études généalogiques et ses Œuvres choisies récemment mises au jour U).

Bertin du Rocheret joignait au goût littéraire rhabitude des spéculations lucratives et possédait^ comme la famille Navarre, à Mareuil, à Avenay, à Epernay et surtout à Ay où il avait un joli vendangeoir, un lot de vignes dont il savait tirer fort bon parti. Il était d'ailleurs attiré à Avenay par des liens de famille. Mademoiselle Bertin du Rocheret, sa sœur, y avait épousé un gentillâtre du pays^ M. de Corvisart, seigneur de Fleury. Voisine de Mademoiselle, de Navarre, Madame de Corvisart n'avait pu se défendre d'une certaine affection pour cette extraordinaire jeune fille qui l'avait en quelque sorte fascinée par ses brillants côtés. Elle en avait écrit des merveilles au président, son frère, tout en la plaignant des médisances dont elle était l'objet. Bertin y répond par une assez longue tirade sur là médisance. < Cette lettre (est-il dit en note)

(1) Journal des Etats de Vitry et Œuvres choisies, Mé^ moires et Correspondance; deux charmants volumes in-12 que notre ami M. Aug. Nicaise a enrichis d*une intéres* santé Ett^de biographique.

t^lO ÀBBÀYE d'àVENAY

est au sujet de la belle demoiselle de Navarre^ dont Madame de Fleury me fait un éloge outré, quoique ses liaisons avec le grand maréchal comte de Saxe donnassent lieu à la médisance, surtout après qu'on Veut vue partir publiquement d'Avenay, habillée en cavalier, pour aller joindre ce général à Tarmée de Flandres. » — Cette lettre est du 3 octobre 1736.

€ C'est un grand bien, ma chère sœur» que tout celui que tu me dis de l'héroïne d'Avenaj ; c'est un grand mal que tout celui qu'on en publie. Et tout ce que je puis faire en faveur de son bel esprit est de rester neutre, malgré la pluralité des voix qui ne lui est pas favorable. Si c'est calomnie, c'est un malheur pour elle, mais il est encore plus grand si c'est médisance. Tes sentiments sont très charitables, mais voici de la morale meilleure que la tienne pour passer ton carême et plus sûre que celle de tous les cafards... » Suit un petit traité de la médisance telle que l'entend le président, traité que M. Nicaise a reproduit dans son livre.

Dans une autre lettre qu'on va lire on entrevoit cette tendance irréligieuse de l'esprit public que la props^ande philosophique avait déjà mise à la mode dans la société française, qui devait en être si promptement et si cruellement victime.

Bertin du Rocheret, en relations d'affaires avec Madame l'abbesse, avait eu naturellement l'idée d'écrire au moins l'histoire de sainte Berthe et avait sollicité la communication de documents dont il espérait s'aider dans son travail. Mais on sait le peu d'empressement que mettaient les abbayes à ouvrir leurs archives. Exposée aux fréquents procès qu'entraînent les grandes propriétés, l'abbaye crai*-

gnait qu'on abusât de ses communications^ et qu'à

l'occasion on n'en tirât des arguments contre les

intérêts de la maison ; aussi aux sollicitations de ce

genre la réponse était toujours : < Nous n'avons

plus rien ; l'incendie, les guerres civiles nous ont

tout fait perdre, et nous ne connaissons plus notre

propre histoire que par la tradition. »

C'est la fin de non-recevoir que Madame de Cor-

visart fait présager i son frère dans la lettre que

voici :

23 mars 1753.

< Ne te flatte pas, mon Président, d'avoir communication du livre que tu demandes : il est bien décidé qu'il ne sortira pas du monastère, et la raison du refus est que tous tant que vous êtes, historiographes, savants, beaux esprits, vous êtes tous des dénicheux de saints. Jette tes brisées ailleurs, car tu n'auras rien par ici : tu as manqué ton coup. Si le père Lambert était encore de ce monde, tu aurais tiré de lui les éclaircissements que tu demandes ; il étoit bonhomme et il n'y avoit que façon de le prendre ; mais tout est fermé, et quand tu parlerois toi-même, tu aurois pour toute réponse que l'on n'a que la tradition, les anciens titres ayant été incendiés. Il n'y a pas une religieuse dans la maison qui ait connaissance des faits dont tu demandes les dates. Tout est nouveau dans cette maison, même les confesseurs. Je ne vois que le P. Prévoteau, minime, qui pourroit aider ta recherche : il est le confesseur et l'homme de confiance de Madame d'Âvenay : s'il parle, il aura tout ce qu'il voudra ; les autres n'obtiendront rien.

< Il y a quelques années que Ton a fait une

châsse neuvOy où les reliques de sainte Berthe ont été déposées; en les retirant de l'ancienne qui les enfermait Ton a trouvé les ossements d'un jeune enfant enveloppé dans un morceau de damas blanc, à côté de ceux de sainte Berthe. Cela donne à juger que c'est un fruit de son mariage avec saint Gombert, mais il n'y en a aucune notte. Je tiens ceci d'une religieuse qui étoit pour lors sacristine (i).

< Mes complimens et amitiés à tes deux femmes. Je les embrasse et toi de tout mon cœur. Ta trèshumble servante,

€ Bertin de Fleurt. >

€ P.- S. — Que dis-tu du fracas que l'on fait daps les vignes? Es-tu dans le cas d*en arracher? Ma sœur Collet n'y est-elle pas pour quelque chose? Pour moi je n'en ai aucune qui soit passée des grands-pères aux petits-enfants. >

Ce post-scriptum fait allusion à cette incroyable ordonnance de l'intendant Larcher qui, à la suite de quelques années improductives, ordonnait l'arrachement des vignes de nos contrées, pour les terrains être rendus à la culture des céréales. Ordonnance qui fort heureusement ne reçut qu'une imparfaite exécution.

Il nous faut revenir à l'histoire de notre monastère.

Juin 1754. — Nous n'avons pas eu jusqu'à ce jour l'occasion de parler des pensionnaires que l'abbaye recevait et dont nous avons vu que Madame de Sillery avait fait relever les bâtiments. VEtat

(1) Voir k ce sujet notre note p. 12 da présent volume.

des Dames religieuses et sœurs converses du monasière en Vannée 1754 que nous donnons à TAppendice^ nous donne le nom de vingt-deux pensionnaires. Ces pensionnaires, la plupart jeunes filles des bonnes familles du pays ou des environs^ y rece- Toient l'éducation et l'instruction que, moyennant la même rétribution les écoles communales ne pouvaient leur donner. Il arrivait parfois qu'une jeune fille, privée tout à coup de ses parents, étrangère, isolée dans le monde, s'attachait à la maison, et, sans y prendre l'habit, en adoptait les exercices, le genre de vie et y passait le reste de ses jours. Telle nous parait avoir été Mademoiselle Albertine-Thérèse d'Arzé, pensionnaire de Tabbaye depuis trentesept ans, que nous voyons en 1754 faire donation i la maison de la meilleure partie de sa fortune.

Les années 1754 à 1759 virent se renouveler de grands débats entre MM. les chanoines et les marguilliers de la paroisse. Ces derniers ayant obtenu de l'intendant deia province, M. de Barberie, l'autorisation de poursuivre, mirent MM. les chanoines en cause pour les contraindre à assister et faire le service, sous le curé, aux jours de grandes fêtes, et comme gros décimateurs à faire exécuter les ré* ^parations que nécessitaient l'état du chœur et du cancel qui étaient exclusivement à leur oharge. Après d'interminables mémoires, consultations d'avocats, et la justification par les chanoines des travaux exécutés par eux dans l'église, l'accord se fit enfin et la paix longtemps troublée se vit rétablie entre les parties.

Mais un événement d'une autre gravité vint faire diversion et remuer toute la population.

514 ABBAYE D*ÀVENÀY

La nuit du 31 août au P' septembre 1754, pen* dant que les religieuses étaient aux matines de minuit, le feu prit dans la cellule d'une des sœurs U), et avant qu'on ait pu y porter secours, et qu*on eût ouvert les portes du monastère^ un côté du dortoir était déjà la proie des flammes, le feu gagnait le clo* cher et l'église elle-même. En un instant le maftre autel fut atteint, l'orgue, la chaire et tout le mobi* lier, en même temps que la toiture de l'église, furent réduits en cendres. Cependant le zèle et le cou* rage des sacristines sauvèrent les châsses et quel* ques-uns des ornements ; mais les chefs d'argent et de vermeil des saints patrons, la crosse de Tabbesse, un soleil d'une pierre rare où se voyaient sculptées des sybilles en or et en diamants et d'autres précieux joyaux y furent consumés. Les religieuses tout occupées à réveiller et à sauver les pensionnaires, sortaient du monastère à peine vêtues, Madame de Boufflers elle-même n'eut pas le temps de se couvrir, et les unes et les autres en furent réduites à accepter les vêtements que les plus proches voi* sins de la maison leur purent offrir. On conçoit la vive douleur de Madame et de ses chères filles en assistant à la destruction entière de leur maison. Il ne. resta avec le chartrier, qui fut heureusement préservé, que les bâtiments où se trouvaient l'infir**

(1) Bertin du Rocheret, que nous venons de citer, dit dans sa lettre du 2 septembre 1754, que le feu fut mis par Madame Masse-Morand, religieuse, allant à matines, et dans sa lettre de condoléaDce à Madame de Boufflers, abbesse, du 9 septembre, il fait allusion ft un autre désastre pour Tabbaye : Tincendie des bâtiments du monastère ft Suippes, sur lequel du reste nous n^avons aucun détail.

merie^ les bûchers et quelques greniers. Madame de Boufflers, au milieu de ses angoisses, n'avait d*autre soin que de ses pensionnaires et de ses chères filles qu'elle craignait de voir la proie des flammes et ne se rassura que quand elle vit de ses propres jeux que tout son monde était en sûreté, et hors de la maison, qui hélas ! n'offrait plus aux regards que l'aspect d'un vaste et ardent brasier.

A peine le feu était-il éteint, que Madame de Boufflers fit élever un mur de clôture dans la cour extérieure, et, rassemblant ses filles attristées» parvint à les loger toutes dans les bâtiments réservés aux hôtes et dans ceux de l'infirmerie et des communs préservés et, dès le 7 de ce même mois de septembre, elles reprirent en commun tous les exercices réguliers; l'office au chœur et les autres parties du service divin se faisaient dans l'ancienne chapelle dite de Notre-Dame, puis du Sépulcre et enfin de Saint-Roch, et qui se trouvait dans la basse^our où Madame de Boufflers, durant l'incendie, avait fait déposer les châsses et les rares objets arrachés aux flammes.

Cette sorte d'exil se prolongea plusieurs années et ce ne fut que le 4 octobre 1760, qu'il fut possible de rentrer dans la nouvelle maison. On ne peut dire au surplus toutes les difficultés, toutes les oppositions, toutes les contrariétés que Madame de Boufflers eut à surmonter pour obtenir la permission de reconstruire sa maison, principalement du ministère qui voulait que l'abbaye d'Avenay fût unie et transportée au prieuré de Longueau, alors transféré luimême â Reims.

La menace du prochaia départ des reli^enses çt

516 àbbàys d*avenày

de la suppression de la maison abbatiale devait mettre en grand émoi toute la population du Vald*Or. Le samedi 18 octobre 1755, à Tissue de la messe paroissiale (en ce temps-là les habitants d*Ayenay allaient à la messe), il se tint une assem. blée générale des paroissiens à l'effet d'aviser en commun au moyen de détourner le malheur qu'on redoutait. Nous avons sous la main le procèsverbal de cette assemblée, dont nous donnons à V Appendice l'entière reproduction. Bien des habitants d'Avenay d'aujourd'hui y 'reconnaîtront leurs ancêtres et verront de quelle importance était» pour eux et pour le pays, le maintien de cette abbaye qui, moins d'un demi-siècle après, devait tomber sous les coups de la philosophie et de la Révolution.

Puis, voici un autre témoignage du grand intérêt que les habitants d'Avenay portaient au maintien dans leurs murs de l'abbaye et de son personnel. Dès qu'il fut certain qae l'église abbatiale serait réédifiée et que sur les instances de Madame de Bouf&ers on sut que Sa Majesté daignait consentir à en poser la première pierre, la communauté tout entière^ transportée de joie et pour marquer sa reconnaissance, vota en assemblée générale qu'un présent serait ofiert au personnage que le Roi nommait pour le remplacer en cette solennité. Voici cette curieuse délibération :

<c 17 avril 1757.

€ Ce jourd*huj dimanche dix-sept ayril mil sept cent cinquante-sept, fin et issue de la messe de paroisse.

€ Les habitants et communauté d'ÀTenay assemblés par devant nous Jean Arnoult, maire dudit lieu, au son de la cloche et en la manière ordinaire, ft la requeste, poursaita

ItÀDAMB CHARLOttE t)E fiOtJFI'LËRâ Sll

et diligence de Gille Daval et Michel Fournelat, } leurra jndicq, en présence du procureur fiscal, lesquels sindicqs ont représente auzdits habitants que, par grâce spéciale. Sa Majesté a bien voulu accorder à haute et puissante Dame, Madame Charlotte- Julie de Boufflers, abbesse de l'abbaye royale Saint-Pierre d'Avenay, Dame dudit lieu, Mutigny, Suippe, Somme-Suippe, Bonis, Yadenay et autres lieux, de faire poser la première pierre de son monastère dont la reconstruction a été ordonnée par arrest du Conseil privé du

du dernier, en son nom : et que, pour ce, Elle a

nommé M'* Claude Vidal, Gaston de Rochefort, Duilly de Saint-Point, abbé commendataire de l'abbaye de Saint- Basle et grand vicaire général de M' l'archevesque duc de Reims, pour le représenter en cette cérémonie ; que dans une pareille conjoncture lesdits habitants ne peuvent se dispenser de marquer le zèle et l'attachement qu'ils doivent à leur souverain. C'est dans cette circonstance qu*ils les ont fait assembler pour délibérer sur les mesures qu'il con. vient prendre sur un pareil sujet.

c Et après que lesdits habitants ont délibéré, ils ont d*une voix unanime déclaré qu'il est nécessaire que lesdits sindicqs invitent les plus notables du lieu pour s'assembler en corps à l'effet de se retirer vers ledit seigneur, pour le supplier au nom de tous les habitants, de leur permettre de rendre & Sa Majesté tous les hommages et devoirs qu'ils lui doivent, et en mesme temps de luy faire le présent proportionnement & la circonstance donc il s'agit; d'en faire les frais et avances ; pourquoy ils leur donnent tout pouvoir ; lesquelles avances, sur les certificats qu'ils en représenteront, leur seront alloués et passés dans le compte qu'ils rendront auxdits habitants. De tout ce que dessus nous avons auxdits sindicqs et habitants donné acte ; et ont partie desdits habitants signé ensemble lesdits sindicq, ledit proC fiscal, notre greffier avec nous ; et quant à l'autre partie ont déclaré sur ce enquis et interpellés ne savoir écrire ny signer.

€ Atn^t signé : P. Plomb, C. Plomb, C. Arnoult, V. Padier, Baptiste Masson, N. Pied, Didier, Berrant, Choblet, Trézain Yallet, H. Blanchard, CoUin, Nicolas Qalland, J. Cuillier et Arnoult. »

518 ABBAYE dVvENAY

Nous mentionnerons maintenant un procès de Tabbesse avec ses chanoines, cette fois-ci non point avec la compagnie, mais seulement avec deux d'entre eux qui, promus à d'autres fonctions, entendant jouir du droit décéder leur prébende et d'imposer leur successeur à Madame l'abbesse, avaient présenté à sa confirmation deux jeunes ecclésias« tiques non encore revêtus de l'ordination. L'affaire présentée sous ce jour ne semblait pas soutenable. Cependant^ comme d'habitude, elle occasionna une volumineuse procédure dont nous ne citerons que le factum de Madame de BoufBers, comme pièce imprimée et que les collectionneurs de ce genre de documents ne doivent pas négliger. En voici le titre :

MlÎMOIRB POU& DaMB GhARLOTTB-JuLIB de BoUFFLBRB, ABBB8S8 DE L*ABBATB ROTALB DE SaINT-PiBRBE D*AtENAT, COntrC U

9ieur CharUS'François Tottchaint de la LutHère, clerc tonêuré du diocèse de Reims^ prétendant droit à une prébende eacerdotale en Véglise abbatiale de Saini-^Pierre d^Atenaiy^ et U sieur Nicolas Jouvant, prétendant droit à une autre prébende sacerdotale de la même église. En présence du sieur Nicolas De la Veufve, prêtre curé de Coucy^ ef Léo^ nard'-Innocent de la Joye^ aussi prêtre, tous deux pourvus des mêmes prébendes sacerdotales.

Le concordat de 1264, invoqué de part et d'autre dans tous leurs procès, imposait aux prébendaires l'obligation d'être prêtres et d'exercer leurs fonctions en personnes, et il était notoire que si ces prébendes eussent pu être possédées par de simples tonsurés ou ecclésiastiques sans ordination, l'objet de la fondation n'eût point été rempli.

Le sieur Touchaint de la Luttière, résignataire d'un de ces bénéfices, en avait pris possession au mois de septembre 1756, dans un temps où il n'était

que simple tonsuré ; devenu sous-diacre au moment du procès, il demandait à être maintenu dans la possession du bénéfice.

Quant au sieur Jouvant, jeune ecclésiastique, encore étudiant en logique, il avait obtenu ses provisions de la cour de Rome, le 16 juillet 1758, c'està-dire le jour même du couronnement du pape Clément XIII. Il les avait obtenues sur la résignation du sieur DucandaU récemment nommé à la cure de Chauvency-le-Chàteau (diocèse de Trêves), par le chapitre de Montfaucon. Or le sieur Ducandal n'avait plus droit au bénéfice, dès le 30 juin précédent» car devenu curé et paisible possesseur par arrêt du parlement de Metz en date de ce jour, Tannée d'option avait commencé à courir pour lui du jour même de cet arrêt, et faute d'avoir fait son option, le bénéfice était devenu vacant de plein droit, et Madame l'abbesse avait pu en disposer et l'avait effectivement conféré dès le 3 juillet suivant au sieur de la Veufve, prêtre et curé de Coucy.

Prestimonie Berrant. — Nous avons mentionné dans la présente notice, à la date de 1629, l'élection du chanoine Gérard aux charges et bénéfices de la prestimonie Serrant^ mais nous avons omis de dire ce qu'était cette prestimonie, à quelle époque» à quelle occasion elle avait été créée. Ayant à la mentionner à nouveau, nous en donnerons ici Thistorique.

On entendait par prestimonie la fondation d*un particulier pourvoyant à l'entretien d'un prêtre, avec telle ou telle charge. Elle différait du bénéfice ordinaire, toujours à la collation de Tautorité eoclé-

52Ô ÀBBAVB D^AYËiUy

siastique, en ce sens qu'elle restait de plein droit à la disposition de son auteur ou de son fondé de pouvoir« efrsans que Télu eût besoin d'aucune autre provision. La prestimonie Berrant avait un but d'une portée plus haute. — Notre époque s'est faite à l'idée qu'avant la Révolution la jeunesse de nos villages manquait totalement de moyens d'instruction, ou, tout du moins, notre époque fait-elle bon marché de tous les essais de nos ancêtres en ce genre. Cependant j'ai sous les yeux un livret imprimé en 1684, ayant pour titre : Avis touchant les petites écoles^ et j'y vois que la méthode tant préconisée en notre siècle sous le titre 6i' Enseignement mutuel était à peu près trouvée bien avant l'importation de Belle et Lancastre. Voici entr 'autres préceptes de l'auteur, qui se dit avoir une expérience de plus de quarante ans dans la pratique de l'enseignement, ce que nous trouvons à extraire de son Avis : € Un seul mattre, une seule voix, un seul livre

< enseignant : un écolier qui les enseignerait tous, « et les enseignant tous, enseignerait chacun en € particulier ; chaque écolier posséderait tout son « maître et tout son temps et toutes ses pensées et « toute son attention. Le maître serait dans l'école « comme l'âme dans le corps; tout, en tout le

< corps de l'école. >

Nous ne croyons pas que l'instituteur de nos jours^ si parfait que le façonnent nos programmes et nos méthodes, ait encore dépassé le type de notre maître de 1684. — Au surplus il résulte d'une infinité d'anciens titres, que dès les temps les plus reculés nos paroisses étaient pourvues d'un régent ou maître d'école, sauf les localités de minime im-

Madame charlotte de Boùii^FLERâ 621

portance et suffisamment rapprochées des paroisses pourvues. Mais ce qui surprendra bien des gens, c'est que l'enseignement, quoique propagé et soutenu par l'autorité ecclésiastique, était exclusivement laissé aux mains laïques. U est vrai que le maître d'école était chrétien, et que ^dLns ce teimpslà on regardait la chose comme uAe garantie.

C'est surtout au milieu .du xvii* aiàcle que les esprits se préoccupèrent de l'enseignement gratuit en faveur de l'enfance indigente. La ville de Reims, .en particulier, devait donner un grand exeqiple. Des essais nombreux en ca genre y avaient devancé le dévouement héroïque de l'abbé de la Salle. — Âvenay^ dans sa petite sphère, suivitle mouvement. Xi'écoje communale, alors dirigée par un régejit du «Diç^ de Joseph Pothier, moyennant une légère cotisa* tkm des .familles, distribuait renseignement primaire aux enfants du pays, mais les enfants du pauvre, mal* gré des charités partielles, en profitaient peu et restaient expo3és aux misères de l'abandon. Ui;i honorable .bpurg^ois d'Ave^ay eut la bpnne pensée de vejair e» aide aux pauvres petits délaissés. Par acte passé devant notaire au Châtelet de Paris, le 15 décembre 1655, M. Henri Berrant, ci-devaat juge consulaire de cette ville, donnait en pur dqn à la Oïiairie d'Avçjiay un lot. de terres et de prés m fi\x% terroirs d'Avenay, Fontaine, Bisseuil et Chouilly, dont le produit devait être exclusivement afiecté au traitement d'un ecclésiastique qui serait chargé de l'enseignement gratuit des enfants pauvres. — En l'année 1757, sous Madame Charlotte de Boufflers la prestimonie Berrant avait eu déjà plusieurs titulaires. Le dernier, le chanoine Gérard, étant

522 ABBAYE d'aVENAV

décédo, la mairie d'Avenay eut à pourvoir à son remplacement. Le procès-verbal d'élection nous précise les obligations imposées au bénéficiaire.

€ Par devant Jean Arnoult, maire d^Avenay et à la requête de Gilles Duval et Michel Fournela, syndics,, il a été procédé, le dix- huit octobre mil sept cent cinquante-sept, à la nomination et réception du sieur Jean Roza, prêtre chanoine de Tabbaye royale d'Avenay, pour faire la fondation du sieur Berrant et remplir les obligations mentionnées en i celle, & savoir : De dire et célébrer tous les dimanches et fêtes qui se solemnisent en la paroisse une messe matinale en rintention et pour le repos de l'âme dudit défunt sieur Berrant, celle de ses père et mère, et fin d'icelle le De Profundis et Toraison F%delium\ comme aussi de célébrer le jour de saint Henri, patron du défunt sieur Berrant, une mesae à la même intention ; de faire deux fois par semaine, le dimanche et le jeudi, le catéchisme pour disposer les enfants dudit lieu à leur première communion ; d'instruire ou faire instruire gratuitement les enfants des pauvres habitants, veuves et orphelins de ce lieu, à lire et à écrire et leur enseigner autant que faire se pourra les premiers principes de la langue latine en sorte qu'ils puissent être dans le cours de leur vie duement instruits des articles de notre religion catholique, apostolique et romaine. A Tefifet de quoi les pauvres enfants orphelins seront tenus de prendre un certificat de nous, dudit procureur fiscal et greffier, qui leur sera délivré gratuitement. Toutes conditions acceptées par ledit sieur Roze. Le présent acte ainsi signé : Roze. Gillb Dd- VAL, FouRNELA, Bbrrânt, Choblet, J. Padié, Trézain Val- LET, Nicolas Galland, Merlin, J. Coutelbt, Michel Fournela, j. Berrant, Guimbert, Oblin et Arnoult. »

Entrée de Madame d'Aubigny au monastère d'Avenay. — Nous avons déjà dit comment, aux termes même de la règle bénédictine, les aspirantes à l'état de religieuse, étaient tenues d'apporter au monastère une dot dont le chiffre variait suivant la for-

tune et la position de la famille. Cet usage qui remontait aux premiers temps de Thistoire monastique, n'était point tombé en désuétude. Mademoiselle Madeleine d'Aubigny de Cbâlons, à la mort de son pèra et du consentement de sa mère, Catherine Hardouin^ sollicita son admission au couvent d'Avenay. Madame de Boufflers qui, à l'instar de Mesdames de Treslon et de Sillery, tenait à diriger les affaires de sa maison, nous a laissé écrits de sa main les préliminaires et conditions de la réception de la postulante. Cette pièce est fort importante. Signée non-seulement de Madame de Boufflers^ mais aussi de toutes les religieuses en exercice, elle prouve que les admissions continuaient à se faire par la voie du scrutin, et avec l'assentiment de toutes les sœurs, et non, comme on l'a prétendu, sur le choix et le seul caprice de Tabbesse, ce qui eût été absolument contraire aux dispositions de la règle bénédictine. Nous reproduisons donc d'autant plus volontiers cette pièce qu'elle fixe l'époque de l'entrée en religion d'une personne appelée à jouer un rôle important dans les derniers chapitres de cette histoire.

Cet acte est le premier d'un petit registre tout entier de la main de Madame de Boufflers. En voici le titre et le texte.

Le présent registre est pour servir aux délibérations de notre communauté sur les affaires temporelles qui peuvent Vin-téressery et dont les expéditions serviront de sûreté auo9 personnes qui pourront être intéressées dans ces actes.

Nous, soussignées Âbbesse et Religieuses composant la communauté de Tabbaye royalle de Saint-Pieire d*Avenay, — étant capitulairement assemblées en la manière accoustumée pour délibérer d^ nos affaires temporelles, sur la

représentation qui nous a étt^ faite de nous engager à payer annuellement à Madame Catherine Harduin, veuve du sieur Nicolas-Antoine d'Aubigny, la somme de cent cinquante livres, par forme de pension alimentaire, à commencer du jour de la profession de notre sœur Magdeleioe de Sainte- Soolastique, sa fille ; en conséquence des mesures que ladite loeur a prises, par acte notarié dudit jour, pour nous assu-^ rer le fonds de deux mil livres, dont la rente de cent livret demeurera à ladite dame d^Aubigny, sa vie durant, et dont la propriété nous sera réversible à sa mort ;

Nous, en vue du bien certain qui résulte de cet arrangement au profit de notre dite commuiiauté, avons consenti et consentons ft ladite proposition, et nous engageons, en conséquence, par le présent acte transcrit en entier sûr le registre de nos affaires temporelles, à payer annuellement à ladite dame d*Aubigny, sa vie durant, la somme de cinquante livres payable en deux termes, de six mois en sit moisi ft commencer du jour de la- profession de notre dite BdBur de Safnt-Scholastique, sans préjudice de la somme de cent livres francs et quittes de tous droits, provenant de la vente des deux contracts, qui lui sera payé sa vie durant^ aussi en deux termes, à commencer du jour de la profes- 6ion de notre dite sœur Sainte-Scholastique. Et pour sûreté du présent engagement nous consentons qu'il en soit expé« dié une copie pour être remise & ladite dame d'Aubigny. En foy de quoy nous avons signé en notre abbaye royale de Saint-Pierre d'Avenay, ce dix-sept novembre mil sept cent eoixante-un.

Ainsi signé : S' Charlolte-Julie de Boufflers, abbesse ; S' Sau binet, prieure ; S' Benoist, prieure des cloistres ; S' Françoise-Madelaine du But ; S' Voille, sous-prieure ; S' Benoist la cadette; S>^ Rumigny, boursière ; S' de Maroille ; S>^ Le Philipponat ; S' de Sacquespée , dépositaire ; Sr Rouillé ; S' de Bonnières ; S»^ de Beaufort ; S' de Fleury, grennetîère ; S' Brunet ; S' de La Touche ; Sœur de Longsart ; S' de Seneschal ; Sr de Beauregard ; S' Houret de Rennevilie; S' Hanmer de Bethencourt; S' Lefevbre ; S'^ Vavasseur ; S' d*Arras ; Sr de Maës et S' d*Aubigny«

MADAME GHAflLOTTE DE BOUFFLERS 525

A la suite de cet acte figurent les divers paie*» ments faits en conséquence, à Madame Catherine Harduin JQ^^u'au moment de sa mort indiquée en ces tevtùën : < Ladite rente demeure éteinte par le décès de ladite dame d'Aubigny, arrivé le 2Q novembre 1775.

Les dernières années de Madame de Boufflers furent surtout consacrées à la réédificàtion de Fé* glise abbatiale, si désastréuseitietit ruinée par Tincendie de 1754. Nous avons dit les résistances qui dès l'abord semblaient condamner l'église et par delà même l'abbaye^ que l'autorité ecclésiastique entendait transférer et joindre à Reims, au prieuré de Longueau. Mais résolue de ne point quitter son église, notre abbesse mit tout en œuvre pour résister, et grâce au crédit de la maison de Boufflers^ elle sollicita avec tant de persévérance et de fermeté que, par arrêt du conseil d'Etat du 10 août 1156, le roi accorda l'autorisation de reconstruire ; bien plus, par sa lettre du 27 mars 1757, le comte de Saint- Florentin annonçait que Sa Majesté per^mettait que la première piei*re fût posée en son nom. Mais, pour exécuter les plans d'un édifice solide et durable, non plus dans lés formes architectoniques du, moyen- âge dont la tradition était perdue, mais au moins dans le style renaissance de l'église de Mesdames de Linange et de la Marck, il fallait des ressources qui manquaient â la courageuse abbesse. Toutefois, grâce à son zèle, à sa persévérance, et aussi à Taide de quelques amis, elle parvint à une complète reconstruction. La pièce suivante nous la montre occupée de la déoo-

526 ABBAYB D^VENAY

ration intérieure pour laquelle elle a également recours aux emprunts :

€ Nous Boussignëes, reconnoissons que le Père de Vinaj, prémotttrë de Laoa» a paie pour rembellissement de notre cœur, une somme de quatre cent ringt livres ; pour quoi nous nous sommes engagées de lui faire dire dans notre enlise un annuel de messe du jour, avec une collecte pro defuncto sacerdote Ludovico & son intention, aussitôt que noua aurons appris son dëceds, sans préjudice aux prières de notre association.

€ Ainsi signé : S' de Boufflers, abbesse d'Avenay, — et plus bas : c Tout cet objet a été acquitte. »

Bien que nous puissions ajouter d'autres particularités se rattachant à Tabbatiat de Madame de Boufflers, nous terminerons cette notice, déjà si longue, en mentionnant le cérémonial qu'elle fit imprimer de la translation des reliques de sainte Berthe et de saint Gombert, de l'église paroissiale où elles avaient été portées et déposées lors de l'incendie de 1754, en l'église nouvellement reconstruite de l'abbaye, et sans doute aussi en souvenir de la première trî^nslation qui, on le sait, eut lieu dès le XI* siècle, Siprès la vision miraculeuse du pieux Bernard. Dans le livret imprimé par ordre de Madame de Boufflers, le liturgiste a reproduit les faits de la légende ; c'est l'objet des leçons iv et v de l'office. La vi"* est consacrée au souvenir de l'incendie de 1754 qui épargna les précieuses reliques :

« Notandum, quod anno suprà millesimo septin-

(1) Office pour la translation de saint Gombert et de sainte Berthey le 31 août, avec octave. — A Reims, chez Jeunehomme, imprimeur du Roi, rue des Tapissiers, 1772; in-8- de 13 p,

MADAME CHARLOTTE DE BOIÎFFLERS H2l

gentesimo quinquagesimo-quarto, kalendis septembris, monialibus vigilias noctis persolvenlibus et in choro congregatis, licet flammae subito totam domum invaserint, salvae tamen factae sunt reliquise praedictorum sanctorum Gumberti et Berthae, nec non et sancti Tresani et sanctarum sociarum beatae Ursulse in thecis pretiosis reconditse...

Madame Charlotte-Julie de Boufflers gouverna sa maison Tespace de cinquante six ans^ et voulant^ dit une note du temps que nous avons sous les yeux, laisser à ses chères filles un témoignage de sa tendre affection, elle se démit de son abbaye en faveur de Madame Cossart d'Espiés, et mourut le 21 janvier 1777, âgée de soixante-dix-huit ans et six mois.

Elle fut inhumée dans le chœur de son église. Mais son tombeau comme tous ceux des précédentes abbesses fut outrageusement, violé à l'époque de la Révolution, et l'un de nos archéologues du pays nous écrivait, il y a quelques années :

€ La pierre tumulaîre portant l''épitaphe de Madame Charlotte-Julie de Boufflers, abbesse d'Avenay, est chez M. Lasnier-Merlin, propriétaire et ancien maire d*Ay. Elle est renversée, l'écriture contre terre et sert de marche pour monter à ses appartements ! »

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