PIERRE AU PATRIARCHE DE JÉRUSALEM
Puisque la grâce de Notre Seigneur Jésus-Christ vous a établi prêtre de cette église, dans laquelle a commencé le sacerdoce de l'ancienne loi et de la grâce nouvelle, et dans laquelle le Sauveur lui-même, réconciliant le monde avec Dieu par un merveilleux
sacrifice, a voulu en même temps être le prêlre et la victime; je désire vivement donner à cette église ce que je donne à son évêque, c'est-à-dire Thonorer d'un respect tout particulier, Taimcr d'une affection toute particulière, et lui prouver, si j'en avais le pouvoir et l'occasion, mon dévouement à toute épreuve. Et je ne suis pas le seul qui sois animé de cette ambition affectueuse; mes sentiments sont justement partagés par la congrégation de Cluny, en quelque lieu de la terre qu'elle soitrô pandue: car c'est de votre Orient qu'est venu le Soleil éternel, qui, bien plus brillant que le soleil du matin , a éclairé les ténèbres de notre Occident; c'est de Jérusalem que Dieu a voulu faire annoncer à toutes les nations l'Évangile du royaume éternel. Dans notre reconnaissance d'un tel bienfait, ne devons-nous pas être toujours prêts à offrir nos services, non-seulement à votre grandeur qui préside à des lieux si saints, mais encore au moindre de vos prêtres, et vous entourer tous du moins d'une amitié cordiale, si nous ne pouvons vous servir ? Ah ! puisqu'il ne m'est point donné, puisque les devoirs de l'ordre monastique m'empêchent d'aller visiter les célestes lieux de notre rédemption; puisque je ne peux les embrasser, ni répandre des larmes corporelles et mes adorations au lieu même où se sont arrêtés les pieds du Seigneur, il ne nous reste plus qu'à répandre nos cœurs devant lui, en vous priant, vous, son vicaire, de venir à notre aide, et de faire pour nous, guidé par la charité, ce que nous ne saurions faire nousmêmes. Toutes les fois donc que votre piété ou les devoirs de votre fonction vous feront visiter les lieux religieux de la Nativité^ de la Sépulture, de la Résurrection, de l'Ascension, conduisez-nous partout avec vous, en esprit et en affection, et suppliez le Sauveur pour vos frères de Cluny. C'est la prière ardente que mes frères et moi nous vous adressons tous ensemble; et, pour que vous gardiez toujours mémoire de nous, malgré notre absence corporelle, nous nous rendons présents en cette lettre oi^i nous vous prions. Nous vous conjurons encore de toutes nos forces de visiter, d'enrichir, d'honorer votre église de Cluny avec les reliques du sépulcre du Seigneur et de la bienheureuse Marie, et les autres pieux restes que vous jugerez bon de nous envoyer. Il m'eût été bien doux de causer ainsi longtemps avec vous, mais le porteur des présentes était pressé de partir, et il m'a fallu couper court à une longue lettre. Nous le recommandons , sur sa demande, à
votre bienveillance; c'est un homme fort recommandable , et, je le crois , bien connu de vous et de plusieurs des vôtres ; Drogon, grand-chantre de l'église deNevers, qui, après avoir entrepris déjà trois fois le voyage de Jérusalem, a bien mérité, par tant de travaux, un repos saint et de bienheureuses espérances.
XoteU, page 107.