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VUE DE L ABBAYE DE FLINES AU XVII SIECLE

PRÉFACE

Mai 1874.

Après avoir publié le Cartulaire de l'abbaye de Flines, je donne maintenant au public l’histoire depuis longtemps promise et depuis long-temps attendue de ce célèbre monastère.

Ma première publication s’adressait particulièrement aux érudits. Elle a servi de source principale à cette Histoire, et elle en reste le complément indispensable, mais en outre, à raison du nombre et de la nature des documents qui y sont contenus, elle présente, j’ose le croire, un réel intérêt pour tous ceux qui s’occupent d’études sur le moyen âge, soit à un point de vue général, soit au point de vue plus restreint de l’histoire locale ou de l’histoire des familles.

Le présent volume est destiné à un cercle de lecteurs plus étendu. En le composant, j’ai songé tout d’abord aux Dames de Flines, qui retrouveront ici les anciens et glorieux souvenirs de leur maison ; j’ai songé en second lieu aux élèves qu’elles ont formées et pour lesquelles cette histoire est aussi une histoire de famille.

Ce point de vue expliquera, si cela était nécessaire aux yeux de quelques personnes, le soin que j’ai apporté cà

PREFACE

mettre en relief tous les détails connus sur la vie religieuse et sur l’état du monastère aux différentes époques de son existence. Au reste, je croirais n'avoir accompli qu’à moitié ma tâche d’historien, si j'avais laissé dans l’ombre cette partie importante de mon sujet.

On reconnaîtra, en parcourant ces pages, que je n’ai négligé aucune recherche, aucun moyen d’information. Les archives anciennes de Flines ont été explorées, et, des milliers de documents, des centaines de registres qu’elles renferment, il n’en est pas un jseul qui ne soit passé par mes mains. J’ai scruté aussi les fonds de la Chambre des Comptes, de Loos , de Vaucelles et de Marquette. Toutes les collections publiques et privées où je pouvais espérer trouver quelque chose ont été mises à contribution. Je me fais un devoir de remercier ici plusieurs personnes à qui je dois des communications et des indications importantes. Ce sont surtout : à Douai, MM. A. Preux et F. Brassart; à Lille, M. l’abbé Dehaisnes; à Hénin-Liétard, M. Dancoisne ; à Paris, M. Mannier ; à Bruxelles, M. G. Buelens. Je prie ces messieurs d’agréer l’expression de ma vive gratitude.

Parmi les sources manuscrites qui m’ont été d’une plus grande utilité, en dehors des archives, il faut placer en première ligne la Description de Los, ou histoire de ce monastère, en cinq volumes in-4°, écrite par Ignace Delfosse, qui le gouverna comme abbé de 1704 à 1727. Cet intéressant ouvrage, aujourd’hui conservé à la bibliothèque de Lille, renferme une foule de détails et de documents sur les monastères de l’ordre de Cîteaux dans les Pays- Bas, et notamment sur l’abbaye de Flines. Il faut en dire autant d’une sorte de chronique rédigée à Loos, de 1 654 à 1742, sous le titre de Registrum rerum notabilium. Enfin, j’ai mis à profit les Notæ et obseruationes pro sacro ordine Cisterciensi, écrites vers i65o par Jean Delebarre, aussi religieux de cette même abbaye, et j’ai tiré un plus grand parti encore d’une collection de lettres reliées en un

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volume que je cite sous le titre de Recueil de Loos. Ces trois derniers articles se trouvent aux archives du Nord. Les manuscrits de François de Bar, à Douai, ceux du P. Ignace à Arras, Y Histoire des communautés religieuses de Lille et des environs , à Paris l, ont été utilisés comme source de renseignements pour leur époque. C'est à ce titre encore que j’ai consulté les historiens du pays, notamment Buzelin ( Gallo-Flandria ), Gramaye ( Antiqui taies Flandrien , éd. de 1708), Martin Lhermite ( Histoire des saints de la province de Lille , Douai , Orchies).

Je n’ai pu tirer aucun parti d’un ouvrage qui s’annonce pompeusement comme Y Histoire du très-célèbre monastère de Flines, ordre de Citeauæ, fondé par Marguerite , comtesse de Flandres 2. L’auteur de ce mince opuscule est Tiroux, dont la signature se trouve au bas de la dédicace adressée à Madame de Goiniecourt. Les Dames de Flines en firent apparemment le cas qu’il méritait; à l’époque de la Révolution, il ne s’en trouva pas même un exemplaire dans leur bibliothèque, et c’était justice, car ces quelques pages, par trop insuffisantes pour un tel sujet, sont remplies de grossières erreurs. 11 n’y a pas, je le répète, un seul renseignement utile à en tirer.

D’après le Gallia Christiana (t. m, col. 807), il aurait existé jadis une histoire manuscrite de l’abbaye de Flines par Michel Gouselaire, à qui l’on doit un bon travail de ce genre sur Marquette3. L’ouvrage eût été pour moi bien précieux, si j’avais pu le retrouver. Par malheur, j’ai acquis la certitude qu’il n’a jamais existé. Gouselaire a

1. Bibliothèque nationale, fonds français, n. 8522. Cet ouvrage, composé vers 1730, ne porte point de nom d’auteur. 11 contient, de la page 822 à la page 852, une notice sur l’abbaye de Flines.

2. A Lille, chez C. L. Prévost, rue de la Grande-Chaussée, 1732. In-18 de VI-35 pp. M. Dancoisne a bien voulu me communiquer cette plaquette excessivement rare. Depuis, j’en ai trouvé un autre exemplaire à la bibliothèque royale de Bruxelles. Enfin, elle a été réimprimée à Douai, par la librairie Crépin.

3. Histoire de l’abbaye de Notre-Dame du Repos , à Marquette , 1695, manuscrit in-folio à la bibliothèque de Lille.

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écrit une histoire chronologique, ou si l’on veut un inventaire détaillé des titres de l’abbaye de Flines, comme il Fa fait pour Loos, pour Marquette et pour le Verger. Les savants bénédictins, par une confusion qui s’explique, ont transformé l’histoire chronologique des titres en histoire de l’abbaye elle-même1.

Ce travail est aujourd’hui perdu, du moins l’inventaire des archives de Flines 2, qui avait déjà disparu à l’époque de la Révolution.

Je ne puis indiquer ici toutes les sources auxquelles j’ai puisé : on les trouvera successivement énumérées dans les notes. Sans multiplier les citations au delà de ce qui était nécessaire, j’ai tenu à justifier chacune de mes assertions et je me suis efforcé de donner à cette histoire un caractère strictement scientifique.

Dans la disposition de mon livre, au lieu de m’attacher à l’ordre et à la succession des abbesses, comme on le fait d’ordinaire, j’ai préféré une méthode plus libre : j’ai fait l’histoire de l’abbaye elle-même en suivant les grandes lig-nes de son développement et de sa vie. J’ai cherché par là à mettre de la suite et de la liaison dans le récit, à y répandre plus de vie, d’intérêt et de clarté. A la fin du volume, je donne la série chronologique des abbesses avec une courte notice où sont indiqués sommairement les faits

1 . Il est facile de s’en convaincre en rapprochant leur texte de celui d’une chronique de Loos dont il est la reproduction tronquée. Le Gallia Christiana , t. ni, col. 307, dit en parlant de Gouselaire : « Scripsit duobus amplis voluminibus historiam chronologicam hujus (Laudensis) monasterii, necno n Marquettensis, Flinensis et Virgultensis coenobiorum ». Le Registrum rerum notabilium, folio 90 recto, dit en parlant du même savant : a II a fait, avec un travail immense, des cartes géographiques de tous les biens de notre abbaye ; il y a ajouté une histoire chronologique de tous les titres de la maison, en deux grands tomes écrits de sa main et d’un fort beau caractère, il en a fait de même pour l’abbaye de Marquette, pour celles de Flines et du Verger. » Le rapprochement de ces deux passages rend manifeste l’erreur commise par les Bénédictins.

2. Celui de Marquette existe encore aux archives du Nord. On trouve également dans ce dépôt un recueil en deux volumes in-folio, qui a pour auteur Michel Gouselaire et qui est intitulé : Briefs des rentes de l’abbaye de Notre-Dame de Loos.

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d’une importance subordonnée qui n’ont pu trouver place ailleurs. Des notes complémentaires sont consacrées à quelques points spéciaux, ou à la reproduction de documents qui auraient entravé la marche de la narration.

Le groupement des faits, tout en les faisant mieux ressortir, m’a permis d’être plus bref et de rester complet. J’ai pu de la sorte renfermer dans un cadre relativement restreint les Annales de l’abbaye de Flines. La publication du Gartulaire a contribué à ce résultat, puisqu’elle m’a permis souvent de suppléer par un simple renvoi à des citations et à des détails qui eussent grossi mon livre, sans offrir aucun intérêt pour la masse des lecteurs.

Je me suis efforcé d’indiquer partout, mais avec réserve et en évitant les hors-d’œuvre, le cadre historique où les événements se déroulent. Une histoire particulière doit se rattacher à l’histoire générale, pour que les faits se présentent sous leur vrai jour et puissent être compris, mais elle ne doit s y rattacher en quelque sorte que par des fils imperceptibles. Il ne faut pas y coudre des lambeaux disparates, et faire, par exemple, à propos d’une abbaye, l’histoire d’un ordre ou d’une province monastique. Je sais qu’il est difficile de garder en cela la juste mesure. Le lecteur jugera si j’y ai réussi.

Dans sa séance du 28 décembre 1873, la Société des Sciences de Lille a décerné à mon travail le prix Wicar. Cette distinction, motivée dans des termes vraiment trop flatteurs, a été pour moi un puissant encouragement à compléter mon œuvre, à la retoucher dans son ensemble, et à la rendre plus digne de la savante compagnie qui a bien voulu la prendre sous son patronage.

En même temps que je soumettais mon texte à une révision totale, je l’ai complété par l’adjonction de cinq chapitres où l’histoire est conduite jusqu’à l’époque actuelle.

Plus heureux que beaucoup d’autres, le monastère de Aolre-Dame de Flines a pu renaître de ses cendres, et

PRÉFACE

conquérir par les vertus religieuses, par le travail et le dévouement, par les services rendus à l’Eglise et à la société, une place digne de ses glorieux antécédents. 11 fallait retracer cette phase nouvelle de son existence, qui n’est ni la moins curieuse, ni la moins instructive. Ici encore, outre les souvenirs vivants et les témoignages que j’ai recueillis, j’avais à ma disposition beaucoup de matériaux écrits. Les archives modernes de la maison renferment non seulement les pièces officielles qui la concernent, mais encore une foule de lettres, de notes, de mémoires, de papiers de toute espèce conservés religieusement depuis l’origine. Dans le soin qui a présidé à l’organisation de ce dépôt, on reconnaît les habitudes des monastères d’autrefois1. Ces mêmes habitudes ont inspiré la formation de deux recueils où, dans un but d’utilité pratique et par analogie avec les anciens cartulaires, on a transcrit les titres du nouveau monastère, les documents relatifs à sa fondation et à son organisation, ainsi qu’aux institutions scolaires dont les pouvoirs publics lui ont confié la charge.

Il existe encore de brèves Annales où les faits de quelque importance sont relatés au jour le jour. Je n’ai pas eu occasion de les citer, mais elles m’ont fourni fréquemment des indications et des dates.

Les Souvenirs de Notre-Dame de Fîmes ' sont un recueil de biographies édifiantes, écrites par des religieuses qui ont été les témoins oculaires des faits qu’elles racontent, ou qui les ont recueillis de la bouche d’autres témoins et de la tradition encore vivante. Il n’y a pas la moindre exagé-

1. V. la préface du Cartalaire, qui contient un aperçu historique sur les anciennes archives de l’abbaye de Flines.

g. Comme suite à ces Souvenirs, il existe un autre recueil qui a pour titre : Notices nécrologiques sur quelques religieuses de notre monastère. Ce recueil se recommande par les mêmes qualités que le précédent. Il renferme des notices sur quarante religieuses décédées depuis 1863 jusqu’à 1903. La dernière et l’une des plus complètes est consacrée à Dame Ambroisine Van Tieghcm. (Note ajoutée en 1909.)

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ration dans ces récits à la fois simples et touchants, dans ces portraits où il semble que l’on voit revivre des types de vertu antique. J’ai interrogé non seulement les anciennes religieuses qui ont vu et connu ces femmes admirables, mais d’autres personnes qui en ont conservé le souvenir, et toutes m’en ont parlé dans les mêmes termes.

Une source bien précieuse encore, c’est le récit par un témoin oculaire des faits qui ont précédé et amené le rétablissement de Notre-Dame de Flines, et des années qui ont suivi ce rétablissement jusqu’à la mort de Madame de Combremont. Le manuscrit en question a pour auteur une personne mêlée activement aux faits qu’elle rapporte, Madame la comtesse de Clermont-Tonnerre; il est intitulé : Commencement et progrès de la réunion des Dames de l'abbaye royale de Flines en communauté.

Les documents manuscrits que je cite appartiennent tous, sauf indication contraire, aux archives anciennes de l’abbaye pour l’époque antérieure à la Révolution, aux archives modernes du monastère pour les temps qui ont suivi.

Un mot au sujet des planches. Les portraits de la comtesse Marguerite, de Gui, son fils, et de Marie, sa fille, sont une restitution d’après les esquisses d’Antoine de Succa, que je publie à la fin de ce volume b et sur lesquelles on peut consulter ce que j’en ai dit pp. 4 1 3-420. Les portraits de Mme de Berchény et de Mme de Gombremont ont été exécutés d’après des peintures originales qui se trouvent au monastère. Quant aux chromolithographies, j’en indique la source pp. 1 8 1 et i g i . La vue de l’abbaye est tirée du volume inédit de la Flandria dlustrata de Sandérus, qui est conservé à la bibliothèque royale de Bruxelles. (V. plus loin, p. 129.) Cependant, ce n’est pas une reproduction servile. Le dessin original

1. Ne pas oublier qu'il s’agit de la première édition. V. ci-dessous, p. XIV. (Note de 1909.)

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n’est qu’une esquisse tracée à la plume sans tenir compte de la perspective. L’artiste qui a exécuté la planche formant le frontispice de ce volume a reproduit l’aspect des édifices d’après Sandérus : leurs dimensions, leur agencement général et leur groupement ont été établis d’après un ancien plan qui se trouve aux Archives du Nord.

Après ces éclaircissements sur les sources et sur le plan démon livre, parlerai-je de l’esprit dans lequel je l’ai composé? Cet esprit se résume en deux mots : dévouement! entier à la sainte cause de Dieu et de l’Eglise, et par conséquent respect absolu des droits de la justice et de la vérité. J’ai blâmé les abus dans le sanctuaire chaque fois que je les y ai rencontrés. J’ai flétri l'oppression et l’injustice quand, d’en bas ou d’en haut, elles s’attaquaient à la liberté des âmes, et aux droits les plus sacrés comme les plus incontestables.

En stigmatisant, comme le fait toute conscience honnête, les excès et les crimes de la Révolution, j’ai passé sous silence certains noms qui auraient pu figurer dans mon récit d’une façon peu glorieuse. Je parle des acquéreurs de biens dits nationaux. Sur ce point, qui n’appartient pas essentiellement à l’histoire, je me suis inspiré d’un sentiment de légitime condescendance envers des familles dont plusieurs sont certainement très honorables, quels qu’aient été les torts de leurs auteurs. La charité commande d’observer tous les égards possibles envers les personnes, quand les droits supérieurs de la vérité et de la justice ne sont pas en jeu.

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