CHAPITRE XIX
RENTRÉE AU MONASTÈRE. — ACTION FÉCONDE DE GABRIELLE D'ESNE ET DE JEAN d’aSSIGNIES. — FLORENCE DE WERQUIGNCEUL. — NOUVEAU LUSTRE DE L’ABBAYE DE FLINES.
La guerre n’était pas terminée encore quand on quitta le refuge : toutefois le contre-coup des événements ne se faisait plus sentir que par la diminution des revenus, et le pays adjacent ne fut désormais troublé par aucune incursion.
Avec des ressources considérablement amoindries, Gabrielle d’Esne trouva moyen d’assurer la subsistance de la communauté, et de combler les vides opérés dans ses rangs depuis que l’on avait cessé de recevoir des novices. Ce résultat fut atteint à l’aide des pensions que les familles assuraient aux jeunes professes. Le chiffre des religieuses s’éleva rapidement jusqu’à 120 et même 150 L
Tout en pourvoyant aux nécessités de l’ordre temporel, Gabrielle d’Esne faisait disparaître quelques abus nés des circonstances exceptionnelles où l’on avait si longtemps vécu. Elle soignait de près les jeunes générations. C’était d’autant plus nécessaire que les nouvelles venues, à raison de leur nombre, devaient influer beaucoup sur l’esprit général.
La sainte abbesse fut aidée dans cette tâche par Jean d’Assignies, moine de Cambron, alors chapelain à Flines, où depuis il exerça pendant de longues années les délicates et importantes fonctions de confesseur.
C’était un homme aussi docte que pieux. Les produits de son
1. Ce chiflre de 120 est donné par Jean d’Assignies dans sa dédicace du Livre des Observations (13 décembre 1592), dans celle du Coffret spirituel (1619) et dans celle de la Praclirjue rcrjalière (1627). — Le Waitte, qui avait été directeur de Flines, assure y avoir vu cent cinquante religieuses. ( Historia Cambcronensis, part. II, ch. -XII, p. 203.)
infatigable plume furent consacrés presque tous à ses filles spirituelles, à cette maison de Flines qu’il entourait d’une affection de père, et pour laquelle il ne cessa de travailler quand de nouveaux devoirs le forcèrent à transplanter ailleurs sa tente.
Ses débuts comme écrivain datent de l’année 1592. Un jour qu’il s’entretenait avec Gabrielle d’Esne, on en vint à parler des cérémonies, de leur importance dans le culte divin, et de la difficulté que les religieuses avaient pour s’y former, à défaut d’un guide ou manuel qui pût les en instruire.
D’après une coutume louable du monastère, on lisait publiquement le livre des üs à l’époque du carême, pendant le travail commun, mais comme la traduction en langue vulgaire était déjà ancienne et presque inintelligible à cause du progrès de la langue i, on ne retirait que fort peu de fruit de cette lecture.
Sur les instances de l’abbesse, Jean d’Assignies résolut d’exécuter une nouvelle traduction du Livre des us, qu’il acheva en moins d’une année. Cet ouvrage n’a jamais été imprimé. Il est resté manuscrit entre les mains des religieuses de Flines 2.
L’auteur conçut bientôt un projet plus vaste. Sous le titre de Cabinet des choses plus signalées advenues au sacré ordre de Cysteau 3, il publia les vies des fondateurs de cette grande famille religieuse et des saints qui l’ont illustrée. Cet ouvrage appelait un complément. Jean d’Assignies composa quelques années plus tard une autre collection qui, avec quelques vies de saints et de convers, renferme un grand nombre de biographies consacrées à des religieuses 4.
Cette partie de son travail est spécialement dédiée à quelques Dames de l’abbaye que les liens du sang rattachaient à lui d’une façon plus étroite, à savoir .Jeanne d’Assignies, sa sœur, Jeanne de Gongnies et Florence de Werquignœul, ses cousines. En mettant sous leurs yeux ces exemples de la vénérable anti-