‹ Histoire de l'abbaye de FlinesChapitre 148 sur 264 · Ign. Délfosse, Description de Los, t. v, pp · texte numérisé non relu

Ign. Délfosse, Description de Los, t. v, pp

2. Jean d'Espierres était un homme très versé dans les sciences sacrées, les mathématiques et l’astronomie. Il a laissé plusieurs ouvrages imprimés et manuscrits. V. Foppens, BibUothcca Belgica, t. il, pp. 628, 629.

en sa saincte garde. De Bruxelles, le 28 de septembre 1635 L »

Quelques jours après, on connut à Flines l’existence de cette lettre par le grand-prieur d’Anchin, frère de l’abbesse. 11 y eut grand émoi dans le monastère, où l’abbé de Cambron venait précisément d’arriver : par un fâcheux contre-temps, il n’avait pas reçu les dépêches du Conseil, et par conséquent n’avait pu y répondre en temps utile.

Quoique très souffrant, alors, le prélat compris qu’il n’y avait pas de temps à perdre; il partit immédiatement pour Bruxelles afin d’arrêter un coup qui atteignait le corps entier, en violant dans l’un de ses membres les droits qui appartenaient à tous. En effet, la clause : « Par provision et sans préjudice des supérieurs de l’ordre », insérée dans la lettre royale, était dérisoire, puisqu’on chargeait l’évêque d’Arras du gouvernement de l’abbaye de Flines. C'était d’un trait de plume supprimer l’exemption, et renverser les rapports de juridiction établis par l’autorité de l’Eglise, seule compétente en pareille matière.

L’abbé de Cambron n’épargna ni soins ni démarches pour obtenir le retrait de la mesure. Il fut assez heureux pour réussir. Un mois après la première lettre, l’évêque d’Arras en reçut une seconde qui mit fin à une mission dont, par un juste sentiment de ses devoirs, il avait eu soin de ne faire aucun usage. Voici le texte de cette lettre :

« 28 octobre 1635.

« Le Roy.

« Très-révérend père en Dieu, cher et féal, comme depuis la commission que nous vous avons donnée, passez quelques jours, de pourveoir au gouvernement de l’abbaye do Flines, nous avons oy par ceux de nostre Conseil d’Estat, l’abbé de Cambron et le Sr de Rongy, estans tous deux en ceste ville, et suffisamment recogneu que ledict abbé est supérieur d’icelle, nous avons treuvé qu’il sera bien de remectre h luy tout ce qui concerne la personne et la santé de l’abbesse dudict Flines, comme aussy le régime et audition des comptes dudict monastère; dont nous vous avons bien voulu advertir. Et Dieu, vous

1. Archives du royaume de Belgique, à Bruxelles, Conseil d’État, carton 53. — Lettre au président de la Chambre des Comptes de Lille, 28 septembre 1635, ibid.

ait, cher et bien amé, en sa saincte garde. A Bruxelles, le 28 octobre 1635 h »

Quelques années plus tard, en 1640, nos religieuses furent sur le point de se voir enlever leur refuge, et en furent même pour un temps dépossédées.

A cette époque, les événements de guerre, surtout la prise d'Arras par les Français, répandirent à Douai et aux alentours une véritable panique. On n’osait plus sortir de la ville. Les médecins, prétextant que les routes n’étaient pas sûres, refusaient de se rendre à Flines, en sorte que pour assurer aux religieuses malades ou faibles de santé les soins que réclamait leur position, il fallut les envoyer à Douai. Cette colonie, assez nombreuse pour tenir le chœur, avait avec elle un des prêtres du monastère, qui célébrait chaque jour dans la chapelle du refuge, et à sa tête la prieure, que l’abbesse Catherine Trigault détacha en vue de ce service pendant qu’elle-même gouvernait à Flines le gros de la communauté.

Tout à coup, on reçut avis que ce local, moyennant indemnité, allait être converti en hôpital militaire. Les nécessités de la guerre avaient rendu indispensable un asile pour les soldats malades ou blessés. Les échevins, chargés de fournir l’édifice nécessaire, choisirent d’abord le prieuré d’Anchin, mais l’abbé eut le crédit de se débarrasser. Le refuge de Flines fut alors désigné. En vain les religieuses firent les plus justes et les plus fortes observations. Les magistrats municipaux ne voulurent rien entendre ; ils étaient si pressés d’opposer à ces réclamations un fait accompli, qu’ils ne laissèrent pas même le temps d’enlever le mobilier du refuge avec les objets précieux qui s’y trouvaient déposés à cause de la guerre. Le déménagement durait encore que déjà l’hôpital prenait possession et installait ses malades.

La décision des édiles n’était point sans appel. Les Dames de Flines s’adressèrent au Cardinal Infant, Ferdinand d’Autriche,

1. Archives de Bruxelles, carton déjà cité. On y trouve encore une lettre de l'abbé de Cambron, en date du 5 octobre 1635, à laquelle sont empruntés les détails qui précèdent- Le lïecueil de Loos contient une lettre du même à 1 abbé Foucard (15 octobre 1635), où il se plaint de l'aflront qu’on veut lui faire et du préjudice que l’on veut porter à l’ordre, « par la commission donnée de la part de Sa Majesté au Révérendissime d’Arras pour entendre au gouvernement de ladite maison de Flines. »

gouverneur des Pays-Bas. Après avoir exposé les faits, elles représentent dans la supplique que leur refuge est très restreint, tandis que les abbés de Marchiennes et d’Anchin possèdent à Douai de vastes maisons et même des collèges ; que les convenances de leur sexe et de leur état ne leur permettent point d’errer partout et de vivre dispersées dans les maisons séculières ; que d’ailleurs, parmi les 140 personnes et plus dont se compose la communauté, beaucoup réclament des soins spéciaux à cause de leur âge ou de leurs infirmités. En conséquence, elles supplient Son Altesse de leur rendre par son autorité le modeste asile qui leur est aussi nécessaire à elles-mêmes, qu’il est peu propre à sa destination nouvelle comme hôpital.

Grâce aux démarches que l’abbesse de Flines fit faire à Bruxelles et à l’appui qu’elle rencontra, cette fois encore, dans l’abbé de Cambron, elle finit par obtenir gain de cause et son refuge lui fut restitué.

Avant d’en obtenir la remise effective, il fallut des ordres réitérés, et enfin une lettre énergique du Cardinal Infant h Les échevins, visiblement, ne s’exécutaient point de bonne grâce. Ils étaient sans doute encore sous l’influence de la mauvaise humeur causée par cette blessure faite à leur amour-propre, quand, quelques mois après, ils élevèrent la prétention de loger dans le refuge de Flines un capitaine avec sa suite. En vertu de leurs privilèges, les religieuses étaient exemptes de la charge des logements militaires : aussi les officiers municipaux prétendirent ne l’avoir imposée qu’au concierge de la maison. Ce prétexte était plus plaisant que plausible : il ne réussit pas à se faire accepter, et cette fois encore, les Dames de Flines obtinrent gain de cause près du gouvernement.

Tandis que la guerre couvrait le pays de sang et de ruines, une épreuve particulière vint s’ajouter aux calamités publiques dont l’abbaye portait sa part.

Dans le cours des deux années 1053 et 1654, vingt religieuses, coup sur coup, tombèrent victimes d’un mal contagieux. Quelques-uns virent dans cette mortalité extraordinaire une disposition de la Providence : réduit à la plus extrême détresse,

1 Cette lettre, datée de Valenciennes, 5 octobre 1640, se trouve aux Archives du Xord, fonds de Flines, dans un dossier qui a fourni les détails consignés ici sur les affaires du refuge.

le monastère, sans ce vide opéré par la mort, n’eût pu entretenir son nombreux personnel b Une autre explication trouva plus de crédit auprès du peuple. Dans un vaste procès de sorcellerie où furent impliquées plusieurs femmes de Flines et des villages voisins, une de ces malheureuses avoua, entre autres crimes, qu’elle avait fait périr par ses maléfices plusieurs dames de l’abbaye 1 2 3.

Cet aveu était-il spontané, ou arraché par les tourments de la question ? Faut-il voir ici des criminelles, ou des victimes d’une procédure impitoyable, reste de l’ancienne barbarie, qui souvent finissait par extorquer la confession de crimes imaginaires ? Pour un esprit éclairé des lumières de l’histoire et de celles de la théologie, la réponse n’est guère douteuse 3. En tirant le voile sur ces sombres horreurs, hâtons-nous d’ajouter que les Dames de Flines n’intervinrent à aucun titre dans cette affaire, jugée au tribunal de la Gouvernance.

Comme les périls de la guerre augmentaient toujours, Catherine Trigault jugea prudent de quitter l’abbaye et de s’établir au refuge avec le reste de la communauté. Là, une catastrophe que le grand âge et les infirmités de la sainte abbesse faisaient pressentir depuis longtemps, l’enleva, le 15 juin 1054, à l’affection des religieuses, dont elle était la mère et le soutien. « Illustre en vertus, dit un auteur du temps, Catherine Trigault gouverna le troupeau du Seigneur avec autant de zèle et de religion que de succès, le nourrissant à la fois par la parole et par l’exemple de sa vie, et s’attachant les cœurs par une suavité toute maternelle. Dans les circonstances extrêmement difficiles qui la tinrent constamment sur la brèche pour défendre sa maison contre les dangers de la guerre, elle déploya la force et l’invincible courage d’un soldat du Christ. Jamais sa sollicitude ne se démentit un instant : nuit et jour, elle veillait

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