‹ Histoire de l'abbaye de FlinesChapitre 176 sur 264 · Souvenirs de Notre-Dame de Flines , pp · texte numérisé non relu

Souvenirs de Notre-Dame de Flines , pp

2. Orig. en allemand, aux archives du monastère. Il existe, au nom de dame Eugénie Joye, une pièce conçue en termes identiques. — M. Wantier rapportait l'attestation suivante (mêmes archives) :

« Lecturis salutem in Domino.

» Bdum D. Petrum Antonium Wantier, Ordinis Cisterciencis, per sex annos in parochia mea Steenhusana, diœceseos Paderhornensis, moratum esse, et se ita gessisse, ut partes veri christiani et religiosi expleverit, et sic eidem teslimonium optimæ et religiosæ conversationis et vitæ laudabilis dare possim. In cujus fldem literas has testimoniales propria manu scriptas subscripsi.

• Steinhusii, 28 7bris 1801. , J. Cuhlmann, pastor. »

Les religieuses de Flines étaient émues en quittant ce toit qui les avait abritées pendant près de sept ans. Plus tard elles aimaient à rappeler l’accueil charitable qui leur fut fait à Holthausen. Hélas ! cette maison si hospitalière n’existait plus alors. En 1810, Jérôme Bonaparte, devenu roi de Westphalie par la grâce de l’empereur Napoléon, supprima l’abbaye d’Holthausen, dont les édifices devinrent la propriété d’une famille noble du pays, et sont maintenant habités en partie par le préfet prussien de Buren L

Quittant la Westphalie, Dom Cajetan et sa troupe se dirigèrent vers le sud de l’Allemagne, et de là gagnèrent la Suisse. Il paraît évident, d’après cet itinéraire, que nos religieuses n’avaient point l’intention de rentrer en France. C’est pourtant ce qu’elles firent à la lin d’octobre, un mois après leur départ d’Holthausen. Est-ce la difficulté de trouver un autre asile qui les y décida ? Nous l’ignorons. Toujours est-il que, grâce à d’heureux changements, ce retour était devenu possible. La ferme administration du premier consul avait muselé la Révolution, dont le génie de Bonaparte réprouvait les excès sanguinaires, tout en adoptant et consacrant ses principes. Grâce à lui, la persécution religieuse cessa. 11 fut enfin permis aux prêtres d’exercer leurs fonctions, et aux fidèles de prier Dieu sans s’exposer au dernier supplice. Bonaparte fit davantage encore. Mû par une haute pensée politique, il voulut reconstituer l’église de France, et conclut dans ce but avec le Saint-Siège un accord qui n’était pas tout ce que l’on pouvait désirer sans doute, mais qui, comparé à la persécution violente ou à l’état de tolérance précaire introduit depuis peu, était cependant un bienfait d’une suprême importance.

Le Concordat, signé le 15 juillet 1801, n’était pas promulgué encore : il ne le fut que l’année suivante avec les fameux articles qui en aggravaient les clauses au détriment de l’Église et en altéraient notablement l’esprit. Mais quoique le texte des articles de la convention fût encore un secret, le fait seul d’un accord intervenu avec le Saint-Siège suffisait pour autoriser les meilleures espérances.

1. L'abbaye d'Holthausen fut supprimée par un décret du 29 septembre 1810, et passa entre les mains du baron de Brenken. Le préfet de Buren, baron de Droste-Hülshoff, y demeurait comme locataire en 1874. (Communication de M. le professeur Janauschek.)

Nos exilées se décidèrent donc à regagner la France. Les sœurs Joye se retirèrent dans leur famille à Aubers, près de La Bassée. Elles continuaient à porter leur costume religieux, récitaient ensemble leur office, et formaient à elles seules une sorte de petite communauté.

Madame de Combremont alla demeurer avec sa mère. Plus tard, impliquées dans la correspondance des princes, elles furent arrêtées toutes deux par la police de l’empire, et au bout de quelque temps internées dans la ville de Douai. C’est là qu’on la retrouve quelque temps après à la tête d’un pensionnat L

Depuis la Révolution, qui détruisit toutes les écoles, l’éducation de la jeunesse, nulle pendant les années de la Terreur, restait toujours considérablement négligée. Quand les temps furent moins mauvais, beaucoup d’anciennes religieuses se vouèrent à cette mission en faveur des personnes de leur sexe. Il n’est pas un seul coin dans le Nord qui ne lésait vues à l’œuvre dès le commencement de ce siècle.

Les Bernardines ne furent pas les dernières. Celles de l’abbaye des Prés, de Douai, fondèrent à Ypres, vers 1800, un pensionnat où beaucoup de jeunes personnes des premières familles du pays reçurent une solide éducation 1 2. Aux portes de Lille, trois Bernardines appartenant à diverses abbayes ouvrirent dès l’année 1798 le pensionnat d’Esquermes, dont le succès s’accrut notablement quand les pieuses maîtresses, en 1827, se constituèrent en communauté sous l’habit de leur ancien ordre 3.

Une religieuse de Flines, Dame Sabine Lecerf, tenait aussi près de Valenciennes, au village de Maing, une modeste maison d’éducation. Ces exemples portèrent madame de Combremont à essayer quelque chose de semblable. Jeune encore, elle pouvait supporter les rudes labeurs de l’éducation ; de plus, elle avait

Page 1