Souvenirs de Notre-Dame de Flines , p
une délicatesse et un tact parfaits. Un jour, un personnage constitué en dignité vint faire une visite aux religieuses, et demanda qu’en son honneur on leur donnât permission de s’entretenir ensemble. Dame Eugénie fît une inclination respectueuse; mais quand, quelques instants après, elle eut reconduit le visiteur jusqu’à la porte du monastère, se retournant vers ses lllles qui l’avaient suivie, elle ne dit que ces seuls mots : « Maintenant, c’est silence ! » Toutes se séparèrent, et plus une parole ne fut échangée h »
Une autre citation achèvera de peindre les deux sœurs en comparant leurs caractères. « Les personnes qui les ont connues, dit l’auteur de la notice, resteront jusqu’à la fin de leurs jours sous l’impression produite en elles par la vertu solide et la gracieuse aménité de ces saintes religieuses. Dame Emmanuelle surtout, plus expansive que Dame Eugénie, et à cause de ses fonctions plus facilement en contact avec les élèves, avait un charme qui lui gagnait les cœurs : quand on l’avait quittée, on revenait sur ses pas pour la revoir encore. Elles étaient de petite taille, mais leur maintien était grave, modeste, plein de dignité et exempt d’affectation; elles parlaient peu, à propos, avec gravité, et néanmoins toujours avec douceur et le sourire sur les lèvres. Elles marchaient d’un pas mesuré, ne voyant que ce qu’elles devaient voir, ne s’occupant que de ce qu’elles devaient savoir, car on pouvait dire d’elles qu’elles étaient de parfaits modèles de la vie religieuse, la règle vivante du monastère; d’une vertu si cachée, qu’il fallait les regarder de près pour s’en apercevoir, et d’une si grande simplicité d’âme que certainement elles l’ignoraient elles-mêmes. Elles avaient un amour singulier pour la retraite, et c’était bien d’elles qu’il était vrai de dire que leur vie était cachée avec Jésus-Christ : aussi il fut immense le sacrifice qu’elles firent de leurs goûts en se chargeant du soin d’instruire la jeunesse. Leur piété était tendre et forte, et l’affection qu’elles avaient l’une pour l’autre était si pure, qu'elles ne s’aimaient qu’en Dieu et pour Dieu, ne s’entretenant que sur les moyens d’acquérir la perfection et d’aimer le Seigneur de plus en plus. Il semblait que leurs corps