‹ Histoire de l'abbaye de FlinesChapitre 191 sur 264 · Sess. XXV, de Regularibus et Monialibus, c. V · texte numérisé non relu

Sess. XXV, de Regularibus et Monialibus, c. V

tère stable à la propriété religieuse, et dispense de recourir pour sa transmission à des moyens quelquefois peu sûrs et toujours onéreux.

Ainsi, par exemple, les droits de mutation payés à la mort de madame de Combremont par les Dames de Flines, aggravèrent singulièrement une position financière non dégagée encore des embarras d’un premier établissement. S’il avait fallu quelques années plus tard s’imposer le même sacrifice à la mort des Dames Joye, sur lesquelles reposait tout l’avoir de l’association, c’eût été la ruine complète.

L’autorisation légale vint donc à son heure. Quand elle arriva comme un rayon d’espérance à travers la nuit sombre, Dame Emmanuelle commençait la longue maladie qui fit de ses trois dernières années un pénible martyre. Une première, une seconde, une troisième atteinte d’apoplexie survinrent coup sur coup, et la réduisirent à l’état de cadavre : la dernière détermina une paralysie complète qui ne lui permettait plus le moindre mouvement, ni même l’usage de la parole. Elle fut dans cet état pendant deux mois et demi, conservant pleine connaissance, toujours calme, toujours résignée ; quoique son corps demeurât immobile, son visage annonçait une âme absorbée en Dieu, et le mouvement de la prière agitait presque sans interruption ses lèvres muettes.

Ce fut là le couronnement d’une vie à laquelle aucune épreuve n’avait manqué. Ainsi dans le creuset de la souffrance cette sainte âme acquérait un éclat de plus en plus resplendissant ; elle achevait par de sublimes exemples les leçons tant de fois données à ses filles.

Le 20 mars 1829, vers le milieu du jour, Dame Emmanuelle entra en agonie. Le reste de la journée et la nuit suivante se passèrent au milieu des souffrances les plus atroces. Le lendemain 21, jour de la fête de saint Benoit, quand la cloche donna le signal de la messe conventuelle, l’agonie se prolongeait encore. Avec une force surhumaine, Dame Eugénie dit aux religieuses qui voulaient rester auprès de leur mère expirante: « Allons, mes sœurs ; nos soins ne lui sont plus nécessaires, et nos prières lui seront plus utiles. » Au moment même de l’élévation, pendant que la sainte victime descendait sur l’autel, près de là, dans une humble cellule, une âme s’envolait vers

les deux... Dame Emmanuelle avait cessé de souffrir. Elle était âgée de 81 ans, professe de 60 L

Il y eut alors une sorte d’intérim pendant lequel, sans élection régulière, Dame Eugénie gouverna par droit d’ancienneté. Cette vénérable mère à son tour ne tarda pas à rejoindre sa sœur. Elle mourut ou plutôt s’éteignit doucement à la suite d’une défaillance, le 2 janvier 1830 1 2. Jusque-là elle avait porté très allègrement le poids de ses 85 ans. Elle paraissait encore au réfectoire. Quelques jours avant sa mort, le 28 décembre, elle s’égaya au spectacle de l’abbesse des Innocents qui, selon une coutume traditionnelle, exerçait ce jour-là son éphémère autorité 3. C’était la première fois qu’on la voyait se dérider depuis la mort de sa sœur 4.

Quelques faits détachés, dans leur simplicité touchante, aideront à faire mieux connaître le caractère et l’esprit profondément religieux de Dame Eugénie Joye. Je les tire textuellement d’une notice manuscrite conservée au monastère.

« Un soir, à complies, quelques religieuses furent prises d’une folle envie de rire en entendant s’unir au chœur, de la façon la plus discordante, une religieuse dominicaine qui, chassée de son couvent de Sainte-Catherine de Douai, avait obtenu de payer sa pension dans la communauté de Notre-Dame de Flines. L’hilarité fut telle que l’office se trouva un moment suspendu. Dame Eugénie, seule, resta sérieuse et profondément attristée de l’irrévérence commise dans le lieu saint. Aussi’ quand toutes les prières furent achevées, elle fit un signe d’un air grave et sévère : toutes le comprirent et se prosternèrent la face contre terre ; la Prieure, malgré ses 85 ans, se prosterna avec elles durant la psalmodie du Miserere . Il y eut là, pour les coupables, un moment de poignante émotion dont elles n’ont jamais perdu le souvenir.

» Dame Emmanuelle, par condescendance, daignait quelquefois accorder aux religieuses la faculté de parler ; Dame Eugénie, plus stricte, ne pouvait souffrir que l’on violât la loi du silence, mais elle savait allier à l'observance de la discipline

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