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CHAPITRE XXIX

PÉRIODE DIFFICILE. — l'aüRORE DES TEMPS MEILLEURS. — FONDATION DU COURS NORMAL ü’iNSTITUTRICES ET DU PENSIONNAT DE FLINES- CAMPAGNE. — AGRANDISSEMENT DU MONASTÈRE. — DAME LUTGARDE DÉBUISSON SUCCÈDE COMME PRIEURE A DAME STÉPHANIE LAGACHE. — DAME SOPHIE BÉTRANCOURT. — M. NEUWE, AUMÔNIER.

La révolution de 1830 fut, dans son but comme dans ses résultats, une victoire de l’esprit d’impiété. Sous la royauté bourgeoise et voltairienne qui tenait d’elle son mandat et qui répandait partout son esprit, les œuvres d’éducation chrétienne se virent compromises dans leur existence. Le zèle le plus désintéressé, les succès les plus éclatants n’étaient point une garantie contre l’ostracisme. En beaucoup d’endroits, les écoles religieuses furent fermées, au grand détriment des populations, dont les sectaires s’inquiètent fort peu quand ils servent leurs propres haines ou quand ils obéissent au mot d’ordre des sociétés secrètes.

Les Dames de Flines subirent aussi le contre-coup des événements. On ne leur retira point la modeste allocation qu’elles recevaient sur la caisse municipale pour les classes gratuites confiées à leur direction, mais on en réduisit le chiffre. La nouvelle administration de la ville estima que deux mille francs suffisaient pour la dépense totale d’une école primaire supérieure, local, personnel et mobilier compris. D’autres trouveront sans doute que c’était peu. Depuis, l’allocation ancienne a été rétablie, à condition que le nombre des élèves serait porté à 180 au lieu de 100.

Pendant les années de détresse qui commencent en 1825 et qui se prolongent jusqu’en 1838, la rente fixe assurée par le

vote du Conseil municipal était la ressource la plus claire de la maison. On comprend dès lors que mille francs en moins, c’était une rude brèche dans le pauvre budget de nos religieuses. Aussi elles connurent les angoisses de l’extrême pauvreté. Souvent elles n’avaient qu’un peu de pain pour toute nourriture : quelquefois elles se trouvèrent sur le point d’en manquer, mais Dieu leur procura, par un moyen ou par un autre, l’aliment de chaque jour. A force de travail, de privations et d’économie, elles purent s’en tirer sans être à charge à personne.

La nourriture pauvre et grossière, les veilles de nuit, les labeurs accablants, tout était accepté, non seulement avec résignation, mais avec une pieuse allégresse. Loin de nuire au développement du monastère, les souffrances et la pauvreté attirèrent des vocations. Les personnes qui n’ont pas la moindre idée de la vie religieuse pourront seules s’étonner d’un fait très explicable en lui-même , et dont l’histoire monastique offre de nombreux exemples.

Après la mort du vénérable Dom Cajetan, arrivée le 20 mars 1823, la maison se trouva trop pauvre pour avoir un aumônier en titre. Un ancien chanoine de Notre-Dame de Cassel, M. Leroux, voulut bien desservir la chapelle tant que ses forces le lui permirent L C’était un prêtre dévoué et un véritable ami de la maison. Après lui le clergé de Notre-Dame, et plus tard en partie les PP. Rédemptoristes, se chargèrent de pourvoir au service religieux. Le monastère doit une reconnaissance spéciale au vénérable M. Lefebvre, dont la mémoire est encore si vivante à Douai. Il fut député comme confesseur de nos religieuses pendant qu’il exerçait les fonctions de curé dans le village de Cuincy, aux portes de Douai. Appelé à la cure de Saint-Nicolas à Valenciennes en avril 1835, et séparé pour un temps de ses filles spirituelles, il les retrouva quand deux ans plus tard il revint à Douai comme doyen de Notre-Dame. Jusqu’à la fin de sa vie, M. Lefebvre ne cessa de leur donner les preuves les plus multipliées de son paternel dévouement : c’est lui qui se chargea de pourvoir à leurs besoins spirituels

1. M. Leroux est décédé à Douai le 19 février 1841, à l’âge de quatre-vingt-deux ans et sept mois.

jusqu’au moment où l’institution d’un aumônier se trouva possible, lui qui exerça personnellement les fonctions de confesseur, lui encore qui fut leur conseiller dans toutes leurs affaires, leur soutien dans les traverses, leur initiateur dans les voies nouvelles où le monastère a trouvé les conditions d’une activité puissante et d’une existence solidement établie l.

Auparavant, de 1825 à 1832, les Dames de Flines eurent un consolateur et un guide dans M. Rousseau, doyen de Saint- Pierre et ancien bernardin. Il se plaisait à suivre dans leur pauvre chapelle l'office du chœur, oii il retrouvait, avec la liturgie de Cîteaux, les souvenirs à jamais regrettés de sa vie monastique. En mourant 2, il leur laissa une petite somme qui arriva fort à propos pour soulager leur détresse.

Dame Stéphanie Lagache, qui gouvernait la maison en ces temps pleins d’angoisse, comprit que l’œuvre de l’éducation demande de la part des religieuses qui s’y livrent une réelle et solide instruction. Les sujets commençaient à se présenter en plus grand nombre. On les mit aux études : on leur enseigna l’histoire, la littérature, les mathématiques, bref toutes les branches des connaissances humaines qui répondaient à leurs aptitudes spéciales et aux besoins de l’établissement. Ainsi peu à peu se forma une pépinière d’habiles maîtresses, qui mirent le pensionnat en renom et y ramenèrent les élèves.

Ce mouvement de retour commença vers 1835, pour s’accentuer davantage de 1838 à 1840. Peu à peu le public découvrit ce qu’il y avait de trésors de vertu, de noble et chrétienne simplicité, de véritable mérite, dans cet humble monastère. Les résultats obtenus dans les classes gratuites commencèrent à éveiller l’attention. Chaque année, un bon nombre d’enfants du peuple et de la petite bourgeoisie sortent de ces classes, emportant avec un fonds solide d’instruction une étonnante habileté dans les travaux de leur sexe. Plusieurs se sont fait par là une position. Quelques-unes sont devenues religieuses hospitalières ou enseignantes : on en a vu prendre directement

1. La Semaine religieuse du diocèse de Cambrai a publié (année 1871-187-1, pp. 616-619 et 628-631) une notice sur M. François Lefebvre, chanoine honoraire de la métropole de Cambrai, curé-doyen de Notre-Dame à Douai. Ce vénérable prêtre est décédé le 3 janvier 1872.

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